Théophano ou Theophanu ou Theofano ou encore Theophania (en grec / ) (v. 960 † 991) est une princesse byzantine de la dynastie macédonienne, donnée en mariage à , et devenue impératrice du Saint-Empire romain germanique. L'une des souveraines les plus influentes de l'Europe du Moyen Âge, elle régna onze ans aux côtés d' et, à la mort de celui-ci en 983, sept ans, seule, comme régente de son fils . On peut traduire son nom grec par « apparition de Dieu ».
Biographie Sa parenté a été longtemps controversée ; toutefois, il est définitivement établi aujourd'hui qu'elle était belle-nièce et cousine-nièce de l'empereur (ou Tzimiscès) par son père Constantin Sklèros (c. 920–989), son beau-frère (par son premier mariage), frère de Bardas Sklèros et arrière-petit-neveu de (elle est identifiée en tant que neptis de l'empereur dans son contrat de mariage, ce qui peut vouloir dire nièce ou jeune-fille/petite-fille).. Elle est aussi la petite-nièce de l'empereur (frère de son grand père Léon Phocas) par sa mère Sophie Phocaina., p. 79–80. (Σοφία Φώκαινα). Ses parents étaient des cousins. Sa date de naissance à Constantinople était incertaine, on l'estime maintenant à 960. Gunther Wolf, s'appuyant sur les textes de chroniqueurs contemporains, comme Widukind et Thietmar, confirme cette hypothèse. Sur son contrat de mariage du , elle est âgée de 12 ans. Elle est donc bien née en 960 du calendrier julien.
À cette époque, deux empires chrétiens se disputent l'héritage romain. D'un côté, Byzance, qui se considère comme son seul successeur, à travers la construction de Constantinople, par Constantin le Grand au , à côté de Rome. Les Ottoniens de leur côté en tant que successeurs de l'empereur Charlemagne, protecteur de Rome. Les protagonistes, comme cela se faisait souvent, cherchent une sortie de crise par un mariage entre les deux familles. Il fallut l'envoi de trois délégations à Constantinople par pour obtenir enfin un accord de principe (voir en particulier les comptes-rendus de Liutprand, évêque de Crémone).
À la fin de l'année 971, une nouvelle délégation germanique, conduite par l'archevêque de Cologne Géron, arriva à Constantinople pour chercher et obtenir une candidate au mariage pour . Tzimiskès, menacé au nord par les Bulgares, les Arabes musulmans à l'est et sous la pression d' en Italie du Sud, consentit à lui confier sa nièce Théophano. Le départ eut lieu début 972, en plein hiver, pour être sûr d'arriver à Pâques à Rome, où l'attend pour la marier le pape , en présence de la Cour ottonienne, et Adélaïde. Elle n'était pas la princesse porphyrogénète (née dans la Porphyra, la chambre pourpre du Palais pendant le règne de ses parents) attendue, et certains voulurent la renvoyer à Constantinople ! Mais confirma son choix et la cérémonie se tint le jour de Pâques, , dans l'église Saint-Pierre de Rome. Elle fut couronnée impératrice le jour même. La tradition veut que la « consommation du mariage » n'eut lieu que deux jours après, pour cause de (période de de Pâques).
Tout cela demandait sans doute confirmation, et l’écrit ayant une grande importance au Moyen Âge, il fallait donc concrétiser la traditionnelle .. L'écrit fut remis le lendemain des noces par le mari, reprenant les dotations et autres faites à la jeune mariée. Le contrat de mariage conservé aujourd’hui au Musée des Archives de la Basse-Saxe (), à Wolfenbüttel, accessible au public, représente un document majeur de l'histoire du Moyen-Âge.
L'épopée de l'impératrice en trois périodes 972-976 : apprentissage de la vie de cour ottonienne itinérante, confirmée impératrice à la mort inattendue d’ en . 977-983 : affirmation dans sa fonction de la première naissance, d'Adélaïde en , jusqu'à celle d’Otton (futur empereur ) en 980 ; elle consolide ainsi la dynastie ottonienne. 984-991 : à la mort d’, elle devient impératrice-régente, seule au pouvoir..
Période 972-976 Après le mariage, bientôt les obligations du pouvoir s’imposent, retour de la Cour itinérante en Germanie et présentation de la nouvelle impératrice. Elle parcourt des milliers de kilomètres, dont les cols suisses, pour arriver début mars à l’abbaye impériale de Quedlinbourg et préparer les fêtes de Pâques et la Diète (Reichstag) qui va s’y tenir le . Théophano, dont c’est la première célébration de la Semaine Sainte sans sa famille, se souvient que pour le dimanche des Rameaux, à Constantinople ou en Arménie, on préparait les rameaux avec des branches d’olivier ou de saule pleureur.
Cette diète fut un peu le « chant du cygne » du vieil empereur . Envisageait-il sa succession avec sérénité? Au-delà de sa famille, il avait réussi à faire venir, Mieszko, duc de Pologne et Boleslav, duc de Bohème, des représentants de Byzance, de Hongrie et de Bulgarie. On cite même la présence des ambassadeurs du calife de Cordoue, , et de la Rus’ de Kiev... Cela montre Otton le Grand à l’apogée de son pouvoir, lui permettant dans le même temps d’afficher la dimension européenne de sa souveraineté..
Un premier drame endeuille la vie du jeune couple qui semble bien installé. disparait subitement de maladie, le suivant. Il laissait une veuve de 42 ans, Adélaïde, une jeune impératrice de Théophano et un empereur de , , qui aura bien du mal à calmer les velléités d'indépendances familiales ou étrangères. Pour établir leur pouvoir, ils tinrent conseils et Diète à travers la Germanie comme à Worms. Cette dernière fut importante, car le fait essentiel en est l'apparition pour la première fois de la mention de Théophano, dans un diplôme daté du , comme parmi d’autres et signé par . Cela nous montre deux choses, Théophano était bien de tous ses déplacements et sa position d’impératrice s’affirmait après la disparition d’, au grand dam d’Adélaïde..
Les dernières années de la période, 974, 975, 976, furent consacrées par à la reprise en main de la contestation : les Danois, en Pologne, en Bohême, jusqu’en Belgique… et même celle de sa famille. Une centaine de villes et de villages furent visités, avec leurs abbayes ou monastères, à travers ou parcourus. Il est possible d’en suivre le parcours, comme l’a fait le spécialiste de l’impératrice Théophano, Gunther Wolf., grâce à la localisation dans les lieux de promulgation des Regestes (série Regesta Imperii, pour la maison de Saxe, [Ottoniens], en ligne)..
Période 977-983 L'intégration de Théophano chez les Ottoniens se confirme, avec la naissance de leur première fille, en novembre ou , qui portera, un symbole, le prénom de sa grand-mère paternelle Adélaïde, et sera la future abbesse de Quedlinbourg.
En 978, ce fut la naissance de leur deuxième fille, qui portera cette fois le prénom de la grand-mère maternelle, Sophie, future abbesse des abbayes de Gandersheim et de Essen. Mais l'année fut marquée par une intervention de Lothaire, qui chercha, et manqua de peu de capturer le jeune couple à Aix-la-Chapelle. Dès son retour, déclencha en représailles une expédition, qui l'amena jusque sous les murs de Paris. La détermination d'Hugues Capet à défendre la ville et l'arrivée du froid obligèrent à une retraite peu glorieuse. Leur troisième fille Mathilda, née sans doute en , (†1025), porta un prénom ottonien. C‘est la seule qui échappa à cette tradition de vie de religieuse recluse à laquelle étaient destinées les filles, en épousant Ezzo, comte palatin de Lotharingie, qui en était très amoureux.. Théophano dont ce fut une des dernières interventions au printemps 991, gratifia le couple de territoires, faisant d’Ezzo l'un des seigneurs les plus puissants de l'Empire, sous le règne de son beau-frère l'empereur ..
C'est en juin ou que naîtront Otton (futur ) et une sœur jumelle d'Otton qui mourut avant le , date de la célébration de sa messe funèbre. Entre-temps, Théophano accompagnait son mari dans tous ses voyages et effectuait des actions diplomatiques en son nom, en qualité d’impératrice. Un de ses détracteurs, Alpert de Metz, décrit Théophano comme désagréable et bavarde. Elle est critiquée pour avoir introduit des parures luxueuses et des bijoux en Allemagne, qui ne pouvaient que choquer la Cour ottonienne.
Elle ne s’entendait pas bien avec sa belle-mère, Adélaïde de Bourgogne, ce qui fut la cause de la rupture entre et sa mère. Pas plus d'ailleurs que cette dernière avec sa belle-mère, Mathilde de Ringelheim. D'après Jean Dhont., , elle n'avait rien de commun avec la . Selon Odilon de Cluny, un partisan d'Adélaïde, celle-ci fut contente quand Théophano (qu'il appelle ) mourut, p. 52-53. Les avis sont très partagés, même Thietmar reviendra positivement sur son jugement, en voyant la manière dont elle élevait son fils, le futur . En fait, elle fut victime à l'époque d'une certaine misogynie et de xénophobie dues à sa naissance et sa religion, surtout par les auteurs qui écriront sur elle après le Schisme d'Orient, définitif en 1054.
Mais d'autres nuages vont s'accumuler, , la situation en Germanie stabilisée, décida de partir en Italie, toujours avec une papauté en situation fragile, exposée aux ambitions familiales romaines et aux menaces des incursions sarrasines. Il ne déplairait pas non plus à d'enlever l'Italie du sud, qu'il n'avait pu récupérer par son mariage, des mains des Byzantins, toujours installés dans la région. Délaissant la Germanie, ils passèrent les Alpes, et après un séjour à Rome, l'empereur s'engagea dans une imprudente expédition en Calabre. Jusqu'à, Matera, Bari, Tarente, prises sur les Byzantins, ce fut un triomphe! Théophano le suivait jusqu'à Rossano. Mais l'aventure tourna court au cap Crotone () où et son armée furent battus et mis en déroute.. Lui-même échappa de justesse d'une manière rocambolesque à la capture. Le retour à Rome par Salerne fut des plus pénibles. Les mois suivants se passeront à réparer les effets dévastateurs de ce désastre. Par précaution, les parents enverront se faire couronner à Aix-la-Chapelle le , mais le drame se produisit entre-temps à Rome, l'empereur décédait de maladie, sans doute mal soignée, le dans les bras de son épouse.
Période 984-991 Dès la mort d’, en , les convoitises se manifestent pour le trône, de la part d’, qui enlève même et sa sœur, ou de roi des Francs. Les difficultés du Saint Empire donnent des idées d’indépendances aux différents peuples des frontières. Avec détermination, Théophano qui n’a que 23 ans, se réconciliant avec Adélaïde, quitta Rome et rejoignit Willigis de Mayence, qui a pris la tête de l’opposition loyale envers la famille ottonienne. Courant 985, en montrant alternativement ses forces et par la négociation, la jeune impératrice réussit à convaincre ses adversaires de lui rendre ses enfants et de faire allégeance à la couronne. En 986, qui est marquée par la mort de Lothaire et l’élection de son fils , elle accompagnera même son fils dans une expédition contre les Polonais, qui devant tant de détermination préfèrent négocier.
L’année 987 la trouve préoccupée par les événements qui se passaient en Francie occidentale, avec la mort accidentelle du roi . Deux prétendants, le Carolingien de Lorraine, son oncle et le Robertien Hugues Capet, cousin germain par alliance de Théophano, se disputent le trône. Elle sut rester à l’écart de l’élection par ses pairs, sa préférence allant à Charles de Lorraine, mais Hugues Capet (dux francorum) lui semblant toutefois moins dangereux pour le Saint Empire. C’est ainsi que celui-ci fut élu roi, donnant naissance à la dynastie des Capétiens. Mais la situation n’en fut toujours pas stabilisée, en attestent les lettres que Gerbert d'Aurillac lui envoie.... Il était temps maintenant qu'elle renforce l’équipe destinée à l’éducation du futur . Furent retenus comme conseillers, Willigis de Mayence qui reste l'un des principaux, un clerc saxon Bernard de Hildesheim et l'évêque calabrais Jean Philagathos.