La Sitch zaporogue (en , ; ; en ), aussi connue sous le nom de , , soit les terres franches de l'ost de basse Zaporoguie., était une région semi-autonome et un proto-État cosaque qui exista entre les .

C'était un État stratocratique du Hetmanat cosaque entre 1552 et 1775...

La sitch zaporogue était centrée autour de la Grande Prairie, noyée sous les eaux du réservoir de Kakhovka de 1956 à 2023, en Ukraine. À différentes périodes, la région est passée sous la souveraineté de la république des Deux Nations, de l'Empire ottoman, du tsarat de Russie et de l'Empire russe.

En 1775, peu de temps après que la Russie eut annexé les territoires qui lui avaient été cédés par l'Empire ottoman en vertu du traité de Küçük Kaynarca (1774), Catherine la Grande dissout la Sitch. Son territoire est incorporé au gouvernement de Nouvelle Russie.

Nom Le nom « Zaporoguie » fait référence de manière métonymique et informelle à l'ensemble de l'organisation militaire et administrative de l'ost des Cosaques zaporogues. Dans le nom de « Sitch zaporogue » sitch vient du slave oriental setch' (сѣчь) – « hacher » ou « trancher » à l'origine du verbe ukrainien сікти (sikty) - « couper », dans le sens d'aménager une clairière, éventuellement en construisant une motte castrale, une auberge « гостьба » ou une simple enceinte fortifiée avec les troncs des arbres coupés pour cette occasion. Січ signifie aussi « janvier ». Le nom zaporogue signifie « autour des rapides » (en référence aux rapides du Dniepr situés en amont) qui nécessitaient un portage majeur sur la route commerciale du Dniepr entre les mers baltique et noire.

Histoire Un précurseur possible de la Sitch zaporogue était une fortification (sitch) construite, selon les sources anciennes, sur l'île de Tomakivka au milieu du Dniepr dans l'actuelle région de Zaporoguie en Ukraine, mais dont on n'a pas de traces archéologiques ; la Sitch zaporogue n'existait pas encoreТомаківська Січ, by Гурбик А.О., in: Історія українського козацтва: нариси у 2 т.\ Редкол: Смолій (відп. Ред) та інші. – Київ.: Вид.дім "Києво-Могилянська академія", 2006р, Т.1.. thumb|* Vert clair : les États ukrainiens historiques : principauté de Galicie-Volhynie à l'Ouest et hetmanat de Zaporoguie à l'Est.* Vert foncé : régions traditionnelles ukrainiennes.* Orange : zones contrôlées par les forces russes en 2023. vignette|gauche|Localisation des différentes sitches le long du Dniepr. L'histoire de la « Sitch zaporogue » s'inscrit dans les « marges mouvantes » entre le monde sédentaire, slave et chrétien des forêts et des patûrages du Nord-Ouest, et le monde nomade, tatar et musulman de la steppe pontique du Sud-Est, connues sous le terme historique de « Plaines sauvages », et où les cosaques (« hommes libres », même étymologie que « Kazakhs ») apparaissent pour combattre à la fois les esclavagistes venant du sud, et les troupes de la noblesse polonaise catholique, maîtresse des terres cultivables, venant de l'ouest. Six périodes se succèdent : l'émergence de la sitchss, avec la construction de la grande motte castrale multiple de Khortytsia (1471–1583) ; annexion par le royaume de Pologne (Voïvodie de Kiev, 1583–1657) ; luttes contre la République des Deux Nations, l'Empire ottoman et le Khanat de Crimée dans la partie ukrainienne de la Pologne (1657–1686) ; luttes sporadiques (alternant avec des périodes d'alliance) contre Russie pour préserver l'autonomie cosaque (1686–1775) ; Formation d'une sitch danubienne dans le Boudjak et tentatives de ces cosaques de rentrer en Zaporoguie (1775–1828).

Formation vignette|La sitch de Mala Khortytsia. vignette|gauche|Reconstitution de la sitch de l'île Khortytsia. La Sitch zaporogue est apparue comme milice slave orientale contre les raids fréquents et dévastateurs du Khanat de Crimée et des Circassiens, qui capturaient et réduisaient en esclavage des centaines de milliers d'Ukrainiens, de Biélorusses et de Polonais au cours d'opérations appelées « la récolte de la steppe », pour les revendre très profitablement dans l'Empire ottoman, en Iran et dans la péninsule arabique.

Le prince ruthène Dmytro Vychnevetsky établit en 1552 la première sitch zaporogue sur l'île (au milieu du Dniepr) de Mala Khortytsia, construisant une forteresse à Niz Dnieprovsky et y plaçant une garnison cosaque. Les forces tatares détruisirent cette première forteresse en 1558. La Sitch de Tomakivka fut construite sur une île maintenant inondée située plus au Sud, près de la ville moderne de Marhanets ; les Tatars la rasèrent également, en 1593. Une troisième sitch vit rapidement le jour sur l'île de Bazavlouk, et fut détruite par un corps expéditionnaire polonais réprimant un soulèvement cosaque en 1638. Ces premières fortifications du étaient suffisantes pour constituer un premier proto-état.

Lutte pour l'indépendance vignette|Arrière-garde des Zaporogues de Józef Brandt (huile sur toile; 72 × 112 cm, Musée national de Varsovie). droite|vignette|Prière des cosaques zaporogues, fragment d'une icône de protection de la Sainte-Vierge. Les cosaques zaporogues ont été inclus dans la voïvodie de Kiev de 1583 à 1657, laquelle faisait partie de la province de Petite-Pologne du royaume de Pologne mais la domination polonaise leur pesait pour plusieurs raisons, fiscales mais aussi religieuses, les cosaques étant orthodoxes alors que les propriétaires terriens et les gouverneurs polonais étaient catholiques et considéraient les orthodoxes comme de « méprisables schismatiques ». C'est pourquoi les Zaporogues combattirent aussi bien la république des Deux Nations, l'Empire ottoman, le khanat de Crimée ou le tsarat de Russie (devenu plus tard l'Empire russe), et furent considérés par tous ces protagonistes comme des « rebelles indignes de confiance », ce qui a laissé des traces historiques jusqu'au , notamment dans la propagande de la Russie depuis la « révolution orange ».

La sitch devient le centre de la vie cosaque : elle est gouvernée par son conseil (Rada) et son Koch Ataman (ou Hetman). En 1648, Bohdan Khmelnytsky prend une sitch à Mykytyn Rih, près de l'actuelle Nikopol et de là, lance son soulèvement contre l'État polono-lituanien, créant l'Hetmanat cosaque (1649–1764). Au traité de Pereyaslav en 1654, la région zaporogue est divisée en deux : à l'Ouest l'Hetmanat, avec sa capitale à Tchérine, reste sous souveraineté nominale polonaise ; à l'Est la Zaporoguie, plus indépendante. Au cours de cette période, la Sitch en tant que telle a changé plusieurs fois d'emplacement. Une nouvelle Sitch (la « vieille Sitch ») est bâtie en 1652 à l'embouchure de la rivière Tchortomlyk. En 1667, la trêve d'Androussovo fit du Hetmanat et de la Zaporoguie un condominium dirigé conjointement par le tsarat de Russie et la monarchie Polono-Lituanienne.

Sous le règne du tsar russe Pierre le Grand, des cosaques sont utilisés pour la construction de canaux et de lignes de fortification dans le nord de la Russie. On estime que 20 à d'entre eux ont été mobilisés chaque année. Ces travaux forcés ont entraîné un taux de mortalité élevé chez les constructeurs, et seuls 40 % environ de ces cosaques sont rentrés chez eux. thumb|Stèle du , servant aux Cosaques de théodolite pour mesurer leur territoire. Trouvé dans le village de Mochoryne, dans l'oblast de Kirovohrad. Après la bataille de Poltava de 1709, l'« ancienne sitch » est détruite et Batouryne, la capitale de l'hetman Ivan Mazepa, est rasée. Une autre sitch est construite à l'embouchure de la rivière Kamianets, mais elle est détruite dès 1711 par l'armée régulière russe. Les cosaques s'enfuient alors vers les nouveaux territoires pris au khanat de Crimée où ils fondent en 1711 la sitch d'Olechky. En 1734, ils sont autorisés à retourner dans le giron de l'Empire russe où ils construisent la « nouvelle sitch » à proximité de Tchortomlyk. La population sédentaire de la steppe pontique s'élevait alors à environ (1768).

Craignant l'indépendance de la sitch, la Russie abolit l'Hetmanat en 1764, incorporant les officiers cosaques à la noblesse russe (Dvoryanstvo). Quant aux cosaques de base, dont la plupart des anciens Zaporogues, deviennent paysans mais libres, non astreints au servage qui dure jusqu'en 1864 en Russie. Après l'annexion de la Crimée par la Russie en 1783, la colonisation de la Nouvelle-Russie par d'autres paysans libres, russes, biélorusses, moldaves, bulgares, serbes et même allemands, pourvus par la Russie de parcelles cultivables prises aux tatars vaincus, sonnent le glas de la cosaquerie, car les zaporogues deviennent inutiles. L'armée russe démolit finalement la Sitch zaporogue en 1775 et incarcère l'hetman Kalnychevsky.

Destruction et après-coup En mai 1775, le général russe Piotr Tekely reçoit de Grigori Potemkine l'ordre d'occuper et de détruire la sitch zaporogue, ainsi qu'en avait décidé la tsarine Catherine II. Une armée de cent mille soldats russes partit du Fort Sainte-Élisabeth. Le 5 juin 1775, Tekely encercle la Sitch avec de l'artillerie et de l'infanterie et les Zaporogues se rendent. La sitchss est officiellement dissoute par l'oukaze du de la tsarine Catherine, et est rasée. droite|vignette|Cosaque zaporogue au . vignette|gauche|Réplique d'une tchaïka (« mouette ») nommée Presviata Pokrova, navigant sur le Dniestr en 1992 sous pavillon médiéval moldave, aujourd'hui conservée à Pont-Aven. thumb|Cosaque du Danube au . Certains officiers cosaques, les starchynes, sont intégrés à la noblesse russe héréditaire et reçoivent d'immenses domaines, tandis que d'autres, minoritaires, préfèrent émigrer dans l'espoir de reconstituer des sitch en Amérique du Nord ou en Australie. Sous la direction d'une starshyne nommée Lyakhina, environ Zaporogues fuient dans le Boudjak alors encore ottoman où ils forment la sitch danubienne ; d'autres descendent au sud des bouches du Danube, en Dobroudja, où ils s'installent autour du liman de Iancina dès lors renommé Razim du nom de l'un de leurs hetmans. D'autres encore partent pour l'Empire autrichien où ils forment une sitch en Hongrie orientale. Selon leur propre tradition orale, certains cosaques seraient arrivés à Malte où la chevalerie maltaise aurait accueilli quelques starchynes.

Le chef de l'ost zaporogue Petro Kalnychevsky est arrêté et exilé aux îles Solovetsky où il vécut jusqu'à l'âge de 112 ans. Quatre starchynes de haut niveau sont déportés, mourant plus tard dans des monastères sibériens. Les starchynes de niveau inférieur qui sont restés et sont passés du côté russe ont reçu des grades militaires et tous les privilèges qui les accompagnaient, et ont été autorisées à rejoindre les régiments de hussards et de dragons. La plupart des cosaques ordinaires sont devenus des paysans (holota) mais ont, pour la plupart, échappé au servage qui a sévi en Russie jusqu'en 1861.