La guerre soviéto-polonaise, guerre polono-soviétique ou guerre russo-polonaise a eu lieu de à et est l'une des conséquences de la Première Guerre mondiale. Les frontières entre les deux États naissants, la Russie soviétique et la Deuxième République polonaise, n'avaient pas été clairement définies par le traité de Versailles. Ce conflit militaire avait un double enjeu politique et territorial. En effet, la Russie soviétique voulait instaurer une Pologne communiste et ainsi faire sa jonction avec la Hongrie soviétique et les révolutionnaires allemands. Par ailleurs, il y avait un désir des Polonais de récupérer des territoires perdus lors des partages de la Pologne à la fin du , et, du côté des Soviétiques, une volonté de récupérer ceux que possédait l'Empire russe.

Les deux États revendiquent la victoire dans ce conflit mais le traité de 1921 se traduit pour la Pologne par des gains territoriaux au regard de la situation frontalière en , qui précédait l'offensive polonaise sur Kiev : La question de la victoire n'est pas universellement convenue. Les historiens russes et polonais ont tendance à attribuer la victoire à leur propre pays. Les évaluations varient la plupart du temps d'une victoire de la Pologne à une issue indécise. Lénine, dans son rapport secret à la des partis bolcheviques du , parle ainsi de l'issue de la guerre : ..

Noms et dates du conflit Cette guerre est connue sous différentes appellations. « Guerre soviéto-polonaise » est sans doute l'appellation la plus courante, mais l'URSS n'a été officiellement proclamée qu'en : c'est donc la Russie soviétique qui fut l'adversaire de la Pologne dans ce conflit. D'autres noms comme « guerre russo-polonaise de 1919-1921 ». (pour la distinguer des précédents conflits) et « guerre bolchevique ». (en polonais : ) ainsi que « guerre de 1920 »Par exemple :

. (en polonais : ) sont souvent utilisés dans des sources polonaises, alors que les historiens soviétiques l'appellent plutôt « guerre contre la Pologne blanche », ou bien la considèrent tout simplement comme faisant partie de la « guerre contre l'interposition étrangère » ou de la guerre civile russe. Les historiens russes modernes parlent de « guerre contre la Pologne de 1920 ».

Il y a controverse autour de la date du début du conflit. Divers historiens ainsi que lEncyclopædia Britannica considèrent que la guerre a commencé en par l'offensive polonaise en Ukraine appelée . Mais d'autres, comme l'encyclopédie libre polonaise Internetowa encyklopedia PWN ou l'historien Norman Davies., estiment les premières escarmouches de 1919 comme étant à l', bien que la guerre n'ait été officiellement déclarée qu'en 1920 : les événements de 1920 seraient une conséquence logique, et prévisible, du prélude de 1919. Tout dépend de la souveraineté considérée des territoires en litige : s'ils sont russes, l'Armée rouge est dans son droit et tente de mettre fin à une occupation étrangère, mais s'ils sont polonais, l'offensive polonaise est une riposte à l'agression de l'Armée rouge.

Contexte vignette|gauche|redresse|Le maréchal Józef Piłsudski.

En 1918, avec la fin de la Première Guerre mondiale, la carte de l'Europe centrale et de l'Europe de l'Est change radicalement.. La défaite de l'Empire allemand et la guerre civile russe remettent au goût du jour une indépendance réelle des nouveaux États d'Europe centrale. Dans le même temps, la Russie, avant de se transformer en Union soviétique, voit ces territoires comme des provinces russes en rébellion, que la révolution puis la guerre civile, commencée en 1917, empêchent de mater rapidement.

Avec le succès du grand soulèvement de 1918, l'État polonais regagne son indépendance perdue en 1795 à la suite du troisième partage de la république des Deux Nations. Après de résistance contre ses trois voisins impériaux, la Deuxième République polonaise est proclamée le , mais ses frontières sont loin d'être stabilisées. L'établissement de ses frontières entre 1918-1921 est l'un des épisodes les plus complexes de l'histoire européenne et la conférence de Paris n'y joue qu'un rôle secondaire. La majeure partie du territoire polonais est conquise par les armes au cours d'une série de guerres locales. Le cœur de la nouvelle république est assuré avant même que les négociateurs se réunissent. Les combats se déroulent pour plusieurs régions périphériques à l'est et au sud. : frontière lituanienne (lisières au-delà du Boug), Galicie orientale (Lwów) et duché de Cieszyn pendant que la conférence discute encore. À l'est, Józef Piłsudski, le père de l'indépendance polonaise et chef de l'État polonais, espère reconstituer la Pologne d'avant les partages, qui prendrait la tête d'une fédération d'États comprenant l'Ukraine, la Biélorussie, la Lituanie. Sur six guerres de frontières livrées pendant ces trois années, contre l'Allemagne (Posnanie et Silésie), la Tchécoslovaquie, la Lituanie, l'Ukraine occidentale et enfin la Russie soviétique, seule la dernière dépasse le plan local..

vignette|gauche|Renaissance de la Pologne, ; en bleu, l'éphémère Galicie ukrainienne.

En Russie, l'attention des politiques est principalement tournée vers la contre-révolution et l'opposition des puissances occidentales. L'année 1919, au cours de laquelle les Russes blancs lancent trois grandes offensives mal coordonnées contre les bolcheviks qui tiennent le centre de la Russie, est décisive..

En , l'amiral Alexandre Koltchak lance, depuis ses bases de l'Oural, une offensive en direction de la Volga (vers l'est). À l'issue de combats acharnés (fin 1918 - été 1919), le général Anton Denikine finit par reprendre le contrôle de la majeure partie de l'Ukraine aux forces de Symon Petlioura, chef de file du Directoire national ukrainien qui a pris le pouvoir après le départ des Allemands et aux Bolcheviks soutenus alors par les partisans de Nestor Makhno. En , Denikine lance une grande offensive vers Moscou (vers le nord), alors que le général Nikolaï Ioudenitch attaque à partir des pays baltes. Mais Koltchak est battu par les troupes de Sergueï Kamenev, l'offensive de Ioudenitch est arrêtée fin octobre, à de Petrograd, et Denikine perd Orel et Voronej. L'Armée rouge passe à l'offensive. À la fin de 1919, la victoire finale des Bolcheviks ne fait plus de doute. Les troupes françaises quittent Odessa, les Britanniques évacuent Arkhangelsk..

À la suite de ces victoires de l'Armée rouge sur les Russes blancs assistés par les puissances occidentales, Vladimir Lénine, chef du nouveau gouvernement de la Russie communiste, succombe à un élan d'optimisme. Les Bolcheviks croient alors que toutes les nations du monde vont se soulever pour instaurer le système soviétique, pour créer une alliance communiste mondiale. La principale raison de la guerre imminente avec la Pologne est de lier la révolution bolchévique à la révolution allemande. Lénine voit la Pologne comme un pont que l'Armée rouge doit franchir afin de lier les deux révolutions et aider d'autres mouvements communistes en Europe de l'Ouest. Selon lui, .

L'offensive soviétique sur la Pologne a pour but « d'explorer l'Europe », afin d'y faire pénétrer le bolchévisme, et d'exporter la révolution prolétarienne par la force, grâce à l'Armée rouge. Dans un télégramme, Lénine déclare : . Le but de l'Armée rouge n'est pas de vaincre l'Europe mais de provoquer une révolution à l'échelle du continent. Selon le général Mikhaïl Toukhatchevski :

Pour barrer la route aux communistes et empêcher la jonction entre bolcheviks russes et spartakistes allemands, Paris et Londres dépêchent en Pologne les deux missions militaires, française aux ordres de Maxime Weygand et britannique, composées d'environ (, parmi lesquels Charles de Gaulle, et ) rattachés aux unités polonaises à différents niveaux : leur rôle a été considérable dans l'amélioration de l'organisation et la logistique de l'armée polonaise...

Premiers accrochages vignette|gauche|Affiche de propagande soviétique : vignette|Affiche polonaise de recrutement : « Aux armes ! Sauvons la patrie ! Gardons bien à l'esprit notre sort futur ».

En , Lénine ordonne à l'Armée rouge d'avancer vers l'Ouest, en occupant les territoires que quittent les Allemands. Le but poursuivi est d'atteindre l'Europe centrale, d'installer des gouvernements soviétiques dans les pays nouvellement indépendants de la région et de soutenir les révolutions communistes en Allemagne et Autriche-Hongrie.

Au début de 1919, des combats éclatent presque par accident et sans directives des gouvernements respectifs, quand les forces bolchéviques affrontent les unités militaires polonaises d'auto-défense de Vilnius (), chacune essayant de contrôler le territoire pour son propre gouvernement. Les forces soviétiques, mieux organisées, prennent le dessus, et repoussent les forces polonaises vers l'Ouest.

Au printemps 1919, la conscription soviétique réunit une armée de . Toutefois, peu d'entre eux sont envoyés à l'ouest cette année-là, puisque la majorité de l'Armée rouge est engagée contre les Russes blancs. En , l'armée polonaise ne dispose que de sous les armes, dont sur le front soviétique. De petites unités de police polonaise sécurisaient la frontière orientale. Au , les forces polonaises ont pris position le long de la ligne formée par Kobryn, Proujany, les rivières Zalewianka et Niémen. À cette date, des unités polonaises commencent à rencontrer des éléments avancés de l'Armée rouge, et une ligne de front se forme lentement, à partir de la Lituanie et à travers la Biélorussie et l'Ukraine.

Début de l'affrontement vignette|gauche|Europe centrale et Europe de l’Est en décembre 1919.

Le premier affrontement sérieux de la guerre a lieu le près des villes de Manevytchi et Biaroza en Biélorussie. Vers la fin février, la progression de l'offensive bolchevique s'arrête. Les forces soviétiques et polonaises sont également en conflit avec l'Ukraine et les troubles s’amplifient dans les pays baltes (guerre d'indépendance de l'Estonie, guerre d'indépendance de la Lettonie, guerre d'indépendance de la Lituanie). L'escalade du conflit semble inévitable.

Début , les troupes polonaises commencent une offensive et traversent le fleuve Niémen, prennent Pinsk et atteignent l'orée de Lida. L'avancée des Russes et des Polonais commence à peu près en même temps en avril, ce qui se traduit par une augmentation du nombre des soldats en garnison dans cette région. Ce même mois, les bolcheviks prennent Grodno et Vilnius, mais sont repoussés par une contre-offensive. La nouvelle armée polonaise se montre un adversaire bien plus coriace que les Russes ne l'avaient initialement cru. Incapable d'atteindre ses objectifs et devant faire face à des offensives de plus en plus vives des forces blanches, l'Armée rouge se retire de ses positions et se réorganise. La guerre russo-polonaise reprend plus sérieusement.

Au même moment, la guerre civile russe fait rage. Au début de l'été 1919, les Blancs prennent le dessus et les forces blanches dirigées par Anton Dénikine marchent sur Moscou. Pour Piłsudski, les Bolcheviks sont les moins dangereux des adversaires de la guerre civile russe car, comme les Blancs, ils proclament que les partages de la Pologne sont nuls et non avenus. Dans les mois qui suivent, Dénikine paye chèrement son refus de tout compromis sur la question.

Le , les forces polonaises reprennent la grande ville de Vilnius et avancent régulièrement sur le front Est. Le , elles atteignent le fleuve Daugava et sécurisent la région de la Desna à Daugavpils (Dünaburg). Lors de la conférence d'Helsinki qui a lieu du 15 au , les Polonais tentent de rallier la Lituanie, ., mais celle-ci préfère négocier avec la Russie.