L' (turc : Barış Pınarı Harekâtı ; arabe : عملية نبع السلام) a lieu entre le et le , lors de la guerre civile syrienne. Faisant suite aux opérations Bouclier de l'Euphrate de 2016-2017 et Rameau d'olivier de 2018, elle est lancée dans le Nord de la Syrie par l'armée turque et les rebelles de l'Armée nationale syrienne contre les Forces démocratiques syriennes.
L'opération est lancée après une longue période de tensions entre la Turquie et les États-Unis — pourtant alliés au sein de l'OTAN — en raison du soutien accordé par Washington aux Forces démocratiques syriennes (FDS), une coalition de groupes armés formée pour lutter contre l'État islamique, mais dominée par les Kurdes des YPG, la branche armée du Parti de l'union démocratique (PYD), lui-même lié au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Entre janvier et , les Turcs peuvent envahir la région d'Afrine en raison de son isolement, mais se heurtent ensuite à la présence des troupes américaines déployées dans les autres régions contrôlées par les FDS dans le nord-est de la Syrie.
Dès , le président américain Donald Trump, estimant la victoire contre l'État islamique acquise, annonce son intention de retirer les troupes américaines de Syrie tandis que le président turc Recep Tayyip Erdoğan affiche son intention de mener d'autres offensives contre les FDS. En , Washington et Ankara concluent un accord à propos de la région de Manbij, puis s'entendent en pour créer une « zone de sécurité » le long de la frontière turque. Mais le , après un entretien téléphonique entre Trump et Erdoğan, la présidence américaine annonce qu'elle retire ses troupes de la frontière. Le , les bases de Tall Abyad et Ras al-Aïn sont évacuées par les troupes américaines qui les occupaient. Le , la Turquie déclenche l'offensive dans ce secteur et affiche son objectif de prendre le contrôle de tout le territoire tenu par les FDS à sa frontière, sur une longueur de et une profondeur de , afin de créer une « zone de sécurité » où elle pourrait contenir les YPG et installer des réfugiés syriens vivant en Turquie. L'offensive turque est largement condamnée ou désapprouvée par la communauté internationale, tandis que la décision du président Trump de retirer les troupes américaines de Syrie et d'abandonner les FDS, prise contre l'avis de son administration, est très majoritairement critiquée par l'ensemble de la classe politique américaine.
L'armée turque et les rebelles de l'Armée nationale syrienne concentrent leur offensive sur Tall Abyad et Ras al-Aïn. La première ville est prise le et la seconde le . Toutes les localités situées entre ces deux villes étant également conquises, l'armée turque prend le contrôle d'un territoire long de et profond de .
Le , les États-Unis annoncent le retrait total de leurs troupes de la frontière turque et les autorités kurdes, le même jour, concluent un accord avec le régime syrien de Bachar el-Assad pour obtenir un déploiement de troupes de l'armée syrienne sur la frontière. Les soldats américains se retirent de toutes leurs bases dans le gouvernorat d'Alep et le gouvernorat de Raqqa. Leur retrait est suivi de l'entrée de troupes loyalistes syriennes et russes à Manbij, Kobané, Tabqa, Aïn Issa et Tall Tamer. Aucun affrontement direct n'a alors lieu entre l'armée turque et l'armée syrienne. Les Américains maintiennent toutefois leur présence dans les régions pétrolifères du gouvernorat de Deir ez-Zor et sur la frontière irakienne jusqu'à al-Tanf au sud.
Le , une trêve de cinq jours est établie après des négociations entre la Turquie et les États-Unis. Puis le , un accord est conclu à Sotchi entre la Turquie et la Russie. Il laisse à Ankara le contrôle des zones conquises à Tall Abyad et Ras al-Aïn et prévoit le retrait des combattants kurdes des YPG à au-delà de toute la frontière turque. Les FDS achèvent leur retrait le et le les patrouilles russo-turques débutent près de la frontière.
Prélude Premières crises à Afrine et Manbij en 2018
upright=1.2|vignette|gauche|Patrouille de militaires américains et turcs à Manbij, le .
Le , la coalition internationale menée par les États-Unis annonce son intention de créer avec les Forces démocratiques syriennes (FDS) — dominées par les Kurdes des YPG — une « Force de sécurité aux frontières » constituée de dans le Nord de la SyrieSyrie : les Kurdes vont constituer une force frontalière avec la coalition internationale, France 24 avec Reuters, 14 janvier 2018.. L'annonce provoque la fureur d'Ankara qui décide de déclencher l'offensive préparée depuis des mois contre les FDSSyrie: Erdogan menace la "force frontalière" parrainée par Washington, AFP, 15 janvier 2018.Philippe Gélie, Syrie : Washington pris à revers par Ankara, Le Figaro, 23 janvier 2018.. Le , l'armée turque et l'Armée syrienne libre attaquent la ville d'Afrine, au nord-ouest de la SyrieLa Turquie annonce le lancement d’une opération militaire en Syrie, Le Monde avec AFP, 20 janvier 2018.. La Russie retire ses troupes de la région et donne son accord à l'offensive turqueMarie Jégo, Syrie : Erdogan prêt à envahir l’enclave d’Afrin, Le Monde, 19 janvier 2018.Offensive turque en Syrie : les militaires russes retirés de la zone d'Afrine, AFP, 20 janvier 2018.Offensive turque au Kurdistan : Erdogan affirme avoir l'aval de Moscou, l'ONU dans l'embarras, L'Obs avec AFP, 22 janvier 2018.. Les tensions s'accroissent alors entre les États-Unis, alliés des FDS, et la Turquie qui annonce son intention de chasser les YPG de toute sa frontière, d'Afrine jusqu'à l'IrakSyrie : la Turquie lance une offensive contre une milice kurde, Le Point avec AFP, 20 janvier 2018.Syrie: fermeté d'Ankara contre Washington, appel de groupes kurdes au monde, AFP, 27 janvier 2018.. Les YPG demandent alors l'aide du régime syrien, mais celui-ci ne dépêche que quelques centaines de miliciens le Marie Jégo, A Afrin, les Kurdes reçoivent le soutien de milices prorégime, Le Monde, 21 février 2018.Syrie: l'offensive turque à Afrine tourne à la confrontation avec le régime syrien, AFP, 20 février 2018.. La progression des Turcs et de l'ASL est initialement lente et difficile, mais les défenses kurdes finissent par craquer début marsAllan Kaval, Syrie : l’offensive turque piétine à Afrin, Le Monde, 7 février 2018.Élie Saïkali, Les Kurdes impuissants face à l’encerclement de Afrine, OLJ, 10 mars 2018.. Le , les Turcs et les rebelles syriens prennent sans combattre la ville d'Afrine, abandonnée par une large partie de sa population et par les combattants kurdesSyrie: le drapeau turc flotte sur la ville kurde d'Afrine, AFP, 18 mars 2018.. La Turquie consolide alors son emprise sur le nord-ouest de la SyrieMarie Jégo, En Syrie, après la chute d’Afrin jusqu’où ira l’armée turque ?, Le Monde, 19 mars 2018.. Le gouvernement turc annonce ensuite son intention de poursuivre l'offensive et de prendre toutes les villes tenues par les FDS près de sa frontière, à commencer par la ville de ManbijAdrien Jaulmes, Le dangereux face-à-face entre Turcs et Occidentaux dans le nord de la Syrie, Le Figaro, 9 avril 2018.. Les Turcs se heurtent cette fois à l'opposition des États-Unis, qui refusent de retirer leurs forces présentes dans la région aux côtés des FDS, et dont les soldats affichent ostensiblement leur présence afin d'empêcher une nouvelle offensive turque. Cependant, le président américain Donald Trump annonce pour la première fois le et le son intention de retirer prochainement les troupes américaines de SyriePhilippe Gélie, Donald Trump ordonne de préparer le retrait des troupes américaines de Syrie, Le Figaro, 5 avril 2018.. Le , la Turquie et les États-Unis annoncent avoir trouvé un accord pour régler la situation à ManbijAccord américano-turc sur la région syrienne de Manbij, Reuters, 4 juin 2018.. Celui-ci prévoit notamment la mise en place de patrouilles américano-turques et le retrait total des combattants des YPGLes miliciens kurdes annoncent leur retrait complet de Manbij, en Syrie, Radio-Canada avec AFP et Reuters, 5 juin 2018.. La région demeure aux mains du Conseil militaire de Manbij, affilié comme les YPG aux Forces démocratiques syriennesSyrie-Tous les Kurdes des YPG ont quitté Manbij, dit une milice, Reuters, 15 juillet 2018.. Le , les premières patrouilles conjointes américano-turques débutent à ManbijDelil Souleiman, En Syrie, Washington tente de désamorcer la crise entre Ankara et les Kurdes, AFP, novembre 2018..
Tensions dans le nord de la Syrie à la fin de l'année 2018 Le , l'artillerie turque bombarde des positions des YPG sur une colline du village de Zur Maghar, à l'ouest de KobanéSyrie: les Turcs bombardent des Kurdes, Le Figaro avec AFP, 28 octobre 2018.. Le , quatre combattants kurdes sont tués dans la même région par des roquettes tirées par l'armée turque selon TRTSyrie: 4 miliciens kurdes tués par l'artillerie turque, Le Figaro avec Reuters, 31 octobre 2018.. Le , le président turc Recep Tayyip Erdoğan menace alors de lancer une offensive contre les YPG à l'est de l'Euphrate : Syrie : la Turquie prête pour une nouvelle offensive contre une milice kurde, AFP, 30 octobre 2018.. Les contacts entre les États-Unis et la Turquie aboutissent cependant à une désescaladeSyrie: une force arabo-kurde annonce la reprise de son offensive contre l'EI, AFP, 11 novembre 2018.Paul Khalifeh, Syrie: les FDS annoncent reprendre leur offensive contre l'État islamique, RFI, 12 novembre 2018..
Le , James Mattis, le secrétaire à la Défense des États-Unis, annonce que l'armée américaine va surveiller la frontière nord de la Syrie pour éviter d'autres incidents, avec notamment l'installation de tours d'observationSyrie: l'armée américaine va surveiller la frontière nord, affirme Mattis, AFP, 21 novembre 2018.. Il affirme que cette décision a été prise . Cependant, la décision américaine est critiquée par cette dernièreSyrie: Ankara peste contre des postes d'observation américains, AFP, 24 novembre 2018.. Le , le ministre turc de la Défense Hulusi Akar déclare : . De plus, les YPG avaient annoncé en juin le départ de Manbij de leurs derniers conseillers militaires, mais la Turquie conteste ces déclarationsMarc Daou, Syrie : Washington pris en étau entre son allié turc et ses protégés kurdes, France 24, 2 novembre 2018. : elle affirme le que des combattants des YPG sont toujours présents à Manbij et le ministre turc des Affaires étrangères Mevlüt Çavuşoğlu réclame leur retrait avant la fin de l'annéeAnkara veut le retrait des YPG de Manbij d'ici la fin de l'année, Reuters, 23 novembre 2018.. Le , la Turquie demande aux États-Unis de renoncer à leurs postes d'observationAnkara demande à Washington de renoncer aux postes d'observation en Syrie, AFP, 7 décembre 2018.. Mais le , un porte-parole du Pentagone annonce que les postes d'observation ont été installés.
Première annonce de retrait américain en décembre 2018