Étienne Godefroy Timoléon de Villaret, né le à Saint-Laurent-Lolmie dans le Lot et mort le à Angers, est un officier général de l'armée française.

Origine et formation Le général Étienne de Villaret a été présenté comme Abbé Léon Costecalde, « Biographie du Général Étienne de Villaret, une gloire lozérienne », Bulletin trimestriel de la Société des lettres, sciences et arts du département de la Lozère, 1931, .. Cette noble ascendance, apparemment basée sur une simple homonymie, est parfois discutée Annuaire de la noblesse de France, t. 66, 1910, ..

La famille Villaret, dont est issu le général, demeurait au début du dans le Quercy, comme l'attestent les registres paroissiaux des archives départementales de Tarn-et-Garonne. S'y trouve également l’acte de mariage de Louis de Villaret, son arrière-grand-père, à Lafrançaise le .

Étienne Godefroy Timoléon de Villaret est né le au château de Floyras, à Saint-Laurent-Lolmie dans le Lot. Après des premières études suivies à Toulouse, il se prépara à Saint-Cyr et y entra le . Il y fut rapidement gradé et en sortit avec le , choisissant l'infanterie et plus spécifiquement les chasseurs à pied.

Carrière militaire Nommé sous-lieutenant le , il est affecté au de chasseurs à pied alors en garnison à Alençon. Pendant ses premières années d'initiation militaire, il passe par l'école de tir du Ruchard où il enlève le premier prix d'ensemble, et par l'école de gymnastique de Joinville où il reçoit le prix unique d'escrimes diverses. Entre-temps, il est détaché à des travaux de révision de la carte, dans la Sarthe d'abord, en 1875 et 1876, puis l'année suivante en Eure-et-Loir.

L'Afrique du Nord Dans le courant de 1877, le est avisé qu'il irait en Algérie, tenir garnison à Batna, dans la province de Constantine. À ses moments de loisirs, Villaret se consacrait à l'étude de la nature dans les forêts qui entourent Batna : entomologie, botanique, géologie où il pratiquait le dessin et la topographie. Il reçut son baptême du feu en pendant l'insurrection de l'Aurès. Lieutenant le , Étienne de Villaret revint en France quelques mois après pour suivre à Paris, de 1880 à 1882, les cours de l'École supérieure de guerre où il venait d'être admis. Il en sortit neuvième, obtenant la mention très bien. Dans ce grade, et pourvu du brevet d'état-major, il accomplit, de 1883 à 1884, une mission scientifique en Algérie et Tunisie.

L'Extrême-Orient vignette|Le capitaine de Villaret avec ses élèves japonais. Au mois d', le gouvernement japonais, qui s'occupait déjà de réorganiser son armée à l'européenne, demanda à la France quelques officiers instructeurs. Le lieutenant de Villaret fut désigné pour faire partie de la mission militaire. Il s'embarqua au Havre et, après quelques jours passés à New York, il traversa les États-Unis pour atteindre San Francisco, d'où il partit pour Yokohama. Peu après, il rejoignit Tokyo. Parti comme lieutenant, il fut nommé capitaine le et, le , il recevait du gouvernement japonais la décoration de l'ordre du Soleil levant. Pendant les trois ans qu'il vécut au Japon, il s'intéressa au pays et tenta, à la suite de voyages assez nombreux et méthodiques, une description de l'Empire du Soleil levant. Dans un volume très documenté, il indique la physionomie générale de cet État, l'histoire du développement de la nation, en ajoutant quelques indications succinctes sur la religion, la langue, les mœurs, l'organisation politique et l'armée.

Plus tard, en 1892, il fit paraître un autre ouvrage accompagné de 166 dessins de monnaies qu'il intitula Numismatique japonaise et qui reproduit scrupuleusement la plupart de celles dont se composait sa collection que, par la suite, il devait céder au Cabinet des médailles de la Ville de Paris.

France Revenu d'Extrême-Orient par l'Indochine, les Indes et Ceylan, il fut dès son retour en France en 1887 nommé au ministère de la Guerre, où il s'occupa particulièrement des armées étrangères. Le , à Toulouse, il épousa Gabrielle Marie Madeleine Laffont et demanda peu après à rentrer dans la troupe où il exerça successivement divers commandements alternant avec le service dans les états-majors. Le , il fut nommé au d'infanterie à Saint-Gaudens puis, le , à l'état-major de la à Montauban. Il y prit une part active aux travaux de la Société archéologique de Tarn-et-Garonne.

Le , il fut nommé chevalier de la Légion d'honneur ; le , il obtint la médaille coloniale, agrafe Algérie ; le , il fut promu chef de bataillon au RI à Avignon et, le , mis hors cadre et nommé à l'emploi de chef d'état-major de la . Le , le commandant de Villaret fut promu lieutenant-colonel et maintenu provisoirement à Avignon à la tête de l'état-major de la . Comme à Montauban, il se mêla à l'élite cultivée de la ville, l'Académie de Vaucluse.

Le , il fut affecté au d'infanterie à Bellac, puis, après un stage de six mois au de dragons à Limoges, il fut nommé le sous-chef d'état-major du d'armée à Marseille. Il revenait en Provence où ses supérieurs le connaissaient. Il s'y était spécialisé dans les questions ayant trait à la guerre de montagne. Promu colonel le , il fut d'abord maintenu dans les fonctions de chef d'état-major du qu'il remplissait déjà comme lieutenant-colonel depuis plus d'un an et, le , il fut affecté au à Auch.

Le , il fut promu officier de la Légion d'honneur. Le , le colonel de Villaret fut nommé au commandement par intérim de la à Vannes, jusqu'au où il fut promu général de brigade et mis à la tête de la d'infanterie à Commercy.

La Grèce vignette|250px|Le général de Villaret inspectant les troupes grecques. En , le général de Villaret devint chef de la Mission militaire française en Grèce, en remplacement du général Eydoux. Le général de Villaret quittait Commercy où il avait fondé une filiale de la Société des sciences, lettres et arts de Bar-le-Duc. C'est à Marseille que, le , il s'embarqua à bord de l'Équateur. Dès son arrivée à Athènes, il fut nommé au commandement effectif du de l'Armée grecque. Au commencement de juillet, ses troupes avaient acquis un entraînement qui leur valait les félicitations officielles du roi Constantin et le , il recevait la croix de grand commandeur de l'Ordre du Sauveur.

La guerre de 1914-1918 vignette|Étienne de Villaret le . Commandement de la d'infanterie en août 1914 Les événements se précipitant, il dut rentrer en France avec tous les officiers qui l'accompagnaient pour participer aux premiers combats de la guerre mondiale qui venait de s'ouvrir. C'est au milieu de la nuit du 8 au que la mission quitta la Grèce et fit route pour Marseille. Le 12, à onze heures, elle était au quai. Le matin du , il lui fut présenté, par le général commandant la région, un ordre du général en chef lui prescrivant, sans autre détail, de partir d'urgence et en automobile pour Belfort pour s'y mettre à la disposition du général Pau. Le au soir, le général de Villaret arrivait à Belfort et apprenait le 16 qu'il était placé à la tête de la . Il prit son commandement le jour même. Ainsi s'ouvrait pour lui la période des hostilités.

Le , il entrait à Mulhouse après le combat acharné de Dornach où se cristallisa la résistance allemande avant d'évacuer le 24. La Belgique était envahie, la porte de Paris ouverte. La transportée vers Amiens eut pour mission de la boucher sans retard. Le , c'était la bataille de Proyart-Vauvillers (Somme) où le , et particulièrement la , furent fortement engagés. Du 6 au , ce fut la bataille de l'Ourcq. La y joua un rôle important et difficile, toujours sous la conduite du général de Villaret. La , attaquant et contre-attaquant à plusieurs reprises, tint bon dans la région d'Acy-en-Multien, brisant sur ce point l'élan de l'adversaire. Sa résistance offensive permit d'arrêter le mouvement de retraite. Le , lors de la bataille de l'Aisne, la division du général de Villaret força le passage de l'Aisne à Vic-sur-Aisne.

Commandement du d'armée en novembre 1914 Ces succès lui valurent d'être nommé général de division le , et de recevoir le le commandement du d'armée.

Le drame de Vingré en décembre 1914

vignette|Monument à la mémoire des "Martyrs de Vingré", à la sortie du village éponyme sur la route de Berry À la suite des directives données par le général de Villaret, six hommes, le caporal Floch et les soldats Blanchard, Durantet, Gay, Pettelet et Quinault, furent exécutés à Vingré dans l'Aisne en . Ces six soldats fusillés pour l'exemple ont été réhabilités en 1921 et un monument a été édifié à leur mémoire sur le lieu de leur exécution. Après la prise par surprise de leur tranchée de première ligne, les soldats se replient sur la seconde avant peu après de réussir à reprendre aux Allemands la tranchée abandonnée. À la suite des directives données au Conseil de guerre du régiment par le général de Villaret pour six hommes de la du R.I. parmi les vingt-quatre soldats de deux escouades qui se trouvaient dans la première tranchée sont désignés et sont fusillés pour l'exemple pour abandon de poste face à l'ennemi le . Ils n'avaient pourtant fait qu'obéir aux ordres de leur chef, le sous-lieutenant Paulaud. Voici ce qu'écrivit le soldat Quinault à sa femme la veille de son exécution :

Des anciens du régiment, dont Claudius Lafloque, vont après guerre agir pour faire réhabiliter les six hommes et l'affaire est médiatisée par la presse. La Cour de cassation casse le jugement du Conseil de guerre le et réhabilite les six fusillés qui sont même décorés à titre posthume et quelques communes en France donneront même le nom de Martyrs de Vingré à une de leurs rues. À la suite de cette décision, le lieutenant Paulaud fut inculpé pour faux témoignage par le ministère de la Guerre et jugé les 4 et devant le conseil de guerre de la militaire. Le commissaire du gouvernement requit trois ans de prison et sa destitution, mais il fut acquitté. Selon l'historien Nicolas Offenstadt, c'est le seul officier qui passa en jugement pour son rôle dans une exécutionNicolas Offenstadt, Les fusillés de la Grande Guerre et la mémoire collective (1914-1999), Odile Jacob, 1999, .. En , Emile Floch, frère du caporal Floch, porta plainte pour forfaiture contre les officiers jugés responsables de la condamnation de 1914 : le général Étienne de Villaret, le colonel Pinoteau et le commandant Guignot, mais cette plainte fut classée sans suite.

Blessure au front en mars 1915 Quelques mois plus tard, le , à 16 heures, le général de Villaret fut grièvement blessé par la même balle qui atteignit son chef direct, le général Maunoury, alors qu'ils observaient ensemble les lignes allemandes à travers le créneau d'une des tranchées avancées. Il se précipite au secours du général Maunoury évanoui dans la tranchée. Comme on voulait le panser lui-même, il refusa les soins et alla rejoindre le poste voisin. Il fut alors constaté que la balle lui avait occasionné une plaie pénétrante de la région frontale au-dessus de l’œil gauche et à l’œil gauche. La trépanation que le général de Villaret dut subir, quelques heures après avoir été frappé, lui évita toute complication cérébrale dangereuse. Le , le ministre de la Guerre se rendit à son chevet pour lui remettre, au nom du président de la République, la croix de commandeur de la Légion d'honneur. C'est sous le libellé suivant qu'il fut inscrit à ce grade : .

vignette|Les deux généraux visités par le ministre de la guerre Millerand.

Moins d'un mois plus tard, il reprit son commandement. Il imposait à ses subordonnés une discipline stricte. Le , quand furent définitivement closes les opérations d’offensive de Champagne, le d'armée fut cité à l'ordre des armées dans les termes suivants : .

Chef de la armée en Le , il devenait chef de la armée. C'est alors que le prince Arthur de Connaught, cousin et aide de camp personnel du roi Georges V, se rendit sur l'est du front occidental. Il vint à Remiremont où le général de Villaret avait installé son quartier général et lui remit le grand cordon de l'ordre du Bain.