Richard II est une fresque historique en vers écrite par William Shakespeare en 1595 inspirée par le règne (1377-1399) de Richard II d'Angleterre. Bien que la pièce de théâtre ait pu être écrite indépendamment, elle constitue la première partie d'une tétralogie, nommée Henriad. Aussi trois pièces relatant la vie des successeurs de Richard II la suivent : Henry IV (première partie), Henry IV (deuxième partie), et Henri V.

Contexte historique et politique

La pièce s'ouvre en 1398 sur une violente querelle entre Bolingbroke et Mowbray, que le spectateur moderne a du mal à comprendre au premier abord. À part les quelques suggestions de l'acte I scène 2, Shakespeare a négligé de donner de plus amples explications, sans doute parce que les spectateurs de son époque en connaissaient suffisamment la raison pour en suivre sans difficulté le déroulement. En effet en 1587, Raphael Holinshed avait fait dans ses Chronicles un rapport complet des événements du début du règne de Richard II, ainsi que le Mirror for Magistrates, un recueil de biographies. Enfin une pièce anonyme, intitulée Woodstock, écrite vraisemblablement un peu avant celle de Shakespeare, rapporte les difficultés du règne du jeune Richard entre 1382 et 1397 et la mort du personnage éponyme, Woodstock. Parfois attribuée à Shakespeare et dans laquelle il aurait peut-être joué, cette pièce s'achève si précisément là où Richard II commence que des universitaires modernes la nomment parfois Première partie de Richard II.

Le roi Édouard III a eu, entre autres, cinq garçons ayant atteint l'âge adulte. Ce sont, par ordre chronologique, Édouard de Woodstock, l'aîné, dit « le Prince noir », Lionel d'Anvers duc de Clarence, Jean de Gand duc de Lancastre, Edmond de Langley duc d'York et Thomas de Woodstock duc de Gloucester. Le prince héritier, Édouard de Woodstock, meurt de maladie en 1376, un an avant son père, laissant un jeune enfant. Aussi, à la mort d'Édouard III, c'est ce petit-fils, Richard, dit de Bordeaux, qui devient roi. Il est couronné à l'âge de onze ans en 1377 sous le nom de Richard II.

Les premières années, Richard est assisté par ses oncles, plus particulièrement Jean de Gand et Thomas de Woodstock. Mais, à partir de 1386, il s'émancipe et choisit ses propres conseillers, à qui il accorde des biens et des titres exagérés, comme marquis de Dublin ou duc d'Irlande. Il engage aussi des dépenses extravagantes et futiles, payées par de lourds impôts levés sur tout le pays. Ses conseillers sont récusés au Parlement, et un nouveau conseil, composé de Woodstock, Warwick, Arundel, Bolingbroke et Mowbray, appelés les Lords Appellant (seigneurs ayant fait appel devant le Parlement, accusant le roi de mauvaise gestion), lui est imposé. Les troupes de ces derniers affrontent même les forces royales qui sont battues à Radcot Bridge en 1387. Le roi est contraint de se soumettre à cette nouvelle tutelle, mais conserve une rancœur tenace.

Quelque dix années plus tard, lors d'une crise politique peu claire, Richard fait arrêter les principaux Lords Appellant, Woodstock, Arundel et Warwick, pour trahison. Warwick se soumet et est exilé, tandis qu'Arundel reste intraitable et est décapité. Au moment où doit s'ouvrir le procès de Woodstock, emprisonné dans la forteresse de Calais sous la garde de Mowbray, ce dernier annonce la mort de son prisonnier. Il s'agit presque certainement d'une mort violente, mais il n'a jamais été éclairci si Richard était le commanditaire de ce crime, ni si Mowbray en avait été l'exécutant, et dans ce cas s'il avait agi de son plein gré ou sous la menace royale d'un procès semblable aux autres Lords Appellant. Shakespeare, en revanche, fait état à plusieurs reprises de l'implication du roi.

Lors d'une session au Parlement en 1398, Henry Bolingbroke accuse publiquement Mowbray d'être responsable de ce meurtre, tout en visant tacitement le roi. C'est le début de la pièce de Shakespeare.

Argument thumb|Le roi Richard II. Des accusations mutuelles de trahison amènent Bolingbroke, fils aîné de Jean de Gand et cousin du roi, et Mowbray, duc de Norfolk à un duel judiciaire. Le roi Richard, qui préside cette cérémonie, l'interrompt brutalement et, après consultation de son conseil, condamne les deux adversaires à l'exil, Bolingbroke à dix années, Mowbray au bannissement à vie.

L'année suivante, quand Jean de Gand meurt, Richard II s'empare de tous les biens du défunt pour pouvoir faire la guerre en Irlande, déshéritant ainsi totalement Bolingbroke. Ce dernier quitte la France, aborde dans le nord de l'Angleterre, rassemble des troupes et marche vers le sud, rejoint en chemin par d'autres nobles, qui craignent d'être à leur tour dépossédés de leurs biens par décision du roi.

Bolingbroke capture et fait exécuter de rares opposants, restés fidèles au roi, qu'il rencontre. Quand Richard débarque enfin au Pays de Galles, sans troupes, trahi par ses derniers partisans et abusé par les stratagèmes des amis de Bolingbroke, il est rapidement capturé. Bolingbroke ne réclame au début que la restitution de ses titres et terres, ce qui lui est accordé. Mais l'impopularité du roi et son absence de soutien permettent à Bolingbroke d'usurper la couronne d'Angleterre, pour laquelle il n'avait pourtant aucun droit. Richard est déposé et Bolingbroke couronné roi sous le nom de Henri IV. Après que quelques comtes eurent tenté de le restaurer en , Richard meurt mystérieusement au château de Pomfret, Shakespeare choisissant de le montrer assassiné par un proche de Henri IV.

Personnages Les éditions in-quarto et in-folio originelles ne comportent pas de liste des personnages pour cette pièce. Ces listes ne sont apparues que dans les éditions modernes. Le roi Richard II Jean de Gand, duc de Lancastre Edmond, duc d'York Le duc d'Aumerle, fils du duc d'York La reine, Isabelle de Valois, épouse du roi Richard La duchesse d'York, Jeanne Holland La duchesse de Gloucester, Éléonore de Bohun Thomas Mowbray, duc de Norfolk Les rebelles Henry Bolingbroke, fils de Jean de Gand, duc de Hereford, futur roi Henri IV Le comte de Northumberland, premier du nom Harry Hotspur, fils du précédent. Présenté dans la pièce comme un adolescent, il est en réalité plus âgé que Bolingbroke

Lord Fitzwater, sans doute sir Robert FitzWalter Sir Piers Exton, meurtrier de Richard II Les alliés de Richard Le duc de Surrey Le comte de Salisbury, un des plus fidèles amis de Richard , du nom Bushy, favori du roi Bagot, favori du roi Greene, favori du roi L'évêque de Carlisle Thomas Merke L'abbé de Westminster Sir Stephen Scroop, frère de William le Scrope, comte de Wiltshire Autres Le lord Maréchal Le capitaine d'une troupe de Gallois Une dame de compagnie de la reine Seigneurs, hérauts, officiers, soldats, deux jardiniers, un geôlier, un messager, un palefrenier et d'autres serviteurs.

Résumé Acte I - Le bannissement Scène 1 (au château de Windsor) Le roi a fait venir à Windsor Bolingbroke et Mowbray pour qu'il examine leur querelle. Il donne tout d'abord la parole à Bolingbroke qui accuse Mowbray d'avoir détourné à des fins lubriques de l'argent destiné à payer les troupes royales, d'avoir constamment comploté contre le roi, et enfin d'avoir tramé la mort de Woodstock, duc de Gloucester. Mowbray récuse toutes ces accusations en donnant des explications. Il se dit prêt à affronter Bolingbroke dans un duel judiciaire pour prouver sa bonne foi et sa loyauté. Le roi tente d'abord de les apaiser, leur conseillant de se pardonner mutuellement, mais devant leur refus catégorique, le roi est contraint de fixer une date pour le combat, dont l'issue désignera le coupable.

Scène 2 (à Londres chez Gand) La duchesse de Gloucester est venue demander à son beau-frère, Jean de Gand, de venger son mari, Thomas de Woodstock, mais Gand lui répond à mots couverts que, comme c'est le roi qui a organisé ce duel, il ne peut rien faire d'autre qu'attendre le châtiment du ciel, car on ne conteste pas l'autorité du roi. Cette scène, qui rappelle les récents événements passés, a pour objet d'informer le spectateur que le roi est le commanditaire secret du crime.

Scène 3 (la lice de Coventry) thumb|Richard fait arrêter le duel judiciaire entre Bolingbroke et Mowbray Le duel judiciaire se prépare avec tout le cérémonial et le formalisme requis, donnant à la scène une atmosphère médiévale et poétique. Les deux combattants sont en place, prêts à s'élancer l'un contre l'autre, quand le roi interrompt le combat. Les raisons qu'il invoque sont respectables (ne pas verser le sang que le royaume a nourri) et habiles (les adversaires sont motivés par la haine et l'ambition et non par la révélation de la vérité), mais on imagine qu'il craint surtout que la désignation du coupable ne le mette en cause lui aussi. Richard substitue au verdict du duel des peines de bannissement pour les deux adversaires, six ans pour Bolingbroke, à perpétuité pour Mowbray. Les deux adversaires abattus sortent séparément.

Scène 4 (au Palais de Westminster) Lorsqu'il se retrouve avec ses favoris, le ton de Richard change : il se montre cynique et hypocrite. Aumerle lui raconte qu'il a accompagné un moment Bolingbroke sur le chemin de l'exil, se vantant auprès du roi d'avoir feint une émotion qu'il ne ressentait pas. Richard appréhende néanmoins le retour de Bolingbroke dans six ans, car le peuple semble l'aimer, inquiétude qui s'avérera justifiée. Bushy vient leur apprendre que Gand est gravement malade et réclame le roi. Richard montre encore une fois son cynisme en souhaitant qu'il meure rapidement, afin qu'il puisse s'emparer de ses richesses pour financer l'imminente guerre en Irlande.

Acte II - La rébellion Scène 1 (au palais d'Ely) Gand mourant a l'intention de donner des conseils au roi, pensant qu'il écoutera quelqu'un au terme de sa vie. Mais son frère, York tente de le dissuader, lui disant que Richard a toujours été sourd aux conseils de sa famille. Néanmoins, quand Richard entre, Gand entreprend de le raisonner. Richard n'accepte pas ses conseils et se fâche, aussi Gand finit par sortir. Peu après, Northumberland entre leur apprendre que Gand est mort. Richard annonce qu'il saisit tous ses biens pour financer la guerre en Irlande. York est révolté par cette décision de déshériter Bolingbroke, qui devient automatiquement à la mort de son père duc de Lancastre.

York prévient le roi qu'en agissant ainsi, il remet en question tous les droits coutumiers du royaume, et soumet tous les nobles au risque de se voir eux aussi dépossédés selon le bon plaisir du roi. Richard persiste et York sort en prédisant que cela ne produira rien de bon. Richard sort à son tour en disant qu'il part guerroyer en Irlande.

Les quelques nobles qui restent partagent leur inquiétude d'être spoliés à leur tour. Aussi quand Northumberland leur annonce que Bolingbroke, armé et équipé par le duc de Bretagne, est parti de Port-Blanc avec dix navires et fait voile vers l'Angleterre, ils se précipitent pour se rallier à lui.

Scène 2 (scène totalement fictive) La reine confie son inquiétude, apparemment sans fondement, à Bushy. Greene entre leur apprendre que Bolingbroke a débarqué en Angleterre sans avoir achevé son temps d'exil, et que plusieurs seigneurs se sont ralliés à lui. York, devenu régent du royaume en l'absence de Richard, entre en disant que, manquant d'argent, il ne pourra opposer une armée assez forte. Les favoris du roi, conscients de leur situation critique, s'enfuient.

Scène 3 (quelque part en Angleterre)