(1966) est le septième album de Bob Dylan, auteur-compositeur-interprète américain. C’est le premier double album de l’histoire de la musique rock.

La longueur de l'album a obligé la maison de disques à le répartir sur deux 33 tours. Cet album porte la signature bien particulière du blues rock de Dylan, déjà caractéristique de l'album précédent, Highway 61 Revisited. Cet album propose néanmoins un son plus éclectique et des paroles teintées de plus de surréalisme encore. Il marque également la fin d'une ère pour Dylan. Après son accident de moto survenu en , son approche de la musique changera profondément.

Enregistré à New York et Nashville, cet album fut produit par Bob Johnston. Il atteignit la du classement des albums pop du Billboard Music Charts aux États-Unis et devint double-disque de platine, tandis qu'il atteignit la des charts au Royaume-Uni. Il est classé comme le album de tous les temps par VH1 et le magazine Rolling Stone.

Enregistrement Contexte Au festival de Newport de , Dylan, selon la formule consacrée, passa à l'électrique. Deux concerts devaient s'en suivre à la fin du mois d'. Al Kooper et le bassiste Harvey Brooks, ayant déjà joué sur l'album Highway 61 Revisited, furent engagés pour ces deux concerts, mais le guitariste Mike Bloomfield et le batteur Bobby Gregg, déjà engagés sur d'autres projets, déclinèrent. Dylan les remplaça par Robbie Robertson et Levon Helm, deux membres des Hawks, groupe par la suite connu comme The Band.

Le premier concert eut lieu le à New York, au Forest Hills Stadium. Après une première partie qui le vit chanter seul avec sa guitare acoustique, Dylan échangea brièvement avec ses musiciens avant de revenir avec eux sur scène. Selon Brooks : Exception faite de Maggie's Farm et Like a Rolling Stone, le nouveau style électrique était quasiment inconnu des spectateurs. Furent jouées quatre chansons à sortir sur Highway 61 Revisited ainsi que des versions électrifiées de It Ain't Me, Babe et I Don't Believe You. La réaction de la foule fut plutôt houleuse. L'ami de Dylan et critique musical Paul Nelson se rappelle : .

Quelques jours plus tard, avant le départ pour Los Angeles, la journaliste Nora Ephron demanda à Dylan sa réponse face à la réaction des spectateurs à Forest Hills. . Le , Dylan et le groupe jouèrent le même set au Hollywood Bowl. Les spectateurs réagirent bien mieux, et quand Levon Helm exprima son soulagement, Dylan lui répondit,

Trois autres concerts étaient prévus dans l'automne, mais Al Kooper informa Dylan qu'il n'y participerait pas à cause de la réaction très négative du public. Puis Levon Helm, menaçant de partir lui-même, obtint de Dylan qu'il engage la totalité des Hawks. Ils répétèrent deux nuits durant avant de s'envoler pour deux concerts au Texas puis revenir à New York, au Carnegie Hall. Les trois concert furent bien accueillis, non sans quelques polémiques. Le soir du concert au Carnegie Hall, Paul Nelson se rappelle que Cependant, ajoute Helm : .

New York

Peut-être du fait de ces derniers concerts, Dylan décida d'enregistrer avec les Hawks. Une session produite par Bob Johnston fut prévue les et à New York, au studio A de Columbia Records. La session fut consacrée à deux chansons : Can You Please Crawl Out Your Window? et I Wanna Be Your Lover. La première était une version retravaillée d'une chanson déjà enregistrée durant les sessions de Highway 61 Revisited ; la seconde fut finalement écartée et ne sortit qu'en 1985 sur un coffret rétrospectif, Biograph.

Les concerts suivant, en , s'attirèrent l'hostilité d'un public rejetant la présence de ce groupe accompagnant Dylan. Lassé, Helm préféra arrêter et fut remplacé par Bobby Gregg. Même sans Helm, Dylan continuait à penser qu'il disposait d'un groupe valable pour son prochain album. Le , Dylan réunit dans le studio A les Hawks (sans Helm), Bobby Gregg, Bruce Langhorne à la guitare, Paul Griffin et Al Kooper aux claviers, pour enregistrer sa dernière composition, Freeze Out, réintitulée plus tard Visions of Johanna, une épopée ambitieuse et surréaliste approchant les dix minutes. Mais ce jour-là, la chanson leur échappe et Dylan s'exaspère de ne pas trouver ce qu'il cherche :

Dylan revint au studio A le pour enregistrer She's Your Lover Now avec les Hawks et Sandy Konikoff à la batterie. Malgré dix-neuf prises, la session échoua à produire une version complète de la chanson. Dylan ne tentera plus jamais de l'enregistrer, mais on peut entendre plusieurs de ces prises sur les compilations The Bootleg Series Volumes 1-3 (Rare and Unreleased) 1961-1991 et The Bootleg Series Vol. 12: The Cutting Edge 1965–1966.

Dylan commençait à perdre confiance dans les Hawks. Le , avec Rick Danko et William E. Lee à la basse, Gregg à la batterie, Griffin au piano, Kooper à l'orgue et Robertson à la guitare, Dylan travailla à deux nouveaux titres : Leopard-Skin Pill-Box Hat et One of Us Must Know (Sooner or Later). Seul le second fut finalisé pour l'album.

Une autre session fut programmée le , cette fois avec Robertson, Danko, Kooper et Gregg. Ils retravaillèrent sur Leopard-Skin Pill-Box Hat et One of Us Must Know sans pouvoir améliorer l'une ou l'autre. Une version de I'll Keep It With Mine fut également enregistrée durant cette session, mais ne fut pas retenue. Cet enregistrement apparaît finalement sur .

Le manque de matériel et les progrès trop lents incitèrent Dylan à annuler les trois sessions suivantes. Quelques semaines plus tard, il confiera à son biographe Robert Shelton :

Nashville

Johnston avait déjà travaillé aux studios Columbia de Nashville, avec la grande famille des musiciens aguerris vivant sur place. Durant les sessions d'enregistrement de Highway 61 Revisited, il avait déjà convié l'un d'entre eux, Charlie McCoy, pour accompagner Dylan sur Desolation Row. Dès ce moment-là, Johnston avait conseillé à Dylan d'enregistrer à Nashville. Johnston se rappelle également l'hostilité de Albert Grossman, le manager de Dylan, et de Bill Gallagher, le président de Columbia, à ce projet :

Dylan commença à enregistrer aux Columbia's Music Row Studios de Nashville le . En plus de Kooper, Dylan et Johnston firent venir McCoy (harmonica, guitare, basse), Wayne Moss (guitare), Joe South (guitare, basse) et Kenny Buttrey (batterie). McCoy se rappelle l'arrivée de Dylan : Trois chansons étaient à l'ordre du jour : Fourth Time Around et Visions of Johanna trouvèrent leur forme finale, mais Leopard-Skin Pill-Box Hat résista encore.

Le lendemain, Dylan s'enferma dans le studio à pendant que les musiciens jouaient aux cartes. Il en ressortit à du matin avec les paroles de Sad-Eyed Lady of the Lowlands. Kenneth Buttrey se souvient de l'enregistrement de la chanson :

Le , la session fut consacrée à Stuck Inside of Mobile with the Memphis Blues Again. Dylan, à nouveau, passa des heures sur les paroles et l'enregistrement commença aux premières heures du . Après quatorze prises, la chanson était en boîte.

Dylan repartit en concert avec les Hawks pour quelques dates, mais il revint début mars à Nashville pour reprendre les enregistrements. Élément décisif, Dylan revenait avec son guitariste Robbie Robertson. Selon Kooper, Dylan passa le plus clair de son temps dans sa chambre d'hôtel, retravaillant ses compositions.

Le , trois chansons furent bouclées : Absolutely Sweet Marie, Just Like a Woman et Pledging My Time, Le , et jusqu'au matin du , soit 13 heures de studio, six se rajoutèrent : Most Likely You Go Your Way (And I'll Go Mine), Temporary Like Achilles, Rainy Day Women #12 & 35, Obviously Five Believers, I Want You, et Leopard-Skin Pill-Box Hat, sur laquelle .

Dylan fut ravi des sessions de Nashville, et quand il supervisa les réenregistrements finaux de Blonde on Blonde en à Los Angeles, il avait suffisamment de matière pour un double album.

Après l'enregistrement

Après avoir remis les enregistrements finaux de l'album à Columbia Records, Dylan s'envola pour Hawaii pour le premier des nombreux concerts prévus pour une tournée de deux mois. L'album sortit à la fin du mois de juin.

Malgré l'échec des enregistrements de novembre et janvier, les Hawks devinrent le groupe attitré de Dylan pour la tournée de 1966. Ils se rebaptisèrent par la suite en référence à la manière anonyme dont ils étaient désignés par le public : ils étaient « le groupe » accompagnant Dylan lors de la seconde partie électrique des concerts : The Band. Les 36 concerts de cette tournée sont accessibles depuis 2016, ils forment la compilation The 1966 Live Recordings dont est extrait, sur un disque séparé, l'un des deux concerts londonien,The Real Royal Albert Hall 1966 Concert.

Après son accident de moto et son retrait du monde de la musique en , Dylan travailla encore avec les Hawks durant l'année suivante à l'écart de New York, dans la petite commune de Woodstock, enregistrant une multitude de titres dont sera tiré en 1975 l'album The Basement Tapes et que l'on trouve aujourd'hui en intégralité sur la compilation The Bootleg Series Vol. 11: The Basement Tapes Complete.

Signification du titre

Plusieurs pistes d’explication ont été avancées pour tenter d’éclairer l’identité ou le sens de ces blondes superposées dans le titre.

Deux de ces pistes sont contemporaines de l’album et mènent à des personnalités appartenant alors à l’entourage de Dylan. À Edie Sedgwick tout d’abord, célébrité éphémère de l’underground newyorkais au milieu des années 1960, chevelure blonde sur teint pâleL’hypothèse a été relayée par Patti Smith, dans le poème qu’elle dédia à la mémoire de Sedgwick en 1972 : . (, ). À Brian Jones, ensuite, et au couple blond que le fondateur des Rolling Stones formait avec l’actrice Anita Pallenberg ..

Depuis la parution des Chroniques autobiographiques de Dylan en 2004, une autre hypothèse a pris forme : la formule Blonde on Blonde serait un hommage à Brecht on Brecht, spectacle musical mettant en scène des chansons de Bertolt Brecht auquel Dylan assista en 1963 et qui le marqua profondément. Parallèlement à cette analogie, il est devenu classique de souligner que les initiales du titre reproduisent, comme un clin d’œil, le prénom de DylanOliver Trager, par exemple, dès 2004 à propos de l'album : ..

À une question posée en 1978 par le journaliste Ron Rosenbaum, Dylan répondait :

Revenant à cette citation en 2015, dans leur Bob Dylan : La Totale, Philippe Margotin et Jean-Michel Guesdon, reformulent la problématique en ces termes : Les deux auteurs en restent là, mais leur question trouve une réponse dans un autre ouvrage français paru en 2021. Selon Like a Rolling Stone Revisited : Une relecture de Dylan de Jean-Michel Buizard, le titre se rapporte bel et bien à la musique de Dylan : il désignerait deux guitares formant ensemble le cœur musical de l’album, deux guitares d’un bois clair tirant sur le beige, « blondes » selon l’usage anglo-saxon : Cette interprétation repose pour l’essentiel sur deux idées tirées des paroles de Dylan. D’une part, la compréhension que, dans ses chansons les plus importantes et les plus énigmatiques de la période 1965-1966, Dylan ne cesse jamais de parler de sa musique et, avec elle, de la place qu’il se donne dans l’histoire du blues. D’autre part, la découverte qu'une troupe entière de fameux bluesmen, modernes ou anciens, défile à travers ces mêmes chansons, accompagnés chacun de leur guitare déguisée sous une forme personnifiée ou métaphorique.

Pochette de l'album