Le comte Hubert Pierlot est un homme d'État et avocat belge, né à Cugnon le et mort à Uccle le . Membre du Parti catholique et président de l'Union catholique belge, il est Premier ministre lors de l'invasion des Pays-Bas, de la Belgique, du Luxembourg et de la France, par les armées du Troisième Reich, pendant la Seconde Guerre mondiale, soit de à et, à ce titre, est amené à diriger durant toute la guerre le gouvernement belge en exil à Londres.

Biographie Famille et études Hubert Marie Eugène Pierlot est né à Cugnon, un petit village situé entre Bertrix et Bouillon, dans la province de Luxembourg, le . Ses parents appartenaient à une famille catholique éminente et riche qui faisait partie des milieux conservateurs belges.

Son frère, Jean Pierlot (né à Cugnon le ) est curé d'Herbeumont, résistant mort en déportation le au camp de concentration de Neutitschein, Moravie-Silésie, Tchéquie.. Il y a une place Chanoine Pierlot à Cugnon..

Après des études secondaires à l’école abbatiale de Maredsous puis au collège Saint-Michel des jésuites, rue des Ursulines à Bruxelles (devenu en 1953 collège Saint- Jean-Berchmans), Hubert Pierlot obtient son diplôme de docteur en droit et une licence en sciences politiques de l’Université catholique de Louvain. En 1910, il acheva son travail de fin d'études par un séjour d'un mois au Canada et aux États-Unis (dans le cadre du Congrès eucharistique à Montréal). À la suite de ce voyage il s'inscrivit au Barreau de Bruxelles.. Dès la violation de la neutralité belge par l'Empire allemand le , Hubert Pierlot décide de s’engager comme volontaire. Il fait la guerre dans l’infanterie tout d'abord dans le régiment de ligne et la termine comme lieutenant au régiment de ligne. À la suite du conflit mondial, il demeura officier de réserve. En , il épouse Marie-Louise De Kinder, issue d'une famille de la bourgeoisie francophone d'Anvers, le couple aura sept enfants. Il noue une amitié avec son beau-frère François De Kinder, qu'il enverra en mission secrète auprès du roi Léopold III lors de la Seconde Guerre mondiale et qui meurt fusillé par les Allemands.

Parcours politique De à , il occupe les fonctions de chef de cabinet du Premier ministre belge Léon Delacroix. Il devient député du parti catholique (plus tard parti social-chrétien) de Neufchâteau-Virton en , succédant à Edouard Richard. Il est sénateur provincial du Luxembourg de 1926 à 1936 et sénateur élu direct du Luxembourg de 1936 à 1946. Sous le règne de Léopold III de Belgique, Hubert Pierlot est ministre de l'Intérieur (1934-1935) et de l'Agriculture (1934-1935 et 1936-1939), puis, le , Premier ministre et ministre de l'Agriculture (1939).

Seconde Guerre mondiale Premier ministre et fuite Premier ministre et ministre des Affaires étrangères (1939) à la tête d'une coalition catholique-socialiste, puis catholique-libérale, Hubert Pierlot dirige un gouvernement tripartite d'union nationale à partir du début de la Seconde Guerre mondiale () jusqu'à l'invasion allemande (1940) qui l'amène à quitter la Belgique in extremis dans des circonstances très difficiles. Après l'effondrement du front belge, le roi étant prisonnier des Allemands, Pierlot rencontre, avec Paul-Henri Spaak, ministre des Affaires étrangères, le président du Conseil français Paul Reynaud. Celui-ci prononce le un discours condamnant la reddition belge, ce que les ministres sont bien forcés . Ensuite, c'est une véritable odyssée que celle de Spaak et Pierlot. Entre la mi-juin et , tous deux restent en France, découragés, prêts à abandonner la partie à la suite de la défaite de l'armée française et de l'armistice franco-allemand.

Le chef du gouvernement, Hubert Pierlot, et les deux chambres du Parlement vont alors s'exiler à Limoges durant quelques semaines et c'est de la capitale porcelainière que députés et sénateurs belges condamnent, le , la « honteuse capitulation ».. Alors que le roi Léopold III avait pris le parti de la reddition de l'armée belge épuisée et abandonnée par l'armée britannique qui préparait son rembarquement à Dunkerque sans rien prévoir pour les Belges, les ministres avaient voulu continuer la guerre aux côtés des Français. Mais, alors qu'ils sont réfugiés à Sauveterre-de-Guyenne, l'armistice franco-allemand de les prive de la protection diplomatique de la France sur ordre du gouvernement de Vichy. Découragés, craignant même d'être livrés à l'Allemagne., ils pensent pourtant devoir exécuter une ultime mission en négociant le retour en Belgique des réfugiés belges de l'exode de 1940 en France, entre autres les des CRAB (centres de recrutement de l'Armée belge).. Mais le , Hitler publie une ordonnance du sur l'exercice d'une activité publique ().

L'ordonnance dispose que tous les fonctionnaires belges qui ont fui le pays en ne peuvent reprendre leurs fonctions à leur retour qu'avec l'autorisation () des autorités allemandes. Elle se réfère à l'abandon de poste : l’occupant veut, selon ses propres déclarations, pouvoir opposer son veto au retour du gouvernement Pierlot .. Pour Hitler, . vignette|Plaque apposée à Barcelone sur l'hôtel Majestic commémorant le passage de Hubert Pierlot et de Paul-Henri Spaak en direction de Londres. Pour gagner le Royaume-Uni, Pierlot et Spaak doivent alors quitter la France, où ils ne sont plus en sécurité, et traverser l'Espagne, grâce à une filière organisée par le ministre Albert de Vleeschauwer revenu de Londres en Espagne et qui est parvenu à les appeler dans leur refuge de Sauveterre-de-Guyenne. Avec l'aide de Belges d'Espagne, ils traversent ce pays cachés dans une camionnette à double fond pour échapper au gouvernement du général Franco, à l'époque sympathisant des nazis.. Finalement récupérés au Portugal par les Britanniques, les deux ministres arrivent le à Londres. où les avaient précédés les ministres Albert de Vleeschauwer et Camille Gutt, encouragés par l'ambassadeur belge à Londres, Emile de Cartier de Marchienne..

Gouvernement belge en exil à Londres de 1940 à 1944 Sous le gouvernement Pierlot en exil, la Belgique participe aux combats par divers moyens : deux escadrilles belges dans la Royal Air Force, la marine marchande belge mise au service des Alliés, la reconstitution de Forces belges libres en Grande Bretagne comme la brigade Piron, la campagne victorieuse des troupes du Congo belge contre les Italiens en Abyssinie qui se termine par les victoires de Bortaï, Saïo et Asosa, ainsi que les richesses agricoles et minérales du Congo belge (or, étain, uranium) mises à la disposition de l'effort de guerre allié sous la direction du ministre Albert de Vleeschauwer. En définitive, les Belges mobilisèrent près de sous les drapeaux entre le moment de la capitulation et le jour de la victoire finale sur l’Allemagne. vignette|Hubert Pierlot (au milieu) et le général de division Robert Sturges (à droite) lors de sa visite aux commandos britanniques, le . Voulant montrer son indépendance, le gouvernement belge de Londres écrit au général de Gaulle le : La Belgique officielle fut ainsi le premier des belligérants à reconnaître les Français libres malgré des pressions britanniques en sens opposé.

Après la guerre, de retour en Belgique, Hubert Pierlot dirigea un gouvernement quadripartite comprenant catholiques, socialistes, libéraux et communistes puis un gouvernement sans ces derniers de à . Hubert Pierlot fut nommé par le prince régent Charles ministre d'État le . Au sujet d'Hubert Pierlot, Paul-Henri Spaak, ministre dans le gouvernement en exil, devait écrire : Les propos du roi Léopold III, dans ses mémoires., sont nettement moins amènes :

Question royale

Au-delà d'une querelle entre deux personnes, l'opposition entre Léopold et Hubert Pierlot traduit l'existence de deux politiques antagonistes. D'un côté, celle défendue par le château de Laeken (lieu de résidence du roi), de l'autre celle des ministres. Depuis le début de la drôle de guerre, Léopold et son entourage (chef de cabinet et secrétaire) désiraient en effet avoir la main sur deux matières essentielles : la politique étrangère et la politique militaire. À plusieurs reprises, ils prirent des initiatives sans en référer aux ministres. Hubert Pierlot et ses collègues durent s'opposer sans cesse à ces initiatives. De leur point de vue, le roi était certes chef de l'État mais « irresponsable » selon la Constitution qui prescrit : (Article 106.). Léopold prônait un retour à la neutralité - comme avant 1914 - tant que le conflit était circonscrit entre la France et le Royaume-Uni contre l'Allemagne. Le gouvernement et le Parlement soutenaient cette politique « intégralement belge » comme l'avait déclaré Paul-Henri Spaak dans un discours prononcé au Parlement belge en 1936. Jusque-là, la Belgique était liée à la France depuis 1919, après la guerre de 1914-1918, qui avait jeté, de fait, la Belgique envahie par l'Allemagne dans le camp allié pour toute la durée de la guerre.

En cas de nouvelle invasion, l'opinion du roi était que la Belgique devait défendre son territoire en liaison tactique avec les Français et les Britanniques mais à l'exclusion de toute extension militaire dans les pays voisins. Cela impliquait que l'armée et le roi, chef suprême de l'armée de par la Constitution, ne sortiraient en aucun cas des frontières du pays. Cela pouvait impliquer qu'en cas de défaite devant la puissance militaire allemande, les hostilités s'arrêteraient, mettant fin à l'entente militaire avec les Français et les Britanniques, et le roi, resté en Belgique, serait confronté ou soumis à l'autorité allemande. Pourtant, en 1914-1918, sous le roi Albert, père de Léopold , l'armée avait eu ses installations logistiques en partie en territoire français. Pour Pierlot, d'accord avec ses ministres, une nouvelle invasion de la Belgique devait amener les Belges à rallier, comme en 1914-1918, le camp de la France et du Royaume-Uni jusqu'à la fin de la guerre. Ces puissances avaient accepté en 1936 de garantir le retour à la neutralité belge. Toutefois, Léopold , fidèle à son point de vue de ne pas quitter le pays, ne suivit pas ses ministres en France au soir du , lorsque la défaite se précisa. C'est donc dès avant la guerre que naquit ce qui allait devenir la « question royale ». Il convient de signaler que le roi, qui ne se faisait pas d'illusions sur les intentions agressives de l'Allemagne à l'égard de la Belgique, avait entretenu des rapports secrets avec le général en chef français Gamelin depuis le début de la guerre. Le général français l'expose clairement dans ses mémoires.. Notamment, le roi prévint loyalement le général français des intentions stratégiques allemandes à la suite de la prise de documents allemands découverts dans un avion de liaison de la Luftwaffe égaré et tombé en territoire belge (incident de Mechelen-sur-Meuse, ). De ces manœuvres secrètes, le premier ministre n'en connaît que le résumé que le roi veut bien en communiquer. Après dix-huit jours de combats suivant l'attaque allemande du , dont la bataille d'arrêt de la Lys, la capitulation de l'armée belge devenait inévitable dès lors que les troupes britanniques abandonnaient la droite de l'armée belge pour se rembarquer à Dunkerque. L'amiral britannique Lord Keyes, attaché militaire auprès de Léopold , révèle dans des mémoires Un règne brisé. que le roi conclut à un lâchage, ce qui l'amena donc à se résigner à la reddition de l'armée belge. Il est à noter que Léopold en prévint le roi britannique, George VI, par l'intermédiaire de Lord Keyes et que les services d'écoute de l'armée française reçurent les messages royaux au général Blanchard prévenant de l'effondrement de l'armée belge isolée et à bout de force et de munitions, comme le révèle dans son livre Le celui qui allait être un grand résistant français, le colonel Rémy.. Cela n'empêcha pas le président du Conseil français Paul Reynaud d'affirmer, dans un discours radiodiffusé, qu'il s'agissait d'une trahison, le roi n'ayant, prétendument, prévenu personne.