La Bête humaine est un roman d'Émile Zola publié en 1890, dix-septième volume de la série Les Rougon-Macquart. Il est le résultat de la fusion d'un roman sur la justice et d'un roman sur le monde ferroviaire, ce qui n'était pas dans le dessein initial de l'auteur.

Présentation thumb|Page de couverture de l'édition de 1924 (Géo Dupuis). L'histoire évoque le monde du chemin de fer et se déroule tout au long de la ligne Paris-Saint-Lazare–Le Havre. À l'époque de l'écriture du roman, la maison d'Émile Zola se trouve à Médan qui donne sur la voie de chemin de ferPèlerinage Émile Zola à Médan, Institut national de l'audiovisuel, 7 octobre 1974.. Entre les deux gares, décrites avec une grande précision, les héros ne cessent d'osciller, dans un trajet pendulaire, jouets des passions qui les dominent. De grands drames arriveront à mi-chemin du parcours, au croisement des destins, dans un tunnel, et au carrefour (lieu-dit imaginaire à consonance négative) de la Croix-de-Maufras.

On a coutume de dire que cette histoire comporte deux héros : d'une part, le mécanicien Jacques Lantier et, de l'autre, sa locomotive, la Lison, que Lantier aime plus qu'une femme.

Outre son aspect documentaireZola avait eu l’autorisation de faire le parcours de Paris à Mantes aller et retour sur la plateforme de la locomotive, voyage effectué le 15 avril 1889 et avait procédé à de nombreux échanges oraux notamment avec l’auteur de l’ouvrage du sous-directeur de la Compagnie de l’Ouest « Les chemins de fer » , La Bête humaine est un roman noir, sorte de thriller du qui a choqué les contemporains de Zola. On ne décompte pas moins de deux viols, plusieurs meurtres, deux suicides connus par le lecteur et deux catastrophes, dont beaucoup sont inspirés de faits divers réels. On a même soutenu que cette sombre et terrible avalanche, digne du Grand-Guignol, a nui à Zola dans son éventuelle élection à l'Académie françaiseÉmile Zola détient un record d'obstination, ayant essuyé 25 refus de ses candidatures à l'Académie française, dans laquelle il ne fut jamais admis. http://www.academie-francaise.fr/linstitution-lhistoire/les-grandes-dates#1889..

C'est aussi un roman sur l'hérédité, comme tout le cycle des Rougon-Macquart, Jacques souffrant d'une folie homicide que Zola rattache à l'alcoolisme des Macquart. Il est en effet le fils de Gervaise Macquart et d'Auguste Lantier (voir L'Assommoir). Il éprouve depuis l'enfance des douleurs qui lui traversent le crâne. Ces douleurs continuent à la puberté, s'accompagnant de pulsions meurtrières auxquelles il n'arrivera jamais à échapper vraiment : le désir physique d'une femme s'accompagne chez lui d'un irrésistible besoin de la tuer. Sur le point de posséder sa cousine Flore, il préfère fuir, car il s'apprêtait à la tuer. Plus tard, il parvient néanmoins à devenir l'amant de Séverine Roubaud et se croit guéri. Mais un jour, la bête reprend le dessus sur lui et il finit par massacrer sa maîtresse.

Le roman fourmille d'intrigues et de personnages secondaires, entremêlés, se déchirant les uns les autres. Zola se défend pourtant d'utiliser les recettes des feuilletonistes de son époque, auxquels il s'opposait. Dans l'adaptation cinématographique qui en sera faite par Renoir, l'intrigue sera fortement épurée, voire partiellement réécrite.

Enfin, La Bête humaine est un roman à charge sur la période de décadence bien caractéristique de la fin du Second Empire, aboutissement voulu du cycle des Rougon-Macquart.

Résumé Roubaud, sous-chef de gare au Havre, employé modèle, mais ayant été injustement l'objet d'une plainte d'un usager, est monté à Paris pour se justifier. Sa femme Séverine en a profité pour l'accompagner et faire quelques emplettes. Ils séjournent dans le petit appartement de Mère Victoire, la nourrice de Séverine. Roubaud apprend de la bouche de Séverine que Grandmorin, président de la compagnie de chemin de fer de l'Ouest, devenu son protecteur, l'a violée durant son adolescence. Fou de jalousie, il décide de tuer Grandmorin en forçant Séverine à rédiger une lettre d'invitation (chapitre 1).

Mécanicien sur la ligne Paris-Le Havre, Jacques Lantier, 26 ans, diplômé des Arts et Métiers, vient souvent, lorsqu'il est en congé, chez sa marraine Phasie Misard, qui vit dans le logement de fonction du garde-barrière du lieu-dit La Croix-de-Maufras, situé sur cette même ligne. La tâche de garde-barrière est confiée à Misard, son mari, et à sa fille Flore. En épousant Misard, Phasie a gardé pour elle un magot de qu'elle refuse de partager avec lui. Elle soupçonne son mari de l’empoisonner pour s’emparer de l’argent. De son côté, Flore, , est une jeune fille sauvage, dotée d'une force d'homme, qui repousse toutes les avances de ses soupirants, mais finit par tomber amoureuse de Lantier qui n'aime en fait que sa locomotive. Au moment de posséder Flore, Jacques est en proie à une pulsion meurtrière, qui lui est coutumière, et il s'enfuit pour ne pas la tuer. Par ailleurs, il croit apercevoir un meurtre s'accomplir dans le train qui passe et qu'il conduit habituellement. Il rencontre alors Misard qui lui annonce qu’un corps a été retrouvé à côté de la voie. C’est le cadavre du président Grandmorin. Jacques décide de ne pas parler de ce qu’il a vu. Le président a reçu de violents coups de couteau au niveau du cou (chapitre 2).

Le lendemain matin au Havre, un dimanche, alors que Séverine est déjà habillée, Roubaud descend prendre son service à la gare. Son collègue l’informe des menus événements de la nuit. Peu à peu, Roubaud devient nerveux, dans l’attente de la dépêche annonçant le crime, qui tarde à venir. Au dépôt des machines, il rencontre le chauffeur Pecqueux et Philomène Sauvagnat, sa maîtresse. Cette dernière se rend chez , dont le mari est caissier pour la compagnie des chemins de fer de l'Ouest, et également voisins de palier des Roubaud avec qui ils sont en conflit : Philomène et Mme Lebleu médisent. Vers , une dépêche annonce l’assassinat, on va alors contrôler le wagon où se trouve une mare de sang. Un attroupement se forme. Les Roubaud ayant voyagé dans le train où l’assassinat a eu lieu, viennent témoigner auprès du commissaire et de la foule réunie. Roubaud raconte sa rencontre fortuite avec Grandmorin dans l’express, mais affirme ne pas savoir ce qui s’est produit. Sa femme confirme ses propos de façon mécanique. À ce moment, Jacques Lantier arrive, voit Séverine : () Il déclare alors avoir été témoin de l’assassinat mais ne pas pouvoir reconnaître l’assassin (chapitre 3).

Le juge d'instruction Denizet, chargé de l’affaire, mande plusieurs témoins, après avoir fait arrêter un homme, Cabuche, dont l’amie aurait été violentée et violée à mort par Grandmorin. Il garde cependant le soupçon que les coupables pourraient être les Roubaud, en raison de la maison de la Croix-de-Maufras que leur a léguée Grandmorin. Les Roubaud patientent dans la salle d’attente lorsque Jacques Lantier apparaît, troublé de la présence de Séverine. L’enquête, pour l’instant, n’a pas permis d’avancée significative. Le juge entend d’abord les Lachesnaye et , à propos de la dépêche, des maîtresses de Grandmorin et de l’histoire de Louisette et Cabuche. Puis il entend Lantier, qu’il interroge sur le signalement de l’assassin. Il fait alors entrer les Roubaud, tout en gardant Lantier. Durant l’interrogatoire, Lantier a soudain la certitude que Roubaud est l’assassin, mais il ne dit rien en voyant le regard supplicateur de Séverine. Denizet les fait alors attendre dans la pièce adjacente et fait entrer Cabuche qu’il essaie de faire avouer, mais en vain. Lors de la confrontation qui suit, Roubaud avoue une ressemblance avec l’assassin. Denizet triomphe. Mais une lettre met à bas son système. Il retient Lantier à qui il demande s’il n’y avait pas deux complices, mais celui-ci ne dit rien. Roubaud a le pressentiment que Lantier sait tout. Il demande finalement à Lantier d’accompagner sa femme à Paris (chapitre 4).

Séverine arrive à Paris, pour (). Elle se rend chez le ministre Camy-Lamotte pour éviter le renvoi de Roubaud et pour avoir des informations, car les deux sont rongés par l’incertitude. Mais au moment d’arriver chez Camy-Lamotte, elle voit le juge Denizet y pénétrer. Déstabilisée, elle hésite à y aller, puis, dans un sursaut de désespoir, sonne. Durant l’entretien, Camy-Lamotte, qui a trouvé la lettre dans les papiers de Grandmorin, acquiert la certitude que c’est elle qui en est l'auteur. Les quelques mots qu’elle a écrits à sa demande le lui confirment. Elle aussi a compris qu’il avait compris. Il lui dit de repasser plus tard pour lui faire part de sa décision. Camy-Lamotte, seul avec Denizet, hésite sur le parti à prendre, en raison des répercussions politiques de l’affaire. Il cède devant le système de Denizet (Cabuche coupable), demande le non-lieu en proposant un avancement à Denizet, qui accepte tacitement. Séverine, pour faire passer le temps, flâne dans les rues de Paris en compagnie de Jacques qu’elle décide de séduire. Dans un square, elle lui demande s’il la croit coupable, ce à quoi il répond oui, et elle nie. Il n’est pas convaincu, mais il l’aime et lui déclare son amour. Cinq heures sonnent alors et elle se rend chez Camy-Lamotte qui est intervenu en sa faveur auprès de la compagnie de chemin de fer. Le soir, Jacques conduit sa locomotive, la Lison, vers Le Havre (chapitre 5).

Un mois passe, et la vie à la gare du Havre retrouve son cours habituel et monotone. Seuls, chez les Roubaud, la montre et l’argent volés sur le corps de Grandmorin et cachés dans le plancher, les préoccupent. Roubaud, mal à l’aise avec sa femme dont il se sent de plus en plus éloigné, invite Jacques à manger trois fois par semaine, ce qui accentue le fossé entre mari et femme. Roubaud se sent liė intimement avec Jacques. Il se demande parfois s’il était nécessaire de tuer. Peu à peu, Séverine et Jacques se rapprochent, ils se voient dans les endroits cachés de la gare. Séverine résiste un peu jusqu’à un soir d’orage où, inquiète de son retard, elle se donne à lui, qui n’est pas saisi du désir de tuer cette chair palpitante. Ils sont presque surpris par Roubaud qui traque des rôdeurs. Leur liaison se développe de juillet à décembre, d’abord à l’extérieur puis chez Séverine. « Lui, n’en doutait plus, avait trouvé la guérison de son affreux mal héréditaire ; car, depuis qu’il la possédait, la pensée du meurtre ne l’avait plus troublé. Était-ce donc que la possession physique contentait ce besoin de mort ? Posséder, tuer, cela s’équivalait-il, dans le fond de la bête humaine ? » () Séverine, de plus en plus, a le désir de raconter le meurtre, mais Jacques sent le danger, il l’en empêche toujours. De son côté, Roubaud est saisi par la passion du jeu, au point qu’il s’endette. Un soir qu’ils se querellent à propos de l’argent, Séverine fait allusion au porte-monnaie dissimulé sous le parquet, ce qui les cloue tous deux d’effroi. Mais quelque temps plus tard, une nuit, Séverine surprend Roubaud en train de sortir le porte-monnaie de sa cachette (chapitre 6).