vignette|Vue de l'intérieur de l'Alhambra à Grenade. L'Alhambra (de l'arabe Al-Hamrâ - الحَمْراء) de Grenade en Andalousie est un ensemble palatial constituant l'un des monuments majeurs de l'architecture arabo-musulmane. Acropole médiévale la plus majestueuse du monde méditerranéen, située sur le plateau de la Sabika qui domine la ville, elle se compose essentiellement de cinq parties incluses dans son enceinte fortifiée : l'Alcazaba, les palais nasrides, le Généralife, ses jardins, et le palais de Charles Quint.

C'est avec la Grande mosquée de Cordoue le plus prestigieux témoin de la présence arabo-musulmane en Espagne du . Leurs caractères sont d'ailleurs opposés : à la sobriété du monument religieux représentatif de la première architecture islamique, s'oppose l'exubérance de la dernière expression de l'art hispano-mauresque : celle-ci s'exprime en effet dans les palais des derniers souverains arabes de Grenade, les nasrides, alors en pleine décadence, et qui disparaîtront bientôt lors des derniers assauts de la Reconquista.

Le complexe est géré par le Patronato de la Alhambra y el Generalife. En 2023, il est le deuxième site le plus visité d'Espagne, après la Sagrada Família à Barcelone, avec 2,6 millions de visiteurs..

Description générale

C'est un ensemble fortifié situé sur la colline de la Sabika, qui domine la plaine et la ville de Grenade, et qui fait face au quartier populaire et pittoresque de l'Albaicín. On y aperçoit au loin les sommets enneigés de la Sierra Nevada. Parmi ces bâtiments se trouvent notamment le palais mauresque qui fait la gloire de l'Alhambra ainsi que le palais de style renaissance de Charles Quint et une église édifiée à la place d'une mosquée. gauche|vignette|Alhambra par Juan Laurent, c. 1874, Department of Image Collections, National Gallery of Art Library, Washington, D.C. Le nom vient de l'arabe الْقَلْعَةُ ٱلْحَمْرَاءُ, ʾal-Qalʻatu al-Ḥamrāʼ(u), c'est-à-dire « le château rouge ». Il peut s'agir d'une référence à Mohammed ben Nazar, dit الأحمر, ʾal-aḥmar (« le rouge », à cause de sa barbe rousse), le fondateur de la dynastie des Nasrides, qui entra à Grenade en 1238 et fonda le site, mais le toponyme semble plus ancienJerrilynn Denise Dodds, Al-Andalus: The Art of Islamic Spain, Metropolitan Museum of Art (New York, N.Y.), , p. 128. Son fils Mohammed II le fortifia. Le style nasride atteint son apogée au sous les rois Youssouf et Mohammed V al-Ghanî, qui font édifier les parties les plus prestigieuses entre 1333 et 1354. Chaque souverain reprenait le palais de son prédécesseur et en édifiait de nouvelles parties, le modifiant à sa guise : on parle donc de palais nasrides, au pluriel, pour cet ensemble.

Alors que presque partout dans le monde musulman les palais anciens ont disparu ou ne sont plus que des ruines, l’Alhambra possède encore deux groupes de palais du . Les demeures bâties par les premiers souverains de la dynastie ont disparu et, au , les rois de Grenade n’ont pas eu les ressources nécessaires pour remplacer les palais subsistant aujourd’hui.

Éléments constitutifs de l'Alhambra vignette|centré|600px|Plan de l'Alhambra. L'Alcazaba

Son nom provient de l'arabe « Al Casbah » qui désigne une forteresse ou une citadelle.

Édifiée à la pointe ouest de la colline de l'Alhambra, c'est la citadelle primitive hébergeant les hommes de guerre, semblable à un alcazar. Elle bénéficie d'une hauteur stratégiquement incomparable : du sommet de la plus haute tour, on peut observer toute la plaine de Grenade, la « Vega granadina ». Son architecture est destinée à la protection de forteresse en temps de siège. Disposant d'une médina intérieure, distincte de celle de l'enceinte de l'Alhambra, elle correspond au donjon intérieur d'un château fort, en termes d'architecture médiévale. La forteresse disposait également de hammams, qui sont aujourd'hui en restauration.

Au cours de la phase finale de la Reconquista au , les princes nasrides observaient du haut de la tour de l'Alcazaba les mouvements militaires dans la plaine de Grenade. En 1482, les Rois catholiques, leurs adversaires, avaient installé à Santa Fe un camp fortifié militaire en pleine terre ennemie, pour préparer l'assaut final contre la ville.

Les palais nasrides vignette|droite|Plan des palais nasrides. En jaune : le Mexuar ; en rouge : le palais de Comares ; en vert : le palais des Lions ; en bleu : les logis de l'empereur.

Le plan d'ensemble des palais nasrides s'organise en de multiples salles rectangulaires, partiellement intégrées à l'enceinte, reliées entre elles par des vestibules et réparties en trois ensembles : le Mexuar, le palais de Comares (Palacio de Comares) et le palais des Lions (Palacio de los leones). On peut à leur propos autant parler d'un décor que d'une architecture. L'extérieur est très sobre, la décoration intérieure est foisonnante, à base des trois composantes des arts de l'Islam : la calligraphie, la décoration florale stylisée, les arabesques et motifs géométriques. Le blason du royaume nasride de Grenade est régulièrement sculpté.

L'ensemble est disposé autour des deux joyaux de l'Alhambra : La cour des Myrtes (Patio de los Arrayanes), au pied de la tour de Comares et du salon des Ambassadeurs. La cour des Lions (Patio de los Leones). La cour des Lions est une cour rectangulaire de de long sur de large, entourée d'une galerie couverte délimitée par 124 colonnes de marbre blanc avec arcs outrepassés et riche ornementation de filigrane. Un pavillon fait saillie dans la cour à chaque extrémité, couvert d'un toit pyramidal et avec une décoration en continuité de celle de la galerie couverte. Le sol a un pavement coloré et les murs portent jusqu'à la hauteur de une décoration d'azulejos bleus et jaunes. Les colonnes supportant les toits et la couverture de la galerie sont espacées de manière irrégulière. Elles sont ornées de motifs végétaux variés. Au-dessus de chaque arche et au-dessus de chaque colonne sont délimités des panneaux rectangulaires décorés d'arabesques et de filigranes sculptés. Au centre de la cour se trouve la Fontaine des Lions, bassin d'albâtre supporté par douze statues de lions en marbre blanc assez grossièrement figurés mais symbolisant la puissance et le courage.

Les Jardins du Partal

vignette|Le Portique de la Tour des Dames, dans les Jardins du Partal. Ces jardins sont situés dans l'enceinte de l'Alhambra, ils ont les vues les plus précieuses et les plus raffinées sur le quartier de l'Albaicín. Les jardins sont en étages successifs, séparés d'escaliers et de pergolas.

Ils sont accessibles en sortie des palais nasrides. On peut également les visiter sans passer par les palais, en passant à droite des murs du palais de Charles Quint, par un chemin s'opposant à son entrée principale. La vue sur l'Albaicin avec en avant plan le bassin réfléchissant le portique des Dames et ses colonnades, ainsi que les palmiers le bordant, est d'une pureté passée.

La Tour des Dames (Torre de las Damas) constitue l'une des plus célèbres parties des Jardins du Partal. Son portique de colonnades se réfléchissant sur un bassin, expressément placé pour la vue, est particulièrement photogénique.

On pourra voir dans les jardins les restes de plusieurs palais, car cette zone fut habitée par la noblesse musulmane. Le plus important d’eux fut le Palais de Yusuf III, qui ressemblait au Palais de Comares (Palacio de Comares). Il fut détruit au , mais selon les récits il s’agissait du plus beau des palais de l’Alhambra.

Yusuf venait prendre ombrage dans le Palais-terrasse de Yusuf alors que le Généralife était en construction sur l'autre versant de la colline de la Sabika.

Le Généralife

vignette|Vue intérieure des jardins du Généralife.

C'était le palais d'été des princes nasrides. Ils venaient s'y rafraîchir dans les ombrages, près des bassins d'eau. Le Généralife est situé hors des murs d'enceinte, sur l'autre versant du plateau principal. Ce palais est très connu en Espagne et plusieurs poèmes ont été écrits sur ce sujet. Le nom est un dérivé de l'arabe « Jannat al-Arif » signifiant « paradis » ou « jardins de l'architecte ».

La disponibilité de l'eau caractérise cette Andalousie dominée par les sommets enneigés de la Sierra Nevada : l'Alhambra et les jardins du Généralife sont les symboles les plus forts de cette domestication de l'eau qui rafraîchissait chaque cour et jardin.

Le palais de Charles Quint

vignette|Palais de Charles Quint. vignette|Vue du patio circulaire intérieur. Le palais de Charles Quint est un ajout des vainqueurs castillans postérieur à l'édification des palais mauresques sur la colline de la Sabika. Il est adossé aux palais nasrides - à tel point qu'une série de travaux en cours consiste à désolidariser un escalier monumental qui partage ses dalles avec les parois du palais de Comares.

Sa fonction symbolique est directement de signifier la mainmise du pouvoir de l'Empereur Charles Quint sur ces terres conquises lors de la génération des rois catholiques qui l'ont précédé.

C'est un bâtiment de style renaissance situé sur la colline de l'Alhambra. Il s'agit d'une commande de l'Empereur qui voulait y établir sa résidence grenadine. Déjà les rois catholiques y avaient réalisé quelques salles, mais les intentions de Charles Quint étaient d'y avoir une résidence permanente à la mesure de son rang.

Le projet fut délégué à Pedro Machuca, dans une Espagne où le style dominant était le plateresque, et qui ne s'était pas encore complètement libérée de l'art gothique, Machuca construisit un palais que l'on peut qualifier de maniériste, un style qui faisait alors son apparition en Italie.

La base du palais est un carré de de côté avec un patio circulaire inscrit en son sein. Cette disposition, le principal signe maniériste du palais, est sans précédent dans l'architecture de la Renaissance, et place le bâtiment dans l'avant-garde artistique de son époque. L'édifice compte deux niveaux. Celui du bas d'ordre toscan est constitué de pilastres sur lesquels reposent des anneaux de bronze décorés. L'étage supérieur est d'ordre ionique et entre deux pilastres se trouve une baie surmontée d'un fronton. Les deux façades principales arborent un placage en pierre provenant de la sierra Elvira. Le patio circulaire lui aussi comporte deux étages. L'étage inférieur est formé d'une colonnade dorique en pierre avec un entablement très classique, formé de triglyphes et de métopes ornés de couronnes et de têtes de bœufs. L'étage supérieur quant à lui est formé d'une colonnade de style ionique plus légère, avec un entablement lisse. La structure générale du patio illustre une très grande connaissance de l'architecture impériale romaine et s'insérerait parfaitement dans le style Renaissance sans la présence de ce patio circulaire qui provoque la surprise une fois que le visiteur traverse les façades principales, et subordonne les espaces intérieurs et les circulations verticales à l'idée génératrice. De telles techniques de composition seront développées par Michel-Ange et Palladio sous l'étiquette du maniérisme.

Le bâtiment est situé au cœur de l'Alhambra nazare, à l'extrémité du patio de los Arrayanes, et lors de sa construction, on a dû déplacer un pavillon opposé à la tour de Comares. Ce détail, objet de critique et de polémique, doit être replacé dans le contexte de l'époque. Le palais de Charles Quint ne signifie pas tant la destruction d'une partie de l'Alhambra que la garantie de la survie du reste. En des temps où la pratique courante était la destruction totale des temples et palais des peuples conquis, la sensibilité des rois chrétiens face à la beauté incontestable de l'Alhambra imposa la nécessité de la conserver.