Raoul Le Mouton de Boisdeffre, ou plus communément Raoul de Boisdeffre, est un général français né le à Alençon et mort le à Paris. Il a été chef d'état-major général de l'armée de 1893 à 1898, notamment lors du déclenchement de l'affaire Dreyfus.
Carrière militaire vignette|redresse=1.3|Le général de Boisdeffre, alors chef d'État-Major général, défendant l'honneur de l'armée, caricaturé par Charles Léandre lors de l'affaire Dreyfus, dans Le Rire, . Issu d'une famille anoblie en 1490 puis maintenue noble en 1665, fils cadet d'Adolphe Le Mouton de Boisdeffre et d'Élisa Bauny de Récy, petit-fils du général Louis René Le Mouton de Boisdeffre, Raoul de Boisdeffre se destine très jeune à la carrière militaire et rejoint l'École spéciale militaire de Saint-Cyr en 1858.
Nommé sous-lieutenant au d'infanterie de ligne en 1860, il suit les cours du corps d’état-major en 1863.
Promu capitaine au d'infanterie de ligne en 1866, il sert en Algérie sous les ordres du général Chanzy, de 1865 à 1867, puis de 1868 à 1870.
En 1870, après une courte et désastreuse campagne sous les ordres du général Vinoy, il se retrouve dans Paris assiégé. Constatant l'inutilité de la défense de la ville, il demande à rejoindre Chanzy et l’armée de la Loire et est envoyé, le en mission avec le ballon monté Le Lavoisier par le gouverneur de Paris, le général Trochu, auprès du gouvernement de la défense nationale.
En qualité de chef de bataillon, il suit le général Chanzy, gouverneur de l’Algérie de 1873 à 1879.
Il est maintenu auprès de Chanzy quand il est nommé lieutenant-colonel en 1878, puis le suit quand ce dernier devient ambassadeur de France en Russie.
Il y occupe le poste d’attaché militaire de 1879 à 1882 et fait la connaissance du sous-chef d'état-major général russe, le général Nicolas ObroutchevLa femme d'Obroutchev était française, facilitant les contacts entre lui et l'état-major français. Il mourut au château de Jaure, en Dordogne, en 1904., avec lequel il se lie d'amitié.
Colonel en 1882, général de brigade en 1887, général de division en , il est à chaque étape l'un des plus jeunes officiers généraux de sa génération.
À son retour de Russie, le général Chanzy le conserve auprès de lui à l'état-major du . Celui-ci l'engage à prendre un régiment, dans son corps, à la fin de 1882. Il meurt en .
De 1883 à 1887, il commande le d'infanterie à Châlons-sur-Marne. Il rencontre dans ce poste le nouveau commandant du , le général de Miribel, dont il devient ensuite chef d'état-major. Il le suit à Paris lorsque ce dernier est nommé en 1890 chef d'État-Major général de l'armée et il devient sous-chef d'état-major général. Sous ses ordres, il travaille à l'élaboration du et à une alliance avec la Russie devant permettre de sortir la France de son complet isolement diplomatique.
En 1890, il est invité personnellement par le ministère du tsar Avec lequel il avait fait connaissance alors qu'Alexandre était grand-duc héritier, ayant même été, après son avènement, une fois invité à sa table « dans l'intimité ». pour représenter la France aux grandes manœuvres impériales russes. Cette invitation avait été lancée pour faire pièce au Kaiser qui s'était invité après avoir renvoyé Bismarck et refusé de renouveler le traité de réassurance. Cette occasion a permis de relancer toute l'opération diplomatique souhaitée par l'état-major.
Sous le contrôle partiel du ministère des Affaires étrangères, il négocie avec le ministre russe Nicolas de Giers et surtout avec Nicolas Obroutchev venu passer chez sa femme en France. En résulta un échange de lettres entre les deux ministres, Alexandre Ribot et Nicolas de Giers, à la fin .
À la demande de son chef et en raison de sa position de négociateur, il est nommé conseiller d'État « en service extraordinaire de l'armée » par décret du .
L'été suivant, il se rend à nouveau aux grandes manœuvres en Russie et, à l'issue de longues tractations supervisées par le tsar, signe avec Obroutchev le l'accord militaire secret qui donne naissance à l'alliance franco-russe. Cet accord était purement défensif, à la demande expresse des Russes.
Miribel, qui voyait en lui un successeur, voulait qu'il prenne, pendant quelques années, un commandement opérationnel. Nommé à celui de la d'infanterie le , celle-ci étant envoyée en province, il prend le commandement de la d'infanterie le , étant stationnée près de Paris. Quelques jours plus tard, il est rappelé le après la mort de Miribel, comme chef d'État-Major général de l'armée, sur Gallica..
En 1894, il est envoyé comme ambassadeur extraordinaire aux obsèques d'.
En 1896, il est nommé à nouveau ambassadeur extraordinaire au couronnement de , à l'occasion duquel il négocie le raffermissement de l'alliance (encore secrète à cette époque) et une visite d'État du couple impérial en France ().
C'est à son initiative que les bicyclettes sont introduites dans l'armée.
Il est l'un des participants à l’affaire Dreyfus, en tant que chef d'État-Major. Il est mis en cause dans le J'accuse…! de Zola pour avoir "étouffé les preuves certaines" de l'innocence de Dreyfus.
À la découverte du « faux Henry », il démissionne le , en raison du scandale provoqué et se retire de la vie publique.
Seuls les officiels russes, y compris qui le reçoit à deux reprises lors de ses passages en France, lui conservent un rôle semi-officiel.
De son mariage en 1872 avec Marie de Lalain-Chomel sont nées quatre filles et deux garçons, Pierre Juvénal (1885-1942) et Jean (1886-1917, mort pour la France), tous deux sans descendance. De son second mariage en 1888 avec Marie Élisabeth Chalvet, il a eu quatre filles : Madeleine (1891-1933), épouse de Victor Fernet ; Françoise (1892-1988), épouse de Jean Néraud ; Germaine (1895-1978), sans alliance ni descendance, et Lucienne (1897-1985), épouse d'Albert Jahan. Germaine a adopté en 1951, par adoption simple, deux de ses neveux, Joseph Fernet et Pierre Néraud, qui ont ainsi relevé le nom de Le Mouton de Boisdeffre.
Distinctions et hommages Distinctions françaises par décret du par décret du par décret du par décret du en 1874
avec agrafe « Algérie » .. Distinctions étrangères en 1876 (Saint-Siège) en 1876 (Luxembourg) en 1879 (Espagne) avec diamants en 1896 (Russie) 50px Commandeur de l'ordre de Sainte-Anne en 1881 (Russie) Ordre du Nichan Iftikhar en 1874 (Tunisie)
Au cinéma
L'affaire Dreyfus a fait l'objet de plusieurs films mettant en scène le général de Boisdeffre.
Cinéma 1930 : L'Affaire Dreyfus, de Richard Oswald, interprété par Leopold von Ledebur. 1937 : La Vie d'Émile Zola, de William Dieterle, interprété par Harry Davenport. 2019 : J'accuse de Roman Polanski : interprété par Didier Sandre.
Télévision
1978 : Émile Zola ou la Conscience humaine, de Stellio Lorenzi : interprété par Yves Brainville. 1991 : Une affaire d'honneur, de Ken Russell : interprété par Oliver Reed. 1995 : L'Affaire Dreyfus, de Yves Boisset sur un scénario de Jorge Semprún d'après le livre L'Affaire de Jean-Denis Bredin, grand prix du scénario au festival de télévision de Monte-Carlo : interprété par Georges Wilson.
Notes et références Notes
Références
Annexes Bibliographie . Archives de Boisdeffre Archives de l'Armée de terre dossiers 9Yd166 (personnel), 7N1467, 7N1468, 7N1469 (dépêches de Russie) Philippe Oriol, L'Histoire de l'affaire Dreyfus de 1894 à nos jours, Les Belles Lettres, 2014
Liens externes
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