vignette|Un texte avec différents signes diacritiques. vignette|Un texte sans signe diacritique, sauf les points distinguant certaines consonnes. L'alphabet arabe n'utilise habituellement pas de diacritiques, hormis les points souscrits ou suscrits obligatoires pour distinguer des lettres présentant une même graphie mais ayant des sons différents, comme le bā' et le tā'. En revanche, il ne note en général pas les voyelles brèves, ni les géminations ou encore les assimilations, si bien qu'il n'est pas possible de lire et de comprendre un texte sans l'aide de ces signes pour un lecteur débutant n'ayant pas une bonne connaissance de la langue. Cependant, les érudits arabes ont très tôt développé et mis au point un système de signes auxiliaires qui lèvent la plupart des ambiguïtés du texte. Ces signes sont indiqués essentiellement dans le Coran et les textes religieux comme les hadiths, la poésie, mais aussi dans les livres scolaires destinés aux enfants.
Diacritiques obligatoires Les seuls diacritiques historiques de l'alphabet arabe, c'est-à-dire ceux qui servent à différencier plusieurs lettres de même tracé, sont le point et la hamza.
Point ثجخ/ Il est conseillé de consulter aussi Histoire de l'alphabet arabe pour comprendre cette partie.
Les premiers modèles de l'alphabet arabe sont riches en ambiguïtés, comme on peut le voir ci-dessous.
ا ٮ ح د ه و ر ح ط ى ك ʾ b ǧ d, ḏ h w z ḥ, ḫ ṭ, ẓ y k ل م ں ع ڡ ص ٯ ر س ٮ l m n ʿ, ġ f ṣ, ḍ q r s, š t, ṯ
On remarque que neuf lettres sont de tracé identique ou peu s'en faut. Au , par imitation du modèle nabatéen ou syriaque, les lettres ambiguës ou ambivalentes ont été distinguées par un, deux ou trois (selon le nombre d'ambiguïtés à lever) points suscrits, inscrits ou souscrits, dans les cas où plus de deux lettres possèdent un tracé trop proche ou pour inventer de nouvelles lettres à partir de lettres simples. En sorte, le point fonctionne doublement : il distingue des graphèmes homographes ; il étend le nombre de graphèmes possibles.
Actuellement, en graphie isolée, 18 lettres (sur 28 au total) ne diffèrent que par la présence ou non de points, ainsi que la position et aussi le nombre de ces points, le cas échéant : et , et ; , et ; et ; et ; et ; et ; et ;
En graphie liée, le nombre d'ambiguïtés levées est encore plus grand, certaines différences de tracé étant abolies ; la forme fondamentale ـىـ, en effet, peut recevoir cinq combinaisons de points : ـىـ ـبـ ـتـ ـثـ ـنـ ـيـ b t ṯ n y
Les mêmes lettres, en graphie isolée, ne sont plus si proches (dans le même ordre) : ب ت ث ن ي b t ṯ n y
De même, bien qu'en graphie isolée leur position sur la ligne ne soit pas identique, ف f et ق q sont aussi distingués par les points en graphie liée : f q Pour ces deux dernières lettres, l'usage a été long à s'établir. Au début, durant les deux premiers siècles de l'hégire, le q portait un point au-dessus, et le f n'en avait pas. Puis le f reçut un point au-dessous, comme ce fut longtemps le cas dans l'alphabet maghrébin. En fin de compte, le point du f passa au-dessus, et le q en reçut deux, conformément à l'usage ci-dessusHistoire de l'écriture, James Février, Payot 1984, p. 269..
Hamza et ʾalif waṣla
ٱ ئ ؤ إ أ La hamza est une lettre, ء, qui, dans certaines conditions, s'écrit comme un diacritique. Elle note le phonème /ʔ/, dit coup de glotte. Son placement est relativement complexe.
Le waṣla est un autre diacritique, utilisé principalement dans les éditions du Coran. Il se place au-dessus ou en dessous d'un ʾalif et note la présence d'une hamza instable élidée : ainsi, le ʾalif, support d'une voyelle et d'une hamza, ne se prononce pas.
Diacritiques servant à faciliter la lecture Signes de vocalisation Ces signes annexes permettant de noter les voyelles auraient été inventés par Abou al-Aswad al-Douali, grammairien du . Le modèle est presque clair : il s'agit de lettres de l'alphabet transformées en signes suscrits. C'est au qu'est fixée la notation actuelle.
Voyelles simples ـَـِـُ
Les voyelles (qui peuvent être brèves ou longues) ne sont généralement pas écrites, sauf parfois dans les textes sacrés et didactiques, auquel cas l'on dit de ces textes qu'ils sont « vocalisés ».
Les brèves sont des diacritiques (dont ـُ [u] provient sûrement de la lettre و [w]) placés sur ou sous la consonne qui les précède dans la syllabe, tandis que les longues sont notées par le diacritique de la brève équivalente suivie d'une consonne de prolongement : ʾalif ou ʾalif maqṣūra (seulement en fin de mot) pour l'allongement de /a/. Ainsi, ce qui est écrit aʾ se lit ā ; yāʾ pour celui de /i/ : iy = ī ; wāw pour celui de /u/ : uw = ū.
Comme aucune syllabe arabe ne commence par une voyelle (contrairement aux apparences ; il y a en effet une consonne à l'initiale d'un prénom comme Ali, en arabe ʿAlī, ou d'un mot comme ʾalif), il n'y a pas de forme indépendante.
Dans le tableau suivant, les voyelles seront présentées seules puis placées pour plus de clarté sur ou sous la lettre dāl.
Voyelles simples Avec consonne Nom Trans. Valeur fatḥa a [a] kasra i [i] ḍamma u [u] fatḥa ʾalif ā [aː] fatḥa ʾalif maqṣūra ā / aỳ [aː] kasra yāʾ ī / iy [iː] ḍamma wāw ū / uw [uː]
Note : ne pas oublier que le tāʾ marbūṭa n'est pas une voyelle mais une consonne /t/ ou /h/ souvent muette mais toujours précédée du son /a/.
L'absence de la notation des voyelles brèves rend parfois ambiguë la compréhension des mots, en particulier lorsque ceux-ci sont lus isolés de tout contexte. Notons, par exemple, ce qui se produit avec le mot كتب (ktb) dont on n'écrit généralement que les trois consonnes et donc qui n'est pas vocalisé. Ce mot qui se rapporte au monde de l'écrit pourra prendre, une fois vocalisé, les sens suivants : un verbe à la du masculin singulier de l'accompli actif كَتَبَ (kataba, il a écrit) ou encore كَتَّبَ (kattaba, il a fait écrire) ; un verbe à la du masculin singulier de l'accompli passif كُتِبَ (kutiba, il a été écrit) ; un nom masculin pluriel كُتُبٌ (kutubun, des livres) ; un verbe à l'impératif à la du masculin singulier كَتِّبْ (kattib, fais écrire).
Tous ces mots sont discriminés par des voyelles brèves qui la plupart de temps ne sont pas écrites. Il en résulte qu'ils se trouveront tous sous l’orthographe unique كتب (ktb) dans la plupart des textes. C'est donc au lecteur de rajouter mentalement les voyelles nécessaires afin de déterminer le sens véritable du mot en question. Il sera pour cela grandement aidé par le contexteCollectif dirigé par Djamel Eddine Kouloughli et Georges Bohas, Linguistique arabe et sémitique, vol. 2, collection Langues et littératures du monde arabe, ENS-LSH Éditions, ..
Diphtongues ay et aw Elles sont simplement notées par la voyelle brève suivie des consonnes y ou w. L'écriture les traite comme ī et ū, c'est-à-dire qu'elle ne les note pas différemment des autres suites voyelle + consonne. De même, on pourrait classer parmi les diphtongues celles débutant par īy et ūw ; ce ne sont cependant que des voyelles suivies d'une consonne. Comme précédemment, les diphtongues sont présentées dans le tableau précédées de d et les lettres ne sont pas liées. Diphtongues Nom Trans. Valeur fatḥa yāʾ ay / ai / aï [ai] fatḥa wāw aw / au [au]
Voyelles casuelles et tanwīn ـًـٍـٌ
Lors de la flexion nominale, les noms peuvent recevoir trois désinences différentes, -a, -i, et -u (qu'on transcrira de préférence en les plaçant en exposant : , etc). Celles-ci ne sont pas écrites dans un texte non vocalisé, sinon, les signes habituels sont employés. Il est rare qu'on les prononce dans la conversation courante : de fait, n'étant ni écrites ni prononcées d'habitude, ces voyelles flexionnelles ressortissent surtout à l'arabe classique.
Si le mot est indéfini (sans article ni complément du nom), il prend (sauf exceptions) les désinences -an, -in, -un, nommées tanwīn. Celles-ci sont notées par des diacritiques spéciaux qui remplacent la voyelle ainsi que la lettre attendue en fin de mot ; selon que le texte est vocalisé ou non, la notation change : tanwīn -an (tanwīn ʾal-fatḥa, ou fatḥatan) : ; un ʾalif est placé à la suite du tanwīn, sauf si le mot se termine par tāʾ marbūṭa /a(t)/ (suffixe de féminin), ou par une hamza, /aʔ/ ou , /aːʔ/ ; dans un texte non vocalisé, seul le ʾalif est écrit, si c'est possible, sinon, rien n'indique la présence d'un tanwīn : raǧulan, « homme (cas accusatif ou cas direct) » ; non vocalisé : (noter la ligature lām ʾalif qui, de fait, porte le tanwīn), ǧiddan, « énormément » ; non vocalisé : ʿādatan, « d'habitude » (noter l'utilisation du tāʾ marbūṭa prononcé ici /t/ devant voyelle casuelle) ; non vocalisé : (pas dʾalif après ), tanwīn -in (tanwīn ʾal-kasra, ou kasratan) : ; il n'est pas écrit dans les textes non vocalisés : raǧulin, « homme (cas possessif / génitif, ou cas indirect) » ; non vocalisé : ; tanwīn -un (tanwīn ʾaḍ-ḍamma, ou dammatan) : (il existe une deuxième graphie, ressemblant à « ” » suscrit) ; il n'est pas écrit dans les textes non vocalisés : raǧulun, « homme (cas nominatif ou cas sujet) » : non vocalisé : (le cas sujet et le cas indirect ne se distinguent donc pas). Derrière la désinence — an, on ajoute par orthographe un alif qui ne change en rien la prononciation ; il n'y a d'exception à cette règle que pour les mots dont la dernière lettre est un hamza ou un tā' marbūṭah.
Dans la pratique, la voyelle et le /n/ des tanwīn ne sont pas prononcés (sauf dans des expressions adverbiales figées en -an, comme šukran, « merci », plus fréquemment écrit ). Ces désinences appartiennent aussi à la langue littéraire de l'arabe classique.
ʾAlif Madda
آ Afin d'éviter la succession de deux ʾalif dans un même mot, on fait usage d'un diacritique nommé madda remplaçant l'un des deux ʾalif et se plaçant sur le restant : . Cette rencontre ne se trouve en fait que dans les cas où un ʾalif support d'une hamza précède un [a] long (c'est-à-dire une fatḥa suivie d'un ʾalif), soit ʾā. La madda remplace donc : une éventuelle hamza initiale ; la fatḥa ; le ʾalif de prolongement.
Ainsi, l'on n'écrit pas ʾāḫaḏa, « il a réprimandé » mais ; de même dans un mot : non pas qaraʾā, « ils ont lu (au duel) », mais .
Les mots qui se terminent par un alif madda correspondent à un finale de « â » long faisant suite à une hamza.
ʾAlif suscrit
ـٰ Certains mots portent phonétiquement la trace d'un ancien ʾalif de prolongement qui n'était pas écrit dans la graphie othmanienne, et qui n'a pas été rétabli lors de la stabilisation de l'orthographe ; il est cependant parfois écrit sous une forme suscrite, en remplacement d'une éventuelle fatḥa et de son ʾalif de prolongement ; c'est le cas dans certains démonstratifs : ou hāḏā « ce… -ci » ; ou hāḏihi « cette… -ci » ; hāʾulāʾi « ces… -ci (féminin) » ; ou ḏālika « ce… -là » ; D'autres mots peuvent être écrits avec le ʾalif suscrit : ou hākaḏā « ainsi » ; ou lākin, « mais » ; ou raḥmān, « miséricordieux ». Certaines graphies archaïques, notamment dans le Coran, sont écrites avec le ʾalif suscrit : , pour ou , qiyāmatun, « se rebellant » ; , pour ou ʾilāhun, « dieu » ; , pour ou samāwātun, « cieux » ; , pour ou ṯalāṯun, « trois ».
Le terme le plus célèbre portant un ʾalif suscrit est le nom d’Allah, que certains décomposent en ʾal + ilāh (« le/la + Divin ») ; où le terme ilāh, commençant par une hamza instable, donne par contraction Al-lāh, plus communément écrit et transcrit Allāh. Il existe d'ailleurs un emplacement en Unicode permettant d'écrire le nom d'''Allāh en un seul caractère ; il s'agit de U+FDF2, Ligature Allâh sous sa forme isolée, soit .
Pour mieux distinguer le ʾalif maqṣūrah final en comparaison de la lettre yāʾ, qui s'en différencie uniquement par les deux points souscrits, un ʾalif suscrit est parfois ajouté sur le ʾalif maqṣūrah (ىٰ) , par exemple : pour ʾilā, « vers » ; pour mašfā, « hôpital » ; pour Mūsā, « Moïse ».
Autres signes de vocalisation