thumb|290px|right|Une affiche des IWW. ou Travailleurs industriels du monde, abrégé IWW, est un syndicat international fondé aux États-Unis en 1905 dont le siège actuel se trouve à Chicago. À son apogée, en 1923, l'organisation comptait environ actifs« Officiellement, l'IWW ne compta jamais plus de cinq ou dix mille membres en même temps. Les gens allaient et venaient, mais on peut néanmoins estimer à cent mille environ le nombre total des membres de l'IWW. » écrit l'historien Howard Zinn dans Une histoire populaire des États-Unis, Agone, 2002, .. Le nombre de ses adhérents déclina de façon spectaculaire après une scission en 1924, résultat de conflits internes et de la répression gouvernementale. Aujourd'hui, l'organisation milite activement, et compte environ à travers le monde. L'adhésion aux IWW ne requiert pas de travailler dans une entreprise où existe une représentation syndicale et n'exclut pas l'adhésion à une autre organisation syndicale.
Les IWW ont comme principe fondamental l'unité des travailleurs au sein d'un seul grand syndicat () en tant que classe sociale partageant les mêmes intérêts. Elle vise à l'abolition du salariat. Les IWW sont connus pour avoir développé le Wobbly Shop, une forme de démocratie en entreprise, dans laquelle les travailleurs élisent des délégués révocables. Les wobblies ont également mis en application d'autres formes de démocratie ouvrière, comme l'autogestion.
Histoire
Les IWW furent fondés lors d'un congrès à Chicago en regroupant 200 délégués (syndicalistes, socialistes, anarchistes et syndicalistes révolutionnaires) venant de tous les États-Unis qui s'opposaient à l'orientation syndicale de la Fédération américaine du travail, la principale organisation syndicale du pays.
Préparation du congrès de 1905
Les premières démarches vers la construction du syndicat furent entreprises dès l'automne 1904 lors d'une conférence informelle qui réunit six leaders du mouvement socialiste et syndical : , George Estes, W. L. Hall, Isaac Cowen, Clarence Smith, et . D'autres militants, comme Eugene V. Debs et Charles O. Sherman, coopérèrent avec eux sans être présents à cette réunion. Ils partageaient la même analyse de la situation syndicale. Pour eux, les syndicats existants étaient incapables d'obtenir des avancées sociales significatives pour les travailleurs. Ils considéraient les syndicats comme la Fédération américaine du travail trop conservateurs et «aristocratiques». Les autres organisations, plus petites mais plus revendicatives, comme l'American Labor Union, la Western Federation of Miners et la Socialist Trade and Labor Alliance, étaient trop peu efficaces dans leurs négociations avec les employeurs du fait d'un manque de solidarité et de coopération de la classe ouvrière..
Les syndicalistes présents à la réunion informelle décidèrent de préparer un meeting plus large pour le à Chicago auquel furent invitées trente personnes. À cette réunion secrète - connue sous le nom de "la conférence de janvier" - prirent part 23 militants, représentant de manière formelle syndicales. La conférence établit un manifeste dénonçant la forme prise par le mouvement ouvrier américain, en particulier le fait de s'organiser par métier, et elle proposait des projets alternatifs pour une nouvelle forme d'organisation des travailleurs tout en appelant à un congrès pour organiser ce nouveau syndicalisme alternatif. Le congrès se tint également à Chicago le 27 juin. Le manifeste fut signé par tous les présents de la réunion de janvier et il fut adressé à toutes les organisations syndicales en Amérique comme aux syndicats ouvriers européens..
Le Congrès de 1905
Le Congrès qui se réunit le à Chicago se présentait comme le « congrès industriel » (Industrial Congress) ou la « Convention du syndicalisme industriel » (Industrial Union Convention) - il serait plus tard renommé Premier Congrès Annuel des IWW. Il est considéré comme un des moments cruciaux de l'histoire du syndicalisme industriel et du mouvement syndical américains. Il réunit 203 syndicalistes représentant couvrant une large palette de métiers. 70 délégués venant de avaient un mandat les autorisant à incorporer leur organisation dans le syndicat qui devait être fondé lors du congrès. 72 autres délégués provenant de étaient seulement présents pour prendre des notes sur le déroulement du congrès et en rendre compte à leur organisation. Les 61 derniers délégués ne représentaient aucune organisation. Seuls les délégués ayant le mandat d'incorporer leur organisation aux IWW obtinrent un droit de vote proportionnel au nombre de membres de leur organisation - les autres délégués disposaient seulement d'un vote chacun..
Des syndicats ouvriers représentés au congrès, 16 étaient alors affiliés à l'AFL. Ceux-ci, cependant, n'étaient pour la plupart que des syndicats locaux comptant peu d'adhérents. Seules cinq de ces syndicats étaient représentées par des délégués ayant mandat de rejoindre le nouveau syndicat. Aussi ces syndicats ne jouèrent qu'un rôle mineur lors du congrès..
Les ouvrières qui envoyèrent un délégué mandaté pour se joindre aux IWW comptaient un total de . Le nombre total des adhérents des 20 autres organisations se montait à . Ainsi un tiers des adhérents représentés au congrès détenait presque tous les droits de vote. Sur les droits de vote rassemblés par les organisations prêtes à construire le syndicat, se répartissaient entre cinq organisations : la Western Federation of Miners (), l' American Labor Union (), les United Metal Workers (), les United Brotherhood of Railway Employees (), et la Socialist Trade and Labor Alliance (). À elles seules, ces organisations détenaient ainsi presque tous les pouvoirs au sein du congrès..
Les premiers organisateurs des IWW incluaient Big Bill Haywood, Daniel De Leon, Eugene V. Debs, Thomas J Hagerty, Lucy Parsons, Mary Harris Jones (plus connue sous le nom de Mother Jones), William Trautmann, Vincent Saint John, Ralph Chaplin.
Le syndicat avait comme objectif d'organiser la solidarité ouvrière et la lutte révolutionnaire pour renverser la classe patronale ; sa devise était « An injury to one is an injury to all » (une attaque contre l'un d'entre nous est une attaque contre nous tous) qui faisait écho à l'idéal des Knights of Labor au , « an injury to one is the concern of all » (une attaque contre l'un d'entre nous est l'affaire de tous). Les IWW furent créés en raison de la conviction de beaucoup de syndicalistes, socialistes, anarchistes et militants radicalisés que l' American Federation of Labor (AFL) avait complètement échoué dans sa tâche d'organiser la classe ouvrière américaine, puisque seulement 5 % environ de tous les travailleurs appartenaient à un syndicat en 1905.
Le préambule de la Constitution des IWW déclare : La classe ouvrière et la classe patronale n'ont rien en commun. Il ne peut y avoir de paix tant que la faim et le besoin touchent des millions de travailleurs et que les quelques privilégiés, qui forment la classe patronale, jouissent de toutes les bonnes choses de la vie. La lutte entre ces deux classes doit se poursuivre jusqu'à ce que les travailleurs du monde, en tant que classe, prennent possession des moyens de production, abolissent le salariat, et vivent en harmonie avec la Terre... En lieu et place du slogan conservateur, « Un salaire journalier honnête pour une journée de travail honnête », nous devons inscrire sur notre bannière le slogan révolutionnaire, « Abolition du salariat ». C’est la mission historique de la classe laborieuse d'en finir avec le capitalisme, tel qu'amendé au cours du janvier 2005..Les Wobblies se différenciaient des autres syndicats de l'époque par leur promotion du « syndicalisme d'industrie » (industrial unionism), organisé par industrie, sans égard pour le type de métier ou la qualification, qui s'opposait au syndicalisme professionnel de l'American Federation of Labor, où le syndicalisme était organisé par type de métier. Ils soulignaient l'importance de l'organisation partant de la base, qu'ils opposaient au système de délégation de pouvoir à des dirigeants syndicaux, qui se chargeaient ensuite de la négociation avec les patrons au nom des salariés. Ceci se manifesta dès le début dans le refus constant des IWW de signer des accords qui pourraient restreindre le seul véritable pouvoir aux mains des travailleurs : le droit de grève. Bien que cette idée ne fût jamais développée en détail, ils envisageaient la grève générale comme le moyen de mettre à bas le système du salariat, pour inaugurer un nouvel ordre économique qui placerait l'individu au-dessus du profit, et la coopération avant la compétition.
Une des contributions majeures des IWW au mouvement ouvrier, et une vigoureuse impulsion vers la justice sociale, fut d'accepter dès sa création, à la différence des autres syndicats américains, tous les travailleurs, y compris les femmes, les immigrés et les Afro-Américains. En effet, beaucoup de ses premiers adhérents étaient des immigrés et certains comme Carlo Tresca, Joe Hill et Mary Jones atteignirent une certaine importance dans sa direction. Les Finlandais formaient une part non négligeable des adhérents immigrés des IWW. « Le nombre des adhérents finlandais aux IWW est évalué alors entre cinq et dix mille membres » Finnish-American Workmen's Associations Auvo Kostiainen. L’Industrialist est rédigé en finnois, il est publié à Duluth et constitue le seul quotidien du syndicat. À son apogée, il tire à plus de chaque jour. Une autre publication en finnois, mensuelle, était le Tie Vapauteen (« Route de la liberté »). Il existait également un centre d'éducation finlandais, le Work People's College toujours à Duluth, et le Finnish Labour Temple à Thunder Bay, qui servit par ailleurs de siège aux IWW canadiens.
Les IWW furent dénoncés par les politiciens et la presse comme une menace à l'économie de marché, et comme une tentative pour monopoliser la main d'œuvre, à une époque où les monopoles industriels étaient combattus comme des entraves aux lois du marché. Les propriétaires d'usines employèrent des moyens non-violents (envoyant des membres de l'Armée du salut perturber les orateurs) et violents pour interrompre leurs réunions. Les membres IWW furent souvent arrêtés, et quelquefois assassinés, à la suite de ces prises de paroles publiques, mais ces persécutions ne firent qu'aviver le militantisme.
Une question de tactique: action politique ou action directe ?
Comme beaucoup d'organisations de gauche de l'époque, les IWW se divisèrent bientôt sur des questions de politique. En 1908, un groupe conduit par Daniel De Leon affirma que l'action politique mené par le Parti ouvrier socialiste d'Amérique de De Leon constituait la meilleure voie pour atteindre les buts des IWW. L'autre faction, avec à sa tête Vincent Saint John, William Trautmann, et Big Bill Haywood, pensait que l'action directe sous forme de grèves, de propagande et de boycotts était la voie la plus appropriée. Ils s'opposaient à l'arbitrage et à l'affiliation politique. La faction de Haywood l'emporta, et De Leon et ses partisans quittèrent l'organisation.
L'action syndicale