Marius Barbeau (né à Sainte-Marie-de-Beauce le et mort à Ottawa le ) est un anthropologue, ethnologue et folkloriste québécois. Il est considéré comme le fondateur de l'anthropologie canadienne et québécoiseLuc Lacoursière, Marius Barbeau, ethnologue chevronné, Archives de la SRC (entrevue radio diffusée le 27 février 1970, 7 min 30 s) [document consulté le 4 juillet 2010]..
Marius Barbeau tient avant tout sa réputation de son travail extensif de recension des traditions orales du Canada français, mais également de l'énorme documentation consacrée aux Amérindiens de l'Est, de l'Ouest et des Prairies, notamment des peuples de langues tsimshianiques de Colombie-Britannique – les Tsimshians, les Nisga'as et les Gitksans. Barbeau avait une prédilection particulière pour les chansons, contes et légendes. Il est l'auteur de plus de de vulgarisation scientifique des traditions orales et artistiques du Canada.
Biographie Jeunesse, formation et début de carrière Aîné d'une famille de quatre enfants (suivi de Dalila (1884-1901), Richard (1888-) et Louis-Georges (1889-)), Charles Marius Barbeau est né le à Sainte-Marie de Beauce. Sa mère, Virginie Morency (1858-1906), et son père, Charles Barbeau (1845-1919), sont cultivateurs et élèvent des chevaux. Dès son jeune âge, Marius Barbeau est initié aux contes, aux danses folkloriques, à la musique et au chant, grâce à ses parents.
Il fait ses études primaires à la maison (sa mère, ayant été religieuse, dirigeait l'instruction de ce fils précoceAutobiographie de Marius Barbeau, section Le temps des jeux, p. 2, site du Musée canadien de l'histoire [page consultée le 4 juillet 2010].).
À l'âge de 11 à 13 ans, il étudie au collège commercial des Frères des Écoles chrétiennes, à Sainte-Marie de BeauceAutobiographie de Marius Barbeau, section L'étudiant, p. L'école à la maison, site du Musée canadien de l'histoire [page consultée le 4 juillet 2010]. (où il apprend l'anglais et la sténographie-Duployé… qui lui seront très utiles). — C'est aussi là qu'il fait une rencontre qui finira par orienter son choix de carrière : il croise l’abbé Prosper Vincent (1842-1915), un prêtre catholique d'ascendance huronneFonds Prosper-Vincent, conservé par le Séminaire de Québec, (site du Musée de la civilisation, Québec : www.mcq.org) [page consultée le 4 juillet 2010]., qui le laisse marqué par le spectacle des danses amérindiennes que l'abbé organiseAutobiographie de Marius Barbeau, section L'étudiant, p. Le collège commercial, site du Musée canadien de l'histoire [page consultée le 4 juillet 2010]..
Puis Marius (de l'âge de 14 à 20 ans) fait son cours classique (latin, grec ancien, mathématiques, sciences, littérature...) au collège (alors aussi dit « petit séminaire ») de La Pocatière.
Après quoi, en vue de devenir notaireAutobiographie de Marius Barbeau, section L'étudiant, p. L'Université Laval (1), site du Musée canadien de l'histoire [page consultée le 4 juillet 2010]., il commence en 1903 des études de droit à l'Université Laval, qu'il termine en 1907 en obtenant le droit de pratiquer comme avocat.
Enfin, grâce à l'obtention d'une des premières bourses Cecil Rhodes (étant donné le désistement de son brillant confrère et ami, le jeune avocat Louis St-Laurent, futur premier ministre du Canada)Autobiographie de Marius Barbeau, section L'étudiant, p. L'Université Laval (2), site du Musée canadien de l'histoire [page consultée le 4 juillet 2010]., Marius Barbeau part (à l'automne 1907) pour Oxford, en rêvant de s'y spécialiser en droit pénalFonds Charles-Marius-Barbeau [article consulté le 4 juillet 2010]. puis de revenir dans sa Beauce natale pratiquer le droit. Mais, se passionnant pour l'être humain et sa culture, il décide sur place de s'inscrire, au Oriel College, en anthropologieAutobiographie de Marius Barbeau, section L'étudiant, p. Les études outre-mer (1), site du Musée canadien de l'histoire [page consultée le 4 juillet 2010].. Sa passion pour cette discipline nouvelle est telle, qu'il traverse en France pendant les vacances, pour fréquenter l'École des hautes études à la Sorbonne ainsi que l'École d'anthropologie, à Paris. Il termine ses études à l'âge de , en 1910, en déposant et soutenant avec succès sa thèse de doctorat (en anglais), intitulée : (« Le système totémique des tribus indiennes du Nord-Ouest de l'Amérique du Nord »).
Dès 1911, Marius Barbeau est recruté par le Musée de la Commission de géologie du Canada (devenu en 1927 le Musée national du Canada, renommé aujourd'hui le Musée canadien de l'histoire), auquel il reste rattaché jusqu'à sa retraite (alors obligatoire à 65 ans) en 1948, mais demeure disponible en consultation et poursuit des travaux personnels le reste de sa vie, s'occupant à transcrire les textes et les mélodies qu'il avait recueillis durant ses expéditions (écriture au propre, du texte et de la musique, à partir des écritures sténographiques ou des enregistrements phonographiques) et à préparer ses publications. Entre 1914 et 1918, période particulièrement prolifique, il recueille plus de deux-cent contesJean Du Berger, « Marius Barbeau : le conte et le conteur », Études françaises, volume 12, numéro 1-2, avril 1976, p. 67 (lire en ligne). .
Marius Barbeau est le deuxième anthropologue professionnel à temps plein au Canada (après Edward Sapir)Marius Barbeau, Les premiers peuples d'Amérique, Archives de la SRC (entrevue télévisée diffusée le 30 mai 1966, 8 min 06 s) [document consulté le 4 juillet 2010].. En premier lieu, il fait une étude des dialectes et de la phonétique des autochtones (des Hurons-Wendat, et plus tard jusqu'aux autres nations du Nord-Ouest du Canada) et il se fabrique un dictionnaire de leur langue. Équipé d'un phonographe Edison à cylindres de cire, il enregistre les contes et les chansonsMarius Barbeau et les chants amérindiens, Archives de la SRC (entrevue télévisée diffusée le 26 septembre 1964, 11 min 52 s) [document consulté le 4 juillet 2010]..
Mariage et famille Le , Marius Barbeau épouse, à Ottawa, une infirmière, Marie Ernestine Larocque (1888-1979)Inscriptions sur la pierre tombale Barbeau-Larocque et Barbeau-Price, au Cimetière Notre-Dame, à Ottawa (choisir la section « G », puis voir par l'hyperlien sur « Barbeau, Marius ») [page consultée le 4 juillet 2010].. Le couple donne naissance à deux enfants : Dalila (1919-1994), qui épouse Arthur Donald Price (1918-2009) RCA, l'illustrateur des publications de Marius Barbeau, et Hélène (1921-2010)Hélène Barbeau-Rioux (avis de décès, mars 2010) [page consultée le 4 juillet 2010]., qui épouse l'ethnologue et sociologue Marcel Rioux (1919-1992)Jean-Jacques Lefebvre, « Nos Disparus : Marius Barbeau », dans Revue du Barreau, Vol. 29, 1969, pp. 329-331 (copie sur le site du Marianopolis College) [page consultée le 4 juillet 2010]..
Études du folklore et ethnologie au Québec vignette|Marius Barbeau transcrivant la mélodie d'une chanson traditionnelle recueillie sur le terrain, enregistrée sur cylindre phonographique, 1949. Barbeau étudie les Hurons-Wendat de la région de Québec. Il y collecte contes et chansons. En 1913, lors d'un congrès à Washington, l'anthropologue Franz Boas, le père de l'anthropologie scientifique, encourage Marius Barbeau à recueillir, avant qu'ils ne se perdent, des contes français et des chansons auprès des anciens, chez les Hurons et les Canadiens. Ce qu'il fait, mais d'abord en vérifiant l'influence de la culture canadienne-française sur celle des Hurons-Wendat, car certains contes hurons lui semblaient provenir de contes canadiens-français. Les travaux de Barbeau à propos du folklore canadien-français sont très importants (tant dans leur ampleur que par la précision de la documentation). Ils ont marqué les Québécois du , notamment dans le camp nationaliste — toutefois, Barbeau fut surtout un des premiers promoteurs du multiculturalisme au CanadaSerge Gauthier, Un Québec folklorique, Québec, les Éditions du Québécois, 2008, 198 p. - Recension de cet ouvrage, par Yves Bergeron, dans Rabaska : revue d'ethnologie de l'Amérique française, vol. 7, 2009, p. 194-196 (copie sur le site erudit.org) [document consulté le 4 juillet 2010]..
Travail anthropologique en Colombie-Britannique Dès 1914, Barbeau étudie les peuples autochtones tsimshians, nisga'as et gitksans en Colombie-Britannique. Cette année-là, en trois mois seulement, Barbeau et ses collègues documentent de manière extensive l'organisation sociale de ces peuples. Dans les années 1920, Barbeau retourne à plusieurs reprises dans la région. Il est souvent accompagné de , un chef héréditaire tsimshian qui agissait comme son traducteur. Son travail de collecte d'informations provenant de l'histoire orale, des traditions de contes et des légendes, ainsi que de la linguistique, était principalement motivé par la volonté de déterminer les mouvements de migrations des nations amérindiennes. — Ses théories sur la migration sont, un siècle plus tard, considérées dépassées, améliorées notamment par les fouilles archéologiques depuis lors.
Par ailleurs, l'intérêt de Barbeau pour la conservation et la diffusion de l'art totémique de la région en fait un fervent défenseur de l'art autochtone canadien.
Le travail de Barbeau demeure néanmoins controversé. Il aurait possiblement mal représenté ses informateurs autochtones et aurait été à la recherche de ce qu'il qualifiait de « récits authentiques » sans implications politiques, notamment dans ses travaux auprès des Tsimshians et des Hurons-WendatsHarrison and Darnell, J & R (2006). Historicizing Canadian Anthropology. Vancouver: UBC Press..
Enseignement À partir de 1942, Barbeau enseigne l'anthropologie à l'Université Laval (comme conférencier aux cours d'été) et à l'Université d'Ottawa. En 1945, il est nommé professeur agrégé à la faculté des lettres de l'Université Laval. Il prend sa retraite de l'enseignement à 71 ans, en 1954.
Collaborateurs Marius Barbeau a collaboré de proche ou de loin avec la grande majorité de ses contemporains qui se sont intéressés au folklore canadien. Parmi ses principaux collaborateurs on note entre autres Édouard-Zotique Massicotte et Adélard Lambert. ainsi que Luc Lacourcière et Carmen RoyChristine Bricault, Anne-Marie Desdouits et Dominique Sarny, « Rétrospective de la discipline : la conception du folklore de trois pionniers Marius Barbeau, Luc Lacourcière et Carmen Roy », Ethnologies, vol. 26, no 2, 2004, p. 21-56..
Archives
La plupart de ses archives se trouvent dans le Fonds Charles-Marius-Barbeau, à la salle Marius-Barbeau du Centre canadien d'études sur la culture traditionnelle (CCÉCT), division du Musée canadien de l'histoire, à Gatineau (au Québec), où les nouvelles technologies sont appliquées à conserver ces documents.
Le fonds d'archives de Marius Barbeau est conservé au centre d'archives de Montréal de Bibliothèque et Archives nationales du QuébecFonds Marius Barbeau (P51) - Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ)..
En 2005, le Musée a entrepris de rendre disponibles des copies des archives sonores de Barbeau.
Citations — Charles Marius BarbeauAutobiographie de Marius Barbeau, section Le vulgarisateur, p. 1, site du Musée canadien de l'histoire [page consultée le 4 juillet 2010].
Bibliographie (extraits) Marius Barbeau (sélection) Huron and Wyandot Mythology, Memoir 80, no.11, Anthropological Series, Ottawa, Canada Department of Mines, Geological Survey, Government Printing Bureau, 1915, 437 p. Mythologie huronne et wyandotte : avec en annexe les textes publiés antérieurement, traduit de l'anglais et commentée sous la direction de Pierre Beaucage, Montréal, Presses de l'Université de MontréalMythologie huronne et wyandotte… (Les Presses de l'Université de Montréal, 1993…) [page consultée le 4 juillet 2010]., 1993…, 439.p. Contes populaires canadiens, The Journal of the American Folk-Lore, vol. XXIX, n 111, (Jan.-March 1916), p. 1-136