L'ordre des chanoines réguliers de Prémontré, dont les membres sont appelés couramment Prémontrés et plus rarement Norbertins, est un ordre canonial catholique fondé par Norbert de Xanten au début du . Dès sa fondation, l'ordre de Prémontré comporte un ordre masculin de chanoines réguliers, un ordre féminin de chanoinesses contemplatives cloîtrées et un tiers-ordre associant des laïcs à la vie et à la prière de l'ordre. Depuis le , l'ordre comprend aussi plusieurs congrégations féminines apostoliques. La désignation O.Praem. (Ordo Praemonstratensis) est apposée à la suite des noms des religieux prémontrés.

Histoire

Contexte historique et religieux

L'institution canoniale apparaît en occident au , lorsque le clergé de certaines églises pratiquant la vie commune se donne le nom de canonicus. Au milieu du , l'évêque de Metz Chrodegang donne une règle aux chanoines de sa cathédrale, fondée sur une lettre d'Augustin d'Hippone décrivant l'organisation du clergé de son diocèse, qui constitue à partir de ce moment la règle de saint Augustin. L'œuvre administrative des Carolingiens aboutit à une claire distinction de chaque type de clergé, de ses obligations et droits. Ainsi moines et chanoines se distinguent clairement lorsque Louis le Pieux édicte en 817 une même règle pour tous les chanoines, la règle d'Aix-la-Chapelle. Du au , l'implication dans les affaires temporelles, l'enrichissement des communautés, et l'immixtion des puissances séculières mènent à une décadence de l'observance religieuse à laquelle la réforme grégorienne veut porter remède. Le synode de Latran de 1059 lance le mouvement en prônant la désappropriation personnelle effective de tout bien, et l'observance stricte de la vie commune. Les chanoines du Latran sont les premiers à se réformer selon ces lignes. Lors de ce synode, le moine Hildebrand (futur pape Grégoire VII) prononce un violent réquisitoire contre la règle d'Aix-la-Chapelle, qui tolère la propriété personnelle. C'est dans ce contexte de réforme et de retour aux sources, parfois idéalisées, de l'institution canoniale, que prend place la fondation de l'ordre de Prémontré. Un autre fait majeur dans cette fondation est la querelle des Investitures qui fait rage à l'époque. Norbert de Xanten y prend part en qualité de chapelain à la cour impériale, fonction qu'il assure à partir de 1108 ou 1109, et qui le mène à assister (sans pour autant y participer) aux voies de fait violentes de l'empereur Henri V envers le pape Pascal II en 1111.

Fondation vignette|278x278px|Norbert reçoit la règle des mains de saint Augustin. Illustration d'une Vie de Saint Norbert, vers 1140.

En 1119, l'évêque de Laon, Barthélemy de Jur, en route vers Reims pour participer à un concile convoqué par le pape , rencontre près de l'abbaye de Saint-Thierry trois clercs, dont son propre cousin germain Norbert de Xanten et son disciple Hugues de Fosses. Norbert a reçu en 1118 du pape la mission de prêcher partout la pénitence et la paix de Dieu, et désire faire renouveler cette mission par le pape nouvellement élu, présent à Reims en raison du concile. Séduit par sa personnalité, Barthélémy introduit Norbert auprès du pape, mais celui-ci ne juge pas cette vie vagabonde convenable à un clerc, et lui ordonne de rejoindre le diocèse de Laon. L'évêque souhaite justement la réforme de l'abbaye Saint-Martin de Laon selon les principes de la réforme grégorienne, et y envoie Norbert, qui échoue à convaincre la communauté des chanoines de cette abbaye. En effet, c'est à cette époque qu'apparaît la distinction entre chanoines réguliers pratiquant la désappropriation de leurs biens, et chanoines séculiers les conservant. Norbert participe ainsi à un mouvement plus large encourageant le renoncement aux biens terrestres, comme le demande la règle de saint Augustin.

En 1120, après plusieurs tentatives d'établissement à Foigny-en-Thiérache et Thenailles, Norbert reçoit de Barthélémy un terrain dans la forêt de Voas (aujourd'hui la forêt de Saint-Gobain dans l'Aisne) au lieu-dit Presmontré pour y fonder une abbaye. Il ne s'y trouve alors qu'une petite chapelle dédiée à saint Jean-Baptiste. Une lettre à Barthélémy, conservée dans la première biographie de Norbert, explique ce choix: « Mon seigneur et mon père, c'est ici que je veux demeurer. J'ai reconnu le lieu que le Seigneur m'a destiné. Ce sera mon siège et mon repos. Beaucoup d'hommes y trouveront le salut. Toutefois ce n'est pas cette chapelle qui en sera le centre; c'est de l'autre côté de la vallée qu'on bâtira la maison. Cette nuit, j'ai vu en songe une multitude d'hommes en blanc qui faisaient processionnellement le tour de la vallée avec des croix d'argent, des chandeliers, et des encensoirs ».vignette|165x165px|Norbert de Xanten, fresque du , abbaye Saint-Sévère d'Orvieto.|gauchePour s'adjoindre des compagnons, le fondateur se rend à l'école cathédrale de Laon, dont l'écolâtre est alors Raoul, frère du célèbre Anselme de Laon, et convainc à l'issue d'un sermon sept étudiants de l'accompagner, dont le futur grand théologien Anselme de Havelberg. Les tournées de prédications ultérieures de Norbert lui apportent d'autres disciples, dont . Dès la fête de Pâques 1121, la vie régulière est en vigueur à Prémontré, et la communauté se procure des reliques des saints Géréon, Ursule, et des deux saints Ewald, auprès de l'archevêque de Cologne, Frédéric de Schwarzenburg. L'ordre de Prémontré compte dès l'origine des chanoines de chœur, voués à l'office divin et à des tâches pastorales, et des convers plus nombreux encore, jouant un rôle important dans la vie quotidienne des abbayes par l'exercice du travail manuel.

vignette|262x262px|Première assemblée de Norbert de Xanten et ses premiers disciples en la forêt de Laon.

Passant près de Namur, Norbert reçoit de la comtesse Ermesinde de Luxembourg sa villa de Floreffe avec la demande d'y placer des frères. La première fondation de Prémontré est ainsi effectuée avant même que la communauté-mère soit érigée en abbaye. Lorsqu'il est nécessaire de choisir une règle de vie pour la nouvelle communauté, Norbert, sous l'influence d'un rêve où saint Augustin lui apparaît, choisit la règle augustinienne, qu'il connaît pour l'avoir vécue dans sa jeunesse comme chanoine de la collégiale de Xanten. Les premières professions religieuses d'une quarantaine de frères ont lieu le jour de Noël de l'année 1121. L'église abbatiale est rapidement élevée, et consacrée le sous le titre de Notre-Dame et saint Jean-Baptiste par Barthélémy de Jur et Lisiard de Crépy, évêque de Soissons. Le roi confirme la fondation par un diplôme royal, et lui concède de porter le lys de France sur ses armes. La fondation d'une abbaye féminine à Prémontré suit de peu, sous l'impulsion de Ricvère de Clastres, veuve d'un noble du Vermandois, Aymond de Clastres ; en 1149 les religieuses norbertines sont plus de . L'ordre féminin attire de nombreuses femmes de haute naissance désirant embrasser la vie religieuse, comme Adèle de Montmorency, Agnès de Braine, Odette de Rivreulle, ou .

Première expansion vignette|178x178px|Crypte de l'abbaye de Jerichow, contemporaine de sa fondation en 1144.|gauche L'abbaye de Floreffe est officiellement érigée le . Elle est suivie de nombreuses autres fondations, dont les monastères doubles d'hommes d'une part et de femmes de l'autre, de Cappenberg, Varlar, et Ilbenstadt, toutes dues à l'entrée en religion du comte , de son épouse Jutta, et de son beau-frère Othon. En revanche, quand le comte de Champagne Thibaut de Blois désire lui aussi rejoindre l'ordre, Norbert le renvoie à ses responsabilité séculières, avec un règlement de vie chrétienne adaptée. C'est la naissance du tiers-ordre de Prémontré.

En 1124, une petite délégation venue de Prémontré sous la direction de Gauthier de Saint-Maurice prend en charge l'abbaye Saint-Martin de Laon, qui prend la deuxième place dans l'ordre en souvenir des fonctions de prévôt du chapitre que Norbert y avait exercé. La même année, l'abbaye Saint-Michel d'Anvers est fondée, à l'occasion d'une tournée de prédication de Norbert et de ses compagnons contre les théories sur l'eucharistie de Tanchelin. C'est en souvenir de cette prédication que Norbert est souvent représenté portant un ostensoir. En 1124 toujours, l'abbaye du Mont-Cornillon est fondée par un disciple de Norbert, Luc du Mont-Cornillon.. vignette|204x204px|Bulle du pape reconnaissant la fondation de l'abbaye de Strzelno en 1193 et lui accordant des privilèges. Le , le pape approuve solennellement l'ordre de Prémontré. La même année, Norbert se trouvant de passage à Spire, il est élu par une diète solennelle archevêque de Magdebourg. Il y installe immédiatement des chanoines de Prémontré en l'église Notre-Dame, et fait élire Hugues de Fosses pour successeur dans la charge abbatiale. Les fondations se multipliant, il devient nécessaire de structurer l'ordre, jusqu'alors constitué d'abbayes indépendantes. Hugues prend modèle sur la charte de charité unissant entre elles les abbayes cisterciennes, et rédige avec les autres abbés une charte qui est approuvée en 1124 par les légats pontificaux Pierre de Léon et Grégoire, cardinal de Saint-Ange. Norbert quant à lui meurt le à MagdebourgIl est canonisé en 1582..

Du vivant même de Norbert, un grand nombre d'abbayes sont fondées, dont les plus notables sont Sainte-Marie au Bois, Cuissy, Grimbergen, Saint-Paul de Verdun. Hugues de Fosses peut être considéré comme le deuxième fondateur de l'ordre, présidant à son institutionnalisation. Il fait notamment rédiger la première biographie de Norbert, et les livres liturgiques propres à l'ordre, chaque communauté ou diocèse jouissant alors de la liberté d'organiser à sa manière l'office divin. C'est la naissance du rite prémontré. Hugues doit aussi rédiger et faire voter par le chapitre général des statuts précis inspirés là encore de ceux de Cîteaux, la règle de saint Augustin permettant des interprétations trop différentes pour maintenir l'unité d'observances dans l'ordre.

Suivant l'exemple de Vital de Savigny, il ordonne par prudence la fin des monastères doubles d'hommes et de femmes, et fait établir les monastères féminins à plus grande distance des masculins. Cette décision a pour conséquence que les chanoinesses, ne pouvant plus assister à la liturgie des chanoines, se divisent entre sœurs de chœur et sœurs converses. D'autres monastères féminins disparaissent, privés d'aumôniers et du soutien matériel des communautés masculines.gauche|vignette|Un chapiteau à l'abbaye de la Belle Paix, Chypre.

Hugues de Fosses doit aussi lutter contre Gautier de Mortagne, successeur de Barthélémy de Jur sur le siège épiscopal de Laon, qui souhaite récupérer certaines donations faites par son prédécesseur. Il meurt le , à la tête d'un ordre comptant alors .