La quena (qinaVoir cette origine du mot sur le Wiktionnaire à la variante orthographique kena : . ou encore kkhénaVoir cette origine du mot, de transcription et prononciation différentes, sur le Wiktionnaire à la variante orthographique quena : . , en quechua), quéna, ou kena, est un instrument à vent sud-américain issu du métissage entre les instruments de la famille des bois propres à la civilisation andine et ceux issus de la civilisation occidentale, dont elle reprend l'échelle chromatique. Rattachée au groupe des flûtes andines, la quena moderne est largement utilisée bien sûr dans la musique andine, mais aussi dans les musiques latines en général, plus particulièrement dans la partie hispanophone de l'Amérique du sud.
La quena a la particularité de ne posséder aucun système rigide de guidage du flux d'air sur le biseau, c'est donc au musicien de l'orienter et de le concentrer sur l'encoche de manière à produire le son désiré. C'est cette particularité qui offre au quéniste une liberté de jeu importante et produit le timbre propre à l'instrument, velouté et riche en harmoniques.
Sa prise en main est néanmoins réputée difficile pour un débutant et bien que la quena soit comme les flûtes à bec une flûte droite, verticale, isolée et à trous de jeu, la production du son est très différente de celle de la flûte à bec et se rapproche davantage de celle des flûtes traversières (tout au moins pour ce qui concerne l'interaction entre les lèvres et le souffle du musicien d'un côté, et l'embouchure de l'instrument de l'autre). Le modèle standard muni de sept trous mesure entre et , est accordé en sol3 et permet de jouer sur un registre de trois octaves avec une échelle chromatique. La variante plus longue, généralement accordée en ré3, au son grave et "chaud", est appelée quenacho. À l'opposé, les modèles plus courts accordés du si4 au ré#4 produisent un son plus aigu et sont appelés quenali ou quenilla. Ces derniers se retrouvent traditionnellement plutôt dans les zones amazoniennes que dans les zones andines. C'est ainsi qu'en France, on retrouve le kapau yetpë pratiqué par les amérindiens de Guyane dont le son est plus aigu encore.
Aujourd'hui pratiquée par des quénistes du monde entier, le plus ancien instrument de type quena, attribué à Homo Sapiens, date d'il y a M. Dauvois, Les témoins sonores paléolithiques extérieur et souterrain, dans M. Otte (éd)., Sons originels. Préhistoire de la musique, actes du colloque de Musicologie, 11-13 décembre 1992, Liège (Études de Recherches Archéologiques de l’Université de Liège, ), 1994, et la plus ancienne quena andine, retrouvée en Argentine, date de 2130 av. J.-C. Cependant, il n'est pas, pour le moment, établi de parenté directe entre ces instruments paléolithiques et la quena andine moderne. Au départ rudimentaire, la quena se perfectionne au sein des différentes civilisations andines et sa conception devient de plus en plus régulière et normée. Au moment de la fin l'empire inca et des premiers contacts avec les occidentaux, les quenas correspondaient au système pentatonique propre à la musique traditionnelle andine ou plus exactement pentaphonique - division de l'octave par 5 et 10, comme les lithophones asiatiques préhistoriques, et non comme la gamme occidentale divisée par 6 et 12 (gamme chromatique). Elles étaient jouées dans tous les milieux sociaux de l'empire . Après la conquête espagnole, leur conception s'aligne progressivement sur l'échelle chromatique occidentale, les rendant aptes à jouer les œuvres du répertoire classique européen et de la musique métisse. Le développement de la musique andine sur la scène globale des musiques du monde dans les années 1950-1960 permet aux instruments andins tels le charango, la flûte de pan, le cajón et la quena de sortir des frontières de l'Amérique du Sud et de se diffuser dans le reste du monde.. C'est également à cette époque que certaines quenas, originellement presque exclusivement jouées par des hommes et conçues pour ces derniers, adoptent une disposition des trous plus ergonomique ce qui permet l'apparition de quénistes féminines. Par la suite elle a été adoptée par différents genres musicaux, particulièrement le jazz et le tango nuevo, quelquefois le Flamenco nuevo, mais aussi elle participe parfois à la résurgence de la musique ancienne et de la musique baroque en Europe, et s'autorise même quelques incursions dans l'univers du rock.
La quena est, au début du , un instrument largement diffusé dans la société sud-américaine. À côté des instruments modernes et de précision, on retrouve en effet, dans les quartiers pauvres et les bidonvilles, des instruments faits de matériaux de récupération, mais il subsiste également, au sein des populations rurales et autochtones andines, amazoniennes et du plateau des Guyanes, des formes locales de fabrication traditionnelle à échelle musicale variable. Elle est même aujourd'hui largement répandue dans le monde entier, notamment en France, aux États-Unis, au Japon où elle retrouve son “cousin” le shakuhachi.
Elle a été popularisée et enseignée en France par des groupes tel Pachacamac. Des luthiers français (Jeff Barbe . , Pierre Etchegoyen . et d'autres) en ont assuré la production ici. Elle a même été fabriquée lors de stage (Eolocs, etc.) par les futurs musiciens eux-mêmes.
Autres appellations Selon les régions des Andes et d'Amazonie où elle s'est répandue, elle porte de nombreux noms vernaculaires : kena-kena, khena, quena-quena (tailles différentes : quena mala, quena mediana), phusipia quena (ou pusipía ou pusi p'iya, tailles : taikapusipia, malta, liku), quenilla, kenali, kapau yetpëkapau yetpë : il s'agit d'une sorte de kena en os de biche, à trois trous, que l'on trouve le long du fleuve Maroni chez le peuple Wayana en Guyane française ; on pourra en voir des photos, mesures et vidéos prises au village de Twenké (sources : Makuwé Pimkani, musicien, et Aiwé Aloïké, chef coutumier), ici : ; et une autre archive sonore plus ancienne, récoltée par le CNRS au village de Tiliwé (toujours en Guyane française), ici : ., quenacho (ou kenacho ou encore pha'laata), lichiwayu (ou lichiguayo, tailles : paqi, taipi, qolta), paceño (tailles : mala et ch'ili), ou chokela, et encore tocana, pito, chilo, chiska, machu quena (ou ocona), kamacheña...
Historique de l'instrument vignette|Petite Kena en cuivre (), culture Mochica (?), vers 200 ap. J.C..|253x253px Parmi les exemplaires les plus anciens de Quena andine, on a trouvé des flûtes à encoche en os à trois trous fabriqués par une société de chasseurs, pasteurs et horticulteurs du site archéologique d’Inca Cueva (Province de Jujuy, Nord-Ouest argentin, vers 2130 av. J.-C.) . C'est d'ailleurs dans une autre partie du même site, nommée Inca Cueva IV ou Cueva de las Momias(Inca Cueva signifie "grotte inca" ; notons que le site a été renommé La Cueva de las Momias [la Caverne des Momies], car son nom initial, qui lui vient de sa proximité avec le Chemin de l'Inca, induit en erreur dans la mesure où il ne s'agit pas du tout d'un site incaïque, mais de vestiges bien antérieurs aux Incas (voir référence suivante), dans la Quebrada (ou canyon) de Chulin (Jujuy, Andes argentines), que l'on a trouvé les plus anciennes momies naturelles connues au monde datant de plus de . Voir la version française et un peu résumée du même article ici : .
On retrouve la même Kena dans les mains d’une momie du site archéologique funéraire de Sequitor qui appartient à la culture « San Pedro » (région de San Pedro de Atacama, au nord du Chili), berceau du peuple Atacameño. Ce peuple est parfois nommé en français : Atacamas, et se nommait lui-même : Licanantay ce qui dans leur langue récemment éteinte, le Kunza, signifie « les habitants du territoire ». Sa trace remonte selon les sources jusqu’à 400 ou 500 ap. J.-C., et peut même être suivie jusqu’à 500 av. J.- C. c’est l’hypothèse de l’article du Wikipédia en espagnol consacré aux Atacameños, quand d’autres sources indiquent que le site de l’oasis de San Pedro de Atacama était déjà occupé il y a , et fut annexé à l’Empire Inca au de notre ère par le Sapa Inca X : Túpac Yupanqui.
Plus tard, on retrouve des kenas antiques dans les vestiges de la plupart des cultures pré-incaïques de la région, qu’elles soient côtières : cultures Chavín (1000 à 200 av. J.-C.), Nazca (200 av. J.-C. à 600 ap. J.-C.), Lima (100 à 650 ap. J.-C.), Moche ou Mochica (100 à 700 ap. J.-C.), Chincha (1000 à 1450 ap. J.-C.), Chancay (1200 à 1470 ap. J.-C.), ou montagnardes : , et bien sûr Inca (1200 à 1533 ap. J.-C.).
Sur ce sujet de l'ancienneté des instruments de musique, il faut d'ailleurs noter que les plus anciens découverts jusqu'ici dans le monde sont des flûtes, justement de type quena, en os de vautour (grotte de Hohle Fels, en Allemagne : avant le présent ), et peut-être même une flûte néandertalienne d'environ avant le présent encore controversée, en os d'ours des cavernes, la Flûte de Divje Babe en Slovénie, elle aussi de type quena. Ceci ne signifie pas forcément que ces flûtes sont les plus anciens instruments de musique de l'histoire de l'humanité, mais que les éventuels instruments à cordes ou à percussion de ces temps reculés étaient peut-être fabriqués dans des matériaux qui se conservent moins bien que l'os dont sont faites ces flûtes. centré|vignette|448x448px|Flûte paléolithique tubulaire en os de type kena, période aurignacienne (environ AP), site préhistorique de Geißenklösterle en Souabe (proche du site de Hohle Fels), dans le Sud de l'Allemagne. La quena moderne est apparue au ; elle dérive à la fois de la quena préhispanique, qui avait 5 trous au maximum, et de la flûte à bec européenne. On la trouve aujourd'hui au Pérou, en Bolivie, en Argentine, en Équateur, au Chili, en Colombie, au Venezuela et en Guyane.
On l'appelle aussi parfois en France, depuis les années 1960, « Flûte indienne » ou « Flûte des Andes », appellations un peu ambiguës du fait qu'il existe d'autres types de flûtes indiennes que la Quena dans les Andes (110 types environ recensés d'après le kéniste et musicologue Alejandro Vivanco), comme l'Antara, le Siku, la Flûte traversière, le Mohoceño, la Tarka, le Pinquillo (etc.) qui répondent à d'autres types génériques de flûte et n'en sont pas moins “indiennes” ni moins “andines” que la quena. Toujours est-il que cette appellation un peu abusive indique clairement que la quena est, avec toutes les sortes de flûtes de Pan des Andes, la plus connue des “flûtes indiennes”, peut-être à cause de sa dimension mythique et sacrée originelle et de sa grande diffusion dans le monde d'aujourd'hui ; peut-être aussi parce que c'est elle qui portait le thème du grand standard international de musique du monde (ici musique andine) : El cóndor pasa lors de sa résurgence en France à la fin des années cinquante (avec les groupes Achalay puis Los Incas), thème créé au Pérou en 1913.
Facture vignette|Quenacho fabriquée en Argentine.|224x224px vignette|Les différentes parties d'une quena