Le comté de Flandre, d'abord pagus de l'Empire carolingien, placé par le traité de Verdun (843) à la frontière nord de la Francie occidentale, devient en 863 une principauté détenue héréditairement par la maison de Flandre, puis un fief vassal des rois de France pendant tout le Moyen Âge.

Le comté reste à la maison de Flandre jusqu'à la mort de la comtesse Marguerite de Constantinople en 1280, puis est détenu par la maison de Dampierre, avant de passer en 1384 à la dynastie des ducs de Bourgogne de la maison de ValoisLa maison de Valois règne sur la France à partir de 1328. La maison de Valois-Bourgogne est une branche cadette de cette dynastie, issue de Philippe le Hardi, fils du roi Jean le Bon., devenant une des principales provinces des Pays-Bas bourguignons et de l'État bourguignon en général.

Passant à la maison de Habsbourg à la mort en 1482 de la duchesse Marie de Bourgogne, fille de Charles le Téméraire et épouse de Maximilien d'Autriche, il échoit en 1515 à leur petit-fils Charles, né à Gand en 1500, qui devient ensuite roi de Castille et d'Aragon en 1516, chef de la maison de Habsbourg en 1519, puis est élu empereur en 1520 sous le nom de Charles Quint. Le désastre de Pavie en 1525, au cours de la sixième guerre d'Italie, contraint François I à renoncer à sa suzeraineté sur le comté, qui entre, ainsi que le comté d'Artois, dans le cercle impérial de Bourgogne, subdivision du Saint-Empire.

Sous le règne de Philippe II d'Espagne, marqué par le soulèvement des Pays-Bas dirigé par Guillaume d'Orange, le comté de Flandre est reconquis par le gouverneur général Alexandre Farnèse en 1582-1583 et reste donc une possession du roi d'EspagnePhilippe II d'Espagne ne règne pas sur le comté de Flandre en tant que roi d'Espagne, mais en tant que comte de Flandre Philippe IV, héritier des ducs de Bourgogne., une des provinces des Pays-Bas méridionaux, dits « Pays-Bas espagnols », contrairement aux provinces du nord qui font sécession pour former autour de la Hollande la république des Sept Provinces-Unies des Pays-Bas.

Le comté de Flandre joue dès le un rôle économique important à l'échelle européenne, la ville de Bruges devenant au la capitale économique de l'Europe du Nord, en lien permanent avec les grandes villes d'Italie (Florence et Venise). Mais la fin du Moyen Âge est marqué par le déclin de Bruges et des problèmes dans les villes flamandes, l'activité économique se déplaçant vers le duché de Brabant, notamment à Anvers, avant la montée des villes hollandaises (Amsterdam, Rotterdam) au .

Situé à la limite entre la France et le Saint-Empire, séparés par l'Escaut, et proche de l'Angleterre, le comté de Flandre est impliqué dans le conflit entre les Capétiens et les Plantagenêt au , puis dans la guerre de Cent Ans, au cours de laquelle les rois de France ont à combattre non seulement les rois d'Angleterre, mais aussi les ducs de Bourgogne, chef de la faction politique des Bourguignons, enfin dans le conflit entre les rois de France et les Habsbourg d'Espagne. Au , en conquiert une partie au détriment des rois d'Espagne, notamment les villes de Lille et de Dunkerque.

Passé en 1714 à la lignée des Habsbourg d'Autriche, devenant alors une province des Pays-Bas autrichiens, le comté de Flandre cesse d'exister en 1795 à la suite de l'annexion des Pays-Bas autrichiens par la République française, après leur occupation en 1794 par les armées de la Révolution.

Le territoire de ce comté correspondait approximativement en Belgique, aux actuelles provinces de Flandre-Occidentale et de Flandre-Orientale ; à l'ouest de la province de Hainaut (arrondissements de Tournai et Mouscron) ; à la partie de la province d'Anvers située à l'ouest de l'Escaut ; aux Pays-Bas, à la Flandre zélandaise (partie de la province de Zélande située au sud de l'Escaut occidental) ; en France, à la région historique de Flandre française (villes de Lille, Dunkerque, Hazebrouck, Douai, etc., et leurs alentours).

Territoire vignette|275px|Carte du comté de Flandre en 1609 par Matthias Quad (cartographe) et Johannes Bussemacher (graveur et éditeur, Cologne).

Les possessions multiples des comtes de Flandre dépassent le pagus originel de Flandre. Le territoire du comté de Flandre ne correspond que très partiellement au territoire de la région flamande belge actuelle. Il était situé géographiquement plus à l'ouest et les provinces actuelles de Brabant flamand, d'Anvers et de Limbourg n'en faisaient pas partie.

Le comté de Flandre est traversé par la frontière linguistique entre dialecte thiois (Bruges, Gand, Ypres, Dunkerque) et latin vulgaire (Tournai, Lille, Douai).

La Flandre historique s'étend sur : la Belgique, avec : deux des cinq provinces flamandes de la Belgique et une partie d'une troisième : la Flandre-Occidentale (Bruges), la Flandre-Orientale (Gand), et, en province d'Anvers, l'actuelle commune fusionnée de Zwijndrecht (Zwijndrecht et Burcht) et le district d'Anvers-Rive-gauche ; la Flandre romane : le Tournaisis historique et la région de Mouscron (qui faisait partie du Courtraisis) qui ont été rattachés à la province de Hainaut ; la France, avec la Flandre française composée de deux régions dont les territoires ont été annexés par la France après le siège de Lille par : le Westhoek, de langue flamande, dans la partie nord-ouest du département français du Nord, composée du Blootland ou Plaine maritime (Dunkerque) et de la Flandre intérieure ou Cœur de Flandre avec le Houtland (Hazebrouck) et la Plaine de la Lys (Armentières) ; la Flandre romane (Lille, Douai), région de culture flamande et d'expression picarde, appelée, sous l'Ancien Régime, Flandre wallonne (wallon signifie roman) ou Flandre gallicante, voire Flandre gallicane. les Pays-Bas, avec la Flandre zélandaise (en néerlandais Zeeuws-Vlaanderen), une petite région enclavée entre l'Escaut occidental et la Belgique, dans le sud de la province de Zélande.

Les comtes de Flandre s'emparèrent du pagus Atrebatensis (l'Artois) au sud, mais il leur échappa en 1191. Le comté d'Artois (1237), apanage capétien, fit à nouveau partie des possessions du comte de Flandre en 1382, par héritage, mais fut acquis à la France en 1659 après bien des guerres dévastatrices.

Histoire Époque romaine et haut Moyen Âge (avant 866) Du temps des Romains, le territoire du comté de Flandre, qui faisait partie de la Gaule belgique, était occupé par les Morins, les Ménapiens, par une partie des Nerviens et au sud les Atrébates. Ces peuples opposèrent une vive résistance à Jules César ; les Nerviens ont soutenu la révolte des Éburons en 54 av. J.-C., avant de se soumettre complètement aux Romains.

Le christianisme y fut introduit, sous Maximien et Dioclétien, par Piat de Tournai, Chrysole de Comines et Eucher de Maastricht, tous trois martyrs. En 445, Clodion le Chevelu, chef des Francs, vainqueur des Romains, envahit cette contrée et prit Tournai et Cambrai. À cette invasion succédèrent, en 449, les ravages d'Attila.

Roi des Francs dans la région de Tournai depuis 486, s'était emparé de tout le pays en 510. Sous ses descendants, le territoire fit partie de la Neustrie et fut administré par des gouverneurs dits Forestiers.

Les Flandræ sont citées dans la Vie de saint Éloi, dont l'auteur, saint Ouen, est mort en 683. Encore ne s'étendaient-elles à cette époque qu'à un territoire proche de Bruges.

Aux temps des Carolingiens quelques familles puissantes occupaient les charges comtales et abbatiales dans la région (c'est le cas des Unrochides par exemple), mais elles n'étaient pas implantées uniquement dans la région.

Débuts du comté héréditaire à l'époque carolingienne (866-987) Le contexte de la menace normande : la marche de Flandre Les Baudouin fondent et développent le comté de Flandre. À partir de la région de Bruges, ils étendent son territoire en luttant contre les Normands, en captant l'héritage des lignées carolingiennes et en s'imposant à leurs voisins. Les partages successifs de l'empire de Charlemagne (Verdun 843, Ribemont 880) et surtout les invasions normandes ont déstructuré et fragilisé cette région. Dans le royaume de France (Francia occidentalis, ouest de l'Escaut), le pouvoir s'est plus vite fragilisé qu'à l'Est. L'incapacité royale à lutter contre les Normands et leurs ravagesSelon : en 879, les invasions normandes reprirent de façon intensive pendant 5 ans à Gand, Courtrai, Saint-Amand, Condé-sur-l'Escaut, Cambrai, Arras, Thérouanne, car l'Escaut, la Scarpe et Lys ont facilité la progression des envahisseurs dans le territoire, alors que plus au nord, dans les pays de Bruges et d'Aardenburg, tout en bois et marais, le territoire fut protégé naturellement. a entraîné la montée en puissance de pouvoirs locaux avec lesquels la population espérait pouvoir être protégée. Le principat de marque l'apogée de la première Flandre. Ses successeurs accompagnent l'essor économique qui s'appuie sur le tissage de la laine.

Dès l'époque de Charlemagne, la Flandre semble avoir formé une zone de défense maritime analogue au littus saxonicum romain. Quand des Normands viennent piller la Francie, la tâche du comte de Flandre est de les repousser ; les estuaires, nombreux à cette époque, et spécialement le Zwin et le Sinkfal, au voisinage desquels Bruges apparaît alors, sont les refuges naturels de la petite flotte destinée à surveiller la côte.

Lorsque le traité de Verdun (843) établit l'Escaut comme limite du royaume de Francie occidentale, Charles le Chauve reprend la tradition impériale, et, établit dans cette zone un gouvernement militaire nommé marche. C'est l'origine du marquisat de Flandre dont le premier titulaire est Baudouin. Le titre de marquis de Flandre tombera en désuétude au début du , à la suite de la disparition de ce titre dans la hiérarchie nobiliaire du royaume de France.

Le fondateur de la lignée : Baudouin Bras de Fer (comte de 866 à 879) vignette|upright=1.5|Pagi réunis pour former le marquisat de Flandre.

Le fondateur de la lignée des comtes de Flandre, Baudouin Bras de Fer (mort en 879), un des comtes du royaume de Francie, proche de la famille royale, enlève en 862 la princesse Judith, fille du roi Charles le Chauve. Ce rapt lui vaut d'abord l'excommunication (par un évêque), mais, grâce à l'intervention du pape Nicolas, il obtient son pardon, probablement en 864 ; c'est sans doute en 866 qu'il est investi d'une fonction en Flandre. .

Son comté primitif correspond sans doute aux doyennés de Bruges, d'Oudenburg et d'Aardenburg, alors que d'autres fonctionnaires royaux se partagent le reste de la marche de Flandre. Baudouin accroît son pouvoir en obtenant progressivement plusieurs abbatiats, dont celui de Saint-Pierre de Gand.

Au , le marquisat de Flandre a son assise territoriale le long de la vallée de la Lys, à l'ouest de l'Escaut, entre Bruges et l'actuelle Saint-Omer. Il occupe des terres progressivement libérées par la mer qui recouvraient en grande partie cette région jusqu'alors. Il comprit en effet, dès sa formation, les pagi de Waes, de Gand, de Courtrai, de Tournai, le Carembault, le Mélantois, la Pévèle, et peut-être aussi une partie du diocèse de Thérouanne (Ternois, Boulonnais, Mempisque au sens restreint, entre l'Yser et l'Aa). L'ancien pays des Atrébates (pagus Atrebatensis, Ostrevant, pagus Scarbeius et pagus Leticus) n'en faisait pas partie. Ces pagi formant le marquisat de Flandre seront unis par le successeur de Baudouin Bras de Fer.