Les guerres de la Révolution française, aussi nommées guerres révolutionnaires, sont les conflits qui ont impliqué la France révolutionnaire contre d'autres pays européens, souvent coalisés, durant la période comprise entre 1792 (guerre contre le Saint-Empire et les royaumes de Bohême et de Hongrie) et le traité d'Amiens de 1802, première phase des guerres de Coalitions. Une distinction peut être faite entre la période dite de la Première Coalition (1792-1797) et la Deuxième Coalition (1798-1802), même si certains pays, et notamment le Royaume-Uni, étaient en guerre continue contre la France de 1793 à 1802.

Caractérisées par une ferveur révolutionnaire et des innovations militaires, ces multiples campagnes sauvèrent le régime révolutionnaire français, pourtant confronté à une sérieuse opposition européenne. De surcroît, les victoires qui s'ensuivirent contribuèrent à étendre de façon significative l'emprise territoriale de la France.

Terminologie On distingue en France les guerres de la Révolution française (1792-1802) des guerres napoléoniennes (1803-1815), qui font partie des guerres de Coalitions (1792-1815), séparées par la paix d'Amiens.

Origines Dès 1791, les monarchies d'Europe assistent avec préoccupation à la Révolution française et ses bouleversements et se demandent si elles doivent intervenir, soit pour aider , soit pour profiter du chaos en France. Le personnage clé de la situation était l'empereur , frère de la reine Marie-Antoinette, l'épouse de . Léopold avait d'abord regardé la Révolution avec sérénité mais il devient de plus en plus inquiet lorsque la Révolution se radicalise. Le , et le roi Frédéric-Guillaume II de Prusse, après avoir reçu en consultation des nobles émigrés français, publièrent la déclaration de Pillnitz qui déclarait l'intérêt des monarques d'Europe au bien-être de et de sa famille et menaçait de graves mais vagues conséquences quiconque les agresserait. Bien que ait considéré la déclaration de Pillnitz comme un geste évasif pour apaiser les monarchistes français, la déclaration fut considérée en France comme une menace sérieuse et dénoncée par les dirigeants révolutionnaires.

En plus de différences idéologiques entre la France et les puissances monarchiques d'Europe, des disputes incessantes étaient provoquées par le statut des biens impériaux en Alsace. Les Français étaient par ailleurs préoccupés par l'agitation des nobles émigrés à l'étranger, en particulier dans les Pays-Bas autrichiens et les États d'Allemagne.

Guerre de la Première Coalition (1792-1797)

Campagne de 1792 L'Assemblée, sur une proposition du roi Louis XVI, déclare la guerre au « roi de Bohême et de Hongrie », cette expression désignant l'empereur du Saint-Empire et ses États, lors du vote du après que le ministre des Affaires étrangères, Dumouriez, lui eut présenté une longue liste de griefsAnnales patriotiques et littéraires de la France, et affaires politiques de l'Europe, , dimanche 11 avril 1792, l'an 4 de la liberté, : .. Dumouriez prépara une invasion immédiate des Pays-Bas autrichiens où il espérait un soulèvement populaire contre la domination de la maison d'Autriche.. Cependant, la Révolution avait profondément désorganisé l'armée et les forces réunies furent insuffisantes pour tenter une invasion. À la suite de la déclaration de guerre, les soldats français désertent en masse et, même dans un cas, assassinent leur général.

Alors que le gouvernement révolutionnaire lève d'importantes troupes fraîches et réorganise ses armées, qui étaient minées par les désertions et l'émigration, mal instruites et mal disciplinées, une armée alliée, composée de (, , et Abel Hugo, France militaire, Tome 1, page 1.), commandée par Charles-Guillaume-Ferdinand, duc de Brunswick, se rassemble à Coblence sur le Rhin.

Au moment de l'invasion, le général Dumouriez secondé par les généraux Beurnonville, Moreton et Duval dispose de dans les camps de Maulde, de Maubeuge et de Lille et dans celui de Sedan tandis que le maréchal Luckner avait sous ses ordres le général Biron à Strasbourg avec , le général Custine à Landau avec et le général Kellermann à Metz avec . Dès le , en Suisse, Porrentruy est occupée par le général Custine.

alt=Peinture de Jacques Bertaux représentant la prise du palais des Tuileries|gauche|vignette|Prise du palais des Tuileries le 10 août 1792, durant la Révolution française, Jacques Bertaux, 1793, château de Versailles.

En juillet, l'invasion prussienne commence et l'armée de Brunswick prend facilement les forteresses de Longwy le et de Verdun le . Le duc avait signé quelques semaines plus tôt le manifeste de Brunswick qui faisait part de la volonté des Alliés de restaurer le roi à son poste, de lui rendre les pleins pouvoirs et de traiter toute personne ou ville qui s'y opposerait comme rebelles passible de la peine de mort par la loi martiale.. Cela n'eut pour effet que de renforcer la détermination de l'armée révolutionnaire et le gouvernement de s'y opposer par tous les moyens nécessaires. Le , la foule prend d'assaut le palais des Tuileries où séjournaient et sa famille.

L'invasion continue, mais à la bataille de Valmy, le , les alliés reculent face à l'armée française menée par Dumouriez et Kellermann. Bien que le résultat de la bataille fût nul tactiquement, il donne un coup de fouet au moral français. En outre, les Prussiens, constatant que la campagne est plus longue et plus coûteuse que prévu, décident que le coût et le risque de poursuite des combats sont trop grands et se retirent de France pour préserver leur armée. Le lendemain, la monarchie est officiellement abolie et remplacée par la Première République.

Cette campagne de 1792 s'achève sur une dynamique des armées révolutionnaires. Les Français remportent des succès sur plusieurs autres fronts. Dirigés par de Montesquiou, ils occupent Chambéry sans coup férir et la Savoie dès le 21-.. Nice, alors dans le royaume de Sardaigne, suivra le sous l'effet d'une attaque menée par le général d'Anselme.

Au nord le général Custine à la tête de l'armée des Vosges envahit le Palatinat et même l'Allemagne. Il occupe en septembre et octobre plusieurs villes le long du Rhin (Spire, Worms…), tandis que les places fortes perdues en août sont reprises (Verdun le , Longwy le , levée du siège de Thionville dès le …) par Kellermann. Ainsi la place stratégique et de toute première importance qu'est Mayence tombe le aux mains des français commandés par Houchard et le demeure pour neuf mois. Custine arrive jusqu'à Francfort-sur-le-Main le lendemain (), ses troupes franchissant le fleuve pour la première fois d'une longue série. En effet sept franchissements du Rhin (dont Provinces Unies) entre 1792 et 1800 vont se succéder pour les armées révolutionnaires avec des succès variés. Malgré des combats victorieux du côté de Limbourg le , Custine est repoussé d'Allemagne par les Prussiens dès début décembre. Les combats perdus du côté de la Montagne verte, de Pellingen, de Wawern en décembre obligent les français à retraiter. À la différence de Dumouriez, Custine recule et repasse sur la rive gauche du Rhin sans parvenir à vraiment consolider ses positions sur cette dernière. Cette incursion et les premières opérations en Allemagne n'auront duré que cinq semaines.

Enfin Dumouriez passe à l'offensive en Belgique. Avec et 100 canons, il remporte une importante et logique victoire sur les à Jemappes le face au gouverneur autrichien Albert de Saxe-Teschen (et son fils adoptif le jeune archiduc Charles). Dumouriez occupe en suivant la totalité des Pays-Bas autrichiens au début de l'hiver. Ainsi Charleroi, Bruxelles le , Liège, Anvers le , Namur le lendemain et enfin Aix-la-Chapelle le tombent successivement aux mains des troupes révolutionnaires qui atteignent la Roer.

Campagne de 1793 Le , est exécuté. L'Espagne et le Portugal rejoignent la coalition anti-française en et, le , la France déclare la guerre à la Grande-Bretagne et aux Provinces-Unies. Les États italiens rejoignent également.

La France décrète une nouvelle levée de trois cent mille hommes, commençant une politique de levée en masse pour pouvoir déployer plus de soldats que les États aristocratiques et se montrer offensive afin de récupérer le matériel de guerre de l'ennemi. Les Alliés lancent une campagne déterminée pour envahir la France avec la campagne de Flandres.

Après l'invasion de la Hollande par Dumouriez en février avec la prise de Breda puis de Mont Sainte Gertrude à l'embouchure de la Meuse, la France subit rapidement de graves revers en ce début de 1793. Elle est chassée du sud de la Hollande et surtout de Belgique à la suite de la lourde défaite de Dumouriez à Neerwinden en mars, puis à son passage chez l'ennemi autrichien début avril. Bruxelles est repris par les coalisés le et ne sera resté dans le giron français que 4 mois.

Les défaites s'enchaînent en Belgique comme dans le Palatinat notamment pour Custine à Bingen en mars, Rixheim en mai et surtout Mayence perdue en juillet après plus de quatre mois de siège. De même la France commence à être à nouveau envahie en mai avec la défaite de Famars puis la chute des places de Condé et Valenciennes les 10 et .

En outre la Convention doit faire face à des révoltes internes dans l'Ouest et le Sud du pays. L'une d'entre elles, à Toulon, prépara le terrain pour un capitaine d'artillerie jusque-là inconnu du nom de Napoléon Bonaparte. Sa contribution à la planification du siège victorieux de la ville et de son port grâce à des batteries d'artillerie bien placées fut l'étincelle de sa fulgurante ascension ultérieure.

À la fin de l'année, la levée de nouvelles armées et la Terreur, politique interne de répression féroce avec des exécutions de masse, permettent de repousser les invasions grâce aux victoires de Jourdan à Hondschoote et Wattignies en septembre et mais aussi de réprimer les révoltes intérieures. Hoche, Desaix et Pichegru parviennent à l'emporter en Alsace du côté de Wissembourg et Woerth en décembre, s'emparant de Spire, même si Mayence (tenue par Kléber et tombée en juillet) ne peut être reprise. Il en est de même pour les places fortes du Quesnoy, de Condé et Valenciennes toujours tenues par les Autrichiens (à la différence des forteresses de Maubeuge et Landrecies).

L'année se termine avec les forces françaises reprenant l'ascendant mais toujours en guerre à proximité de leurs frontières. La Révolution demeure sous la menace d'une percée des armées étrangères de la ligne de défenses et de fortifications édifiées par Vauban un siècle auparavant.

Campagne de 1794 L'année 1794 voit un succès accru des armées révolutionnaires et même décisif sur le front nord.

Plus au sud, du côté des Pyrénées, la France chasse les armées espagnoles au cours de la guerre du Roussillon lors de la victoire des généraux Dugommier et Augereau au Boulou le et pénètre en Catalogne. L'armée des Pyrénées poursuit jusqu'à la victoire de la Sierra Negra le , suivie par la prise de Figueras. À l'autre bout des Pyrénées, Moncey qui remplace Muller, et les troupes françaises s'emparent de Saint-Sébastien et Tolosa en sans atteindre Pampelune objectif initial de la campagne estivale.

Du côté des Alpes, les combats en Italie ne permettent en revanche aucune percée majeure vers la péninsule. Malgré les victoires de Saorge le et de Dego le , les troupes françaises dirigées par Kellermann, épaulées par Masséna, reviennent à leurs bases de départ vers Nice.

Au nord, les débuts sont difficiles face aux forces combinées autrichiennes et hollandaises du Stathouder. Le printemps 1794 est marqué par la défaite de Beaumont en Cambrésis suivie de la chute de Landrecies, ultime place forte de la deuxième ligne du pré carré de Vauban avant Paris le mais aussi la prise de Kaiserslautern le par les Prussiens.