Le sgraffito ou « sgraffite » (pluriel : sgraffites) est une technique décorative employée principalement dans l'architecture et la céramique.
Étymologie Le mot sgraffito provient du verbe italien , signifiant « griffer ». On peut parler de « décor sgraffité » ou de « décor en sgraffito ».
Définition Cette technique consiste en un motif ou dessin réalisé par hachures ou grattage d'un enduit blanc recouvrant un fond noir ou coloré. Le support peut être un mur ou la surface d'un objetJean Rudel et Audrey Bourriot, Technique de la peinture, coll. « Que sais-je », Paris, Presses universitaires de France, 2008, ..
Littré (1872-1877) en donnait la définition suivanteDéfinition de « sgraffite », La Langue française. :
Histoire La technique du sgraffito remonte à l'Antiquité. Elle semble apparaître dans le Bassin méditerranéen, sur certaines céramiques archaïques propres à la Grèce antiqueMark Cartwright, « Céramique Grecque Antique », in: World History Encyclopedia, 16 mars 2018.. Des céramiques à décors sgraffités ont été trouvées en Slovaquie, datant de ans avant notre ère (musée du château Sztáray, Michalovce).
On trouve cette technique dès le sur des objets en céramiques produites en Corée. En Europe, la technique décorative a été utilisée en architecture durant la Renaissance, surtout en Toscane : la technique d'incision de sgraffite monochrome évolue rapidement vers la bichromie, le blanc cassé rivalise avec le gris argenté, permettant de subtiles nuances et une plus grande lisibilité. Des thèmes figuratifs émergent, appelés « grotesques » et ils sont combinés parfois au style bugnato, jusqu'au Vasari, Les Vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes, traduction française d'André Chastel, Paris, Berger-Levrault, 1984, I, .. En Italie, en orfèvrerie, il était également d'usage de travailler des supports métalliques précieux (en argent par exemple) que l'on recouvrait d'émail noir, et que l'on attaquait à l'incise, avec un mélange de feuille d'or et la gomme arabique, afin de former des motifs lumineux et contrastés Claudius Popelin, La collection Spitzer : Antiquité, Moyen âge, Renaissance, tome II, Maison Quantin, 1881, — sur Gallica.. Technique quelque peu oubliée, sauf peut-être en Suisse et en Bohême où elle reste liée à la tradition populaire, elle va connaître une résurgence, un véritable « âge d'or », durant le dernier tiers du , au moment du renouveau décoratif international (Europe, États-Unis), notamment privilégiée par l'Art nouveau : c'est justement à Prague, qu'apparaissent des bâtiments, et ce, dès le début des années 1870, qualifiés de style néo-renaissant et qui adjoignent des frises composées convoquant cette technique : par exemple, au 15 Karoliny Světlé, on peut voir une réalisation de l'architecte à laquelle collabora le peintre František Ženíšek (1876) činžovní dům, Czech Monument Catalogue.. À noter qu'en 1867, en Allemagne, était paru l'une des premières études complètes sur la technique du sgraffito appliquée aux façades des maisons italiennes de la renaissance Emil von Lange, Die Anwendung des Sgraffito für Façaden-Decoration, Berlin/Leipzig, Gropius, 1867 — lire sur Gallica..
Par la suite, l'apport de Gottfried Semper et de Théodore Château est notable : ce dernier, chimiste, invente en 1882 la « silicatisation », permettant de créer la peinture murale au silicate, appelée « stéréochromie »Simone De Boeck, « L'âge d'or des sgraffites », in: Le Patrimoine et ses métiers, Bruxelles, Mardaga, 2002, — extrait en ligne..
Après la Première Guerre mondiale, les réformistes du Bauhaus l'incluent dans leurs proposition décoratives novatrices comme la fresque, la mosaïque, le bas-relief sculpté. Un vaste programme de construction de complexes résidentiels urbains est lancé, surtout à Cologne et Munich, comprenant des motifs sgraffités réalisés par des artistes Claudia Büttner, Geschichte der Kunst am Bau in Deutschland. Hrsg. vom Bundesministerium für Verkehr, Bau und Stadtentwicklung (BMVBS), Berlin, Bundesinstitut für Bau-, Stadt- und Raumforschung (BBSR) im Bundesamt für Bauwesen und Raumordnung (BBR), 2011, ..
Architecture
Revêtements de façades
La technique consiste à orner un revêtement de mortier d'un dessin gravé. L'artiste conçoit son dessin sur un calque appelé carton. Ce carton lui permet de reporter son trait à l'aide d'un stylet dans une couche de chaux qu'il incise. Cette couche est appliquée en fine épaisseur sur un enduit noir composé de charbon. Comme pour la technique de la fresque, tant que la couche est fraîche, on peut y appliquer des couleurs diverses. Le tracé en creux donne au dessin une plus grande fermeté que le tracé au pinceau de la fresque. L'exécution doit être rapide. La technique convient aux décors extérieurs observés à distance.
Le mortier peut être coloré dans la masse et même posé en couches successives de couleurs différentes. Dans ce cas, après le tracé des contours du dessin, on fait apparaître chaque couleur à sa place par grattage des couches inutiles. Cette technique s'apparente aussi à celle du camée. Certaines façades peuvent être recouvertes de motifs sgraffités cuits directement sur des carreaux en céramique comme pour la Grande Maison de Blanc (Henri Privat-Livemont, 1896–1897).
Céramique
Indépendamment de la tradition occidentale des revêtements de façades, ce procédé est employé principalement et depuis l'Antiquité, à de nombreux objets en céramique.
Dès le , la céramique islamique fait appel à cette technique, surtout en Iran« Coupe à décor jaspé » (Khurasan), Département des Arts de l'Islam, musée du Louvre..
En Corée, surtout dans les deux premiers siècles de la période Joseon (1392-1910), et en Italie, aux s, un procédé analogue au sgraffite appelé sgraffio su ingobbio, consiste, sur un vase en argile d'un gris moyen, à enduire celui-ci d'un engobe clair, puis à inciser celui-ci d'un motif et à le faire se dégager sur le fond gris en décapant le fond gris de l'argile par un grattage délicat. La pièce est, ensuite cuite pour obtenir un grès. Le résultat est ensuite recouvert d'une glaçure et passe à nouveau au four Bulletin mensuel de l'Académie des sciences et lettres de Montpellier, 52, 2021, ..
Réalisations
Façades de bâtiments à décors sgraffités Les plus anciennes façades conservées à motifs sgraffités se trouvent principalement en Italie. Elles datent de la renaissance.
Les réalisations modernes émergent à partir du milieu des années 1880 principalement en Belgique, avec un pionnier comme Octave Van Rysselberghe pour la façade de l'hôtel Goblet d'Alviella, situé à Saint-Gilles, au 10 rue Faider (1882)« Hôtel Goblet d’Alviella », Inventaire du patrimoine architecturel, Région de Bruxelles-Capitale.. Les autres villes belges significatives sont Anvers, Charleroi, Huy, Liège, Namur, Tournai. Pour la seule Belgique, la fin de cette mode architecturale semble être 1928, car après cette date, très peu de façades à décor sgraffité apparaissent.
D'autres villes d'Europe témoignent particulièrement de bâtiments à décors sgraffités datant des années 1890-1910, comme Barcelone, Varsovie ou Prague. D'une manière générale, l'Allemagne et les pays de l'ancien Empire austro-hongrois témoignent de nombreuses réalisations, mais aussi la Grèce (entre autres à Mastichochória, Chios), les pays baltes, la Pologne, la Roumanie, la Scandinavie…
Les sgraffites sont aussi largement utilisés pour l'ornement des maisons dans le canton des Grisons en Suisse, notamment dans les régions du val Bregaglia, et du val Müstair ainsi qu'en Engadine.
Cette technique décorative architecturale n'a nullement disparu après la vogue portée par l'Art nouveau, elle réapparaît par exemple dans des réalisations réalistes socialistes dans les anciens pays du bloc de l'Est, comme la frise exécutée par (1900-1972) à l'intérieur du bâtiment principal de la (Nádraží Praha-Smíchov).
Le sgraffite est très sensible aux écoulements d'eau et aux pluies frontales : la dégradation du motif est évitée par des gouttières et des descentes d'eau opérationnelles Marie-Laure Roggemans, Carnet d'entretien : Le Sgraffite, Coll. L'art dans la rue, Bruxelles, Fondation du Roi Baudouin, 1997..
Murs intérieurs de bâtiments à décors sgraffités Sur le plan historique, cette technique est principalement utilisée pour les façades. Mais il existe de nombreux exemples de décorations convoquant cette technique destinée à des murs situés à l'intérieur du corps d'un bâtiment : églises, hall d'hôtels, cage d'escalier, surtout après 1950. La maison Cauchie (1905) possède plusieurs murs intérieurs à décors sgraffités.
Quelques artistes et créations architecturales remarquables Autriche : Konrad Honold Weinkellerei Hermann Pfanner, Lauterach
Belgique : Paul Cauchie : Maison Cauchie (Bruxelles) Maison Delune (Bruxelles) Adolphe Crespin : Hôtel Albert Ciamberlani (Bruxelles) Gabriel Van Dievoet : Église de Machelen Maison dorée (Charleroi) Henri Privat-Livemont Grande Maison de Blanc (Bruxelles)
Espagne : Francesc Berenguer i Mestres Casa Joan Baptista Rubinat (1905)
France : César Pain Maison au 24 rue Félix-Faure (1904), Nancy.
Tchéquie Josef Schulz : Palais Schwarzenberg (Prague)
Suisse Robert Wehrlin : Coopérative Kosum de Winterthour Baptême du Christ, maison paroissiale de Kollbrunn La Roue de la fortune, école de Winterthour-Wülflingen
Réalisations anonymes Palais du vin (Bruxelles, Belgique). Fresque renaissance dite d'Adam et Ève (1584), rue de la Poissonnerie à Nice, France. Portail renaissance et murs à décor sgraffite du château de Gola Dzierżoniowska, en Pologne. Maison à la Minute à Prague. Plafond de la Tour de San Salvador, Teruel (Espagne). Village de Guarda, en Suisse.
Notes et références
Annexes
Bibliographie .
Articles connexes Fresque Ornement (architecture) Mortier de terre, (plâtre vénitien) Stuc, tadelakt Granito Pochoir, carte à gratter (dessin) (scratchboard / scraperboard) Mosaïverre, cimorné
Liens externes
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