Serge Giguère est un réalisateur, directeur de la photographie et monteur, né en 1946 à Arthabaska (aujourd'hui Victoriaville), au Canada. D'abord directeur photo, il signe les images d'une soixantaine de films, majoritairement des documentaires, et s'impose comme l'une des figures majeures du cinéma québécois. Documentariste humainement engagé, il co-fonde Les Films d’aventures sociales du Québec en 1974, puis Les Productions du Rapide-Blanc en 1984. Sa carrière est notamment honorée par une retrospective au Festival Hot Docs (2006) et le Prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques (2008).

Biographie

Débuts de carrière

À la caméra En 1969, Serge Giguère fait une rencontre décisive avec Marcel Carrière, venu donner une formation à l'Université du Québec à Montréal tandis qu'il y étudie en histoire de l'art. Initialement attiré par la pellicule 16mm, il décide alors de tenter sa chance en travaillant comme deuxième assistant opérateur sur plusieurs films et séries télévisées, dont Pile ou face de Roger Fournier, Les mâles de Gilles Carle, Urbanose de Michel Régnier, Temiscaming, Quebec de Martin Duckworth ou 24 heures ou plus de Gilles Groulx.

Jusqu'à la fin des années 1970, Serge Giguère poursuit sa carrière en tant qu'assistant à la caméra auprès de grands noms du cinéma direct, comme Arthur Lamothe, Jean-Claude Labrecque et Pierre Perrault. Durant cette période foisonnante, il apprend les rudiments de la direction photo avec Guy Borremans et Bernard Gosselin : si l'audace formelle du premier l'impressionne, notamment dans sa manière de repousser les limites de la pellicule, c'est surtout la caméra à hauteur d'homme et le sens de l’écoute du second qui forgent son cinéma d'auteur documentariste.

À la réalisation En 1974, Serge Giguère et Robert Tremblay fondent la société de production Les Films d'aventures sociales du Québec et coréalisent trois films, dont deux fictions (Toul Québec au monde sua jobbe et Pow pow té mort ou ben j'joue pu). Bien que ces derniers présentent un point de vue critique sur la société capitaliste, le documentaire Belle famille (1978), tourné pendant six années, convainc davantage. Et en partie, parce qu'il contient des éléments propres au cinéma de Giguère : une longue fréquentation de ses personnages, un interêt porté aux gens d'origine modeste et une volonté éthique de regard documentaire.

Au début de la décennie 1980, Serge Giguère coréalise deux documentaires avec Sylvie Van Brabant, sa compagne d'alors, dont Depuis que le monde est monde, coréalisé avec Louise Dugal. De facture plus classique, ce long métrage articule avant tout une réflexion sur l'accouchement, à la maison ou à l'hôpital, et incidemment, sur la place des sages-femmes dans le système de santé québécois. Après dix ans de collaboration, Giguère quitte Les Films d'aventures sociales du Québec pour cofonder Les Productions du Rapide-Blanc avec Van Brabant, aspirant l'un et l'autre à plus de liberté artistique.

Parcours d'un cinéaste à l'écoute

Comme directeur de la photographie En 1984, le film de fiction Jacques et Novembre de Jean Beaudry et François Bouvier, dans lequel Serge Giguère signe les images 16mm, témoigne non seulement de sa maîtrise de la caméra, mais d'un certain avant-gardisme. Il devient alors rapidement un directeur photo prisé dans le milieu du cinéma québécois et en particulier sur les tournages documentaires : en attestent ses multiples collaborations avec Sylvie Van Brabant (notamment sur Remous et Seul dans mon putain d'univers), Fernand Bélanger (De la tourbe et du restant, Passiflora, Le trésor Archange), Maurice Bulbulian (L'art de tourner en rond, Chroniques de Nitinaht), Jean-Daniel Lafond (Tropique nord, Le cabinet du docteur Ferron), Carole Laganière (Un toit, un violon, la lune et Country) ou encore, avec Lucie Lambert (Paysage sous les paupières, Avant le jour, Le Père de Gracile).

À l'image de son cinéma d'auteur documentariste, son regard est décrit comme étant aussi discret qu'efficace, toujours à l'écoute des gens qu'il filme. Sa caméra, souvent portée à l'épaule, s'applique à se faire oublier, en évitant autant que possible les artifices comme les zooms ou les gros plans, quitte à parfois privilégier les plans séquences. Philippe Lavalette, également directeur de la photographie et réalisateur établi au Québec, résume le style de Serge Giguère ainsi : .

Comme réalisateur Oscar Thiffault (1987), tourné pendant quatre ans, sans argent et des restes de pellicule, marque les véritables débuts de Serge Giguère en tant qu'auteur documentariste : en héritier du cinéma direct, le réalisateur et directeur photo prend le temps d'écouter, de témoigner et d'archiver, tout en laissant libre cours à de réelles ambitions esthétiques, qu'il module en fonction de ses personnages, souvent hauts en couleur. Moyen métrage devenu emblématique des racines populaires des Productions du Rapide-Blanc et du cinéma de Giguère, Oscar Thiffault fait l'ouverture des Rendez-vous du cinéma québécois (aujourd'hui les Rendez-vous Québec Cinéma) et remporte notamment le Prix de l'AQCC du meilleur moyen métrage.

Les deux moyens métrages Le roi du drum (1991) et 9, Saint-Augustin (1995) sont également récompensés par l'Association québécoise des critiques de cinéma, formant alors un triptyque où Serge Giguère développe son style, autant sur le plan de la forme que du fond (rapport au temps et au réel, complicité avec ses personnages, place de l'humour et de l'imaginaire, mémoire individuelle et collective, etc.).

Cinéaste à l'écoute, en particulier des figures culturelles issues du prolétariat québécois, ses films sont des portraits avant d'être des documentaires et par conséquent, Giguère n'est jamais aussi en maîtrise que lorsqu'il peut travailler « avec » et non seulement « sur » ses sujets. En atteste le succès de À force de rêves (2006), que plusieurs considèrent comme le couronnement de sa carrière, ainsi que Le Mystère MacPherson (2014) : le premier déployant une mosaïque de portraits, notamment récompensé par un Prix spécial du jury dans la catégorie « Meilleur long métrage canadien » au Festival Hot Docs, et le second s'attardant entre autres à la démarche créative de Martine Chartand, à son tour distingué du Prix Jutra du meilleur long métrage documentaire.

Filmographie sélective

En tant qu'assistant à la caméra

1971 : Pile ou face de Roger Fournier 1971 : Les mâles de Gilles Carle 1972 : Urbanose (série télévisée en 15 épisodes) de Michel Régnier 1973-1981 : La terre de l'homme (série télévisée en 4 épisodes) d'Arthur Lamothe 1975-1976 : Carcajou et le péril blanc (série télévisée en 8 épisodes) d'Arthur Lamothe 1975 : Jean Carignan, violoneux de Bernard Gosselin 1976 : Temiscaming, Quebec de Martin Duckworth 1977 : 24 heures ou plus… de Gilles Groulx 1977-1980 : La belle ouvrage (série télévisée en 11 épisodes) de Bernard Gosselin et Léo Plamondon 1979 : L'affaire Coffin de Jean-Claude Labrecque 1980 : Le pays de la terre sans arbre ou le Mouchouânipi de Pierre Perrault 1980 : Gens d'Abitibi de Pierre Perrault 1983 : Mémoire battante (série télévisée en 3 épisodes) d'Arthur Lamothe 1983 : Lucien Brouillard de Bruno Carrière

En tant que directeur de la photographie 1972 : Les étoiles et autres corps (court métrage) de Paul Tana 1975 : Comptines (court métrage) de Manon Barbeau 1976 : Ti-Dré (moyen métrage) de Annick de Bellefeuille 1976 : À Maison (court métrage) de lui-même (également monteur) 1977 : C'est l'nom d'la game (moyen métrage) de Sylvie Van Brabant 1977 : Retour au pays d'en bas de Jean-Claude Coulbois 1978 : Toul Québec au monde sua jobbe (moyen métrage) de Jacques Dufresne, Robert Tremblay et lui-même 1978 : Toute ma vie au service des riches (moyen métrage) de Robert Tremblay et lui-même 1978 : Belle famille de Robert Tremblay et lui-même (également producteur) 1978 : Le Grand Remue-ménage de Francine Allaire et Sylvie Groulx 1978 : D'abord ménagères de Luce Guilbeault 1979 : Pow Pow té mort ou ben j'joue pu (court métrage) de Robert Tremblay et lui-même 1979 : Y’a toujours moyen d’les donner (moyen métrage) de Jean-Claude Coulbois 1979 : Une histoire à se raconter de Viateur Castonguay 1979 : De la tourbe et du restant de Fernand Bélanger 1980 : Les Grands Enfants de Paul Tana 1981 : Luttes d'ici, luttes d'ailleurs (moyen métrage) de Sophie Bissonnette 1981 : Depuis que le monde est monde de Louise Dugal, Sylvie Van Brabant et lui-même (également monteur) 1981 : Bill Lee: A Profile of a Pitcher de Bill Reid 1982 : Le doux partage (court métrage) de Sylvie Van Brabant et lui-même 1983 : Pas fou comme on le pense de Jacqueline Levitin 1984 : Jacques et novembre de Jean Beaudry et François Bouvier 1985 : Quel numéro what number? de Sophie Bissonnette 1986 : Passiflora de Fernand Bélanger et Dagmar Gueissaz-Teufel 1987 : L'art de tourner en rond ( partie) : (moyen métrage) de Maurice Bulbulian 1987 : Oscar Thiffault (moyen métrage) de lui-même 1988 : L'art de tourner en rond ( partie) : (moyen métrage) de Maurice Bulbulian 1988 : Le gars qui chante sua jobbe (moyen métrage) de lui-même (également producteur et scénariste) 1988 : L'Amour… à quel prix? de Sophie Bissonnette 1990 : Remous de Sylvie Van Brabant 1991 : Le roi du drum (moyen métrage) de lui-même 1992 : Ceux qui ont le pas léger meurent sans laisser de traces (moyen métrage) de Bernard Émond 1993 : L'Indien et la mer de Maurice Bulbulian 1994 : Tropique nord (moyen métrage) de Jean-Daniel Lafond 1995 : Aube urbaine (court métrage) de Jeannine Gagné 1995 : Paysage sous les paupières de Lucie Lambert 1995 : La part de Dieu, la part du diable (moyen métrage) de Yvan Patry, Sam Grana et Danièle Lacourse 1995 : 9, Saint-Augustin (moyen métrage) de lui-même (également scénariste) 1996 : Le trésor archange de Fernand Bélanger 1996 : Chronique d'un génocide annoncé (série télévisée en 3 épisodes) de Danièle Lacourse & Yvan Patry 1997 : Seul dans mon putain d'univers de Sylvie Van Brabant 1997 : Chroniques de Nitinaht de Maurice Bulbulian 1998 : Les artisans du cinéma (série télévisée en 5 épisodes) de lui-même (également scénariste) 1999 : Avant le jour de Lucie Lambert 1999 : Le reel du mégaphone (moyen métrage) de lui-même (également scénariste) 2001 : Suzor-Côté (moyen métrage) de lui-même (également scénariste et narrateur) 2003 : Un toit, un violon, la lune de Carole Laganière 2003 : Le cabinet du docteur Ferron de Jean-Daniel Lafond 2004 : La Beauté du geste de Jeanne Crépeau 2004 : Le Père de Gracile de Lucie Lambert 2005 : Country de Carole Laganière 2006 : À force de rêves de lui-même (également scénariste) 2006 : Un sur mille de Jean-Claude Coudbois 2012 : Le Nord au cœur de lui-même (également recherchiste et scénariste) 2014 : Le Mystère Macpherson de lui-même (également scénariste) 2018 : Les lettres de ma mère de lui-même (également recherchiste, scénariste, preneur de son et narrateur)

En tant que réalisateur 1976 : À Maison (court métrage) (également monteur) 1978 : Toul Québec sua jobbe (moyen métrage), coréalisé avec Jacques Dufresne et Robert Tremblay 1978 : Toute ma vie au service des riches (moyen métrage), coréalisé avec Robert Tremblay 1978 : Belle famille, coréalisé avec Robert Tremblay (également producteur) 1979 : Pow Pow té mort ou ben j'joue pu (court métrage), coréalisé avec Robert Tremblay 1981 : Depuis que le monde est monde, coréalisé avec Louise Dugal et Sylvie Van Brabant (également monteur) 1982 : Le doux partage (court métrage), coréalisé avec Sylvie Van Brabant 1987 : Oscar Thiffault (moyen métrage) 1988 : Le gars qui chante sua jobbe (moyen métrage) (également producteur et scénariste) 1991 : Le roi du drum (moyen métrage) 1995 : 9, Saint-Augustin (moyen métrage) (également scénariste) 1998 : Les artisans du cinéma (série télévisée en 5 épisodes) (également scénariste) 1999 : Le reel du mégaphone (moyen métrage) (également scénariste)