Dans la tradition orphique de la mythologie grecque, Baubo (en grec ancien ) aussi connue sous le nom de Iambé (en grec ancien ), est une figure féminine liée aux mystères d'Éleusis et à l'histoire de Déméter et Coré. .

Mythe thumb|Figurine en terracotta représentant Baubo trouvée sur le site de Priène. Baubo est associée à l'épisode de l'enlèvement de Perséphone par Hadès. Déméter, sa mère, la cherche par toute la Terre. À Éleusis, elle est accueillie par Baubo. Plongée dans son chagrin, elle refuse le cycéon (mixture d'orge et d'herbes) qui lui est offert. Baubo entame alors une danse comique, retrousse son péplos et, « découvrant ses parties, les montre à la déesse » (II, 20-21). Traduction de Claude Mondésert.. Le jeune Iacchos, qui se trouve là, agite la main sous le sein de Baubo. Réjouie par le spectacle, Déméter accepte finalement la boisson. Le récit provient du fragment d'un hymne orphiqueFrag. 52 Kern. préservé par Clément d'Alexandrie dans son Protreptique et, sous une forme différente et probablement corrompueM. Marcovich, « Demeter, Baubo, Iacchus, and a Redactor », Vigiliæ Christianæ, vol. 40, 3 (septembre 1986), p. 294-301., par Arnobe dans sa traduction latine du texte de Clément d'AlexandrieContre les Gentils, V, 25-26.. Il trouve son parallèle dans l’Hymne homérique à Déméter où une certaine Iambé, fille de Pan et de la nymphe Écho, dans des circonstances similaires, fait rire la déesse par des plaisanteries grossières à Déméter, vers 198-205.. Le nom de Baubo est un doublet de celui de Iambé ; il se rattache vraisemblablement au verbe / , « dormir, endormir » à l'article « ».. Il évoque donc naturellement une nourrice ; le mot désigne également le sexe féminin.

Ces deux récits correspondent à un rituel précis des mystères d'Éleusis, les / , littéralement les « railleries grossières », p. 287.. Quand les mystes (les initiés) en procession atteignent le pont à la frontière entre Athènes et Éleusis, à la tombée de la nuit, des figures masquées les accueillent par des plaisanteries et des gestes obscènes. Dès que les premières étoiles apparaissent, à l'instar de Déméter chez Baubo, les mystes rompent le jeûne. On a également suggéré que le rituel de l'exposition indécente ( / ) remontait originellement aux Thesmophories, festivités en l'honneur de DéméterGraf, p. 170 et suivantes..

La liaison entre le rire, la divinité et l'exposition du sexe féminin est bien connue et répandue dans les époques et dans les cultures, comme les anthropologues et les médievistes aussi ont démontré (voir par exemple la vidéo en note).

Littérature et philosophie

Baubo est mentionnée dans le Faust de Goethe. L'écrivain allemand la fait apparaître dans la « Nuit de Walpurgis » de la première partie de la tragédie. C'est une fête où les sorcières sont conviées et à laquelle assistent Faust et Méphistophélès. Une voix s'écrie : Goethe, Faust I et II, Paris, GF Flammarion, 1984, 184.. Le commentateur Bernard Lortholary précise en note que Goethe, Faust I et II, Paris, GF Flammarion, 1984, 520..

À la suite de Goethe, le philosophe Friedrich Nietzsche évoque Baubo dans la préface à la deuxième édition du Gai Savoir Friedrich Nietzsche, Le Gai Savoir, Paris, Gallimard, 1982, 27., pour figurer la Nature. Il écrit : Avis aux philosophes ! On devrait mieux honorer la pudeur avec laquelle la nature se dissimule derrière des énigmes et des incertitudes bigarrées. Peut-être la vérité est-elle une femme qui est fondée à ne pas laisser voir son fondement ? Peut-être son nom, pour parler grec, serait-il Baùbo ?

Une note de Marc de LaunayFriedrich Nietzsche, Le Gai Savoir, Paris, Gallimard, 1982, 334. précise que Nietzsche s'inspire de Clément d'AlexandrieProtreptiques, II, 20. et renvoie à l'ouvrage Baubô, la vulve mythique de Georges Devereux.

La philosophe française Sarah Kofman relève que la figure de Baubô serait également évoquée dans les Fragments posthumesFrantz, Anaïs. « La pudeur et ''la question de la femme'', Nietzsche dans le texte. » Sens public, 2011. https://doi.org/10.7202/1063027ar de Nietzsche.

Catherine Clément en fait mention dans La Jeune née, coécrit avec Hélène Cixous.

Représentations artistiques On appelle des « Baubo » des figurines en terre cuite représentant une femme exposant son sexe.

Poésie iambique Les anciens croyaient que le nom de la poésie iambique provenait de Iambé, qui aurait, en dansant au mètre iambique, réussit à faire rire la déesse Déméter quand celle-ci cherchait partout sa fille PerséphoneEustathe de Thessalonique sur Homère, p. 1684.

Notes et références

Annexes

Bibliographie

Études Monique Broc-Lapeyre, « Pourquoi Baubô a-t-elle fait rire Déméter ?», cahier Recherche sur la Philosophie et le langage n°5, deuxième trimestre 1985, Université Grenoble 2 et U.A. 1230 CNRS. Georges Devereux, Baubô, la vulve mythique (1983), Paris, Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot », 2011, nouv. éd. revue et augm. d'un texte de Sigmund Freud et d'un texte de Sándor Ferenczi. F. Graf, Eleusis und die orphische Dichtung Athens in vorhellenisticher Zeit, Berlin, De Gruyter, 1974. Tobie Nathan, « Baubô », in Psychanalyse païenne, Paris, Odile Jacob, 1988. Maurice Olender, « Aspect de Baubô », in Revue de l'histoire des religions, 202 (1985), p. 3-55. Salomon Reinach, « Le rire rituel », in Cultes, Mythes et Religions, t. IV, Éd. E. Leroux, 1912. Christian-Georges Schwentzel, "La vulve de Baubo : humour féminin et obscénité positive", The Conversation, ; lire en ligne : https://theconversation.com/la-vulve-de-baubo-humour-feminin-et-obscenite-positive-173458

Mentions dans la littérature Johann Wolfgang von Goethe, Faust, 1808 – 1832. Friedrich Nietzsche, Le Gai Savoir, 1882.

Liens externes

Catégorie:Mythologie grecque d'Attique Catégorie:Orphisme