thumb|230px|Peste de Marseille (1720).|alt= La peste sous ses deux formes - bubonique et pulmonaire - est une maladie grave, le plus souvent mortelle, provoquée par la bactérie Yersinia pestis et responsable de plusieurs dizaines (voire centaines) de millions de morts depuis l'Antiquité lors de grandes épidémies. La peste pulmonaire, hautement contagieuse, est propagée par expectoration (l'individu infecté tousse).
Présentation Jusqu'au , d'autres grandes épidémies comme celles de choléra, de dysenterie, de charbon ou de fièvre hémorragique virale, ont parfois été désignées à tort comme des épidémies de peste par ceux qui les ont subies ; on parlait éventuellement de « maladies pestilentielles ». De nouvelles recherches en paléobiochimie moléculaire ont permis de confirmer la présence du bacille Yersinia pestis pour la peste noire et pour la peste de Justinien la description de Grégoire de Tours, Histoire des Francs, Livre quatrième : de la mort de Théodebert à celle de Sigebert , roi d’Austrasie (547 – 575) : … on compta, un dimanche, dans une basilique de saint Pierre (NDLR : ville de Clermont), trois cents corps morts. La mort était subite ; il naissait dans l’aine ou dans l’aisselle une plaie semblable à la morsure d’un serpent ; et ce venin agissait tellement sur les hommes qu’ils rendaient l’esprit le lendemain ou le troisième jour ; et la force du venin leur ôtait entièrement le sens.. La bactérie a été identifiée formellement dans un charnier de peste de 1722 à Marseille (France).
La peste, la dysenterie et le typhus ont tour à tour été évoqués pour la mort de Louis IX, mais des analyses publiées en 2019 montrent que le roi était gravement atteint de scorbut, et peut-être de bilharziose qui ont fort probablement causé sa mort le lors de la huitième croisade.
Les épidémies de peste sont regroupées en trois pandémies d'importance mondiale : La première pandémie est la peste de Justinien (541-767). La deuxième pandémie commence par la peste noire (1348-1352) et se répercute jusqu'à la première moitié du . La troisième pandémie appelée « peste de Chine » débute vers la fin du .
Néolithique et âge du bronze
Un génome de bactérie Yersinia pestis a pu être reconstitué à partir d'un prélèvement sur un squelette âgé d'environ 5000 ans, celui d'un chasseur-cueilleur de l'époque néolithique retrouvé à Riņņukalns en Lettonie. Grâce à l'analyse phylogénétique, on estime que Yersinia pestis s'est distinguée de Yersinia pseudotuberculosis il y a environ 7400 ansJ. Susat et alii, «A 5,000-year-old hunter-gatherer already plagued by Yersinia pestis», Cell Reports, Vol. 35, Issue 13, 109278, 29 juin 2021, Lire en ligne. La découverte de Rinnukalns doit toutefois moins correspondre à une épidémie qu'à une contamination individuelle, peut-être depuis un castor. D'autres découvertes attestent de la présence d'un lignage de Yersinia pestis en Grande-Bretagne il y a 4000 ans et en Asie il y a 3200 ans. La gravité de la maladie causée par ce lignage reste difficile à juger mais sa transmissibilité semble bien attestéeP. Swali, Schulting, R., Gilardet, A. et alii, «Yersinia pestis genomes reveal plague in Britain 4000 years ago», Nature communications 14, 2930 (2023), Lire en ligne.
Égypte pharaonique
Si les origines de la peste sont souvent situées en Asie centrale, Eva Panagiotakopulu a proposé d'en chercher les origines dans l'Égypte pharaonique. sur la base de descriptions médicales datant de cette époque et d'indices archéozoologiques (présence de rats noirs et de puces à Amarna).
-430 : Peste d'AthènesDes doutes subsistent encore sur la véritable nature de cette épidémie qui sévit de -430 à -426. L'hypothèse la plus probable est que la ville fut frappée par le typhus ou fièvre typhoïde et qu'elle perdit le tiers de sa population.À propos de la grande peste d'Athènes, la formule de La Fontaine convient parfaitement pour résumer les effets délétères de la peste : elle ne tue pas toute la population, mais affecte, très gravement, toute une communauté, lorsqu'elle s'abat sur elle.Périclès fut une de ses victimes.
Cinquante ans plus tard (-395), la peste parut en Sicile parmi les Carthaginois qui faisaient le siège de Syracuse mais ses ravages furent limités. Diodore de Sicile en fait état.
En l'an 125 , la peste dite d'Orose ravage les côtes septentrionales de l'Afrique à la suite d'une invasion de criquetsTite Live, Periochae, LXOrose, V, 11, 3-5Obsequens, 30Saint Augustin, Civ. Dei, III, 31.
En 81, l'empereur romain Titus meurt de la peste. Il participait lui-même aux secours, et approchait donc les malades. La forme de peste à laquelle il a succombé est très peu documentée, car les sources historiques de cette période sont rares.
165-170 : Peste antonine À partir de 165, l'empire romain, alors dirigé par Marc Aurèle, connaît une épidémie de grande ampleur qui semble s'être répandue sur la plus grande partie de l'empire depuis les provinces orientales. Cette épidémie, souvent appelée « peste antonine » ou « peste galénique« L’impact économique des crises sanitaires ; de la peste antonine aux crises actuelles » », est le plus souvent assimilée à la variole. Elle fit des ravages jusque dans les années 170, et semble avoir frappé à nouveau Rome durant le règne de l'empereur Commode. Le célèbre médecin Galien est le témoin de cette épidémie, qui est aussi décrite par des auteurs plus tardifs. Les conséquences de cette épidémie et l'ampleur de son impact sur l'économie et la démographie de l'empire sont assez discutées. Les pertes humaines sont estimées à , soit 10 % de la population de l'Empire romain d'alors.
251-260 : Peste de CyprienLa « peste de Cyprien » est ainsi nommée d'après saint Cyprien de Carthage, dont les écrits relatent cet épisode. Voir l'intervention de Benoit Rossignol dans « L’impact économique des crises sanitaires ; de la peste antonine aux crises actuelles », sur afhe.hypotheses.org. dans l'empire romain sous le règne de l'empereur Trajan Dèce.Venue d’Éthiopie, cette épidémie (peut-être de typhus. ?) affecte une partie de l’Afrique du Nord et la totalité de l’Europe occidentale. L'évêque Cyprien y voit une « vengeance divine »Du règne de Trajan Dece, l'Histoire ne retint que l'importante persécution qu'il orchestra contre les chrétiens. Bien que considéré comme un excellent empereur qui tenta de réunifier l'empire, de rétablir les traditions religieuses et de restaurer le prestige de Rome, les auteurs chrétiens comme Lucanus, Eusèbe ou encore Cyprien de Carthage, le décrivent comme « un grand serpent, précurseur de l'Antéchrist » (Cyprien, Lettres, 22, 1). Selon eux, la peste dite de Cyprien qui ravagea l'Empire sous son règne fut le fruit de la vengeance divine..
Première pandémie : 541 : Peste de Justinien - Elle sera suivie de près de quinze épidémies jusqu'en 767. Les pertes humaines sont estimées de d'individus (Pour ce qui concerne l'Europe). En 549 : à Arles ; citée par Grégoire de Tours, cette province est cruellement dépeuplée. En 567 : à Clermont ; citée par Grégoire de Tours (un certain dimanche, on compta 300 cadavres dans la cathédrale). Entre 575 et 579 : à Rome, Benoît ou Bonose, pape romain, s’efforce de soulager la ville désolée par la peste, une crue du Tibre et la famine. En 588 : un bateau en provenance d'Espagne apporte la peste à Marseille. Entre 585 et 590 : en Provence ; en 588, l'épidémie emporte l'archevêque d'Arles Licerius (586 -+ 588.) Entre 588 et 591 : en Gaule. Entre 589 et 590 : à Rome ; en 589, la peste de Justinien frappe lourdement Rome et lorsque le pape Pélage II, atteint à son tour, meurt le 8 février 590, la terreur des Romains est à son comble.
Début de la deuxième pandémie :
1347 : la peste noire envahit toute l'Europe. Elle arrive dans des navires de commerce en provenance de la péninsule de Crimée sur les rives de la Mer Noire où les Tatars, qui en étaient porteurs, assiégeaient le comptoir marchand génois de Caffa. Les Tatars de la Horde d'Or sont issus des invasions turco-mongoles de 1237-1242, venues d'Asie à la suite de l'expédition guerrière de Gengis Khan. Les bateaux infestés accostent dans les ports de Constantinople et de Messine en Sicile, la maladie gagne l'Italie, Marseille puis Bordeaux avant de se propager très rapidement dans l'Europe entière. En cinq ans, cette pandémie fait de victimes humaines sur une population totale d'environ d'habitants. Un tiers des Européens seraient morts. Aussi, de nombreux historiens évoquent au moins 50 % d'Européens morts de la peste en cinq ans.
1348 : Quimper, Laparade, arrivée de la peste noire en ToscaneMillard Meiss, La Peinture à Florence et à Sienne après la peste noire (1951), préface de Georges Didi-Huberman, ed. Hazan, 2013 , Paris (peste noire qui dure deux ans), Caen (fin de l'épidémie en janvier 1349), Reims 1349 : Strasbourg - peste décrite dans les Chroniques de Closener. 1363 : Puymirol. 1398 : Arles - peste décrite dans les chroniques de l'arlésien Bertrand Boysset ; l'épidémie dura du à janvier 1399L'an 1397 il y eut une grande mortalité partout dans le monde. De même, à Arles, elle débuta pour Pâques, qui était le premier jour d'avril et elle dura tout l'an 1398 jusqu'en janvier. De même, les gens mouraient le plus souvent de bosses, certains de charbons. Un grand nombre de gens moururent, plus des enfants et des gens jeunes que d'autres gens (Bertrand Boysset)..
1412 : Quimper 1428 : Paris 1437–1438 : Paris 1450 : Arles, Salon — Mort de l'archevêque d'Arles Louis Aleman à Salon-de-Provence, le 16 septembre 1450 1464 : Italie 1466 : Paris 1472 : Quimper 1477 : Caen 1477–1479 : Nord de l'Italie (plus de ) 1480 : Quimper 1484 : Poitiers, Laval, Le MansClimatologie et Épidémies en Bretagne sur infobretagne.com., NantesVille de Nantes - Inventaire-sommaire des archives communales antérieures à 1790, sur archives.nantes.fr5., Caen] 1482–1484 : Arles 1499 : Paris
1501 : Laval, Nantes 1507 : prévôté de Châtenois en Lorraine, Montbrison 1522 : Nantes 1522 : Paris 1523 : Nantes 1524 : duché d'Alençon en Normandie 1526 : duché d'Alençon 1529 : Nantes 1530 : Nantes 1531 : Paris 1532 : Caen 1533 : Quimper en Bretagne 1534 : Agen 1544 : duché d'Alençon 1544 : Paris 1545 : Genève, Mexique (Fièvre hémorragique virale) 1554 : Argentan en Normandie 1557 : Oran (Algérie) 1558 : Amiens, Argentan, Toulouse 1559 : Amiens, Saint-Malo, Toulouse 1560 : Amiens, Carcassonne, Draguignan, Paris, Rennes, Toulouse 1561 : Amiens, Coulommiers, Orléans, Pamiers, Paris, Perpignan, Toulouse 1562 : Melun, Paris 1564 : Quimper (en Bretagne), Pays de Gex 1565 : Quimper (en Bretagne) 1567 : Autun, Avallon, Beaune, Dijon, Mâcon, Paris, Troyes, Nantes 1568 : Angers, Armentières, Auxerre, Avallon, Besançon, Genève, Nantes, Paris 1569 : Auxerre, Avalon, Besançon, Castres, Gap, Nantes 1570 : Avesnes, Gap, Nantes 1571 : Cambrai 1575 : Venise 1576 : Milan, Nantes 1576 : Mexique (FHV) 1579 : on députe des maîtres de santé à Valréas au nord du Comtat VenaissinArchives communales Valréas BB 7 f°38, délibération du 15 mai 1579 1580 : Hyères, Arles, voir Peste d'Arles (1579-1581), Avignon et Carpentras et autres villes du Comtat VenaissinA.C. Valréas BB 7 folio 74, délibération du 13 octobre 1580 1583 : Nantes 1585 : La Rochelle 1585-1595 : prévôté de Châtenois en Lorraine 1586 : Quimper en Bretagne, Plusieurs lieux du Dauphiné au nord de Grignan, Taulignan, Le Pègue et VenterolA.C. Valréas BB7 f°167 à 173, juillet à décembre 1586, Montbrison et Saint-Etienne en Forez 1587 : DauphinéA.C. Valréas BB7 folio 179, délibération du 5 mai 1579, en particulier dans le Bas Grésivaudan et les Chambarans 1588 : sud du Dauphiné et nord du Comtat VenaissinA.C. Valréas BB7 folio 193, délibération du 22 juillet 1588 (seuls admis : ceux qui viennent de Tulette, Bouchet et Richerenches) 1589 : plusieurs lieux non précisés autour de Valréas (Comtat Venaissin)A.C. Valréas BB 7 f°211, délibération du 14 août 1589