Carlo Gesualdo, connu aussi sous son titre complet de Don Carlo Gesualdo di Venosa, né le à Venosa et mort le à Gesualdo, est un compositeur et membre de la noblesse italienne de la fin de la Renaissance. Descendant de Guillaume de Gesualdo, apparenté aux rois normands de Sicile, prince de Venosa et comte de Conza, il est un petit-neveu du pape Pie IV, et le filleul de Charles Borromée, archevêque de Milan canonisé en 1610.

Gesualdo défraye la chronique en 1590, en assassinant sa première épouse et en faisant assassiner l'amant de celle-ci, surpris tous deux en situation d'adultère. Ce double meurtre est considéré comme , un an avant qu'il ne devienne chef de famille. En 1594, son second mariage avec Éléonore d'Este le rapproche de la cour de Ferrare et de l'élite musicale autour du . Ses premiers livres de madrigaux sont alors publiés par Vittorio Baldini.

Fils cadet de Fabrizio II Gesualdo, devenu prince par la mort accidentelle de son frère Luigi, Carlo Gesualdo perd les deux fils nés de ses mariages avant de mourir lui-même en 1613. Son unique héritière est sa petite-fille Isabella, qui épouse Niccolò Ludovisi, un neveu du pape Grégoire XV. La lignée des Gesualdo de Venosa s'éteint donc avec lui.

Représentant, aux côtés de Luzzasco Luzzaschi, Luca Marenzio et Claudio Monteverdi, le madrigal italien à son apogée, son statut privilégié lui permet de faire imprimer ses partitions avec une certaine liberté. Son œuvre, relativement peu abondante, et presque entièrement consacrée à la voix traitée en polyphonie, est représentée par six recueils de madrigaux et trois recueils de musique religieuse, dont les Tenebrae Responsoria qu'il fait imprimer par Giovanni Giacomo Carlino dans son propre château.

La réputation sulfureuse de Gesualdo, prince compositeur et meurtrier, lui évite de sombrer complètement dans l'oubli. Les historiens et musicologues ont été d'abord passionnés par sa vie privée tumultueuse, devenue une véritable légende noire au fil des siècles, chaque époque reconstruisant, interprétant et jugeant son œuvre et sa personnalité à l'aune de ses propres valeurs esthétiques et morales.

À partir des années 1950, la redécouverte de ses partitions, interprétées en concert ou enregistrées sur disques, marque le début d'un intérêt grandissant pour l'œuvre de Gesualdo. Directement accessible, débarrassée de préventions académiques, sa musique touche désormais un large public par sa puissance expressive et son originalité, dans le domaine harmonique en particulier. Elle inspire également de nombreux compositeurs, qui s'accordent à reconnaître en Gesualdo un maître doué d'une personnalité ambiguë et fascinante. Biographie Naissance L'année de naissance de Carlo Gesualdo a longtemps fait l'objet de conjectures : 1557 ou 1560, puis 1562 ou 1564 ont été proposés par les historiens, jusqu'à la découverte de deux lettres conservées à la de Milan. La première, datée du et adressée par Geronima Borromeo à son frère Carlo, archevêque de Milan, annonce la naissance prochaine d'.

La seconde lettre, datée du , également adressée au cardinal Borromeo, confirme que . Selon Denis Morrier, . Glenn Watkins, musicologue américain spécialiste de Gesualdo, précise néanmoins que cette question autour de la date de naissance du prince compositeur n'a été officiellement résolue qu'en 2009.

Enfance et éducation musicale Carlo Gesualdo grandit au sein d'une famille aristocratique ayant des liens étroits avec l'Église : on trouve parmi ses oncles les cardinaux Alfonso Gesualdo et saint Charles Borromée, ainsi que le pape Pie IV parmi ses grands-oncles. Dernier des quatre enfants du prince Fabrizio II Gesualdo et de Geronima Borromeo après son frère Luigi, né en 1563, ses sœurs Isabella, née en 1564, et Vittoria née en 1565, il n'était pas appelé à succéder comme prince de Venosa. Conformément à la tradition, ce fils cadet aurait dû être destiné à une carrière ecclésiastique. Denis Morrier observe qu'.

La cour napolitaine de son père était constituée, entre autres, de musiciens tels Scipione Dentice, Pomponio Nenna, et Giovanni de Macque, et de théoriciens comme Mutio Effrem. Carlo Gesualdo est initié dès son plus jeune âge à la musique, notamment au luth et à la composition.

En 1584, son frère Luigi fait une chute de cheval et meurt des suites de cet accident. Âgé de vingt-et-un ans, il n'était pas encore marié, et ne laissait aucun héritier mâle. Cet événement fait de Carlo, âgé de dix-huit ans, l'unique héritier des titres et domaines de son père, qui le presse de se marier. Le choix se porte sur Maria d'Avalos, fille du duc de Pescara et cousine germaine du compositeur, choix motivé par le fait que Maria, .

Premier mariage

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Ces considérations de la part de la famille Gesualdo, la nouveauté des devoirs imposés à Carlo et le fait que Maria soit quatre ans plus âgée que son époux ne sont pas sans conséquence pour les suites de ce mariage, qui a donné naissance à la « légende noire » du compositeur.

Naples Le mariage entre Carlo Gesualdo et Maria d'Avalos fut célébré le dans l'église San Domenico Maggiore de Naples. La célébration de ses noces dura plusieurs jours dans le palais de San Severo, où il résidait. De cette époque datent également les premières pièces publiées par le jeune compositeur.

Le couple formé par Carlo et Maria . Leur union devait prendre fin de manière sordide, cependant, par l'assassinat de Maria et de son amant Fabrizio Carafa, duc d'Andria. L'issue tragique de ses noces entre pour une part importante dans la célébrité de Gesualdo, devenu le de l'histoire de la musique.

Un crime d'honneur Le meurtre des amants se déroule dans la nuit du 16 au . Trois témoignages différents ont été conservés dans les comptes-rendus de l'enquête instruite par les juges de la Grand-Cour du vicariat de Naples, transcription des interrogatoires du 27-28 octobre 1590, manuscrit conservé à la .. Les deux versions les plus complètes sont celles de Silvia Albana, la femme de chambre de Maria, et celle de Pietro Malitiale, surnommé Bardotto, serviteur de Carlo.

Selon ce compte-rendu des faits, le double meurtre eut lieu (c'est-à-dire environ à une heure du matin, la septième heure sonna peu de temps après). Bardotto fut réveillé par son maître qui lui demanda de lui apporter de l'eau. Ce faisant, le serviteur s'aperçut que le petit porche de la porte donnant sur la rue était ouvert. Bardotto apporta l'eau à son maître et l'aida à s'habiller. Étonné, Bardotto demanda à son maître ce qu'il souhaitait faire, et celui-ci lui répondit qu'il partait chasser. Plus surpris encore, il lui fit remarquer qu'il n'était pas l'heure, ce à quoi Gesualdo répondit

Bardotto alluma ensuite, sur ordre de son maître, deux torches dans la chambre de celui-ci. Gesualdo tira de sous son lit une épée bien affûtée, une dague, un poignard et une petite arquebuse (d'environ deux paumes). Puis ils montèrent tous deux l'escalier menant aux appartements de l'épouse. À la porte se trouvaient trois hommes armés chacun d'une hallebarde et d'une arquebuse longue de trois palmes. Ces derniers enfoncèrent la porte, et entrèrent dans la chambre de Maria d'Avalos. Bardotto maintenait la servante Silvia et une nourrice dans l'antichambre. Il y eut deux coups de feu, des insultes. Les trois jeunes hommes ressortirent, et ce fut ensuite Carlo Gesualdo, les mains recouvertes de sang. Il désira savoir où se trouvait Laura, l'entremetteuse, celle-ci étant absente. Bardotto et Gesualdo retournèrent alors dans la chambre, où ce dernier acheva le couple agonisant.

Cette version est certainement la plus fidèle dont on dispose, insérée dans une enquête administrative et officielle. De nombreux points de détail n'en restent pas moins contradictoires. L'analyse détaillée des procès-verbaux a conduit Cecil Gray à douter de la véracité des éléments rapportés, à commencer par selon le musicologue anglais.

Le crime du siècle Une version très romancée du double meurtre, intitulée et signée sous le double pseudonyme de Silvio et Ascanio Corona, devint célèbre et fut citée davantage que les documents officiels sous scellés. Elle met en scène la rencontre des deux amants, la jalousie du cardinal Giulio Gesualdo, oncle de Carlo dont Maria aurait repoussé les avances, l'incitation à la vengeance, jusqu'aux désirs impurs de l'épouse adultère, son et les derniers mots échangés avant d'être frappés à mort.

L'événement fit couler beaucoup d'encre, et ce jusqu'au . Au-delà du scandale impliquant trois grandes familles de la noblesse et, par alliances, toute l'aristocratie napolitaine, ce crime d'honneur devint un sujet poétique très prisé, témoignant d'un noble sentiment de compassion accordé aux victimes. Torquato Tasso, dit Le Tasse, évoqua les derniers instants des amants dans plusieurs sonnets. Le poète faisant partie de l'entourage de la famille du duc d'Andria, il s'agit d'une apologie élégiaque plutôt que d'un récit fondé sur les faits. Cecil Gray relève que les poètes comparent Maria à Vénus et son amant Fabrizio à Mars, de telle sorte que .

En France, Brantôme en reprit le récit dans ses Vies des dames galantes publiées au (premier discours : Sur les dames qui font l'amour et leurs maris cocus). Denis Morrier voit dans cette le crime du siècle, qui établit définitivement la réputation du prince compositeur par qui entoura son geste.

L'exil à Gesualdo Tout le royaume de Naples se passionna pour cette affaire, ainsi que la noblesse romaine du Vatican. Si certains faits et gestes sont corroborés par plusieurs témoignages, comme le fait que Gesualdo ait crié à ses hommes avant de revenir vers Maria en s'écriant pour lui porter d'autres blessures dans la région du bas-ventre, d'autres éléments relèvent de la fiction collective selon Glenn Watkins. Il est impossible d'affirmer si les corps des amants ont été jetés dans la rue, s'ils ont été violés par un moine capucin, s'ils sont restés pendus jusqu'à ce que la pourriture trop avancée de leurs corps oblige à les enterrer, afin d'éviter une épidémie, ou s'ils ont été remis à leurs familles respectives, , ce qui semble plus vraisemblable, selon les documents d'archives conservés depuis le .

La culpabilité de Maria d'Avalos ne faisait aucun doute. Son époux, disposant du droit de justice haute et basse, avait vengé son honneur et celui de sa famille. Glenn Watkins observe que . Les membres de la famille Carafa reprochaient surtout à Gesualdo d'avoir eu recours à des serviteurs pour supprimer leur parent. Un châtiment si sévère des amants, même communément admis à l'époque, l'oblige donc à se retirer dans la ville de Gesualdo, dans ses domaines qu'il ne devait guère quitter, pour se prémunir contre les effets de la colère des familles des victimes.

Son exil s'accompagne d'autres « retraites » forcées parmi les membres de sa famille, malgré l'intervention du vice-roi de Naples Juan de Zuñiga pour contenir tout projet de envers Gesualdo et les siens. Son père Fabrizio meurt le , . Au terme d'une année d'exil, Carlo Gesualdo devient ainsi chef de famille à vingt-cinq ans, et l'un des plus riches propriétaires terriens de toute l'Italie du Sud.

Second mariage Gesualdo épouse en secondes noces Éléonore d'Este, sœur de Cesare d'Este, héritier présomptif du duc Alphonse II, en 1594. Quittant ses domaines pour s'installer à Ferrare, important centre musical à cette époque, le compositeur trouve un terrain propice à son épanouissement artistique. Ses deux premiers livres de madrigaux sont publiés la même année par Vittorio Baldini, éditeur attaché à la cour ducale.

Voyage à Ferrare