vignette|redresse|Auguste et Louis Lumière.
Auguste et Louis Lumière, souvent désignés par l'expression frères Lumière, sont deux ingénieurs et industriels français qui ont joué un rôle primordial dans l'histoire du cinéma et de la photographie.
Auguste Lumière est né le à Besançon et mort le à Lyon. Louis Lumière est né le à Besançon et mort le à Bandol dans le Var.
Origines familiales et naissance vignette|redresse|Maison natale des frères Lumière à Besançon.
Les frères Lumière sont les fils de l'industriel, peintre et photographe Antoine Lumière, né le à Ormoy (Haute-Saône), et de Jeanne Joséphine Costille, née le Les Lumières et La Ciotat, site edencinemalaciotat.com. à Paris. Antoine et Jeanne se sont mariés le à la mairie du de ParisRegistre d'état civil du de Paris, 1861, Archives de Paris. et en l'église Saint-Étienne-du-Mont de Paris. Installés à Besançon (maison natale des frères Lumière) leurs deux premiers enfants naissent dans cette ville : Auguste le au 1 place Saint-Quentin (actuelle place Victor-Hugo depuis 1885)Registre d'état civil de Besançon (1862) : « L'an mil huit cent soixante-deux, le vingt octobre à deux heures du soir. Nous, Claude François Brulard adjoint délégué du Maire de Besançon, faisant les fonctions d'Officier public de l'état civil, avons constaté la naissance de Auguste Marie Louis Nicolas, né hier à trois heures et demie du soir fils de Claude Antoine Lumière, peintre, âgé de vingt deux ans, né à Ormoy (Haute-Saône), et de Jeanne Joséphine Costille, sans profession, âgée de vingt un ans, native de Paris (Seine), Époux demeurant à Besançon place St Quentin où l'enfant est né, présenté par le dit sieur Lumière, père de l'enfant. Le sexe de l'enfant a été reconnu être masculin, en présence de Théodore Auguste Berthelot, doreur, âgé de cinquante cinq ans, demeurant à Besançon, et de Achille Pechelache, horloger, âgé de vingt six ans, demeurant à la dite ville, témoins qui ont signé avec nous après lecture ainsi que le déclarant. »Archives municipales de Besançon. et Louis le au 143 grande rueRegistre d'état civil de Besançon (1864) : « L'an mil huit cent soixante-quatre, le cinq octobre à onze heures du matin. Nous, Claude François Brulard adjoint délégué du Maire de Besançon, faisant les fonctions d'Officier public de l'état civil, avons constaté la naissance de Louis Jean, né ce jour à une heure du matin fils de Antoine Lumière, peintre et photographe, âgé de vingt quatre ans, né à Ormoy (Haute-Saône), et de D. Jeanne Joséphine Costille, sans profession, âgée de vingt trois ans, native de Paris (Seine), Époux demeurant à Besançon grande-rue où l'enfant est né, présenté par le dit sieur Lumière, père de l'enfant. Le sexe de l'enfant a été reconnu être masculin, en présence de Jeanneney, artiste peintre, âgé de trente deux ans, demeurant à Besançon, et de Pechelache, horloger, âgé de vingt huit ans, demeurant à la dite ville, témoins qui ont signé avec nous après lecture ainsi que le déclarant. » Archives municipales de Besançon..
Inventions
Plaque photographique sèche Selon cette communauté fraternelle, les frères Lumière ont déposé sous leurs deux noms plus de 170 brevets, essentiellement dans le domaine de la photographie. Louis invente notamment les plaques photographiques sèches instantanées prêtes à l'emploi dites Étiquette bleue en 1881. C'est la vente de ces plaques qui fait la fortune de la famille..
vignette|Boîte de plaques photographiques conservée à l'Institut du patrimoine culturel d'Espagne à Madrid.
En 1903, les deux frères signent l'obtention de la couleur sur plaque photographique sèche, dite « autochrome »., que Louis Lumière, qui paradoxalement n'aime pas le cinémaCitation Louis Lumière, in « Cent ans de cinéma français », « Collection Les Images Encyclopédiques », éditions Sages Comme Des Images, Paris, 1994 ., considère comme étant sa plus prestigieuse invention, celle à laquelle il a consacré plus de dix années de sa vie.
Cinématographe Rappel historique Contrairement à une idée reçue plus que tenace, les frères Lumière n'ont pas réalisé les premiers films du cinéma, mais la première projection collective gratuite de films photographiques sur grand écran, le , devant un parterre restreint de savants de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale, au n° 44 de la rue de Rennes, correspondant désormais au 4 place Saint-Germain-des-Prés à Paris. Suivent les séances du et du au Palais Lumière et à l'Eden Théâtre de La CiotatCinéma Eden-Théâtre, le plus ancien cinéma du monde, edencinemalaciotat.org, consulté le 9 décembre 2018., devant un public choisi, et enfin la séance payante ouverte au grand public du au Salon indien du Grand Café situé 14 boulevard des Capucines à Paris. Chacun des dix bobineaux projetés lors de cette séance dure une cinquantaine de secondes. Avec L'Arroseur arrosé, Louis Lumière réalise le premier film photographique de fiction.
Les premières projections de films non photographiques de fiction sur grand écran devant un public rassemblé payant datent d', trois ans avant celles des frères Lumière, et sont le fruit du travail patient d'Émile Reynaud qui peint directement sur sa pellicule les premiers dessins animés du cinéma, dont la durée est déjà de plus d'une minute et atteindra 5 minutes en 1900. Avant la première projection Lumière publique, deux autres projections de films photographiques ont eu lieu : l'une à New York, organisée par l'Américain Woodville Latham le , l'autre à Berlin, faite par l'Allemand Max Skladanowsky le , mais les techniques utilisées pour ces projections sont loin d'être au point, et ces deux séances n'ont aucun retentissement, ni dans le milieu des professionnels de la photographie, ni parmi le public international, contrairement à celle des frères Lumière.
Leur succès découle d'une suite ininterrompue d'inventions. En 1888, John Carbutt invente une bande souple en nitrate de cellulose, que George Eastman commercialise aux États-Unis dès 1889. Aussitôt, le Français Étienne-Jules Marey s'en procure par des voies détournées et enregistre les premières suites de prises de vues instantanées sur bande nitrate (dont 420 sont conservées), sans toutefois parvenir à les projeter, ce qui ne le chagrine pas car son but scientifique est l'analyse des mouvements par la photographie rapide (chronophotographie) et non leur présentation en tant que spectacle, même si son assistant Georges Demenÿ a l'idée en 1892, de projeter de telles bandes découpées en petites vignettes disposées sur son phonoscope à disque de verre, selon le principe et la durée cyclique des jouets optiques. De à fin 1895, les Américains Thomas Edison, l'inventeur du phonographe, et surtout son assistant et premier réalisateur du cinéma, William Kennedy Laurie Dickson, produisent et tournent quelque 148 films, enregistrés avec la caméra Kinétographe et visionnés individuellement par le public à l'aide du kinétoscope (visionnement par loupe). Ils créent, non seulement le premier studio de cinéma, le Black Maria, mais aussi, les Kinetoscope Parlors, des machines à sous, qui préfigurent moins les salles de cinéma que les salles de jeux d'arcade..
En 1895, les frères Max et Emil Skladanowsky présentent publiquement des images photographiques animées au Wintergarten (Berlin) grâce à leur bioscope (Caméra Biographe, un système de caméras et appareils de projection jumeaux, utilisant deux bandes distinctes d'images, enregistrées puis projetées alternativement, mis au point par Georges Demenÿ) dès le .
La caméra Cinématographe
En 1894, Antoine Lumière, le père d'Auguste et de Louis, assiste à Paris à une démonstration du kinétoscope et également, à deux pas de là, à une projection d'Émile Reynaud dans son Théâtre optique. Pour Antoine, pas de doute : l'image animée est un marché d'avenir pour la famille, en direction de sa clientèle habituelle, les riches amateurs, à condition de marier le miracle de l'image photographique en mouvement avec la magie de la projection sur grand écran. Convaincu à son tour, Auguste LumièreAuguste Lumière, Mes travaux et mes jours, autobiographie, Éditions La Colombe, Lyon, France, 1953, pp. 32 ss. Voir aussi , et . se lance dans la recherche avec un mécanicien, Charles Moisson. Il échoue et c'est Louis qui prend le relais. Durant l'été 1894, dans l'usine Lumière de Lyon-Monplaisir, il met au point un mécanisme ingénieux qui se différencie de ceux du kinétographe et du kinétoscope. Comme Edison, il adopte le format , mais, pour ne pas entrer en contrefaçon avec la pellicule à huit perforations rectangulaires autour de chaque photogramme, brevetée par l'inventeur et industriel américain, il choisit une formule à deux perforations rondes par photogramme (abandonnée par la suite).
L'invention de Louis reprend en fait un procédé mécanique préexistant dont il adapte le principe au déplacement intermittent de la pellicule, nécessaire à l'exposition des images l'une après l'autre, mais l'émergence de cette idée est restée dans l'esprit des deux frères baignée d'un parfum miraculeux : Louis aurait été malade et fiévreux, et, au cours d'une insomnie, il aurait imaginé de donner Auguste Lumière, cité par L'Illustration n°4836 du 9 novembre 1935..
Le kinétographe avait aussi recours au déplacement intermittent de la pellicule, également grâce à un mécanisme préexistant : une came à rochet électrique solidaire d'un tambour denté entraînant la pellicule. À l'instar du kinétographe, un obturateur rotatif empêche la lumière d'atteindre la couche photosensible lorsque la pellicule se déplace d'un pas.
droite|vignette|Mécanisme Lumière : came excentrique et griffes, film à perforations rondes.
Dès le , on peut lire dans le journal Le Lyon républicain, que les frères Lumière (sous la direction de) Michelle Aubert et Jean-Claude Seguin, « La Production cinématographique des frères Lumière », Bifi-éditions, Mémoires de cinéma, Paris, 1996, . La caméra d'Edison-Dickson est explicitement citée comme référence préexistante.
Avec ce mécanisme, même s'il ne fait pas les premiers films (tournés par William Kennedy Laurie Dickson), Louis Lumière est généralement considéré comme l'inventeur du cinéma en tant que spectacle photographique en mouvement, projeté devant un public assemblé. Le mécanisme à griffes actionnées par une came excentrique est une amélioration considérable par rapport à celui du kinétographe, où la pellicule est entraînée par un tambour denté efficace (équipant encore aujourd'hui les appareils de projection argentiques) mais actionné brutalement par une roue à rochet électrique (remplacée plus tard par une croix de Genève ou une croix de Malte, plus souples). Au début, les frères présentent eux-mêmes leur appareil sous le nom de « kinétographe Lumière » ou « kinétoscope Lumière », avant de le baptiser « cinématographe »Édouard Waintrop, « Les Images animées de Monsieur Louis Lumière », Libération, numéro spécial, supplément au 4306 du , célébrant le , année française de l’invention du cinéma, 2.. C'est l'ingénieur parisien Jules Carpentier, à qui Louis Lumière fait parvenir tous ses essais d'évolution du prototype à partir de la première projection, qui finalise le mécanisme du cinématographe, notamment en le regroupant dans une boîte d'où ne sortent que la manivelle, l'objectif et un petit magasin pour contenir la pellicule vierge, prélude à sa production en petite série pour la vente aux amateurs fortunés.
À partir de , les frères Lumière apportent ainsi une participation inventive de premier ordre dans le lancement du spectacle de cinéma, prémices d'une industrie florissante que va notamment développer le Français Charles Pathé.
Projections privées et publiques de 1895 vignette|Inscription commémorative sur la façade de l'hôtel Scribe.