Paul Gérin-Lajoie, né le à Montréal et mort le dans la même ville, est un avocat, homme politique et philanthrope québécois.
Figure majeure de la Révolution tranquille, il est l'un des principaux membres de l'équipe du tonnerre de Jean Lesage. Il est connu pour avoir été le premier ministre de l'Éducation du Québec, de 1964 à 1966. Il est également à l'origine de la doctrine Gérin-Lajoie, dont les principes guident la politique québécoise en matière de relations internationales depuis 1965.
Après avoir quitté la politique en 1969, il se tourne vers l'aide au développement. De 1970 à 1977, il dirige l'Agence canadienne de développement international (ACDI). En 1977, il crée la Fondation Paul Gérin-Lajoie, un organisme dévoué au financement et au développement de l'éducation dans les pays en voie de développement. Cette fondation est notamment connue pour la Dictée P.G.L., un événement organisé dans les écoles primaires et secondaires des pays de la Francophonie depuis 1992.
Biographie Famille Paul Gérin-Lajoie descend de Jean Gérin dit La joie, un sergent dans les troupes de Louis-Joseph de Montcalm, originaire du village des Échelles en Savoie. Au fil du temps, le nom Gérin dit La joie s'est transformé en Gérin-LajoiePaul Gérin-Lajoie, Combats d’un révolutionnaire tranquille : propos et confidences, Montréal, Éditions CEC, 1989, p. 5..
La compte plusieurs personnalités connues. L'arrière-grand-père de Paul, Antoine Gérin-Lajoie (1824-1882), est un avocat et un écrivain. Il épouse Joséphine Parent (1836-1926), la fille aînée du journaliste et avocat patriote Étienne Parent (1802-1874). Elle est également la sœur de Léon Gérin(1863-1951), premier sociologue québécoisF.-L. Desaulniers, « Généalogie de Gérin-Lajoie », Bulletin des recherches historiques, vol. , no 10, octobre 1924, p. 313.« Mme Gérin-Lajoie est décédée ce matin à 89 ans et six mois », Le Droit, 4 mars 1926, p. 4. Consulté le 5 juillet 2023..
Son grand-père Henri Gérin-Lajoie (1859-1936) est un avocat du domaine des affaires. Il est président de la Banque provinciale et bâtonnier de Montréal et du Québec. Sa grand-mère Marie Lacoste (1867-1945), une pionnière du mouvement féministe au Québec, est la fille du sénateur et juge Alexandre Lacoste (1842-1923)« Mort de Me Henri Gérin-Lajoie », Le Devoir, 7 mai 1936, p. 3. Consulté le 5 juillet 2023..
Son père, Henri Gérin-Lajoie fils (1892-1976), est un avocat spécialisé en droit des brevets d'invention et des marques de commerce, et l'auteur d'un répertoire de procédure civile du QuébecPaul Gérin-Lajoie, Combats d’un révolutionnaire tranquille : propos et confidences, Montréal, Éditions CEC, 1989, p. 7.« Me Henri Gérin-Lajoie meurt à 84 ans », Le Devoir, 2 août 1976, p. 3. Consulté le 4 juillet 2023.. Enfin, sa tante Marie Gérin-Lajoie (1890-1971) est une pionnière du service social et de l'éducation des filles au QuébecKarine Hébert, « Marie Gérin-Lajoie (1890-1971) », Figures marquantes de notre histoire, Fondation Lionel-Groulx, 13 décembre 2016, 36 p. Consulté le 8 juillet 2023..
Jeunesse gauche|vignette|Paul Gérin-Lajoie fréquente le collège Jean-de-Brébeuf dans les années 1930. Membre d'une famille de quatre garçons et deux filles, Paul Gérin-Lajoie grandit à Montréal dans une famille aisée comptant de nombreux avocats. Il effectue son cours classique au collège Jean-de-Brébeuf, où il fait la connaissance du professeur et écrivain François Hertel. Bon élève, il n'est cependant jamais un premier de classePaul Gérin-Lajoie, Combats d’un révolutionnaire tranquille : propos et confidences, Montréal, Éditions CEC, 1989, p. 16..
En , durant sa dernière année d'études, Gérin-Lajoie reçoit la bourse Rhodes. Celle-ci est « la plus prestigieuse et la plus généreuse des bourses d'études à l'étranger alors disponibles pour les Canadiens », et « permettait de faire jusqu'à trois ans d'études à l'Université d'Oxford en AngleterrePaul Gérin-Lajoie, Combats d’un révolutionnaire tranquille : propos et confidences, Montréal, Éditions CEC, 1989, p. 13. ». Le début de ses études en Angleterre est alors prévu pour l'automne 1939. Toutefois, le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale en interrompt ce projet et l'usage de la bourse est reporté après la guerre. Il décide alors de faire ses études à la Faculté de droit de l'Université de Montréal.
Diplômé en 1942, il est admis au Barreau en .
Études en Angleterre En , Paul Gérin-Lajoie se rend en Angleterre pour poursuivre ses études en droit. Intéressé à l'origine par les questions de propriété industrielle et intellectuelle (brevets d'invention, droits d'auteur, marques de commerce), il finit toutefois plutôt par se diriger vers le droit constitutionnel. Intéressé par ce domaine depuis le collège, l'actualité canadienne et québécoise de l'époque ramenait le sujet constamment devant l'opinion publique sous différentes formes; par le débat sur l'assurance-chômage, la répartition des sièges au Parlement fédéral, le partage des pouvoirs de taxation entre Ottawa et Québec, le rapatriement de la ConstitutionPaul Gérin-Lajoie, Combats d'un révolutionnaire tranquille : propos et confidences, Montréal, Éditions CEC, 1989, p. 18.
Ce séjour en Europe coïncide avec de nombreux événements marquants, d'un point de vue constitutionnel : la fondation de la IVe République en France, le début de la division entre Allemagne de l'Ouest et Allemagne de l'Est, l'adoption d'une nouvelle Constitution républicaine en Italie, l'adoption de constitutions de « démocratie populaire » dans les pays de l'Europe de l'Est, et l'indépendance d'anciennes colonies en Asie, notamment l'Inde et le Pakistan. Tout en voyageant en Europe – entre autres au Portugal, en France et en Tchécoslovaquie –, Paul Gérin-Lajoie participe également à des congrès de jeunesse. Ceux-ci lui permettent de découvrir la culture et les idéologies politiques de ces pays se redressant de la guerre. C'est ainsi qu'il fait connaissance avec le pape Pie XII (en 1946) et qu'il commence à publier des articles de journaux, notamment dans Le Devoir et dans La Gazette de Lausanne en Suisse. Il produit aussi quelques reportages en français sur le réseau de la BBC pour Radio-CanadaPaul Gérin-Lajoie, Combats d’un révolutionnaire tranquille : propos et confidences, Montréal, Éditions CEC, 1989, p. 18-19..
En parallèle à ces visites, Paul Gérin-Lajoie fait une thèse de doctorat en droit sur la question de l'amendement dans la Constitution canadienne. Dirigé par le professeur , auteur de plusieurs études sur le fédéralisme et le régime constitutionnel et politique du Commonwealth britannique, il décroche son diplôme en 1948Paul Gérin-Lajoie, Combats d’un révolutionnaire tranquille : propos et confidences, Montréal, Éditions CEC, 1989, p. 17.. vignette|Paul Gérin-Lajoie et son épouse Andrée en 1948.
Expert en questions constitutionnelles Revenu au Québec en , Paul Gérin-Lajoie devient associé au cabinet Lajoie, Gélinas et McNaughton où il exerce le droit commercial et institutionnelMario Cardinal, Paul Gérin-Lajoie : L’homme qui veut changer le monde, Éditions Libre Expression, 2007, p. 77.. Toutefois, son intérêt pour les affaires publiques et son expertise constitutionnelle l'amènent à prononcer des conférences devant différents organismes et à publier des articles dans des revues, en anglais et en françaisPaul Gérin-Lajoie, Combats d’un révolutionnaire tranquille : propos et confidences, Montréal, Éditions CEC, 1989, p. 24..
Sa thèse publiée sous forme de livre (en anglais) fait sensation. En 1950, elle lui mérite le prix David remis par le gouvernement du Québec pour récompenser les meilleurs ouvrages parus durant l'année. Peu à peu, ce livre devient une référence pour les étudiants en droit et les participants aux conférences fédérales-provincialesPierre Laporte, « Constitutional Amendment in Canada de Paul Gérin-Lajoie », Le Devoir, 2 décembre 1950, p. 6. Consulté le 4 juillet 2023..
Commission Tremblay
Au début des années 1950, la question de l'autonomie provinciale occupe une place centrale dans l'actualité politique. En , l'Ontario accepte un accord fiscal avec le gouvernement fédéral, permettant à Ottawa d'occuper de façon permanente un champ de compétence qui revient normalement en exclusivité aux provinces. À la suite de cet accord, le Québec se retrouve isolé face au gouvernement fédéral, sans garantie quant à la protection de son autonomie. Dans ce climat chargé de tension, la Chambre de commerce du Québec réclame au gouvernement de Maurice Duplessis de tenir une commission d'enquête sur les problèmes constitutionnels. À la fin de , une délégation de 500 membres de la Chambre (incluant Paul Gérin-Lajoie) rencontrent le premier ministre pour le presser d'agir. Duplessis accepte. Quelques mois plus tard, en , la Commission royale d'enquête sur les problèmes constitutionnels (présidée par le juge Thomas Tremblay) est crééePaul Gérin-Lajoie, « La Commission Tremblay », Relations, , , . Consulté le 7 juillet 2023..
Très préoccupé par la situation de l'éducation au Québec, Paul Gérin-Lajoie en fait son principal cheval de bataille. Il devient ainsi le conseiller juridique de la Fédération des collèges classiques, le Mario Cardinal, Paul Gérin-Lajoie : L’homme qui veut changer le monde, Éditions Libre Expression, 2007, p. 82-85..
Élections de 1956 et 1957 Cet engagement dans la commission Tremblay reflète également l'ambition de Paul Gérin-Lajoie. Déterminé à combattre la centralisation fédérale menaçant l'autonomie du Québec, mais aussi le conservatisme de Maurice Duplessis – qui selon lui « s'opposait toujours obstinément aux initiatives fédérales sans jamais rien proposer de positif à la place » –, Gérin-Lajoie décide de s'engager en politiquePaul Gérin-Lajoie, Combats d’un révolutionnaire tranquille : propos et confidences, Montréal, Éditions CEC, 1989, p. 24-25.. Alors qu'il avait grandi au sein d'une famille connue pour ses liens avec le Parti conservateur, dans le but d'apporter de la jeunesse et de la nouveauté en politique, il se voit plutôt amené à jouer un rôle au sein du Parti libéralEntretien avec Paul Gérin-Lajoie, Mémoires de députés, , Assemblée nationale du Québec, 5 novembre 2006. Consulté le 6 juillet 2023..
Lors des élections de 1956, il décide de se porter candidat dans Vaudreuil-Soulanges, une circonscription rurale comptant beaucoup d'agriculteurs. Il est battu par le député unioniste sortant Joseph-Édouard Jeannotte. En 1957, ce dernier meurt subitement. Une élection partielle est alors convoquée dans Vaudreuil-Soulanges et Paul Gérin-Lajoie se présente à nouveau comme candidat. Il est battu encore, cette fois par l'unioniste Loyola SchmidtLes résultats électoraux depuis 1867, Vaudreuil-Soulanges, sur le site de l'Assemblée nationale du Québec.
Malgré la défaite, il continue à défendre ses convictions et devient président du comité politique de la Fédération libérale du Québec (la FLQ). En 1957, il fonde l'hebdomadaire L'Écho de Vaudreuil-Soulanges et Jacques-Cartier., en réaction aux positions du journal La Presqu'île qu'il juge trop nationaliste.. Sa femme Andrée y tient une chronique destinée aux femmes.. Ses liens avec les libéraux finissent toutefois par lui coûter cher sur le plan professionnel. Tentant d'obtenir un poste de professeur à la Faculté de droit de l'Université de Montréal, il se fait refuser ce poste à la suite des pressions exercées par Maurice Duplessis sur Marcel Faribault, le secrétaire général de l'UniversitéDale C. Thomson, Jean Lesage et la Révolution tranquille, Éditions du Trécarré, 1984, p. 30..
Congrès de 1958 vignette|Georges-Émile Lapalme est chef du Parti libéral de 1950 à 1958.