La dynastie Zhou () est selon l'historiographie traditionnelle la troisième dynastie chinoise. Dirigée par des rois appartenant au clan Jī (), elle prend le pouvoir au (vers ), faisant suite à la dynastie Shang, et reste en place jusqu'en , date à laquelle s'achève le règne du dernier empereur des Zhou. Après son extinction, son territoire est intégré au royaume de Qin en Cette longévité fait de la dynastie Zhou la plus longue de toutes celles qui se sont succédé ou concurrencées durant l'histoire de la Chine.

La longue période de la dynastie Zhou ne voit en fait celle-ci exercer une domination effective sur les pays de la Plaine centrale chinoise qu'à partir du milieu du jusqu'au début du Cette période est surnommée celle des « Zhou de l'Ouest » (1046-), en raison du fait que la capitale des empereurs de la dynastie Zhou était située à l'Ouest de la Chine. Après cette ère, la dynastie Zhou n'exerce plus qu'une forme de souveraineté symbolique face aux royaumes plus puissants qui s'affirment en Chine. Il s'agit de la période dite des « Zhou de l'Est » (771-) en raison de l'installation de la dynastie dans une capitale orientale. Elle est elle-même subdivisée en deux sous-périodes : la période des Printemps et Automnes (771-) et la période des Royaumes combattants (481-).

Cette période de l’histoire chinoise correspond à ce que beaucoup considèrent comme l’apogée de la fabrication d’objets en bronze chinois. La dynastie couvre aussi la période où les caractères chinois ont presque évolué vers leur forme actuelle avec l’utilisation d’une version archaïque du style « des scribes » qui émerge au cours de la fin de la période des Royaumes combattants.

Une autre dynastie nommée Zhou exista entre 690 et 705 de notre ère, avec comme seule impératrice Wu Zetian.

Histoire

Origines des Zhou Selon la mythologie Selon la mythologie chinoise, la lignée des Zhou naît quand Jiang Yuan, une consort du légendaire Empereur Ku, conçoit miraculeusement un enfant, Qi « l’Abandonné », après avoir marché dans l’empreinte divine de ShangdiShijing, Ode 245.« Hou Ji ». Encyclopædia Britannica.. Qi devient ensuite un héros qui survit alors qu'il est abandonné trois fois par sa mère et qui améliore considérablement l’agriculture à l'époque de la semi-légendaire dynastie Xia. Ce dernier exploit lui vaut d’être nommé seigneur de Tai et de recevoir le nom de famille Ji de la part du roi Xia de son époque. Par la suite, il reçoit également le nom posthume de Houji le « seigneur Millet », qui lui est décerné par le roi Tang de la dynastie Shang. Il reçoit même des sacrifices comme Dieu des récoltes. Le terme Hòujì était probablement un titre héréditaire attaché à une lignée.

Bien des années plus tard, Buzhu, le fils de Qi, aurait abandonné son poste de Maître Agraire () dans les dernières années de sa vie et lui, ou son fils Ju, aurait totalement abandonné l’agriculture au profit d'un mode de vie nomade à la manière de Xirong et RongdiVoir la Distinction Hua-Yi pour plus de détails sur la symbolique de ce changementSima Qian. Shiji, Annales des Zhou, §3.. Cependant, Gong Liu, le fils de Ju Liu, conduit son peuple vers la prospérité en rétablissant l’agriculture et en l'installant dans la ville de Bin, sur laquelle ses descendants vont régner pendant plusieurs générations.

Controverses sur les origines historiques Un débat a agité l'historiographie concernant l'origine ethnique des Zhou : Huaxia ou nomades ?

Selon les partisans d'une origine ethnique Huaxia, il faut se rappeler que les Shang étaient eux-mêmes une tribu et les Xia avant eux aussi. Dans les écrits des disciples de Confucius, ce dernier ne semble aucunement considérer les Zhou comme des étrangers, les citant même très souvent comme exemple de droiture et d'intégrité. Or, Confucius vécut des siècles avant Sima Qian, et la plupart des écrits antérieurs à Qian contredisent ce dernier. De plus, certaines biographies laissées par l'auteur, dont celle de Lao Tseu, semblent douteuses. Aussi les tenants de l'origine Huaxia des Zhou considèrent que les écrits de Sima Qian sont à prendre avec une certaine réserve. Les Zhou étaient originaires du Shaanxi et ils étaient comme les Shang des vassaux des Xia. Cependant, ils se sont déplacés vers l'ouest pour échapper aux persécutions de Jie Gui,un roi Xia. Pour les pro-Huaxia, comme cette migration a eu lieu en un temps très reculé, ils pensent qu'il fut impossible pour Sima Qian d'en connaître la raison exacte et qu'il en a extrapolé que les Zhou étaient nomades. L'archéologie a cependant démontré que la vallée de la Wei a été soumise à une agriculture extensive à l'époque de son occupation par les Zhou, ce qui est contradictoire avec un mode de vie nomade. Parmi les autres éléments mis en avant, on trouve la langue, celle des Zhou étant une langue chinoise, et la pratique culturelle du nom à deux ou trois caractères. C'est là une pratique typiquement chinoise et aucun des souverains Zhou de l'histoire n'a jamais porté un nom de plus de trois caractères. Bien qu'il soit vrai qu'au niveau des noms posthumes cette pratique culturelle ne fut pas toujours respectée, le non-respect de cette tradition causa, à l'époque, une sérieuse controverse chez les Zhou.

A contrario, les tenants de l’hypothèse du peuple d'origine nomade prennent en considération le témoignage de Sima Qian. Ainsi, Christopher BeckwithChristopher I. Beckwith, Empires of the Silk Road: A History of Central Eurasia from the Bronze Age to the Present, Princeton University Press, 2009, , p45-49 les assimile à des nomades indo-européens pour trois motifs : Le fondateur mythique, Houji, suit un parcours typique des mythes de l'Eurasie centrale, comme on en trouve dans la mythologie gréco-romaine, dans celle de Koguryo (Corée) et dans les mythes des Ashvins (Inde). La mère de Houji était une Qiang, les pires ennemis des Shang, et les Qiang étaient non-Huaxia, peut-être tibéto-birmans, si l'on suit l'interprétation traditionnelle, et peut-être indo-européens. Linguistiquement, s'il est vrai qu'il y a une continuité avec le chinois des Shang, il n'y a pas de preuves permettant de valider définitivement la thèse isolationniste et les Shang auraient eux-mêmes pu subir l'influence d'une langue étrangère"The mounting evidence against the isolantionnist position, especially from archeology, indicates that the intrusive Indo-European people who brought the chariot had a powerful influence on the Shang culture" in Christopher I. Beckwith, Empires of the Silk Road: A History of Central Eurasia from the Bronze Age to the Present, Princeton University Press, 2009, , . Entre ces deux extrêmes, on trouve les partisans de l’hypothèse « mixte » du mélange des cultures. Selon Nicholas Bodman, les Zhou semblent avoir parlé une langue pas fondamentalement différente dans le vocabulaire et la syntaxe de celle des Shang. Une étude récente de David McCraw, utilisant des statistiques lexicales, est parvenue à la même conclusion. Les Zhou ont largement imité les pratiques culturelles Shang, peut-être pour légitimer leur propre règneJessica Rawson, 'Western Zhou Archaeology,' in Michael Loewe, Edward L. Shaughnessy (eds.), The Cambridge History of Ancient China: From the Origins of Civilization to 221 B.C., Cambridge University Press 1999 ., et sont devenus les successeurs de la culture ShangLi, Feng (2006), Landscape And Power In Early China, Cambridge University Press, .. Dans le même temps, les Zhou peuvent également avoir été connectés aux Xirong, un groupe culturel localisé à l'ouest des territoires des Shang et que ces derniers considéraient comme des vassaux versant tributs. Selon l'historien Li Feng, le terme «Rong» durant la période des Zhou occidentaux a probablement été utilisé pour désigner des adversaires politiques et militaires plutôt que ceux qui sont considérés comme étant les «autres», d'un point de vue culturel et ethnique.

Les proto-Zhou étaient d'abord situés dans les hauts plateaux du Shaanxi-Shanxi, où ils ont absorbé des éléments de la culture de Guangshe et celle des steppes. C'est à ce stade que les légendes rejoignent la réalité, car les sources connues nous indiquent que c'est à ce moment que le roi Gong Liu déplace son peuple vers la basse vallée de la rivière Fen et vers la rive ouest du fleuve Jaune. Et c'est bel est bien après cette migration que les proto-zhou redeviennent des agriculteurs. Son fils Qing Jie, conduit les Zhou dans la haute vallée de la rivière Jing, où ils restent jusqu'à ce que Dan Fu (ou Tai Wang) les fasse déménager à nouveau dans la vallée de la rivière Wei afin d'éviter l'incursion des nomades rongdi. Au cours de cette période, les Zhou se sont mêlés au peuple Qiang, qui leur a transmis l'héritage culturel des peuples Siwa et Anguo et a formé une alliance politique avec eux. Dans toutes ces étapes, la culture avancée du bronze Shang a constamment exercé son influence sur les Zhou. La zone de Qi est la région dans laquelle toutes ces influences se concrétisent. Le contact entre les proto-Zhou, les Longshan du Shaanxi, les Qiang, les traditions des steppes du Nord, ainsi que la tradition des Shang a donné l'élan nécessaire à la lente transformation des proto-Zhou en Zhou et à leur développement.

Déclin des Shang et ascension des Zhou

Les découvertes archéologiques récentes ont montré clairement que les derniers rois Shang ont perdu énormément de pouvoir et d'autorité sur les peuples adjacents. Les derniers rois de la dynastie Shang n'étaient plus capables de produire des objets rituels en bronze et les ont remplacés par un matériau très commun, l'argile. Cela peut signifier que les derniers rois Shang se seraient sérieusement appauvris, ou bien qu'ils auraient perdu leur filon de cuivre aux mains des peuples adjacents dont la puissance augmentait à ce moment.

Dès le règne du roi Wu Ding, le territoire Shang se mit à rétrécir et ce malgré plusieurs campagnes militaires victorieuses. Mais c'est à partir du règne de Wu Yi que les Zhou commencèrent à s'agrandir. En effet, Danfu, un des descendants de Gong Liu, a conduit son clan de Bin à Zhou, un domaine situé dans la vallée de la rivière Wei, à proximité de l'actuel Xian de Qishan. Durant les années qui suivent cette installation, Danfu s'emploie à agrandir son nouveau domaine. Lorsqu'il décède, ce nouveau duché échappe à ses deux fils aînés, Taibo et Zhongyong, pour être transmis à un guerrier nommé Jili. Une fois duc de Zhou, Jili annexe les territoires de plusieurs tribus Xirong. Ses succès inquiètent le roi Tai Ding qui, feignant de le récompenser, le fait assassiner. À cette date Taibo et Zhongyong sont supposés avoir déjà fui vers le delta du Yangtze, où ils établissent l’État de Wu en régnant sur les tribus locales. Puis le roi Di Xin fit emprisonner le duc Wen des Zhou, sans raison, pendant trois ans. Wen réussit à monnayer sa libération, rentre chez lui et déplace sa capitale de Zhou à Feng, une cité qui se situait à proximité de l'actuelle ville de Xi'an.

Les Zhou ont été victimes de la jalousie des rois Shang, qui s'inquiétaient de leur succès et les voyaient comme une menace potentielle contre leur autorité. Or, au lieu de se les concilier, ils se les mirent à dos et accumulèrent les erreurs politiques graves, ouvrant la voie à leur renversement. Néanmoins, si l'effondrement des Shang fut largement causé par la politique quasi systématique de vexation des souverains Zhou, leur renversement peut aussi bien s'analyser comme le prolongement des guerres d'expansion des Zhou entreprises sous le règne du roi Wu Yi.

Fondation de la dynastie gauche|Zhou