Le Champsaur est la haute vallée du Drac entre ses sources et son entrée dans le lac du Sautet. On inclut souvent sous ce nom le Valgaudemar, vallée affluente parcourue par la Séveraisse, qui se jette dans le Drac peu avant le lac.
Il est un des neuf « pays » qui, selon les termes du comité départemental du tourisme, constituent le département des Hautes-AlpesL'un ou l'autre de ces 9 « pays » — Briançonnais, Vallouise, Queyras, Guillestrois, Embrunais, Champsaur-Valgaudemar, Dévoluy, Gapençais, Pays du Buech — est souvent mentionné par les panneaux indicateurs routiers..
Géographie
Géographiquement, le Champsaur fait partie du bassin de l'Isère, alors que la quasi-totalité des Hautes-Alpes appartient au bassin de la DuranceLes autres exceptions sont : le Dévoluy, parallèle au Champsaur à l'ouest, et le canton de La Grave, au nord du massif des Écrins, qui s'ouvre vers l'ouest en direction de Grenoble et la vallée Étroite qui se trouve sur un versant appartenant au bassin du Pô..
thumb|left|Le seuil de Bayard-Manse vu du col de Gleize ; au fond le Piolit et les aiguilles de Chabrières.
Il est bordé à l'ouest par le massif du Dévoluy, partie des Préalpes de nature calcaire, et au nord et à l'est par le massif des Écrins (Olan, Vieux Chaillol), partie des Alpes de nature cristalline. Il est séparé de la cuvette de Gap, au sud, par la ligne de partage des eaux entre Durance et Isère, vaste seuil allant des derniers sommets du sud de la chaîne des Bans (le Piolit, altitude ) jusqu'aux contreforts du Dévoluy (le pic de Gleize, ), en passant par les cols de Moissière (), de Manse () et Bayard (), qui font communiquer la région de Gap - Embrun et le DauphinéJusqu'au , il était cependant usuel de passer du haut Champsaur à Embrun par le col de Freissinières, pourtant beaucoup plus élevé ().
La vallée du Champsaur est d'origine glaciaire. Lors de la dernière grande glaciation, le glacier d'Orcières, parallèle au glacier de la Durance, butant sur le massif du Dévoluy, se trouva déporté vers le nord. Il se logea dans le sillon formé par le contact entre les Préalpes calcaires et le massif cristallin, où il forma un lit évasé (« en U »), coupé par quelques verrous. Une fois le glacier disparu, le Drac recreusa ce fond glaciaire, et y forma une vallée au profil plus accusé (« en V »), laissant sur les flancs les restes du lit glaciaire, qui apparaissent aujourd'hui comme des hautes plaines perchées au-dessus de la rivière, par exemple à Poligny. Une autre trace de cette époque glaciaire est la plaine d'Ancelle, ancien lac suspendu, aujourd'hui combléLes lacs glaciaires de la vallée du Drac.
Liste des communes
Climat vignette|La plaine de Lachaup, Ancelle
Climatiquement, le Champsaur se distingue aussi du reste du département des Hautes-Alpes : très ouvert vers le nord, et protégé sur les autres azimuts (notamment par le massif du Dévoluy à l'ouest), il profite moins de la douceur du climat méditerranéen encore sensible à Gap, et subit le régime des bises, vents du nord qui lui amènent les nuages remontant de la cuvette de Grenoble, et, en hiver, le froid des massifs dauphinois. L'été reste par contre particulièrement agréable par sa douceur et son ensoleillement.
C'est un pays alpin, à la pluviosité assez importante (plus de d'eau par an) mais avec un minimum estival. En 1985, 119 jours de pluie (précipitations supérieures à ), 47 jours de neige, 160 jours de gel (température minimale inférieure à ), et seulement 10 jours de chaud (température maximale supérieure à ).
Paysage thumb|Paysage de bocage en Champsaur, vu du site des Trois-croix, commune de Bénévent-et-Charbillac
Le paysage est l'« un des rares bocages conservés en Europe » : de petites parcelles, séparées par des haies vivaces, qui les abritent du vent et du froid en hiver, leur conservent l'humidité en été, et servent d'abri à de nombreuses espèces d'oiseaux. Les nombreux canaux d'irrigation, souvent eux aussi bordés d'arbustes, complètent ce découpage de l'espace.
En descendant le Drac
Le haut-Drac est la réunion de deux torrents coulant dans deux vallées encaissées : le Drac noir, ou Drac d'Orcières, de direction est-ouest, et le Drac blanc, ou Drac de Champoléon, de direction nord-sud. Ces deux vallées n'ont plus guère d'habitat traditionnel, l'élevage en altitude étant trop ingrat. Seuls les sports de montagne font aujourd'hui vivre ces vallées : sports d'hiver à Merlette, et randonnées sportives (GR 50 et 54) dans tout le massif.
thumb|Saint-Léger-les-Mélèzes et le Soleil-Bœuf.
En aval de Pont-du-Fossé la vallée, dirigée vers l'ouest, s'élargit et laisse place à de belles étendues de pâturages, dans lesquelles se sont installés de nombreux petits villages (Chabottes, Forest-Saint-Julien, Le Cros, etc.). Cependant ici encore l'essentiel de l'activité économique repose sur le tourisme : Saint-Michel-de-Chaillol, Ancelle et Saint-Léger-les-Mélèzes sont des stations familiales de moyenne altitude (), fréquentées principalement par les Marseillais, hiver comme été. Les résidences secondaires sont nombreuses. Une certaine diversification des activités s'opère cependant : fromageries de dimension industrielle (à Saint-Laurent-du-Cros et à Laye), pépinières, menuiseries, etc.
À Saint-Bonnet, le Drac s'oriente franchement au nord, direction qu'il gardera jusqu'à Grenoble. Saint-Bonnet, avec permanents, est la principale ville — pour ne pas dire la seule — du Champsaur ; on y trouve la plupart des commerces et services importants (du pharmacien au notaire), ce qui permet aux champsaurins de ne pas aller trop souvent à Gap. C'est de plus une ancienne ville forte, fief du sieur François de Bonne, chevalier de Lesdiguières ; des maisons du bien conservées donnent à ce chef-lieu un cachet particulier.
vignette|gauche|La vallée de la Séveraissette à Molines-en-Champsaur, à l'entrée du parc national des Écrins, commune de La-Motte-en-Champsaur.
Peu après Saint-Bonnet, le Drac reçoit son premier affluent important : la Séveraissette, qui arrive de l'est, sortant d'une longue vallée à l'habitat ancien. La Motte-en-Champsaur en commande l'entrée, le vieux village de Molines-en-Champsaur se trouve en retrait, et le vallon du Roy en amont conduit au pied du Vieux Chaillol.
thumb|upright=1.2|Les falaises de Faraud au-dessus du Glaizil
En aval, le Drac coule seul avec la route entre deux berges de gravières, et les villages sont installés sur les hauts bords préservés de part et d'autre, où une activité agricole est possible : sur la rive gauche, La Fare-en-Champsaur, Poligny, Le Noyer, puis Le Glaizil, villages exposés au levant mais à l'ombre des falaises calcaires de Faraud ; sur la rive droite, Bénévent-et-Charbillac, Saint-Eusèbe, Les Costes, Chauffayer, plus à l'aise dans des paysages vallonnés et ensoleillés.
Juste avant l'entrée du défilé du Loup, le Drac reçoit, toujours par l'est, son principal affluent : la Séveraisse, issue du Valgaudemar
Enfin, sous le village d'Aspres-lès-Corps, le Drac atteint enfin le défilé des gorges du Loup, où il quitte le Champsaur, les Hautes-Alpes et la région Provence-Alpes-Côte d'Azur pour l'Isère et la région Auvergne-Rhône-Alpes.
Toponymie La plus ancienne mention d'un nom pour ce pays date de 1027, dans une bulle du pape Jean XIX : regio quæ vocatur Camsaurus ; on trouve ensuite, en 1116, Campo Sauro et Campi Sauri (Ch.de Durbon), puis, en 1340, ducatus Campi Auri ; en 1504 Champsaour, en 1552 ChampsorCes références, ainsi que les suivantes, sont extraites de Histoire du mandement de Montorcier (voir bibliographie), p. 2 à 9
Les formes anciennes impliquent un « champ saur », c'est-à-dire « champ jaune » Ernest Nègre, Toponymie générale de la France (lire en ligne).
Histoire Antiquité et Moyen Âge L'occupation humaine du Champsaur semble avoir été assez tardive. Si on excepte quelques rares pièces en pierre polie trouvées à Saint-Jean-Saint-Nicolas, et un dolmen aux Roranches (commune de Saint-Jean-Saint-Nicolas), les quelques vestiges préhistoriques reconnus sont postérieurs et datent de l'âge du bronze : 355 pièces dont une parure (~1000 ) à l'Aubérie (Bénévent-et-Charbillac) et diverses pièces en bronze à La Fare-en-Champsaur...
Les plus anciens habitants connus du Champsaur sont les Tricorii, une tribu celtique (gauloise) qui peuplaient la totalité du bassin du Drac, mentionné sous la forme Tricus, et de l'actuel Trièves, voisinant avec les Caturiges de la région d’Eburodunum (Embrun) et Vapincum (Gap). Les ours étaient présents dans la région, comme en témoignent les toponymes médiévaux conservés : Orcières, Montorcier (Mons Urserii), bien qu'il puisse s'agir également de noms de personnages vivant au Moyen Âge, Ursus étant un anthroponyme répandu à l'époque.
Une tradition locale, non étayée, voudrait qu'Hannibal, marchant sur Rome, en 218 , ait remonté la vallée du Drac et quitté le Champsaur par le col de Freissinières.
Entre 125 et 121 , les Romains occupent toute la région allant des Alpes aux Pyrénées, qui sera dénommée successivement Gaule transalpine, Gaule romaine, puis Narbonnaise. Entre le col de Manse (passage le plus utilisé depuis la haute vallée de la Durance) et le Drac, quelques restes de villae, et surtout un buste de Jupiter Ammon, attestent d'une réelle présence locale.
L'existence de voies romaines en Champsaur est discutée. La voie Domitienne passait par Eburodunum (Embrun) et Vapincum (Gap), sans pénétrer dans le Champsaur. Bien qu'aucun texte ne le corrobore, certains pensent pouvoir affirmer qu'une voie se détachait de la voie Domitienne après Caturigomagus (Chorges), passait par le col de Manse (ou le col de Moissières), puis traversait le Drac, et rejoignait à Saint-Firmin une autre voie secondaire reliant Briançon au Trièves par le Valgaudemar. Le toponyme Manse (mansio en latin désigne une halte), le chemin dit « voie romaine » sur la commune de Forest-Saint-Julien, le « pont roumieux » sur la Séveraissette, en seraient des traces, bien minces il est vrai. Une autre voie passant par le col Bayard et suivant la rive gauche du Drac, tout aussi hypothétique, est aussi évoquée.
De fait, avant l'arrivée des Romains les occupants de la région disposaient d'un véritable réseau de routes, que les Romains eurent seulement à adapter à leurs besoins. Ainsi, le « chemin protohistorique reliant la plaine du Pô à la Gaule transalpine par le Montgenèvre », devenu via per Alpem cottiam dans le royaume de Cottius, fut réaménagé et devint la via Domitia. Quant aux voies traversant le Champsaur, elles furent évidemment utilisées par les Romains pour rejoindre Grenoble, mais sans être transformées en véritables voies romaines.
Aux , invasions et annexions se succèdent : Vandales, Burgondes — dont un chef, nommé Gaudemar (ou Godemar), s'installe dans la vallée de la Séveraisse, à laquelle son nom est resté attaché —, Ostrogoths, Francs, Lombards. Une relative stabilité s'instaure à partir du , où la chrétienté s'établit. En 673, les moines de l'abbaye Saint-Victor de Marseille édifient un prieuré dédié à Bonnet, évêque de Clermont ; le bourg qui l'entoure bientôt deviendra, sous le nom de Saint-Bonnet, la « capitale » du Champsaur. En 739, le patrice Abbon, gouverneur de Suse, en Piémont, légua ses paroisses du Haut-Champsaur à l'abbaye de la Novalaise, qu'il avait lui-même fondée en 726. Novalaise léguera ses droits à l'abbaye de Breme, qui les cèdera peu après à l'ordre de Cluny : en 950, l'abbé Guillaume IV de Saint-Chaffre en Velay en était gestionnaire.