Les pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle se sont vu attribuer plusieurs noms selon les époques. Le plus connu est « Jacquet » (étymologiquement « celui qui va à Saint-Jacques »).
Le mot « romieu » désigne le pèlerin se rendant à Rome, autre grand pèlerinage. Le terme est également utilisé pour d'autres pèlerinages et, suivant les époques, est également donné aux pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle.
Présentation
Des toponymes portent la trace de ce passé, tel que « Pont Romieu » à Conques parmi d'autres ponts le long des chemins. Au fil du temps, et l’imaginaire aidant, ces ponts deviennent « romains ». On trouve également la collégiale Saint-Pierre de La Romieu, lieu d’accueil des pèlerins, et des fontaines, telles que Font Romieu à Saint-Côme-d'Olt. En Espagne, Romieu se transforma en Romero, que l'on retrouve aujourd'hui dans différents noms de lieux.
Les pèlerins empruntent les voies de communication des autres voyageurs (marchands, artisans, clercs, gens d'armes...). Les conditions de leur voyage sont les mêmes que celles de ces autres voyageurs. Ils sont soumis aux mêmes aléas. Selon leurs possibilités financières, ils utilisent les moyens de transport existants (en particulier les fleuves) et les hébergements communs à tous ceux qui se déplacent. Les maisons Dieu accueillent les pauvres, passants et pèlerins, et ceux qui le peuvent logent à l'auberge. L'édition en 1882 du dernier Livre du Codex Calixtinus, manuscrit compilé au , apporte des informations sur les routes qui vont à Compostelle.. Ce Livre fut considéré comme un guide du pèlerin. Sa traduction en 1938 publiée sous ce titre amplifie la confusion. Bernard Gicquel, La Légende de Compostelle : Le Livre de saint Jacques, Tallandier, 2003 , .. Bernard Gicquel, La Légende de Compostelle : Le Livre de saint Jacques, ..
Les attributs du pèlerin Besaces et bourdons
La besace et le bourdon (en ancien français bordon) constituent, dès le Haut Moyen Âge, les deux attributs caractéristiques du pèlerin, permettant de le reconnaître en tant que tel.
Le bourdon, ou bâton du pèlerin, est à l'origine plus petit que le marcheur, et à un seul pommeau, par la suite il est représenté plus grand que lui, avec deux pommeaux. Le sermon Veneranda dies, intégré au premier livre du Codex Calixtinus, définit ses deux principales fonctions aider à la marche « comme un troisième pied », et défendre le pèlerin, concrètement, « contre le loup et le chien », mais aussi, à un degré symbolique, contre les pièges du démon, arme du salut par la pénitence, il devient le « bâton d'espérance - ferré de charité - revêtu de constance - d'amour et de chasteté » de la Chanson du Devoir des Pèlerins.
La besace, qui contient la maigre pitance du marcheur, est appelée escharpe en ancien français, par altération du francique Skerpa, sac en bandoulière. Au , ce terme est remplacé par celui de mallette, jusqu'à ce que le mot panetière s'impose. Le sermon Veneranda dies lui attribue une forte valeur symbolique : elle est étroite car pour subsister, le pèlerin met sa confiance en Dieu et non dans ses propres ressources ; elle est en peau de bête pour lui rappeler qu'il doit mortifier sa chair ; enfin, elle est toujours ouverte, pour donner comme pour recevoir.
Calebasse À partir de la fin du Moyen Âge, d'autres accessoires viennent s'ajouter à ces deux attributs. La calebasse, faite d'une courge séchée et vidée ou d'un récipient évoquant cette forme, contient la boisson du pèlerin. Elle est parfois accrochée au bourdon, à l'aide d'un crochet placé entre les deux pommeaux.
Boîte à certificats Un peu plus tard, apparaît la boîte à certificats renfermant les autorisations, sauf-conduits, lettres de recommandation, passeports et autres billets de confession que les pèlerins doivent posséder à partir du .
Patenôtre et chapelet Au , se généralise également l'usage de la patenôtre ou chapelet.
Costume Quant au costume du pèlerin, il est avant tout fonctionnel. Au Moyen Âge, les saints marcheurs sont généralement représentés vêtus de la cotte, tunique pourvue de manches, toujours longue pour les femmes, mais pouvant s'arrêter aux genoux pour les hommes, et du surcot, vêtement plus ample, en général plus court, d'étoffe plus grossière, sans manches et fendu sur les côtés. Au , la pèlerine, vaste cape enveloppant le marcheur jusqu'aux chevilles, remplace peu à peu le surcot. Le chaperon, capuchon prolongé d'un collet recouvrant les épaules, et un chapeau, d'abord de forme conique, puis à bord rabattu, complètent la tenue. L'emploi du chapeau rond, à large bord rabattu par-devant, se généralise. Le collet du chaperon s'allonge puis devient, au , une pièce de vêtement autonome, appelée mantelet, couvrant les épaules, il est parfois en cuir et constitue l'élément le plus caractéristique de la tenue du pèlerin.
Coquille
Objet marquant le pèlerinage accompli, la coquille correspond à des symboles utilisés dès l'Antiquité : talisman, coquille évoquant les eaux où elle se forme, symbole de la fécondité propre à l'eau, symbole d'amour (telle Vénus sortant de sa coquille) et de bonne chance.. Selon le Codex Calixtinus, la coquille est associée depuis le aux « bonnes œuvres » : « les deux valves du coquillage représentent les deux préceptes de l'amour [...], à savoir aimer Dieu plus que tout et aimer son prochain comme soi-même »..
Le pèlerin de Saint-Jacques se distingue, dès la première moitié du , par la coquille Saint-Jacques. Dans les eaux littorales de la côte galicienne, vivent des mollusques à coquille bivalve, appartenant au genre Pecten. De leur ancienne consécration à Vénus, elles tirent leur nom espagnol de concha venera. Ce sont ces veiras galiciennes, larges coquilles dont la forme rappelle celle de la main, que les jacquets ramassent sur la grève et ont coutume de coudre à leur chapeau, en signe de leur pérégrination, quand vient le moment du retour. L'auteur du sermon Veneranda dies y voit le symbole des bonnes œuvres s'épanchant de la main ouverte.
L'origine de la coquille de Saint-Jacques-de-Compostelle est probablement issue de cette symbolique antique mais renvoie aussi à plusieurs légendes compostellanes : cendres du saint arrivées à Compostelle dans une coquille ; saint Jacques au moment où passait le bateau ramenant sa sépulture de Jérusalem, sauve des flots tumultueux un prince que son cheval emballé y avait précipité. Sur le point de périr, le cavalier invoque l'aide du saint, et bientôt son corps se trouve miraculeusement repêché, tout constellé de coquilles..
C'est aussi la coquille ramenée de Compostelle par un pèlerin italien, qui fait jadis disparaître, aux dires du Liber Sancti Jacobi, par simple attouchement, l'énorme goitre dont est affligé un chevalier d'Apulie. Au , les évêques de Compostelle concèdent aux boutiquiers établis sur le parvis de la cathédrale Saint-Jacques l'exclusivité de la vente de reproductions, en plomb ou en étain, des fameux coquillages. Toutefois, le succès de la coquille compostellane fut tel que son usage se généralise, et devient l'insigne commun de tout pèlerin.
Bourdonnets et azabaches Entre le et le , les jacquets rapportent également de Compostelle deux autres types d'objets, les bourdonnets et les azabaches.
Petits bâtonnets taillés en forme de bourdon, les bourdonnets, comme les coquilles, sont accrochés au chapeau ou aux vêtements du pèlerin.
Quant aux azabaches, Compostelle s'en fait une spécialité jusqu'au . Il s'agit de petits objets de piété (médaillons, statuettes, représentant saint Jacques) taillés dans le jais provenant des mines des Asturies et de Léon. Elles se vendaient place de Azabacheria.
Les certificats du pèlerin À partir du , les pèlerins doivent posséder des autorisations, sauf-conduits, lettres de recommandation, passeports et autres billets de confession leur assurant de passer sans trop de difficulté les contrôles policiers ou douaniers des différents pays et régions traversés.
Aujourd'hui, il est recommandé d'avoir des papiers d'identité surtout si l'on n'appartient pas à l'espace Schengen.
Par ailleurs, la tradition se perpétue par l'usage de la crédentiale ou crédenciale, credencial (en espagnol), qui facilitent les hébergements et constituent un souvenir apprécié des pèlerins.
Les pèlerines D’une façon générale, ni l’Église ni la littérature n’encouragient les femmes à courir les routes, par crainte de débordements contraires à la morale.
Vers 1175, l’évêque de Rennes, Étienne de Fougères, dans son Livre des manières, raconte comment une femme mariée peut facilement rencontrer son amant : elle se déclare malade, se fait conseiller un pèlerinage et obtient le consentement de son mari. Les vingt-deux miracles de saint Jacques repris par le Codex Calixtinus ne mettent en scène que deux mères d’adolescents et une vieille, toutes trois assez âgées pour décourager les séducteurs. Vers 1180, un récit hagiographique présente cependant une jeune fille originaire de Toulouse, délivrée du démon à Oviedo grâce à des séances d’exorcisme pratiquées en présence de reliques de saint Jacques. Le récit se termine ainsi : « Elle partit alors pour Saint-Jacques, Sainte-Marie de Rocamadour et Saint-Thomas de Cantorbery, puis vers Jérusalem et le Saint-Sépulcre ».
La littérature n’est pas plus incitative et détaille les dangers qui guettent les honnêtes femmes. Floire et Blancheflor, vers 1150, est l’histoire d’une jeune noble, veuve et enceinte qui fait vœu d’aller à Compostelle. Malgré la compagnie de son père, elle est capturée par des Sarrasins. Au début du , la fille du comte de Pontieu, partie avec son mari demander un enfant à saint Jacques, se fait violer en Galice et se retrouve dans un harem. Au , le Dit des annelés raconte le pèlerinage d’un jeune chevalier dont l’épouse est séduite sur la route par un chevalier célibataire. Seul Le livre de Ponthus, filz du roy de Galice et de la belle Sydoine fille du roy de Bretaigne s’achève en apothéose sur un pèlerinage « à Saint-Jacques en Galice », mais il s’agit d’un retour au pays. Au , un bon moine de Limoges raconte le décès d’une jeune pèlerine dont le mari a poursuivi seul sa route. Au retour, il meurt sur la tombe, la défunte se pousse pour lui faire place dans son cercueil. Au , une pièce allemande, Le Pèlerinage à Compostelle envoie en Galice une jeune fille qui fuit l’amour, en compagnie d’un vieil ermite. Mais le mode est plus léger, bien que tout aussi moral.
De fait, on trouve peu de femmes sur les grandes routes de pèlerinage. En 1272, à Toulouse passent un homme et deux femmes, marchands d’aiguilles se disant « des pèlerins voulant aller à Saint-Jacques », dont on ne sait pas s’ils sont d’honnêtes commerçants ou des hérétiques.
La présence de femmes sur les routes de Compostelle est parfois évoquée dans les statuts de confréries d’anciens pèlerins. Ainsi, à Bagnères-de-Bigorre, en 1325, ou celle du Mans en 1490, admettent les « sœurs qui firent le saint voyage ». La confrérie de Paris prévoit même que si une femme a accompli le pèlerinage en étant enceinte, son enfant sera confrère comme elle. De fait, c’est un état qui ne semble pas effrayer les femmes. En 1384, l’une d’elles accompagne ainsi son mari ménestrel, et marche depuis l’Angleterre jusqu’en Navarre. Une autre Anglaise, Margerie Kempe, semble plutôt partir pour fuir les maternités. Après avoir accouché de quatorze enfants dont un seul survit, et souffert de dépression, elle convainc son mari de faire vœu de chasteté et part pour Rome, Jérusalem et Saint-Jacques.
Hormis une chambrière de l’hôpital Saint-Jacques-aux-pèlerins de Paris qui, à l’âge de quatre-vingts ans, se lance seule sur les routes (elle s’arrête, épuisée, à Oviedo), les autres sont accompagnées de leur mari, telle la femme de Jehan Dynant qui part aussi de Paris, à cheval avec son époux.