vignette|Amazone, fragment de mosaïque de pavement de Daphné (actuelle Turquie), du , Paris, musée du Louvre. Les Amazones (en grec ancien ou ) sont, selon les versions, soit un peuple fictif et mythologique de femmes guerrières à l'origine d'une société matriarcale, soit un peuple ayant réellement existé. La tradition les situe soit en Anatolie sur les rives de la mer Noire, soit au sud du pays des Scythes et des Sarmates (actuelle Ukraine). D'autres traditions évoquent la présence d'Amazones en Afrique du Nord-Ouest, en Libye et dans les îles Canaries. D'après certains récits historiques et études anthropologiques, il existerait également des Amazones en Amérique.
Les Amazones font partie de la mythologie grecque. Elles apparaissent pour la première fois dans l’Iliade en tant que personnages de fiction, probablement au , comme étant toujours et uniquement des femmes. Au-delà de l'aspect mythologique, des historiens suggèrent que les Amazones pourraient correspondre aux femmes guerrières des peuples scythes et sarmates.
Le terme « Amazones » s'est ensuite appliqué à d'autres groupes de femmes-guerrières, que leur existence soit confirmée ou, le plus souvent, fantasmée.
Mythes antiques des Amazones vignette|Combat entre les Grecs et les Amazones, sarcophage du , musée du Louvre, Paris. vignette|Pierre-Eugène-Émile Hébert, Amazone se préparant à la bataille, National Gallery of Art, Washington.
Étymologie La tradition inspirée de l’Éthiopide d'Arctinos de Milet prétendait que les Amazones coupaient leur sein droit ou le brûlaient, . afin d'être de meilleures archères. Ce ne serait, selon l'historien romain Justin, dans son Abrégé des Histoires Philippiques, , 4., que le résultat d'une fausse étymologie, le mot « Amazone » étant compris en grec ancien comme () et (), « sans sein »Elles formaient les vierges aux maniements des armes, à l'équitation et à la chasse ; elles brûlaient le sein droit des enfants, ainsi elles n'auraient aucune difficulté à tirer de l'arc ; c'est pour cette raison qu'elles ont été appelées Amazones.. Or aucun ancien témoignage artistique ne montre d'indice en ce sens : les Amazones sont toujours dépeintes avec leurs deux seins, celui de droite étant simplement recouvert.
L'historienne des sciences Adrienne Mayor est également d'avis que le mythe trouve son origine dans une fausse étymologie. De nombreux vases grecs peints nous les montrent armées d'arcs courbes, comme ceux utilisés par les archers nomades de la steppe pontique, qu'elles les tenaient loin de leur poitrine. Tirer à l'arc en chevauchant nécessite en effet une technique instinctive dite d'« ancrage flottant » : la main qui tend la corde n'est pas ancrée à un point fixe du visage ou du corps, ce qui fait que la corde ne fait qu'effleurer le corps mais ne le touche pas. Selon ce principe, les femmes qui tirent à l'arc ne sont aucunement gênées par leurs seins. L'apparition de ce mythe dans la tradition littéraire du pourrait aussi s'expliquer par la physiologie hippocratique, qui veut qu'une atrophie artificielle pratiquée localement avant la croissance d'un enfant peut provoquer, par dérivation de la nutrition, une hypertrophie des parties corporelles voisines..
Quant à la véritable étymologie du nom, elle reste incertaine. Elle a été rapprochée des adjectifs indo-iraniens *ha-mazan « guerrier »O. Lagercrantz, Xenia Lideniana, Stockholm, 1912, et suiv., *ama-janah « virilité meurtrière » ou « meurtrie »George Hinge, Herodot zur skythischen Sprache : Arimaspen, Amazonen und die Entdeckung des Schwarzen Meeres (« Hérodote à propos de la langue scythe : Arimaspes, Amazones et découverte de la mer Noire »), éd. Glotta 2005, pages 86–115. ou *ha mashyai, « tribus nomades »J. H. Blok, The Early Amazons: Modern and Ancient Perspectives on a Persistent Myth', éd. Brill, Leyden 1995, ., tandis que dans la Bible, les « femmes des nomades » sont appelées *Ma gog et dans le Coran *Mâ jûjPaul Faure, Alexandre, Fayard, 1985, .. L'étymologie populaire admise pendant l'Antiquité, inspirée de la légende de l’Éthiopide, décompose le mot en un , « privatif », et , « sein » en ionien : « celles qui n'ont pas de sein », q.v., p. 69a..
Description Les attributs des Amazones sont le cheval, la pelte (un bouclier léger en forme de demi-lune), la lance, l'arc et les flèches propres aux peuples cavaliers des steppes d'Eurasie, ainsi que la hache (), puis la double hache () à partir de l'époque hellénistiqueEric Partridge, Origins: a Short Etymological Dictionary of Modern English, éd. Greenwich, New York 1983, , page 479 — 479, selon Quintus de SmyrneQuintus de Smyrne, Suite d'Homère, , 159.. Le signal de la bataille est donné par des sistres (sortes de grelots) généralement en bronze.
Selon les récits, de nombreux héros grecs ont eu affaire à elles, et bien souvent, chacun eut sa reine à aimer et, finalement, à tuer. Priam, le vieux roi troyen, aurait lui-même repoussé une invasion d'Amazones, , 188-189.. Achille affronte Penthésilée venue secourir les Troyens, la tue puis est ému en découvrant sous le casque le visage de la défunteÉpisode relaté par exemple dans La Suite d'Homère (, 1-722).. On retrouve ce thème également chez Hellanicosfr. 149 Jacoby, , 46., le pseudo-ApollodoreÉpitome, , 1., et chez Virgile, , 491.. Pour son neuvième travail, Héraclès doit s'emparer de la ceinture d'Hippolyte et il finira par massacrer celle-ci et ses compagnes.
Olympiques et Néméennes de Pindare Pindare () évoque les Amazones dans deux de ses œuvres. Dans les Olympiques, il dédie sa huitième ode à Alkimédon d’Égine, renommé à la lutte, où il écrit qu'Apollon pousse vers le Xanthe, vers les Amazones aux beaux coursiers et l'Ister. Il consacre la treizième à Xénophon de Corinthe, célèbre à la course du stade et au pentathlon, il évoque Bellérophon, qui frappe les Amazones du sein des airs aux froides solitudes, extermine cette troupe de femmes archers, ainsi que la chimère crachant des flammes et les Solymes. Dans ses Néméennes, dans une ode dédiée à Aristoclide d'Égine Pancratiaste, il parle de Télamon, qui a suivi Hercule dans son expédition contre Laomédon et les intrépides Amazones aux arcs d'airain.
Hymnes de Callimaque de Cyrène Callimaque de Cyrène () dédie une de ses Hymnes à ArtémisCallimaque de Cyrène, Hymnes, V. En l'honneur d'Artémis (lire en ligne)., notamment déesse de la nature sauvage et de la chasse. Il déclare que c'est à elle que jadis, aux rivages d'Éphèse, les Amazones érigèrent une statue sur le tronc d'un hêtre. Là tandis qu'Hippo lui offrait un sacrifice, ces femmes amies de la guerre, exécutèrent avec leurs boucliers la danse des armes. Ensuite, elles se réunirent en chœur autour de son autel. Leurs mouvements agiles faisaient résonner leurs carquois et retentir la terre sous leurs pieds. Le son des chalumeaux leur marquait la cadence et l'écho le répétait jusque dans Sardes et dans Bérécynthe. Dans les âges suivants, on construisit autour de cette statue un vaste temple : le soleil n'en verra jamais de plus beau ni de plus riche, l'emportant même sur le temple de Pytho.
Bibliothèque historique de Diodore de Sicile vignette|Amazones, , Jacob van Maerlant. Diodore de Sicile, dans le livre II de la Bibliothèque historique (), parle des Scythes qui habitaient un pays voisin de l'Inde, dont des rois célèbres laissèrent leur nom aux Saces, aux Massagètes, aux Arimaspes et à plusieurs autres peuples. À l'époque où la Scythie était livrée à l'anarchie, la royauté fut exercée par des femmes courageuses, dont beaucoup se sont illustrées par leurs exploits, non seulement en Scythie, mais aussi dans les contrées limitrophes. Cyrus, roi des Perses, plus puissant qu'aucun autre roi de son temps, dirigea une armée formidable contre la reine des Massagètes, Tomyris. Mais il fut battu et décapité. C'est là le fondement de la nation des Amazones. En plus de leurs incursions dans les pays voisins, elles soumirent une grande partie de l'Europe et de l'Asie. Autrefois, sur les rives du fleuve Thermodon, vivait un peuple gouverné par des femmes portant les armes, comme les hommes. Une de leurs reines, dotée de l'autorité royale, forte et courageuse, forma une armée féminine, l'accoutuma aux fatigues de la guerre et s'en servit pour soumettre quelques peuples voisins, augmentant sa renommée. Enorgueillie par ses succès, la reine se prétendit fille d'Arès. Elle contraignit les hommes à filer la laine et à se livrer à des tâches de femmes, pendant que les femmes se réservaient les fonctions militaires. Elles estropiaient les enfants mâles dès leur naissance, coupant jambes et bras, pour les rendre inaptes au service militaire. Elles brûlaient le sein droit aux filles, afin de ne pas être gênées au tir à l'arc. C'est (selon l'auteur) l'origine de leur nom d'Amazones. Enfin, leur reine, renommée pour son intelligence, fonda à l'embouchure du Thermodon une grande ville, Themiscyre, et y construisit un magnifique palais. Elle établit une bonne discipline, et, aidée par son armée, elle recula jusqu'au Tanaïs les limites de son empire. Enfin, après maints exploits, elle mourut héroïquement au combat.
Ensuite, sa fille lui succéda au trône, la surpassant en beaucoup de choses. Dès sa jeunesse, elle exerçait les autres filles à la chasse et les entraînaient quotidiennement à la guerre. Elle institua des sacrifices somptueux en l'honneur d'Arès et d'Artémis, surnommée Tauropole. Portant ses armes au-delà du Tanaïs, elle étendit ses conquêtes jusqu'à la Thrace. De retour chez elle et chargée de dépouilles, elle éleva aux deux dieux des temples splendides. Elle se concilia l'amour de ses sujets par la justice de son gouvernement. Puis elle étendit sa domination jusqu'à la Syrie. Mais, à la suite de la défaite que leur infligea Héraclès, les Barbares du voisinage, méprisant les Amazones ainsi domptées, et se souvenant des injures passées, leur firent une guerre implacable, parvenant jusqu'à effacer le nom même des Amazones. Pourtant, plusieurs années après, Penthésilée, fille d'Arès et reine des Amazones, qui avait échappé à l'extermination, participa à la guerre de Troie. Elle avait fui sa patrie pour se soustraire à la vengeance d'un meurtre. Combattant vaillamment dans les rangs des Troyens, après la mort d'Hector, elle tua nombre de Grecs, avant de périr glorieusement sous le fer d'Achille. Ce fut la dernière Amazone renommée pour son courage ; ce qui restait de cette nation a fini par disparaître entièrement. C'est ainsi que, lorsqu'on parle aujourd'hui de l'histoire antique des Amazones, on croit entendre des contes, , 52-55..
Fabulae d'Hygin Hygin (67 av.-17 ap. J.-C.) donne dans ses Fabulae (Fables) une liste d'Amazones : Ocyale, , Iphinome, Xanthe, Hippothoe, Otréré (d'après lui, épouse de Mars et fondatrice du temple d'Artémis à Éphèse), Antioche, Laomache, Glauce, Agave, Theseis, Hippolyte, Clymene, Polydora, Penthesilea, Antiope (fille de Mars, tuée par Thésée, fils d'Égée, à cause d'un oracle d'Apollon). Il raconte aussi la course à pied du Chant V de l'Énéide de Virgile, où Hélymus reçut pour le deuxième prix un carquois d'AmazoneCaius Julius Hyginus, Fabulae, § 163, 223, 225, 241 & 273 (lire en ligne, en anglais)..
Abrégé des Histoires Philippiques de Justin