Un mauvais fils est un film dramatique français réalisé par Claude Sautet, sorti le dans les salles françaises.
Dixième long-métrage du réalisateur, le film met en scène un jeune homme revenant en France après cinq ans de détention dans une prison américaine pour usage et trafic de stupéfiants. Les retrouvailles avec son père sont tendues. Il entame une relation avec une ancienne toxicomane, tout en essayant de se réinsérer dans la société. Le rôle principal est incarné par Patrick Dewaere. Celui du père est interprété par Yves Robert. Brigitte Fossey joue l'amie de Dewaere. Jacques Dufilho prête ses traits au libraire chez qui travaille Fossey. Avec Un mauvais fils, Sautet entame un nouveau cycle, dépeignant des milieux sociaux et tranches d'âges différents de ses œuvres précédentes.
Le film, sorti en plein boycott d'une partie de la presse envers Patrick Dewaere à la suite de l'« affaire de Nussac » survenue trois jours plus tôt, connaît de bonnes critiques. Malgré le contexte qui a entouré la sortie du film, Un mauvais fils connaît une carrière commerciale honorable avec plus d'un million d'entrées.
Synopsis Jeune homme d'une trentaine d'années, Bruno Calgagni revient en France après l'avoir quittée sept ans auparavant pour les États-Unis, où il a purgé une peine de cinq ans de prison pour usage et trafic de stupéfiants, au cours de laquelle il apprit le décès de sa mère. À son arrivée à l'aéroport, Bruno est attendu par un commissaire, qui lui expose les obligations auxquelles il doit se soumettre avant de lui remettre la nouvelle adresse de son père, René, qui travaille comme chef d'équipe sur un chantier. Peu après, il se rend au nouvel appartement de René, qui se montre surpris par la visite impromptue de son fils. Néanmoins, le père lui réserve un accueil chaleureux mais bref, devant se rendre à son travail, tout en le laissant s'installer. René retrouve Bruno le soir et l'invite à dîner dans un restaurant pour continuer leur discussion. Le père et le fils parviennent difficilement à s'habituer à leur nouvelle vie commune.
À la recherche d'un emploi, Bruno, qui a une formation d'ébéniste, parvient à se faire engager comme manutentionnaire dans des conditions difficiles. Invité par son fils dans un bistrot, René se montre outré quand deux prostituées, qui ont aguiché Bruno, sont invitées par ce dernier à sa table, et quitte les lieux. Voulant des explications, Bruno le suit et découvre que René le rend responsable de la mort de sa mère, morte de dépression et d'abus de médicaments. Le jeune homme quitte l'appartement et part s'installer chez un collègue. Convoqué à l'hygiène mentale qui s'occupe de la réinsertion des toxicomanes après la fin de son contrat, Bruno décroche un emploi dans une librairie tenue par Adrien Dussart, un vieil original homosexuel. Il fait également la connaissance de sa collègue, Catherine, elle aussi ancienne toxicomane. Bruno parvient à se faire une place et tombe sous le charme de Catherine, avec laquelle il va s'installer. Bruno tente de renouer le contact avec René, mais découvre qu'il entretient une liaison avec Madeleine, une amie proche de la famille, et que cette liaison a commencé bien avant le décès de sa mère. Une vive tension s'installe entre les deux hommes qui en viennent aux mains avant que Bruno ne parte. Bruno se rend en Normandie avec Catherine, Dussart et le compagnon de celui-ci, mais ce séjour s'avère compliqué pour Catherine, qui dès leur retour, commence à replonger dans la drogue, tout comme Bruno, qui craque après avoir découvert par un proche que René, victime d'un accident de travail, a décidé de couper tout lien avec lui.
Soutenue par Bruno et Adrien, Catherine décide de retourner en cure de désintoxication. Bruno parvient à se reprendre en main après avoir décroché un poste d'ébéniste, tandis que Catherine s'inquiète du silence de ce dernier. Après avoir appris que Madeleine a quitté René, devenu aigri à la suite de son accident et restant seul dans son appartement, Bruno se rend au chevet de son père, avec lequel il se réconcilie, et se décide à téléphoner à Catherine.
Fiche technique Titre : Un mauvais fils Réalisation : Claude Sautet Assistants réalisateurs : Yvon Rouve et Jacques Santi Scénario : Claude Sautet, Daniel Biasini et Jean-Paul Török, d'après une histoire de Daniel Biasini Musique : Philippe Sarde Décors : Dominique André Costumes : Corinne Jorry Maquillage : Marc Blanchard Photographie : Jean Boffety Scripte : Geneviève Cortier Régisseur : Gérard Gaultier Cadreur : Jacques Renoir Son : Pierre Lenoir Mixage : Jean Nény Montage : Jacqueline Thiédot Directeur de casting : Dominique Besnehard Directeur de production : Antoine Gannage Photographe de plateau : Charles Biasini Production : Alain Sarde et Roland Girard Sociétés de production : Films A2, Sara Films et SFP Sociétés de distribution : Parafrance (France, sortie en salles), Studiocanal (France, vidéo) Pays de production : Langue originale : français Budget : 12 millions de francs. (soit environ en ) Format : couleur — 35 mm — 1,66:1 — son monophonique Genre : drame Durée : 110 minutes Dates de sortie : France : , reprise en salles le Classification CNC. : tous publics, art et essai (visa d'exploitation délivré le ) Affiche : René Ferracci (France)
Distribution
Patrick Dewaere : Bruno Calgagni Yves Robert : René Calgagni Brigitte Fossey : Catherine Segal Jacques Dufilho : Adrien Dussart Claire Maurier : Madeleine Sophie Artur : l'employée de Madeleine Raouf Ben Yaghlane : Taïeb Franck-Olivier Bonnet : patron de l'entreprise de transport Jean-Claude Bouillaud : Henri Antoine Bourseiller : psychologue de l'hygiène mentale Dominique Briand : officier de police Étienne Chicot : Serge Christiane Cohendy : l'assistante sociale Claudine Delvaux : Suzanne, la patronne du café Guy Di Rigo : un inspecteur à Roissy André Julien : André Francis-André Loux : inspecteur Bertrand Pierre Maguelon : commissaire de police de Roissy Mado Maurin : la femme d'André Dany Baye : la fille au flipper Sandra Montaigu : la fille au flipper David Pontremoli : Carlos Marcel Portier : l'homme au comptoir Dominique Zardi : contremaître Laure Duthilleul
Production Genèse et développement Un mauvais fils est né d'un court récit écrit par Daniel Biasini, mari de l'époque de Romy Schneider qu'elle a confié à Claude Sautet, avant le tournage de leur cinquième et dernier film commun, Une histoire simple.. Dans le premier traitement du récit, le personnage de Catherine prenait le pas sur la relation conflictuelle entre un père et son fils, sujet qui avait éveillé l’intérêt du metteur en scène. L'écriture du scénario démarre sous la houlette de Biasini et Claude Néron, alors que Sautet est en train de tourner Une histoire simple. Mais l'ambiance mortifère du premier jet du script déplaît au réalisateur. Néron est débarqué du projet et Sautet fait appel aux services de Jean-Paul Török. Török apporte beaucoup notamment sur la librairie et le personnage du libraire, qui était déjà présent dans le premier traitement de Biasini.
Un mauvais fils marque une rupture ainsi qu'un nouveau cycle dans la carrière de Sautet., lui qui s'était attaqué durant les années 1970 à explorer les angoisses des hommes de sa génération. Il décide de dépeindre d'autres milieux sociaux, d'autres tranches d’âges et par conséquent d'autres types de personnages et de situations, ce qui implique d'autres collaborateurs de travail d'écriture en remplaçant Jean-Loup Dabadie et Claude Néron par Biasini et Török.
Pour le rôle de Bruno, Sautet pense d'abord à Gérard Depardieu, avec qui il avait déjà tourné sur Vincent, François, Paul… et les autres, mais le réalisateur trouve qu'il manque de la vulnérabilité nécessaire au personnage et préfère confier le rôle à Patrick Dewaere, qui n'a pratiquement pas tourné depuis Série noire d'Alain Corneau, dont il est ressorti épuisé., hormis un second rôle dans Paco l'infaillible par amitié pour le réalisateur Didier Haudepin. Lors de son premier rendez-vous avec Sautet, Dewaere débarque sans sa moustache qu'il arborait depuis sa participation au Café de la Gare au début des années 1970, l'ayant rasée car Sautet le voulait glabre, geste qui touche le metteur en scène. Une complicité et un respect mutuel naît entre l'acteur et le réalisateur, même durant le tournage, même pour des scènes difficiles nerveusement. Pour incarner le père de Bruno, Sautet fait appel à l'acteur et réalisateur Yves Robert, qui connaît Dewaere lorsqu'il faisait ses débuts d'acteur étant enfant et qui est également ami avec Sautet depuis le tournage des Hommes ne pensent qu'à ça (1954).. Pour le rôle de Catherine, le rôle est confié à Brigitte Fossey (qui a également côtoyé Dewaere sur Les Valseuses), tandis que le libraire est interprété par Jacques Dufilho, récemment césarisé du meilleur second rôle masculin pour Le Crabe-Tambour en 1978.
Concernant le scénario du film, qui relate l'addiction à la drogue dont les personnages joués par Dewaere et Brigitte Fossey sont victimes et qui fait écho à l'épreuve endurée par l'acteur dans la vie réelle, il déclare : ..
Tournage Le tournage du long-métrage se déroule du au .. Les scènes d'aéroport sont tournées à Paris-Charles de Gaulle, tandis que les scènes de rue autour de l'appartement de René Calgagni sont filmées Place de la République, à Saint-Ouen-sur-Seine (consulté le 6 septembre 2020).. Les scènes de jetée et de bord de mer sont filmées à Luc-sur-Mer et Langrune-sur-Mer dans le Calvados.
Bande originale vignette|upright=1.15|left|Le trompettiste Maurice Murphy est le principal soliste de la bande originale.|alt=Le trompettiste Maurice Murphy, jouant du bugle, en 2002.Pour cette collaboration entre Claude Sautet et le compositeur Philippe Sarde, les deux hommes ont imaginé une pour un orchestre d'instruments à vent auquel s'ajoute un petit ensemble à cordes orchestré très finement par Peter Knight. A mi-chemin entre rengaine populaire et balade de style jazzLivret de Christian Lauliac pour le CD ., la bande originale d'un Mauvais fils renoue avec le caractère plus mélodique de celle de Vincent, François, Paul… et les autres., après deux partitions (Mado et Une histoire simple) un peu plus difficiles d'accès.
Déjà employé en tant que soliste sur Mado (dont la musique avait également une couleur légèrement jazzy), Philippe Sarde recrute à nouveau John Surman au saxophone baryton, auquel il ajoute le trompettiste soliste , le contrebassiste Barry Guy. sans oublier le mythique Archie Shepp au saxophone ténor. Ce dernier a débuté avec des géants du jazz comme Cecil Taylor et John Coltrane, et a eu également une riche carrière en France (où il a enregistré l'album ).
Anticipant son travail sur Le Choix des armes d'Alain Corneau, le compositeur joue sur les différences de tessiture et de timbre des deux saxophonistes solistes pour évoquer les difficultés de communication entre le personnage de Bruno Calgagni et son père. Même si le compositeur n'hésitait pas à utiliser des musiciens de jazz à « contre-emploi » pour des cinéastes plus ouverts comme Bertrand Tavernier, il évitait de le faire avec Claude Sautet qui était plus attaché à une certaine « orthodoxie » en matière de jazz. Il n'a donc pas demandé à Archie Shepp ce qu'il avait parfois exigé à d'autres.