vignette|redresse=0.8|Un dominicain, illustration datée de 1811.

L’ordre des Prêcheurs ou des Frères prêcheurs (en abrégé « O.P. » ou « o.p. », en latin : Ordo Fratrum Prædicatorum), plus connu sous le nom de dominicains, et historiquement connu également sous le nom de , est un ordre religieux catholique né à Toulouse sous l’impulsion de Dominique de Guzmán en 1215. Il appartient, comme l'ordre des Frères mineurs (ou franciscains), à la catégorie des ordres mendiants. Proche de la population, il se différencie d'autres ordres qui ont pour vœu de s'isoler, comme l'ordre cistercien.

Suivant la règle de saint Augustin, ainsi que ses propres constitutions, en partie inspirées de celles des Prémontrés, il s’est donné pour mission l’apostolat et la contemplation. Le pape rappelait que, depuis son origine, l'une des missions principales confiées à l'ordre a été la proclamation de la vérité du Christ en réponse à l'hérésie.

Sa devise est Veritas (la vérité). D'autres devises lui ont été assignées, par exemple « annoncer ce que nous avons contemplé » (contemplata aliis tradere), reprise de Thomas d'Aquin, ou encore « louer, bénir, prêcher » qui est une formule liturgique.

Les dominicains sont des religieux mais non pas des moines : ils ont la particularité de ne prononcer qu'un seul vœu, celui d'obéissance, dans les mains du maître de l'ordre (ou de son représentant), les vœux de pauvreté et de chasteté étant implicitement inclus. Ils ne font, en revanche, pas vœu de stabilité comme les moines. Ils vivent dans des couvents et non dans des monastères. Leur vocation étant de prêcher, leurs couvents sont souvent situés dans de grandes villes. En 2023, on dénombre dans le monde, dont ..

Appellations Frères prêcheurs : les premières approbations pontificales de l'ordre fondé par saint Dominique parlent de l'ordre (). Dominicains : après la canonisation du fondateur, saint Dominique, en 1234, les frères furent parfois désignés du nom de « dominicains », appellation devenue courante après le .. Jacobins : nom donné à cause de l’implantation du couvent parisien fondé en 1217, sis à la rue Saint-Jacques, et placé sous le patronage de l’apôtre saint Jacques.

Histoire de l'ordre Origines et développement vignette|redresse|Dominique de Guzmán. Vers 1200, la plupart des institutions monastiques paraissent se replier sur elles-mêmes.. Un besoin de renouveau spirituel se ressent aussi bien au sein de l'Église que parmi les couches populaires de la société. C'est dans ce contexte qu'apparaît l'ordre dominicain qui se caractérise par une lutte sans relâche contre l'hérésie cathare ainsi que par un mode de vie apostolique.

Selon la légende, la mère de Dominique (Dominicus en latin, ce qui signifie celui qui appartient au Seigneur) aurait vu en songe, pendant sa grossesse, un chien tenant une torche allumée dans la gueule, pour éclairer le monde. Ce songe résume la vie du futur saint, avec un jeu de mots en latin sur les futurs dominicains, dominicanes (les chiens du Seigneur) qui ont pour vocation d'« aboyer contre les hérésies » et d'être les chiens du Seigneur surveillant le troupeau de brebis. Ils sont parfois figurés de cette façon par l'iconographie, comme à la chapelle des Espagnols de la basilique Santa Maria Novella de Florence, où les chiens de berger protègent le troupeau du pape.

Dominique de Guzmán, plus connu aujourd'hui sous le nom de saint Dominique, est chanoine d'Osma en Espagne lorsque son évêque, Diègue d'Osma, lui demande de l'accompagner dans une mission diplomatique en Scandinavie. Durant leur chemin, Dominique rencontre un aubergiste albigeois dans le sud de la France et passe la nuit à essayer de le convertir. Au matin, l'aubergiste avait renoncé au catharisme pour le catholicisme.

En revenant de Scandinavie, l'évêque de Dominique passe par Rome et demande au pape de le relever de son ministère pour se consacrer à la prédication dans le sud de la France. Le pape refuse. Toutefois en revenant en Espagne, le petit groupe croise une mission composée de légats du pape ayant pour but de combattre les cathares. Cette mission pontificale rencontre un premier échec. Diègue d'Osma leur montre l'exemple en abandonnant toutes ses affaires pour essayer de convertir les cathares avec pour seule arme l'Évangile. Son modèle est la prédication itinérante de Jésus. Alors que Diègue d'Osma retourne par la suite dans son diocèse à Osma, il laisse à Dominique la charge de continuer la prédication itinérante que lui-même avait initiée.

vignette|redresse|gauche|Saint Thomas d'Aquin, docteur de l'église catholique (1225-1274). vignette|redresse=1|La chambre de saint Dominique à la Maison Seilhan, à Toulouse, considérée comme l'endroit où l'Ordre est né..

Saint Dominique continue sans relâche cette œuvre. Il se fait des disciples. Il s'établit avec eux le . (date de la charte attribuant à la communauté la maison, sa vaisselle et son linge) dans la maison Seilhan à Toulouse, où il fonde l'ordre des Frères prêcheurs. Par la bulle Religiosam vitam de 1216, l'Ordre reçoit de , son approbation ecclésiale définitive.

En quelques décennies, plusieurs centaines d'établissements nouveaux fleurissent à travers l'Europe.

Le pape , se méfiant du manque d'efficacité pastorale des évêques, confie l'Inquisition dès sa création par la bulle Excommunicamus (1223) aux dominicains, deux ans après la mort du fondateur de l'Ordre. Cependant, Dominique n'avait pas participé lui-même à la croisade contre les albigeois, préférant lutter par les moyens du verbe. Compte tenu de leur compétence théologique, de leur vocation à être près du peuple, et de leur bonne image dans la société médiévale, le pape choisit de préférence dans les rangs des dominicains ses représentants pour en faire des juges de l'Inquisition. Pour pouvoir se consacrer pleinement à leur tâche, ils sont fréquemment relevés de certaines des obligations que leur règle leur impose, comme celle de leur vie conventuelle et apostolique. On a donc aussi un certain relâchement dans le strict respect de la règle de saint Augustin que les dominicains s'appliquaient à suivre. Par ailleurs, la pratique de la torture par l'Inquisition commence en 1252, sous la caution du pape .

Maître Eckhart fut, semble-t-il, le premier maître en théologie de l'Ordre à être condamné officiellement (1329). Deux autres dominicains célèbres n'auront pas comme Eckhart la chance de mourir de vieillesse durant leur procès : Jérôme Savonarole et Giordano Bruno, qui mourront tous deux sur le bûcher, respectivement en 1498 et 1600, toutefois après avoir l'un et l'autre rompu avec l'ordre dominicain.

L'Ordre dominicain se répand dans toute la chrétienté et forme distribuées en .

À partir de la fin du , dans le contexte de querelles théologiques et des discussions sur la pauvreté mendiante, naîtra une longue rivalité avec l'ordre franciscain.

À Rome, l'ordre possède plusieurs couvents célèbres : Santa Maria sopra Minerva et Sainte-Sabine, qui est devenue sa maison généralice et est depuis l'an 1273 la résidence du maître de l'Ordre dominicain, le successeur de Dominique..

En France vignette|Portrait du père Labat. Saint Dominique fonda la première maison de l'ordre à Toulouse en 1215, actuellement dite Maison Seilhan. En 1217, il envoie des frères à Paris pour se former à l'université ; la maison acquise près de la Sorbonne (près de l'actuelle rue Saint-Jacques) fut dédiée à saint Jacques. Au , un second couvent, qui accueillait le noviciat de la province réformée d'Occitanie, fut fondé rue Saint-Honoré.

Lors de la conquête coloniale de la Martinique au , les dominicains participent à la guerre contre les Indiens Caraïbes. En remerciement, ils se voient attribuer par la veuve du gouverneur en 1659, une parcelle sur laquelle ils fondent une plantation monastique : l'habitation Fonds Saint-Jacques. Avec sa modernisation par le père Labat entre 1694 et 1705, celle-ci deviendra l'une des plus prospères de la colonie au XVIIIe siècle, et comptera plusieurs centaines d'esclaves..

À la Révolution française, les dominicains connaissent des besoins financiers. Ils doivent louer leurs couvents. Le club des amis de la Constitution loue leur établissement de la rue du Faubourg Saint-Honoré. On a alors coutume d'appeler ce club, le club des Jacobins, le lieu des réunions ayant été donné au club. Le club des Jacobins s'installe aussi à l'église Saint-Thomas d'Aquin.

vignette|gauche|Le père Lacordaire, vers 1855.|329x329px thumb|Le père Lataste (1832-1869), aumônier des prisons|352x352px

Supprimés en France en 1790, par le décret du qui interdit les vœux monastiques et supprime les ordres religieux réguliersHors ceux chargés de l’éducation publique et des maisons de charité., les dominicains y sont restaurés en 1850 (date du rétablissement officiel de la province de France) à la suite de l'action du père Henri Lacordaire. Certains couvents durent fermer après le décret du . Les dominicains furent expulsés en 1903 et leurs biens confisqués dans le cadre des dispositions d'exceptions prévues contre les congrégations dans la loi de 1901 sur les associations.. Leur école de théologie et sa bibliothèque sont alors transférés en Belgique. Les dominicains revinrent en France dans les années 1920, à l'instar de nombreuses congrégations religieuses chassées au début du siècle.

En 1939, les dominicains ramènent en France leur école de théologie et s'implantent au domaine des Hauldres, à Étiolles, près d'Évry, tout en conservant le nom de « Saulchoir », qui était celui de leur établissement en Belgique. Ils y demeurent jusqu'en 1971, date à laquelle ils s'installent dans le de Paris, au couvent Saint-Jacques.

Au , la province dominicaine de France attire par son avant-gardisme missionnaire une génération dont les figures de proue sont les théologiens Yves Congar et Marie-Dominique Chenu : fondation des éditions du Cerf (1929), fondation de la revue L’Art sacré (1935), participation au mouvement des prêtres-ouvriers (à partir de 1942), etc. Cet avant-gardisme reçoit un coup d’arrêt en 1954 avec la fin de l’expérience des prêtres-ouvriers et la politique de retour aux pratiques conventuelles et contemplatives traditionnelles imposée par le provincial Vincent Ducatillon. Les formateurs considérés comme trop réformistes sont écartés en 1955. Il leur est en particulier reproché d’orienter les jeunes dominicains vers une vie trop exclusivement axée sur la mise en pratique des évangiles au lieu de les inscrire dans la tradition ascétique et monastique de l’ordre. Ce qui faisait l’attrait d’un engagement au sein de l’ordre est donc remis en cause et l’engagement dans l’Action catholique permet alors à la plupart de ces jeunes dominicains d’échapper à la vie réglée des couvents. La vague de contestation des traditions de l'Ordre se poursuit cependant parmi les novices et le jeune père Albert-Marie Besnard est appelé à reprendre en main le Couvent d'étude du Saulchoir à Étiolles (Essonne), ce qu'il fait non sans concession aux idées nouvelles..

Au Canada C'est à la suite de plusieurs années de démarches acharnées de , abbé puis grand-vicaire de Saint-Hyacinthe et grand admirateur de Lacordaire (appuyé par Jean-Charles Prince, évêque de Saint-Hyacinthe), que les dominicains français envoient leur premier contingent (trois frères) dans cette petite ville du Québec en 1873Jules Racine Saint-Jacques, Georges-Henri Lévesque – Un clerc dans la modernité, éditions Boréal, Montréal, 2020, .. Les dominicains, associés au libéralisme, sont vus avec suspicion par la majeure partie de l'Église catholique québécoise de l'époque, résolument ultramontaine. L'évêché de Québec montre cependant plus d'ouverture que celui de Montréal, farouchement réfractaire aux « fils de Lacordaire ».