thumb|Pétition des travailleurs de Saint-Pétersbourg du 9 janvier 1905. thumb|Soldats, héros, où est passée votre gloire ? Valentin Serov 1905. La pétition des travailleurs et des habitants de Saint-Pétersbourg du est un document historique , une pétition ou supplique, avec laquelle les travailleurs de Saint-Pétersbourg, sous la conduite du prêtre Gueorgui Gapone, se sont rendus chez Nicolas II, le Dimanche rouge, le . La pétition a été établie entre le 5 et le par Gueorgui Gapone et un groupe de travailleurs, dirigeants du Collectif des travailleurs russes de Saint-Pétersbourg (désigné ci-après sous le terme Collectif) avec la participation de représentants de l'intelligentsia démocratique. Cette pétition contenait un certain nombre d'exigences, dont certaines d'ordre politique, d'autres d'ordre économique. La principale des exigences était la suppression de la bureaucratie et la convocation de représentants du peuple sous forme d'assemblée constituante sur base d'un vote universel, direct, secret et égalitaire. Les autres exigences de la pétition se répartissaient en trois sortes de mesures : les «mesures contre l'ignorance et le manque de droits du peuple russe», les «mesures contre la pauvreté du peuple» et les «mesures contre l'oppression du capital sur le travail». Le nombre d'exigences s'élevait à dix-sept. Les revendications politiques de la pétition qui proposaient une limitation des pouvoirs de l'autocratie, ont été considérées par le gouvernement comme «audacieuses» ce qui a été la cause de manifestations des travailleurs . La répression est sanglante contre les travailleurs venus porter la pétition, parfois en famille et de manière pacifique. Sur la place du palais d'Hiver, l'armée impériale tire sur la foule. Certains considèrent que cet événement dramatique marque le début de la révolution russe de 1905, pour d'autres, comme Richard Pipes, il s'inscrit dans un mouvement de contestation de la société qui a commencé avec la campagne des banquets de l'Union des Zemstvos en 1904, voire en avec la grève des universités. Idée de la pétition thumb|gauche|Nicolas II lisant les nouvelles de Saint-Pétersbourg. La pratique consistant à adresser des pétitions aux autorités remonte à la plus haute antiquité. Au Moyen Âge ces demandes étaient souvent appelées par le mot latin petitia qui est passé dans la langue russe et dans d'autres. Dans la Rus' ces pétitions étaient traditionnellement appelées tchélobitnaïa (provenant de l'expression frapper le front (tchelo bit) sous-entendu sur la terre pour saluer le dirigeant à qui on remet la pétition). Aux et , cette pratique des pétitions s'est généralisée. Pour régler leur prise en considération dans le tsarat de Russie une ordonnance des tchélobitnaïa est édictée. Selon l'historien N. Pavlov-Silvanski, la pétition du avait pour modèle des pétitions du .

L'idée de s'adresser au tsar avec une pétition sur les besoins éprouvés par la population appartient à un prêtre du nom de Gueorgui Gapone. Diplômé de l'académie de théologie de Saint-Pétersbourg, Gueorgui Gapone, dirige depuis 1903 l'un des plus grands syndicats professionnels légaux, le Collectif des travailleurs russes de Saint-Pétersbourg. Créé sous le haut patronage de l'administration de la ville de Saint-Pétersbourg et du département de la police, le Collectif avait pour but d'unir les travailleurs pour qu'ils s'instruisent et se soutiennent mutuellement, ce qui devait affaiblir l'influence qu'avait sur eux la propagande révolutionnaire. Mais, privé du contrôle des autorités, ce collectif s'est rapidement écarté des objectifs fixés. Aux réunions, les travailleurs ont rapidement commencé à discuter ouvertement non seulement des moyens d'améliorer leur niveau de vie, mais aussi des moyens de lutter pour la défense de leurs droits. Parmi ces moyens il y avait les arrêts de travail, les grèves et des méthodes encore plus radicales . thumb|droite|Gueorgui Gapone. C'est Gueorgui Gapone qui est venu pour la première fois avec cette idée d'adresser une pétition à l'empereur au début de l'année 1904. Dans ses mémoires, il rappelle que c'est par des discussions avec E. Narychkina, dame d'honneur à la cour de Russie qu'il était arrivé à cette idée. Selon cette dame d'honneur, Nicolas II était un homme bon et honnête, mais sans fermeté de caractère. Gapone s'est créé une image idéale d'un empereur, qui n'avait pas eu la chance de se montrer tel qu'il était, mais dont on ne pouvait attendre que le salut pour la Russie. «Je pensais, écrit Gapone, que lorsque le moment viendrait, il se montrerait sous son vrai jour, écouterait son peuple et le rendrait heureux». Selon le témoignage du menchévik A. Soukhova, dès , Gapone développe volontiers son idée de rencontre avec les travailleurs. «Les fonctionnaires se mêlent des affaires du peuple, disait-il, mais le peuple se mettra d'accord avec l'empereur. Mais il faut absolument éviter la force et passer par une requête à l'ancienne». À peu près à la même époque, l'idée surgit de s'adresser à l'empereur collectivement, tous ensemble. «Il faut demander tous ensemble, dit-il lors d'une réunion de travailleurs. Nous irons pacifiquement et il nous entendra ».

Le Programme des cinq du mois de mars 1904

La première ébauche de la pétition est établie par Gapone en et dans la littérature elle reçut le nom de Programme des cinq. Dès la fin de l'année 1903, Gapone noue des liens avec un groupe influent de travailleurs de l'Île Vassilievski, connu sous le nom de Groupes de Carélie. Beaucoup d'entre eux sont passés par les cercles de la social-démocratie, mais développent une tactique différente de celle de Parti ouvrier social-démocrate de Russie. Cherchant à attirer les travailleurs pour qu'ils soient actifs dans son Collectif, Gapone les convainc que l'objectif du Collectif est la véritable lutte des travailleurs pour leurs propres droits. Cependant les travailleurs sont très embarrassés par les liens de Gapone avec le département de la police, et pendant longtemps ils ne peuvent surmonter leur méfiance à l'égard de ce prêtre énigmatique. Afin de découvrir le vrai visage de Gapone en matière politique, les travailleurs lui proposent d'exprimer clairement sont point de vue. « Qu'y a-t-il camarades, vous ne collaborez pas ?» leur demande souvent Gapone, et les travailleurs lui répondent : «Gueorgi Apollonovitch, dites nous qui êtes-vous, peut-être serons nous votre ami, mais jusqu'à présent nous ne savons rien de vous ».

En , Gapone réunit quatre ouvriers dans son appartement et leur demande de ne rien dire des sujets de discussion qui consiste à leur présenter son programme. À cette réunion, ont pris part Alexeï Kareline, Dmitri Kouzin, Ivan Vassiliev, NikolaÏ Varnachiov. D'après le récit de I. Pavlov, Alexeï Karelin demande à nouveau à Gapone de dévoiler ses cartes. « Enfin, dis nous Gueorgi, qui tu es et que veux-tu?» — « Qui je suis et qu'est ce que je veux, répond Gapone, — je vous l'ai déjà dit, et où je vous conduit… voici, regardez», et Gapone jette sur la table un papier écrit à l'encre rouge sur lequel étaient écrits la liste des revendications des travailleurs . C'était un projet de la pétition de 1905, que plus tard on a considéré comme un programme de gouvernement du cercle du Collectif. Le projet comprenait trois sortes d'exigences: I. Mesures contre l'ignorance et l'absence de droit du peuple; II. Mesures contre la pauvreté du peuple et III. Mesures contre l'oppression du capital sur le travail, qui sont entrées entièrement dans la première édition de la pétition de Gapone.

Après avoir pris connaissance du texte du programme, les travailleurs sont arrivés à la conclusion qu'il était acceptable pour eux. «Nous étions alors émerveillés, se souvient Karelin. Dans le fond, je suis toujours bolchevik, je n'ai pas rompu avec le parti, je l'ai aidé, j'ai compris; Kouzin était un menchevik. Varnachiov et Vassiliev, bien qu'ils fussent hors parti, étaient des gens honnêtes, loyaux, bons et compréhensifs. Et nous avons compris alors que ce que Gapone avait écrit était plus large que les simples principes des sociaux-démocrates. Nous avons également compris que Gapone était un honnête homme et nous l'avons cru». N. Varnachiov ajoute dans ses mémoires, que «Pour aucun membre du groupe ce programme ne représentait une surprise car pour eux il fallait que ce soit celui préparé par Gapone». À la question des ouvriers de savoir comment il allait faire connaître son programme, Gapone répond qu'il ne le rendra pas public, mais qu'il propose au début d'étendre les activités de son Collectif, pour y inclure le plus de gens possible. Comptant dans ses rangs des milliers et des dizaines de milliers de gens, lAssemblée deviendra une force telle, que les capitalistes et les gouvernementaux seront obligés de tenir compte d'elle. Quand une grève économique découle d'un mécontentement général, il est possible d'adresser au gouvernement des demandes politiques. Les travailleurs marquèrent leur accord sur ce projet.

Après ces moments de tension, Gapone a réussi à surmonter la méfiance des travailleurs radicaux et ils acceptent de l'aider. Entrant dans les rangs du Collectif, Karelin et ses amis lancent une campagne d'adhésion au Collectif et le nombre de participants commence à augmenter. En même temps les Karelistes continuent de suivre Gapone et voient qu'il continue à suivre le programme fixé, et, à chaque occasion, lui rappellent ses obligations.

Campagne de pétition du zemstvo thumb|200px|left|Ministre de l'intérieur Piotr Sviatopolk-Mirski. À l'automne 1904, avec la nomination du ministre de l'intérieur Piotr Sviatopolk-Mirski, un réveil politique débute dans le pays qui est appelé printemps de Sviatopolk-Mirski. Au cours de cette période l'action des forces libérales, consiste à exiger des restrictions à l'autocratie et l'introduction d'une constitution. À la tête de l'opposition libérale est créée, en 1903, l' Union pour la libération, réunissant un vaste cercle d'intellectuels et de propriétaires terriens. À l'initiative de l' Union pour la libération, en , une vaste campagne de pétitions du zemstvo est lancée dans le pays. Le zemstvo et d'autres institutions publiques s'adressent aux plus hautes autorités avec des pétitions ou des résolutions, dans lesquelles elles demandent l'introduction dans le pays de la liberté politique et d'un parlement. Un exemple de telle résolution est celle du Congrès de zemstvo de 1904, qui s'est tenu à Saint-Pétersbourg les 6 et . Du fait de l'affaiblissement de la censure autorisée par le gouvernement, les textes des pétitions du zemstvo arrivent dans la presse et font l'objet d'un débat général. Le soulèvement politique général commence à affecter l'humeur des travailleurs. « Dans nos cercles, on écoutait tout le monde et tout ce qui s'était passé nous a beaucoup inquiété, se souvient un des travailleurs. Un courant d'air frais nous a tourné dans la tête et une réunion a commencé à succéder à l'autre». Dans l'entourage de G. Gapone on commence à parler de la nécessité pour les travailleurs de rejoindre la voix commune de toute la Russie.