Les thermes de Trajan (en latin : Thermae Traiani ou Thermae Traianae) sont des bains publics de Rome situés sur la partie méridionale de la colline de l'Oppius, au nord-est des thermes de Titus, recouvrant les fondations et vestiges de la Domus Aurea de Néron. Ils sont situés à la périphérie des quartiers les plus développés, mais à l'intérieur de l'enceinte délimitée par la muraille Servienne.

Les thermes, inaugurés le , constituent pour l'époque un ensemble monumental gigantesque, les thermes les plus vastes construits jusqu'alors, qui ne seront surpassés en taille que par ceux de Caracalla et ceux de Dioclétien.

Histoire Construction et inauguration Au début du , les bains publics ouverts à Rome ne suffisent plus à satisfaire la demande croissante de la population. Trajan décide de lancer la construction de thermes surpassant en taille tous ceux construits jusque-là. Il choisit pour leur implantation le sommet de la colline de l'Oppius, à proximité des thermes de Titus.

La construction des thermes de Trajan débute après 104, année durant laquelle un incendie détruit en partie la Domus Aurea, et sont inaugurés le , dates confirmées par les estampilles retrouvées sur les briques de l'édifice. Les sources antiques attribuent les plans des thermes à l'architecte Apollodore de Damas, qui serait également à l'origine des plans du forum de Trajan, 1, mais son véritable rôle demeure obscur. De nombreux matériaux, colonnes et œuvres d'art qui ornaient la Domus Aurea sont réemployés pour la décoration des thermes. Les corridors et salles qui ne sont pas comblés servent de passages pour le service et de pièces de stockage.

Les dates de construction avancées (entre 104 et 109) ne sont pas unanimement acceptées. En effet, cinq années paraissent trop courtes pour mener à bien des travaux aussi importants : le nivellement du sommet de l'Oppius, le renforcement des ruines de la Domus Aurea qui ont brûlé, les travaux de terrassement, la mise au point des plans des thermes et enfin la construction des thermes eux-mêmes, les plus grands jamais construits. De tels travaux ont sûrement nécessité beaucoup plus de temps, ce qui pousse certains archéologues et historiens à avancer l'hypothèse selon laquelle ces travaux auraient été commencés sous Domitien et dirigés par son architecte Rabirius, à l'image des travaux d'excavation qui ont permis la construction du forum de Trajan. Ce dernier et son architecte attitré Apollodore de Damas auraient en fait poursuivi et achevé des travaux déjà amorcésCette hypothèse n'entre pas en contradiction avec les témoignages des sources antiques, celles-ci signalant la fin de la construction ou l'inauguration qui a eu lieu sans conteste sous Trajan. Les estampilles des briques, datées entre 104 et 109, semblent indiquer que les bâtiments des thermes sont bien l’œuvre de Trajan et de son architecte..

À côté de ce nouveau complexe, immense, les thermes de Titus paraissent minuscules. Leur proximité immédiate avec les thermes de Trajan a dû réduire leur attrait auprès des Romains, les transformant probablement en une sorte de vestibuleLes sources antiques désignent les thermes par les deux noms : thermae Titianae et Traianae. ou de thermes annexes peut-être destinés aux femmes et aux classes inférieures.

Antiquité Durant le , puis le , l'étage supérieur des Sette Sale, grand réservoir construit un peu à l'écart des thermes et assurant leur alimentation en eau, est réaménagé en domus. Au début du , quand la construction de ses thermes sur le Quirinal est achevée, Dioclétien y fait transférer les volumes des deux bibliothèques des thermes de Trajan.

Les thermes semblent toujours opérationnels au , comme en témoignent les statues qui y sont érigées par Julius Felix Campanianus, préfet de la Ville.

Moyen Âge Les thermes ont déjà perdu leur fonction thermale lors du siège de Rome par les Wisigoths, en 537Procope, De Bello Gothico, V, 19, et la stratégie de Vitigès pour forcer les Romains à céder, consistant à détruire certains aqueducs, coupe l'alimentation en eau de l'Oppius et les met définitivement hors service.

L'abandon des thermes semble daté du , comme le suggère la découverte d'une nécropole en face de l'exèdre nord-est qui sera utilisée jusque vers le .

Durant le Moyen Âge, la colline de l'Oppius, qui reste en marge du centre urbain, est couverte de vignes et de vergers plantés au milieu des vestiges des thermes qui sont ainsi conservés.

Durant le haut Moyen Âge , une partie des vestiges des thermes servira de carrière pour la construction de maisons aux alentours du site ce qui explique qu'une partie de l'architecture du bâtiment manque.

En 1871, la colline de l'Oppius est transformée en jardin public et une grande partie du sommet de la colline est achetée par la famille Brancaccio. Entre 1935 et 1936, le terrain est récupéré par A. Munoz, directeur du Bureau des Antiquités et des Beaux-Arts de Rome. Il crée un parc archéologique et aménage une route sur le flanc sud de la colline avec une vue panoramique sur le Colisée. Cette nouvelle route, conçue comme une avenue, relie la dépression de l'amphithéâtre avec la Via Merulana en traversant les ruines des thermes de Trajan.

Description

À l'époque de leur construction, les thermes de Trajan sont les plus vastes de Rome : ils occupent une surface de près de 10 hectares. On peut comparer ces dimensions avec celles des thermes de Titus et constater le gigantisme de l'édifice. Les fragments de la Forma Urbis Severiana, les dessins exécutés au cours des et les nombreux vestiges visibles encore aujourd'hui sur la colline de l'Oppius permettent de reconstituer entièrement le plan d'ensemble des thermes, mais la reconstitution et l'attribution des fonctions de chacune des pièces demeurent sources d'interprétations diverses. Les plans des thermes les plus reproduits sont ceux de Lanciani et de Gismondi, très semblables dans l'ensemble, mais présentant plusieurs différences dans la restitution des pièces, que ce soit d'un point de vue architectural ou dans l'attribution de leurs fonctions.

Les thermes sont constitués au centre d'une partie intérieure, divisée en plusieurs salles de tailles et fonctions diverses, et d'une partie périphérique en forme de U, occupée en grande partie par des jardins. De nombreux passages permettent d'accéder au jardin d'agrément depuis les salles du corps central, ce qui laisse penser que l'ordre entre les bains et la promenade n'a pas d'importance : on devait pouvoir pratiquer une activité physique en extérieur, puis venir se baigner, ou bien se baigner, puis aller se promener.

Les thermes de Trajan prennent en partie appui sur les ruines de la partie supérieure de la Domus Aurea de Néron qui ont été enterrées afin de servir de fondations, mais ne sont pas construits selon la même orientation, contrairement aux thermes de Titus : les thermes de Trajan sont orientés sur un axe nord-sud avec un désaxement d'environ 30 degrés. Cette orientation, une nouveauté apportée par l'architecte des thermes qui sera reprise lors de la construction des futurs grands thermes impériaux, permet de mieux profiter de l'ensoleillement et de s'abriter des vents dominants : selon cette configuration, le caldarium reçoit la chaleur du soleil depuis midi jusqu'au crépuscule.

Le plan des thermes est symétrique, comme c'est le cas déjà pour les thermes de Titus. On a pensé dans un premier temps que ce dédoublement des salles selon un axe de symétrie permettait la séparation des hommes et des femmes dans la pratique des bains, mais la natatio et le caldarium n'étant pas dédoublés, ils devaient s'y retrouver. La mixité des thermes disparaît ensuite quand un système d'horaires décalés est mis en place sous Hadrien. Finalement, cette symétrie semble avoir un objectif esthétique et pratique, en permettant d'accueillir plus de baigneurs sans que chaque pièce soit bondée.

Plan

Corps central La partie centrale des thermes mesure sur , soit une surface de quatre hectares. Les thermes de Trajan devaient pouvoir accueillir près d'un millier de baigneursEstimation à comparer avec les capacités des thermes de Caracalla (1600 baigneurs) et de Dioclétien (3000 baigneurs)..

Entrée, vestibule et halls à double abside L'entrée principale, qui se trouve au nord du complexe, est constituée de grands propylées. De part et d'autre de cette entrée se trouvent deux halls à double abside dont les orientations semblent converger vers le centre du complexe central des thermes. Les vestiges de celui qui est orienté parallèlement à la Domus Aurea sont encore visibles aujourd'hui, dans le Parco Oppio. D'autres entrées annexes donnent un accès direct à l'enceinte : elles sont précédées d'escaliers, nécessaires pour combler la différence de niveau entre les thermes et le quartier avoisinant.

L'architecture du vestibule n'est pas connue avec précision. Deux conceptions différentes apparaissent : celle de Rodolfo Lanciani et celle d'Italo Gismondi. Selon la première, le vestibule est une pièce rectangulaire orientée selon l'axe de symétrie des thermes, alors que, selon la deuxième proposition, la pièce rectangulaire est orientée selon un axe perpendiculaire à l'axe de symétrie des thermes et divisée horizontalement par des colonnades. Le vestibule est flanqué de deux pièces latérales en forme de L qui donnent accès à l'enceinte des thermes.

Une fois passé le vestibule, on accède au portique entourant la natatio. Depuis ce point, on peut tourner à droite ou à gauche, le parcours sera identique.

Apodyterium Les vestiaires (apodyteria) se situent de part et d'autre de la natatio. Il s'agit de longues pièces rectangulaires qui desservent plusieurs pièces latérales plus petites aux plafonds voûtés : c'est dans ces pièces qu'on se change et qu'on entrepose ses effets personnels qu'on peut, si on le souhaite, laisser sous la garde d'un esclave, les voleurs (fures balneari) étant très nombreux dans les thermes.

Frigidarium Chaque vestiaire est prolongé par une salle circulaire (une sorte de rotonde) pourvue de quatre absides. Sa fonction n'est pas certaine, mais il pourrait s'agir d'un frigidarium, un bain à eau froide.

Palestre En sortant de cette salle circulaire, on accède au portique à trois côtés qui entoure la palestre rectangulaire, fermé sur le dernier côté par une exèdre. Celle située à l'est, encore identifiable dans les ruines des thermes, a conservé une partie de son demi-dôme orné de caissons carrés et du mur décoré par une série de niches semi-circulaires et rectangulaires. Le but est de pratiquer une activité sportive intensive, afin de se couvrir de sueur avant de se diriger vers les salles chaudes.

Tepidarium, sudatorium et unctuarium

Une fois que les baigneurs qui le souhaitent se sont dépensés dans les palestres, ils suivent une série de salles qui sont toutes alignées sur le même axe (perpendiculaire à l'axe de symétrie des thermes) et exposées vers le sud. Ces salles, dont la température ambiante va croissante, permettent de s’accommoder de la chaleur avant d'accéder au caldarium. Il s'agit certainement du tepidarium, le bain tiède, suivi du sudatorium, salle destinée à se nettoyer par la sudation et présente dans les thermes de grande dimension, et de l'unctuarium, sorte de salle de massage.

Parmi les vestiges encore debout aujourd'hui, on peut citer une partie d'un hall (une des absides latérales) dont un des murs porte gravé dans le marbre un plan moderne des thermes.

Caldarium Après s'être préparé le corps en passant dans des salles de plus en plus chaudes, les baigneurs entrent dans le caldarium, seule salle des thermes chauffée au maximum. La pièce, complétée par trois extensions absidales (au sud, à l'est et à l'ouest), comprend certainement plusieurs piscines chauffées et un poste d'eau froide. Le caldarium, exposé au sud, est doté de nombreuses petites fenêtres permettant d'éclairer la pièce sans perdre trop de chaleur.

Basilique