Louis Charles de Saint-Albin est un prélat français né à Paris le et mort à Paris le .

Biographie Charles de Saint-Albin, « bâtard fort bien fait » selon Saint-SimonSaint-Simon, Mémoires, 1721, XVIII, 10., était le fils illégitime du Régent de France et d’une danseuse de l’opéra, Florence Perrin (v.1660-av.1716), elle-même fille d’un cabaretier. Bien que rejeté de la famille royale par Louis XIV (son père le reconnut pourtant en juillet 1706 et le légitima en 1722), il fut poussé vers une carrière ecclésiastique sans grand enthousiasme de la part de l’intéressé qui se trouvait davantage passionné par la théologiePerreau, 2004, p. 218, 219..

Abbé de Saint-Ouen de Rouen en février 1716Saint-Simon, Mémoires, 1716, XIII, 15., bientôt archevêque de Rouen après avoir été ordonné prêtre à Saint-Cloud, le , il fut nommé à l’évêché de Laon le et confirmé le , « après M. de Clermont-Chattes [sic]Louis Annet de Clermont de Chaste de Roussillon (1662-1721), […] et qui en a fait depuis grand usage, […] que les jésuites élevèrent et gouvernèrent, et n’en firent pourtant qu’un parfait ignorant. Il fit au sacre les fonctions de son siège ; mais quand il voulut se faire recevoir au parlement, il fut arrêté tout court sur ce qu’il n’avait point de nom, et ne pouvait montrer ni père ni mère. Cet embarras le fit passer à l’archevêché de Cambrai, à la mort du cardinal Dubois, avec un brevet de continuation de rang et d’honneurs d’évêque-duc de Laon […] »Saint-Simon, Mémoires, 1721, op. cit..

Saint-Albin fut effectivement fait duc et Pair de France le et obtint, grâce à son père, l’archevêché de Cambrai, le (consécration le ), à la mort de l'archevêque titulaire, le cardinal DuboisCharles Louis Richard, Jean Joseph Giraud, Bibliothèque sacrée, ou Dictionnaire universel historique, dogmatique, canonique, géographique et chronologique des sciences ecclésiastiques, Boiste fils ainé, 1827, v. 28, p. 209..

Sa grand-mère, la princesse Palatine, était très éprise de lui et dérogea ainsi au dédain que lui inspirait les bâtards de son beau-frère, Louis XIVEd. Bodemann, Briefe der Herzogin E. Ch. von Orléans an. […] Geheimrath Fr. von Harling zu Hannover, Hanovre/Leipzig, 1895, p. 203.. Le , elle confie ainsi son capitaine des gardesNeveu de Christian-Friedrich von Harling, grand écuyer du duc Ernst-August, Eberhard Ernst von Harling (1665-1729), mena une brillante carrière dans les armées du Roi. Page de la duchesse d’Orléans (1673), mousquetaire, colonel du régiment de Guyenne qu’il achète en 1702, brigadier des armées du roi à l’issue du siège de Haguenau (1705), il devint ensuite capitaine des gardes de la duchesse (1715), gouverneur de Sommières (1717), maréchal de camp (1718). Servant loyalement sa patrie d’adoption, considéré par Saint-Simon comme « fort honnête homme, doux et simple, avec de l’esprit » (Voir les Mémoires de Saint-Simon, XXIX, p. 221-222 & Van der Cruysse, op. cit. 1988, p. 217), Harling méritait pleinement l’affection et les bontés de la princesse Palatine qui avait pleinement confiance en lui, au point de lui confier à l’occasion des sommes d’argent à convoyer. : « Il m’est le plus cher puisque je le considère comme le plus sûr des bâtards de mon fils ; depuis l’enfance il s’est attaché à moi plus que les autres. Je voudrais bien que mon fils le légitime »Dans une de ses lettres à Madame de Ludres (), elle ajoute : « Je crois que vous savez que l’abbé de Saint-Albin ne me peut-être indifférent, étant le fils de mon fils. Il ressemble à tous les portraits de Monsieur étant jeune. Il est aussi bien fait ; c’est bien dommage qu’il ne soit légitime. » (Dirk van der Cruysse, Madame Palatine, Lettres françaises, Fayard, 1989, p. 591).. Saint-Simon réunira Madame et son petit-fils en relatant les circonstances qui amenèrent la duchesse d’Orléans à assister à la soutenance de la thèseQuaestio thelogica ; quis dominatur in virtute sua in aeternum ? ; réflexion à partir du verset 7 issu du Psaume 65. du jeune abbé à la Sorbonne, le Saint-Simon, Mémoires, 1718, XV, 11.:

Cette soutenance aboutit à la réception de Saint-Albin, le , comme docteur en théologie à la Faculté de ParisOlivier, E. Hermal, G. Roton, R. de. Manuel de l'Amateur de Reliures Armoriées Françaises, 1924-1938, pl. 2593.. Un an auparavant, il avait été fait coadjuteur de l’abbaye de Saint-Martin des ChampsSaint-Simon, Mémoires, 1717, XV, 6. :

Iconographie Un seul portrait de l'archevêque est connu : il a été réalisé par Hyacinthe Rigaud en 1723 pour commémorer la nomination de Saint-Albin à l'archevêché de Cambrai. On déboursa livres pour ce vaste portraitHulst, p. 196. ; Roman, 1919, p. 196 ; Perreau, 2004, p. 218, 219, repr., p. 220, fig. 203.. L'exemplaire considéré comme l'original, et orné d'une riche bordure aux armes du modèle, œuvre du célèbre décorateur Gilles-Marie Oppenord est conservé au Paul J. Getty museum of Art de Los Angeles (Inv. 88. PA.136)Huile sur toile. H. 146,6 ; L. 112,2. .

Une réplique autographe se trouve au musée des Beaux-arts de TournaiHuile sur toile. H. 147 ; L. 115. Acquis en 1843 de la collection Fauquez. Voir Cat. Tournai 1971 [Pion], n°513 ; Cat. Tournai 1989 [Le Bailly de Tilleghem], p. 68 ; Cat. Tournai 2004 [Le Bailly de Tilleghem], p. 23..

Une autre réplique, tronquée sur les côtés, est conservée au musée des Beaux-arts de Cambrai, encadrée d'une spectaculaire bordure aux armes royales et décorée de puttiHuile sur toile. H. 118 ; L. 90. Inv. n°19 ; anc. coll. Victor Delattre ; sa vente (1889)..

D'autres exemplaires ont encore été répertoriés : une au château d’Aulteribe de Sermentizon (Puy-de-Dôme)H. 200 ; L. 176. Fondation Onslow de Pierre – C.N.M.H.S. Inv. SA/1/0177. Legs du marquis de Pierre (1954). Identifié à tort comme portrait de Charles d’Orléans de Rothelin (1691-1744) selon une inscription à même la bordure. et une autre de petites dimensions, passée en vente à Paris en 2004Huile sur toile. H. 56,5 ; L. 56. Vente Paris, Hôtel Drouot (Libert), 7 avril 2004, lot 32.

Un beau dessin correspondant au tableau a également récemment intégré les collections de la National Gallery of Art de WashingtonPierre noire et rehauts de blanc sur papier bistre. H. 36 ; L. 29. Inscription au bas de la feuille : Mr de St Albain archevêque de Cambray, dessiné par mr Rigaud qui en a aussi peint le tableau. C’est sur ce dessin qu’il a été gravé par M. Drevet [sic]. Vente Paris, Hôtel Drouot (Libert & Castor), 19 juin 2001, lot 11, repr. p. 5 du catalogue. Acquis à cette vente par un collectionneur privé. Don au musée de Washington en 2002. Exposé à New York, 2002, p. 20.

La gravure officielle, en contrepartie du tableau, a été réalisée Schmidt Georg Friedrich (1712-1775) et non pas par Drevet comme l'indiquait le dessinAuguste Guillaume Crayen, Catalogue raisonné de l'œuvre de feu George Frédéric Schmidt, Londres, 1789, n°47, p. 26. En bas, de part et d’autre d’un médaillon aux armes : Carolus Archiepiscopus - Dux Cameracensis / Par Franciæ, Sacri - Romani Imperii Princeps / Comes Cameracesii. Sous le trait carré : Pinxit Hyacinthus Rigaud Ste. Michælis Eques, Rector nec non Regiæ Academiæ Picturæ ex Moderator 1724 - Georgius Fredericus Schmidt Sculpsit Parisiis 1741. On retrouve un exemplaire de la gravure de Schmidt lors de la vente que Jean-Marc Nattier fit d’une partie de ses biens le et ce, parmi neuf autres estampes d’après Rigaud et sans compter celles encadrées (Bossuet, Mignard, Fleury, Louis XIV, Auguste III…).

Le buste gravé a été repris par Gilles-Edme Petit en contrepartie, en buste dans un ovale en 1743<ref>Sous l'ovale, sur le socle : 1743. A Paris chez Petit – rue St Jacques près des Mathurins'. Dans le socle : Charles Archevêque Duc de Cambray / Pair de France, Prince du St Empire / Comte du Cambresis. Sous le trait carré à gauche : Suite de Desrochers. H. 15,7 ; L. 11.</ref>.

Portalis rapporte, à la suite de Crayen, les circonstances qui virent la création de l’estampe par Schmidt (et non par Pierre Drevet comme l’indique l’inscription du dessin ci-dessus)Portalis & Béraldi, 1880-1882, III, p. 509, 522 (n°14). :

Blason D'azur à trois fleurs de lis d'or au lambel d'argent à trois pendants et au bâton d'argent, péri en barre.

Notes

Bibliographie Hulst (H. van), « Catalogue de l’œuvre gravé du sieur Hyacinthe Rigaud, rangé selon l’ordre des temps qu’ont été faits les tableaux d’après lesquels les estampes qui composent cette œuvre ont été gravées ; avec les noms du graveur de chacune, l’année qu’elle a été produite et les autres éclaircissements nécessaires », dans Mémoires inédits sur la vie et les ouvrages des Membres de l’Académie de Peinture et de Sculpture, Paris, II, 1854, p. 169-200. Roman (J), Le livre de Raison du peintre Hyacinthe Rigaud, Paris, 1919, p. 196. Perreau (S.), Hyacinthe Rigaud, le peintre des rois, Les presses du Languedoc, 2004, p. 218, 219, repr., p. 220, fig. 203. Perreau (S.), Monseigneur l'archevêque de Saint Albin'', http://hyacinthe-rigaud.over-blog.com/article-monseigneur-l-archeveque-de-saint-albin-91119142.html, .

Articles connexes Catalogue des œuvres de Hyacinthe Rigaud

Liens externes

Site du musée de Los Angeles Le tableau de Los Angeles avec son cadre

Catégorie:Naissance en avril 1698 Saint Albin Catégorie:Décès en mai 1764 Catégorie:Archevêque de Rouen Catégorie:Évêque de Laon Catégorie:Archevêque de Cambrai Catégorie:Abbé de Saint-Ouen de Rouen Catégorie:Abbé de Saint-Évroult Catégorie:Évêque catholique français du XVIIIe siècle Catégorie:Abbé du XVIIIe siècle Catégorie:Décès à 66 ans Charles