Paul Gillon, né le à Paris et mort le à AmiensRelevé des fichiers de l'Insee, est un illustrateur et scénariste français de bande dessinée. Il se spécialise très tôt dans le registre qualifié de réaliste avec une prédilection pour les récits d'aventures historiques ou de science fiction, dans la lignée de ses grands prédécesseurs américains. Il dessine pour de nombreux journaux tels que France-Soir, Vaillant, Le Journal de Mickey, Pif Gadget ou encore Métal hurlant.
Enfance Paul Gillon est né le à Paris. Il vécut une enfance difficile : handicapé par une tuberculose osseuse il enchaîne les séjours dans les hôpitaux de 1932 à 1938. Il ne reçoit aucune éducation scolaire durant cette période et passe son temps à « griffonner ». Il se décrit lui-même comme un enfant rebelle, lors d'un séjour à l'hôpital Berck-Plage dans le nord de la France, il s'amuse à inonder tout un étage en ouvrant les robinets des sanitaires. Il fugue deux jours de l'établissement. L'hôpital souhaite alors que sa mère vienne le chercher avant la fin de la convalescence.
Il rentre à l'école à 12 ans, dans une classe de cinquième. Il s'avère doué malgré son manque d'éducation scolaire. Il saute alors deux classes, mais son insolence persiste, il parvient tout de même à obtenir son certificat d'études. Il souhaite arrêter les études et se concentrer sur les dessins, il se dit fasciné à cette époque par les dessins de locomotives. Sa mère décide alors de l'inscrire dans des écoles de dessins en vain. Il intègre alors l'École des arts graphiques de Paris : il y étudie seulement six mois puis part pour avoir insulté le directeur. Il est par la suite inscrit aux Arts et Métiers dans le domaine du dessin industriel, desquels il est également renvoyé. Son parcours scolaire montre alors que Paul Gillon n'était pas un adepte de la discipline, mettant en avant son côté autodidacte.
Il lit d'ailleurs de nombreuses bandes dessinées dont son futur travail sera pleinement inspiré comme des influences américaines avec les histoires de Mickey, Robinson, Aventures, Hurrah !, Hop-là ! ou encore Junior. Ou encore d'auteurs de cette même nationalité tels que Milton Caniff, Alex Raymond ou Harold Foster qui donnent vie à Tarzan, Prince Vaillant, Guy l'Éclair ou encore Jim la jungle. Il est également inspiré par des auteurs français tels que Le Rallic, Giffey ou encore Pellos avec la bande dessinée Futuropolis.
Ses débuts
Illustrations musicales Il est passionné par la musique, notamment d'artistes français tels que Charles Trenet ou Edith Piaf. Il admire les illustrations des albums de musique, tels que ceux de Guy-Gérard Noël.
À l'âge de 14 ans, sous l'Occupation, il débute dans l'illustration pour des partitions de chansons. Il habite avec sa mère et sa grand-mère à Montreuil-Sous-Bois, à côté des quartiers musicaux. Un ami à lui travaillant au théâtre l'ABC le présente au chanteur Charles Trenet. Il montre à ce dernier une affiche qu'il a lui-même réalisée. Le lendemain, le chanteur perd l'affiche, malgré cela Charles Trenet lui présente son éditeur, Raoul Breton. Il travaille dans l'illustration musicale jusqu'à ses 16 ans, réalisant par exemple les dessins de La Chanson de l'ours de Charles Trenet ou encore Bésame mucho de Tino Rossi.
Il est par la suite employé dans de nombreux magazines où il réalise des caricatures pour le monde musical. Grâce à son travail il obtient des tickets pour de nombreux spectacles de théâtre ou de music-hall. Il y rencontre des artistes comme Yves Montand, pour lequel il réalise une affiche après la Libération, ou encore Charles Aznavour, Boris Vian...
Presse Il réalise en parallèle des illustrations pour de nombreux journaux. Dès 1944 pour le journal Gavroche, lié au parti socialiste. Paul Gillon illustre également le quotidien Samedi-Soir dès 1945, ou encore Fillette où il dessine des récits avec texte sous vignettes.
Vaillant et Pif Après la Libération, il recherche du travail. Il tente d'entrer une première fois à la rédaction du journal Vaillant, mais il est recalé par manque d'expérience. Il se rend alors au journal Coq hardi (périodique) et, malgré les critiques qu'il porte aux illustrations du dessinateur Marijac, ce dernier lui propose de reprendre une série dans le journal. Paul Gillon retourne à Vaillant, qu'il favorise, et devant les rédacteurs Lécureux, Moreu et Ollivier, leur énonce le tarif que Coq hardi est prêt à lui verser. Ils surenchérissent alors. Paul Gillon accepte d'entrer dans la rédaction de Vaillant. Il effectue un bref apprentissage aux côtés de Lécureux au journal l' Avant-garde, lié à Vaillant. Il se voit confier la série Fifi, gars du maquis, dont il fait une cinquantaine de planches. Cette série évoque les aventures de Fifi qui s'engage dans la Résistance lors de la Seconde Guerre mondiale.
Il fournit un travail hebdomadaire à la rédaction et se voit confier plusieurs séries qu'il reprend. Ainsi, en 1947, il est chargé des illustrations de la série Lynx blanc, scénarisé par Roger Lécureux, qu'il alterne avec le dessinateur Claude-Henri de 1947 à 1961. Cette bande dessinée est une aventure de brousse qui se rapproche des histoires telles que Jim la jungle ou Tarzan. Elle évoque d'abord l'aventure d'un jeune garçon qui lutte avec son peuple en Afrique, puis ses différentes aventures dans les forêts asiatiques ou d'Amérique du Sud. Il s'occupe également de la bande dessinée Wango de 1958 à 1961 qu'il alterne aussi avec d'autres dessinateurs. Cette dernière conte le récit d'un capitaine de navire dans les îles du Sud accompagné d'un vieux Chinois philosophe. Apparaît dans le journal une histoire de reconstitution historique et politique qui est liée à l'idéologie du journal communiste, Fils de Chine, biographie de Mao Tsé Toung, publiée de 1950 à 1953 qu'il anime avec Roger Lécureux et dont le héros, Tao, participe à la révolution et à la Longue Marche et permet de se familiariser avec cette époque et cette idéologie. Il en effectue . Il reprend de nombreuses autres bandes dessinées comme Capitaine Cormoran de 1952 à 1959 avec le même scénariste, qui raconte l'histoire d'un corsaire breton pillant de nombreux navires.
Jusqu'à présent, chez Vaillant, Paul Gillon n'avait illustré que des reprises. Pour la première fois, il lance sa propre production avec son propre scénario en 1968 avec la série Jérémie qu'il anime jusqu'en 1973 (entre-temps, l'hebdomadaire sera renommé Pif Gadget). Contant les aventures d'un jeune mousse dans les Caraïbes du et qui se retrouve aux prises avec les éléments naturels comme l'océan ou les étendues terrestres vierges, où il fait la rencontre d'êtres étranges. Paul Gillon s'est inspiré de ses précédentes histoires pour celle-ci comme les aventures de Capitaine Cormoran. Malheureusement pour lui, la série n'a pas été accueillie aussi favorablement qu'il l'aurait souhaité par les lecteurs de Pif Gadget qui se sentaient perdus avec cette histoire. Cependant, Paul Gillon caractérise cet échec de « banc d'essai pour aller plus loin ».
Toujours fidèle à Pif Gadget, il réalise une adaptation de Moby Dick sur un scénario de Jean Ollivier en 1983.
De multiples supports Il reprend ses illustrations notamment avec le journal Radar où il illustre la bande dessinée Les Aventures de Rex en lavis (technique graphique qui utilise l'aquarelle ou l'encre de Chine), reprise de Rino Ferrari, sur laquelle il travaille durant plus d'un an. Mais cette technique graphique ne lui convenait pas dans son travail de bande dessinée. Il dessine d'autres histoires pour ce même journal comme Le Dragon jaune, Les Diamants de Good Luck, ou La Statue maléfique. Cela lui a permis de faire un retour dans l'illustration, reprenant les planches pour Vaillant. En même temps que son travail au journal Vaillant, il fournit des planches pour de nombreuses autres revues. Il remet des illustrations au journal 34 Caméra, à la revue Femmes d'aujourd'hui, ou encore Bonjour bonheur. Son travail est alors de plus en plus reconnu.
France-Soir Paul Gillon cherche à se renouveler, il se tourne vers de grands quotidiens tels que France-Soir, où il souhaite illustrer des séries phares comme Les Amours célèbres ou Le crime ne paie pas en bandes verticales. Il est reçu par Paul Gordeaux et Vania Beauvais, rédacteurs au journal. Sa collaboration au journal France-Dimanche, qui appartenait au même groupe, facilite son entrée dans la rédaction. Il y travaille durant quatorze ans, jusqu'en 1972 en fournissant trois bandes tous les trois jours. Il réalise la célèbre série 13 rue de l'Espoir pour le quotidien en collaboration avec les frères Jacques et François Gall. Bande dessinée qui évoque la vie quotidienne d'un immeuble qui se concentre autour de l'héroïne Françoise, où s'articulent des événements, côtoyant plutôt les milieux aisés. Paul Gillon s'inspire ici de sa propre histoire, lorsque après la Libération le quartier où il vivait, Saint-Germain-des-Près, s'est remis à vivre (réapparition de lettrisme, peinture, jazz...). Les personnages féminins paraissent plutôt sensuels mais les postures du corps sont retenues fait remarquer le journaliste Évariste Blanchet, de Hop !, expliquant cela par la censure sexuelle des années 1960.
Le Journal de Mickey Dans les années 1960 il est repéré par Paul Winkler qui détient Le Journal de Mickey, car ses dessins se rapprochent des dessins américains dont le journal recherche l'influence. Pour cette dernière il réalise de nombreuses histoires qui sont la suite de feuilletons télévisés comme La Déesse d'or de 1961 à 1962, racontant l'histoire d'adolescents qui tentent de retrouver une statuette en or de Néfertiti volée à un collectionneur. Ou encore Le Temps des copains de 1962 à 1964, qui conte les aventures d'un trio d'adolescents, Le Fantôme de Barbe-Noire en 1968, adapté du film de même nom de Walt Disney Pictures où Barbe-Noire revient sous forme de fantôme, et également Téva de 1973 à 1977, aventures exotiques d'un jeune garçon en Polynésie française. Plus tard, il réadapte le célèbre roman de Victor Hugo, Notre-Dame de Paris en 1985, sur un scénario de Claude Gendrot qui apparaît d'abord dans le journal et publié ensuite par Hachette.
Diverses illustrations Dans ces mêmes années, il produit également des illustrations pour de nombreux magazines. Il dessine entre autres des patrons de couture pour le journal Elle, ou encore de la lingerie féminine. Il s'engage dans les pages publicitaires dans divers magazines comme Femmes d'aujourd'hui, pour la lessive Dash en 1966, où il se disait très bien payé et qui lui permettait d'observer la manipulation du public par la publicité. Plus tardivement, il produit également des rééditions de couvertures de livres comme ceux du Club des cinq.
Vie privée Durant cette période Paul Gillon souhaite se stabiliser, en effet, il loge de droite à gauche sans foyer fixe. Il achète alors une maison dans le département de la Drôme qu'il reconstruira tout au long des vingt années suivantes. Il achète également un appartement au dernier étage d'un immeuble situé rue Le Sueur, à Paris. Le travail imposant qu'il fournit lui permet les dépenses. Il fournit trois bandes par jour pour France-Soir, Le Journal de Mickey et Vaillant (devenu Pif Gadget en 1969), comptabilisant un total de par an.
Domaines de prédilection
Science-fiction