Le mausolée de l'empereur Qin () se trouve à proximité de la ville de Xi'an, dans le Shaanxi. Il comprend d'une part le tombeau de l'empereur Qin Shi Huangdi (), non encore fouillé, d'autre part les fosses où l'on a trouvé, à partir de 1974, les vestiges ensevelis de milliers de soldats de terre cuite formant ce qu'on a appelé l’armée de terre cuite ou armée d'argile. L'ensemble s'étend sur environ ..
La tombe est recouverte par un tumulus haut de . On en connaît le contenu légendaire grâce au récit de Sima Qian. En 1914, à l'occasion d'une expédition archéologique, Victor Segalen avait livré une description détaillée de l'aspect extérieur du tombeau.
À environ mètres se trouvent les fosses contenant quelque huit mille statues Terra Cotta Warriors: Guardians of China’s First Emperor, The Houston Museum of natural Science : . L'ouvrage collectif dirigé par Roberto Ciarla, L'armée éternelle (2008), mentionne les chiffres de « plus de statues, plus de 600 chevaux et plus de 100 chars de combat ». Quant à Danielle Elisseeff (2010), elle propose des évaluations plus détaillées, par fosse, ces chiffres étant repris dans Les fosses et l'« armée enterrée », ci-après. de soldats, statues qui ont quasiment toutes un visage différencié, et de chevaux en terre cuite datant de 210 av. J.-C. C'est « l'armée enterrée », destinée à garder l'empereur défunt. Ces statues furent cuites dans des fours à une température d’environ . Des couleurs minérales étaient appliquées après cuisson sur les statues, ce qui, tout en les individualisant davantage, permettait de distinguer par la couleur dominante les différentes unités de cette arméeCorinne Debaine-Francfort, La redécouverte de la Chine ancienne, Paris, Découvertes Gallimard Archéologie, 2008, page 99, ..
Le site a été ouvert au public à l'occasion de la fête nationale chinoise en 1979 IBTimes Staff Reporter, More than 100 New Terracotta Warriors of Qin Dynasty Unearthed in China, International Business Times, 12 juin 2012 : .
L'armée de terre cuite a été inscrite le 11 décembre 1987 sur la liste du patrimoine mondial établie par l'UNESCO à la suite de l'avis favorable de l'ICOMOSZhang Zhongli, Les guerriers et les chevaux en terre cuite des Qin : une des plus importantes découvertes du XXe siècle, Éditions de la Chine populaire, 1997, p.3, .Le rapport, en date du 4 avril 1987, du Conseil international des monuments et des sites (ICOMOS) recommandant l'inscription du site : « L'ICOMOS donne un avis chaleureusement favorable à l'inscription du tombeau de Qin Shi Huang sur la Liste du Patrimoine mondial au titre des critères I, III, IV et VI »..
Édification de la nécropole : immolations et « substituts »
L'édification de la nécropole a nécessité trente-six ans d'ouvrage, avec une main-d'œuvre de quelque personnes China, Eyewitness Travel Guide, DK, 2005, page 169 .. D'après les Mémoires historiques de l'historien Sima Qian, les ouvriers ayant préparé le tombeau et assisté à l'enterrement ont été emmurés vivants dans le mausolée à la fin de la cérémonie afin que les secrets de sa construction ne soient pas divulgués. Les sacrifices humains à la mort d'un personnage « important » paraissent avoir été fréquents dans la Chine des Zhou. Certaines fosses contiennent d'ailleurs de nombreuses dépouilles. Cependant cette pratique était déjà devenue rare au début de l'époque des Royaumes Combattants : la tombe du marquis Yi de Zheng, mort vers 433 avant notre ère, avec les restes de 21 jeunes femmes était une exception pour des personnages autres que les plus hauts dignitaires, dans l'aire culturelle Zhou. La présence de « substituts »Lothar von Falkenhausen considère en conclusion de son article « Culte des ancêtres et système funéraire à Qin à l'époque pré-impériale », paru en 2008, que en terre cuite ou en bois s’était généralisée : elle allait être de règle sous la dynastie Han, et donner là l’occasion d’une création d’une très grande richesse dans le domaine de la sculpture chinoise.
Découverte Les premiers fragments de guerriers et des pointes de flèches en bronze sont découverts par Yang Zhifa, ses cinq frères et Wang Puzhi qui creusent un puits en mars 1974 dans le village de Xiyang dans le comté de Lintong.http://houston.china-consulate.org/eng/zt/c60a0p/t608188.htm. À deux mètres de profondeur, les paysans trouvent de la terre durcie, ensuite de la terre rouge cuite, des fragments de terre cuite, des pointes de flèches en bronze, puis des briques de terre cuiteZhang Zhongli (1997), p. 16.. Cela n'attire pas outre mesure l'attention de Yang Zhifa, lequel jette les fragments de terre cuite au coin du champ et récupère les pointes de flèches pour les vendre 2 yuans la livre à une agence commerciale. D'autres villageois récupèrent des briques en terre cuite pour s'en faire des oreillers. Un cadre chargé des travaux hydrauliques, Fang Shumiao, vient au village et, voyant les objets trouvés, propose aux villageois d'aller les vendre à la maison de la culture du district. Yang Zhifa obtient, pour deux charrettes de fragments de ce qui va se révéler être des guerriers en terre cuite, la somme de 10 yuans. Questionnant les paysans, Zhao Kangmin, responsable de la maison de la culture, vient au village, enquêtant et achetant tout ce que les villageois ont mis au jour, rachetant même les pointes de flèches à l'agence commerciale. En , une équipe d'archéologues du Shaanxi se rend sur les lieux pour entreprendre les premières fouilles de ce qui va devenir la fosse . Des tentes sont dressées, les archéologues commencent les fouilles. En , la fosse est découverte par sondage et en juillet la fosse Zhang Zhongli (1997), p.19.. Les fouilles, s'étendant sur une surface de m, livrent environ statues de guerriers et de chevaux en terre cuite, une centaine de chars de combat en bois et d'innombrables armes. Certaines fosses ont été trouvées à plusieurs kilomètres du tumulus du tombeau de l'empereur Shihuangdi des Qin à l’époque des Han. De larges bâtiments sont édifiés pour protéger les fosses. Le premier est terminé en 1979. Six cents fosses d'accompagnement du défunt sont repérées en 2008..
Armée de terre cuite ou « armée enterrée »
Fosses
La fosse , qui fait de long sur de large Lothar Ledderose, A Magic Army for the Emperor, in Ten Thousand Things. Module and Mass Production in Chinese Art, Princeton, Princeton University Press, 1998, ., renferme l'armée principale avec plus de guerriers de terre cuite (d'une taille légèrement plus grande que nature en fonction de leur grade), et deux modèles réduits (à l'échelle 1/2) de chars en bronze doré, peint et laqué. On y a trouvé aussi une fosse contenant du foin pour les chevaux, des animaux rares (certains inhumés dans des cercueils de terre cuite) et six cents à sept cents chevaux des écuries impériales, sacrifiés, sous l'œil de leurs palefreniers de terre cuite. La fosse comporte 11 couloirs, qui ont en majorité plus de de largeur et sont pavés de petites briques et couverts d'un plafond de bois porté par des piliers et des poutres. Les plafonds en bois étaient couverts de claies de roseau et de couches d'argile pour l'étanchéité, puis chargés d'une couche de terre, de façon qu'ils dépassent de 2 ou le niveau du sol Jane Portal and Qingdao Dyan, The First Emperor: China's Terracotta Arm, British Museum Press, 2007, .. Selon des estimations officielles, à la date de 2012, il resterait encore statues de guerriers et de chevaux à déterrer dans la seule fosse More than 100 New Terracotta Warriors of Qin Dynasty Unearthed in China, : .
La fosse renferme sujets (cavaliers à côté de leurs chevaux), et fantassins (« l’armée de gauche »).
La fosse contient 68 soldats, un char et quatre chevaux : le poste de commandement avec ses officiers de haut rang.
La , vide, prévue pour l’ « armée du centre », n’aurait pas été terminée.
La renfermait des sculptures de pierre calcaire : armures (les plaques d’armure étant retenues par des fils de cuivre), casques, un caparaçon et un harnais. Au sud, une fosse de 48 × contenait dans trois cellules des sabots de chevaux en bronze et un énorme vase à trois pieds (zhan).
La fosse 6 contenait plusieurs personnages de terre cuite et les os d’une vingtaine de chevaux immolés.
La fosse 7 renfermait des personnages dans des poses diverses et difficilement identifiables, certains semblent ramer, d’autres pêcher, ainsi que de splendides bronzes, grandeur nature, d’oiseaux aquatiques.
Enfin une autre fosse, en forme de caractère zhong, contenait des chevaux et des personnages, dont 8 en costumes qui pourraient représenter des fonctionnaires civils ..
Certains des personnages retrouvés dans les fosses 1 et 2 présentaient des traces d’incendie. En outre, on y a trouvé des solives de plafond brûlées., ce qui, joint à l’absence d’armes, est interprété comme étant le résultat du pillage par Xiang Yu et de l’incendie qui s’ensuivit. Celui-ci aurait entraîné l’effondrement des toitures et l’écrasement des personnages en terre cuite. Ceux qui sont exposés actuellement sont en fait remontés à partir des morceaux retrouvés sur place.
Personnages de terre cuite
Les soldats ont, pour la plupart, été fabriqués en terre cuite dans des ateliers. Les différentes parties — tête, bras, jambes, torses, armes — furent produites séparément puis assemblées. Différents moules ont été utilisés pour le visage, avec ajouts d'argile pour individualiser les personnages. Une fois terminés, les soldats ont été disposés en ordre militaire dans les fosses, selon le rang et la tâche. On retrouve ainsi des officiers, des fantassins, des fonctionnaires, des arbalétriers, des chevaux et même des acrobates. Ils mesurent près de à . Ils portent tous une arme (épée, arc ou arbalète). Leur état de conservation avait fait émettre l'hypothèse d'un traitement par du chrome. Les travaux de recherche les plus récents ont infirmé cette hypothèse, la constitution du sol étant responsable de l'excellente conservation des artefacts en métal.. Certaines de ces armes auraient été pillées ou en partie retirées par des archéologues pour les analyser ou les exposer dans un musée, mais on peut encore distinguer leur trace dans la forme des mains.
Les personnages diffèrent les uns des autres par la taille, l'uniforme et la coiffe. À l'origine, les soldats étaient armés et peints de couleurs vives qui ont pour la plupart disparu à la suite de l'incendie des fosses par les rebelles Han en l'an 206 av. J.-C. et par leur exposition à l'air libre durant les premières fouilles archéologiquesLaura Vigo, « L'empereur guerrier de Chine et son armée de terre cuite », La revue du Musée des beaux-arts de Montréal, été 2011, ., de 1970 à 1990. Les restaurateurs sont maintenant en mesure de stabiliser certains pigments, ce qui permet d'apprécier le travail des artisans et d’imaginer l'état d'origine des sculptures peintes.
Une couche de laque brun foncé recouvrait chacun des personnages La polychromie des soldats de terre cuite.. Sur ce fond, deux ou trois couches de laque et de pigments colorés étaient ajoutées. Le rouge servait à peindre les lacets, qui attachaient les plaques de l'armure, ou le ruban de la coiffe. Le vert et le bleu étaient utilisés pour les pantalons. Le rose, le jaune et le violet foncé se retrouvent sur les tuniques.
Armes