La galerie d'Apollon est une galerie du palais du Louvre, sur le côté sud-ouest de la Cour carrée, au-dessus des appartements d'été d'Anne d'Autriche.

Chronologie succincte Vers 1566 : Charles IX fait construire un portique supportant une terrasse perpendiculaire à la Seine relié au pavillon du roi. vignette|right|Grand portrait de Marie de Médicispeint par Frans Pourbus le Jeune en 1609-1610pour la Petite Galerie du Louvre. : Henri IV fait son entrée triomphale dans Paris. Il réinvestit les demeures de la monarchie abandonnées depuis cinq ans. 1594-1608 : Henri IV fait élever à l'emplacement du portique un bâtiment à deux étages avec comble reliant le pavillon du roi à la Grande GalerieMusée Carnavalet : Clément Marot Elévation de l'un des corps de logis du Louvre, basti sous Charles IX et sous Henri IV. et bruslé en partie en 1660. Il fait aménager une galerie des peintures au premier étage. 1655-1658 : aménagement de l'appartement d'été de la reine-mère Anne d'Autriche par Louis Le Vau au rez-de-chaussée, sous la galerie des peintures. : un incendie détruit la galerie des peintures. Seul le grand portrait de Marie de Médicis par Frans Porbus semble avoir échappé à l'incendie. 1661 : reconstruction de la Petite Galerie par Louis Le Vau dont la décoration est confiée à Charles Le Brun. 1663-1677 : mise en œuvre du décor intérieur. 1766-1781 : l'académie complète la galerie par des commandes à ses académiciens. 1848-1851 : restauration de Félix Duban, au centre, peinture de la course d'Apollon par Eugène DelacroixTableau de Paris, Edmond Auguste Texier, Paris, 1853 Lire en ligne.. : vol dans la nuit de l'épée de Charles X. C'est un vol à main armée. 1999-2004 : restauration par le service des monuments historiques. : la galerie d'Apollon est visée par des voleurs lors du cambriolage du musée, aboutissant au vol de plusieurs bijoux emblématiques faisant partie des joyaux de la Couronne de France après 7 minutes d'effraction.

Les origines : la Petite Galerie En 1566, Charles IX commence les travaux de construction du rez-de-chaussée de la Petite Galerie, perpendiculaire à la Seine, qui servira de point de départ pour la future grande Galerie du bord de l’eau, reliant le Louvre aux TuileriesLes plans du château des Tuileries avaient été établis par Philibert Delorme dès 1564 à la demande de Catherine de Médicis., le long de la SeineHistoire du Louvre sur le site du musée.. La future galerie d’Apollon (un étage au-dessus) n’est alors que la terrasse des appartements de Charles IXF. de Clarac, Musée de sculpture antique et moderne ou description historique et graphique du Louvre et de toutes ses parties, , 1841, Imprimerie royale, Paris.. C’est lors de la construction de la Grande Galerie, entre 1595 et 1610, sous Henri IV, que la Petite Galerie se dote d’un étage, la galerie des rois, avec les portraits des rois et reines de France, la future galerie d’Apollon. La galerie des rois offre alors un plafond peint par Toussaint Dubreuil et Jacob Bunel et les portraits des rois ainsi que ceux d’hommes illustres, sont réalisés par Jacob Bunel, les portraits des reines ont été peints par Marguerite Bahuche, sauf celui de Marie de Médicis qui est dû à Frans Pourbus le Jeune.

Le , un incendie se déclenche dans la Petite Galerie lors du montage d’une scène pour un ballet ; l’étage et ses décors sont dévastés. thumb|upright=1|Entrée de la galerie. thumb|upright=1|Vue de la galerie d'Apollon. thumb|upright=1|Duval, avant 1889. thumb|upright=1|Vers 1901. Louis XIV et la naissance de la galerie d’Apollon (1661-1679) Après l'incendie du , il est nécessaire de reconstruire cette partie du Louvre, fortement endommagée. Les travaux architecturaux sont confiés à Louis Le Vau, qui les réalise entre 1661 et 1663, tandis que Charles Le Brun est chargé par Colbert d'élaborer le programme décoratif. Il s'agit de la première galerie royale destinée à Louis XIV, qui servira de modèle à la galerie des Glaces du château de Versailles vingt ans plus tard.

La galerie d'Apollon est une pièce de l'aile Denon au , qui permet la liaison entre le pavillon du roi et la Grande Galerie. C'est le prototype du classicisme français tel qu'on le retrouvera à Versailles.

Le programme décoratif de Le Brun Le programme décoratif de Le Brun suit un rythme extrêmement complexe, marqué par l'illusionnisme. Les thèmes retenus sont : La course du soleil. Une course dans le temps, à travers l'iconographie des heures, mais aussi du zodiaque. Une course dans l'espace, via les références à la terre, l'eau et le monde. Des médaillons, des tableaux et des atlantes font également référence au thème de l'année.

Ce programme iconographique, que Le Brun n'a pas eu le temps de mettre en œuvre en totalité, fait référence aux bienfaits du soleil, éternels et universels, et par derrière, évidemment, aux vertus et à l'immortalité de Louis XIV. Il s'agit donc d'une nouvelle forme donnée à un sujet traditionnel, avec un goût certain pour l'illusionnisme et l'exubérance.

Les peintures Voulu par Charles Le Brun, on trouve à chaque extrémité de la galerie un des quatre éléments : au nord, la terre (Le Triomphe de la Terre ou Le Triomphe de Cybèle (1850) de Joseph-Benoît Guichard,1806-1880)Ce tableau avait été conçu par Lebrun pour l'extrémité nord de la Galerie : Cybèle, déesse personnifiant la terre, est sur son char traîné par deux lions. C'est Joseph Guichard, qui compléta le compartiment vierge deux siècles plus tard en reprenant les indications laissées par Lebrun., au sud, l'eau (Le Triomphe de Neptune et d’Amphitrite de Charles Le Brun) , et au centre, la gloire d'Apollon (Apollon vainqueur du serpent Python par Eugène Delacroix Bien que cette toile n'ait été réalisée qu'au , elle était déjà prévue par Le Brun.).

La course du soleil est représentée par deux toiles laissées par Le Brun : Le Soir ou Morphée (entre 1664 et 1677) et La Nuit ou Diane (également entre 1664 et 1677).

Entre 1667 et 1670, Jacques Gervaise peint la majorité des douze médaillons représentant les mois de l'année, placés à la base de la voûte, sur chacun des côtés.

Entre 1666 et 1670, Léonard GonthierFils de Leonard ou Linard Gonthier (1565-après 1642). (vers 1625-1701) peint, dans l’axe longitudinal du plafond, 6 ensembles de grotesques qui séparent les compartiments réservés aux peintures grand format et qui représentent les dieux des planètes.

Les stucs La réalisation des stucs sera confiée à quatre sculpteurs : François Girardon pour le quart sud-ouest des murs latéraux, Gaspard Marsy pour le quart nord-ouest, Balthazar Marsy (frère de Gaspard) pour le quart nord-est, Thomas Regnaudin pour le quart sud-est. Ils travailleront sur le projet de 1663 à 1667, sur les modèles fournis par Le Brun.

Des deux côtés de chaque voussure des extrémités, quatre stucs représentent chacun un groupe de deux captifs assis, adossés à un trophée d’armes, symbolisant les quatre continents que parcourt le soleil dans sa course journalière : Gaspard Marsy, Les Captifs d’Afrique (1663-1664), dans le quart nord ouest ; François Girardon, Les Captifs d’Asie (1663-1664), dans le quart sud-ouest ; Thomas Regnaudin, Les Captifs d’Europe (1663-1664), dans le quart sud-est ; Balthazar Marsy, Les Captifs d’Amérique (1663-1664), dans le quart nord-est.

Six sculptures, positionnées en avant de certaines peintures de la voûte, représentent successivement l'Hippocrène et chacune des neuf muses :

Aux extrémités nord et sud : Associé à la peinture de Le Brun (Amphitrite), au sud, un stuc de Girardon L’Hippocrène, fleuve du ParnasseL'Hippocrène est aussi considéré comme appartenant au mont Hélicon, autre résidence, avec le mont Parnasse, d'Apollon et des neuf muses(1665) : l'Hippocrène tient une rame et l'un des deux petits génies se désaltère de l'eau de l'Hippocrène avec une écuelle. Associé au cartouche où sera placée la peinture de Joseph Guichard (Le Triomphe de la terre, 1850), au nord, un stuc de Gaspard Marsy, Calliope (1663-1665) : la muse Calliope, muse de l’Éloquence et de la poésie héroïque, est entourée de deux petits génies ; elle tient une trompette d’une main et de l’autre un livre.

Au niveau des murs ouest et est : Au nord-est, associé au cartouche où sera placée la peinture d'Antoine-François Callet (Le Printemps ou Zéphire et Flore couronnant Cybèle de fleurs, 1780-1781), un stuc de Balthazar Marsy, Terpsichore et Polymnie (1663-1665) : Terpsichore, muse de la Danse, joue de la lyre, et Polymnie, muse de la Rhétorique et du chant, tient dans ses mains des rouleaux de papier ou des parchemins. Au nord-ouest, associé au cartouche où sera placée la peinture de Jean-Jacques Lagrenée (L’Hiver ou Éole déchainant les vents qui couvrent les montagnes de neige, 1775), un stuc de Gaspard Marsy, Uranie et Erato (1663-1665) : Uranie, muse de l’Astronomie, tient dans sa main droite un compas pour prendre des mesures sur le globe terrestre et Érato, muse de la Poésie lyrique et érotique, partiellement dénudée, joue de la lyre. Au sud-ouest, associé au cartouche où sera placée la peinture de Louis Jean-Jacques Durameau (L’Été ou Cérès et ses compagnons implorant le soleil, 1774), un stuc de Girardon, Melpomène et Thalie (1663-1665) : Melpomène, muse du Chant et de la tragédie, est coiffée d’une couronne et tient un sceptre (qui font partie de ses attributs) et Thalie, muse de la Comédie, tient un masque pour évoquer le théâtre. Au sud-est, associé au cartouche où sera placée la peinture de Hugues Taraval (L’Automne ou Le Triomphe de Bacchus et d'Ariane, 1769), un stuc de Regnaudin, Euterpe et Clio (1663-1665) : Euterpe, muse de la Musique, tient une flûte et Clio, muse de l’Histoire, tient une couronne et s'appuie sur des livres.

thumb|upright=2.5|centre|Image centrée.

Les tapis

Sur la base de cartons établis par Le Brun, treize tapis de haute lisse furent commandés à la Manufacture de la Savonnerie, alors dirigée par Simon Lourdet (vers 1590-1667), dans le but de recouvrir la totalité du plancher de la Galerie. Longs de plus de neuf mètres (correspondant à la largeur de la Galerie), ils reprenaient la composition en compartiments du plafond, en particulier, en leur centre, la forme des compartiments à grotesques, renforçant ainsi l’unité de l’ensemble. Ces tapis ont été livrés en 1667. Ils sont aujourd’hui, soit disparus, soit dispersés : deux fragments du grand tapis central sont conservés, l’un à Notre-Dame de Paris, l’autre aux Gobelins. Trois exemplaires sont au musée du Louvre et au Mobilier nationalVoir une image et la notice d’un tapis conservé au musée du Louvre..

Sur le tapis conservé au Louvre (département des Objets d'art, aile Sully, premier étage, salle 604), on peut comparer la partie centrale du tapis avec les compartiments à grotesques (voir ci-dessous) :

L'abandon du chantier En 1679, Louis XIV quittant le Louvre pour Versailles, le chantier est arrêté.

Le et les peintres de l'académie (1769-1781) L'Académie royale de peinture et de sculpture, installée au Louvre en 1692, entreprend rapidement de combler les vides du plafond, encore inachevé. Ainsi, celui-ci sert notamment à la peinture des , grâce auxquels les nouveaux membres intégraient l'académie. Le travail devant porter sur le thème des saisons et de L'Étoile du matin, le plafond sera complété par les œuvres de Jean-Hugues Taraval (L’Automne ou Le Triomphe de Bacchus et d’Ariane, 1769), Louis Durameau (L'Été ou Cérès et ses compagnes implorant le soleil, 1774), Jean-Jacques Lagrenée le jeune (L’Hiver ou Éole déchaînant les vents qui couvrent les montagnes de neige, 1775), Antoine François Callet (Le Printemps ou Zéphyr et Flore couronnant Cybèle, 1780-1781), Antoine Renou (L'Étoile du matin ou Castor, 1781).

L'œuvre de Félix Duban (1848-1854) thumb|Balcon Charles IX.