Jean François Marie Zéphyrin Bladé, dit Jean-François Bladé, né à Lectoure (Gers) le et mort à Paris le État-civil du de Paris (acte du 3 mai 1900). Des dates erronées sont données dans de nombreux documents. La BNF date sa mort au 5 juin 1900. Adrien Lavergne indique le 30 juin., est un magistrat, historien et folkloriste français. Son œuvre majeure est sa collecte des traditions orales de la Gascogne.

Biographie

Né le à midi, il est le fils de Joseph-Marie Bladé, notaire, et de Adèle-Marie Liaubon. Il a une sœur cadette, Léonarde-Marie-Gabrielle-Octavie Bladé, née le , qui épousera (en présence de ses oncles maternels Léonard Laubion, docteur en médecine, et Jean Liaubon, chanoine du chapitre de la cathédrale d'Agen) en 1849 à Saint-Caprais-de-Bordeaux un négociant bordelais, Hippolyte Holagray, et qui seront les grands-parents de Jean BaldeCf. Acte de mariage n°5 de la commune de Saint-Caprais-de-Bordeaux pour l'année 1849, Archives dép. de Gironde (cote 4 E 11038/9), consultable en ligne..

Issu de deux générations de notaires, Zéphyrin (c’est son prénom d'usage, qu’il abandonne lors de ses premières publications) Bladé est élevé par des nourrices et des servantes gasconnes, qui l’abreuvent de contes populaires.

Il prétend qu’un de ses ancêtres, gentilhomme, aurait fourni à François des chevaux et des mulets, et que, n’ayant pas été payé, il se retira, ruiné, à Auch, où il aurait fait souche de plusieurs générations de forgerons et serruriers dont l’un se serait fixé à Lectoure. Bladé arborait volontiers un blason de sable semé d'épis d'or sans nombre (le nom Bladé vient de blat, blé), accoté d'une crosse d’évêque (sa mère était parente avec Jacoupy, évêque d'Agen)Jean Balde, Jean-François Bladé, un d'Artagnan de plume, Paris, Plon, 1930.

La double influence d'une famille de notables attachés à l’Ancien Régime (sa grand-mère paternelle, née Marie Lacaze, ou La Caze, ou de Lacaze, dont l’hôtel particulier avoisinait la maison des Bladé, lui racontait ses démêlés avec les révolutionnaires de 1789, dont le sinistre Dartigoeyte, tandis que sa grand-mère maternelle, Marie Couture, de Bordeaux, avait des origines plus paysannes), et une enfance turbulente parmi le petit peuple, définissent certainement sa personnalité future. La présence obsédante de l’ancien bourreau de Lectoure, sans doute le nommé Jean RascatLe Docteur Trouette, dans Demande d'emploi en l’an XII, in Bulletin de la Société archéologique du Gers, Auch, trim. 1962, , donne un portrait de ce personnage peu reluisant., et leur rencontre fortement dramatiséeDans la préface des Contes populaires de la Gascogne, Maisonneuve, 1886. dans les sous-sols de l’ancienne sénéchaussée, auront un retentissement certain sur ses premiers écrits dans la Revue d'Aquitaine.

Études Il reçoit un premier enseignement de son oncle Pierre François Bladé, dit Prosper, curé du village voisin du Pergain, qui professe un grand attrait pour les contes et les noëls gascons, et qui est réputé pour la verve de ses sermons, toujours prononcés en gascon.

Après des études au petit séminaire d’Auch (il a raconté de nombreuses anecdotes — vraies ou fausses — sur cette période), au collège d’Auch, puis à Bordeaux où il commence des études de lettres (en revanche, il n’a pas laissé de témoignage sur sa période bordelaise, si ce n’est une réflexion peu amène sur les Bordelaises« Laissez là les Bordelaises, car pauvre est le compagnon. Les marchands les ont aimées, et l’avarice a fermé le cœur des filles d’Aquitaine à triple tour (…) » Le Compagnon pensif (Revue d’Aquitaine, , 1856) — mauvais souvenir ? — dans une de ses nouvelles), il étudie le droit à Toulouse, où il laisse essentiellement l’image d'un étudiant turbulent. On cite souvent l’anecdote où, dans une réunion socialiste, il se met à crier « M’an panat la mostra ! » (« on a volé ma montre ! ») et la salle se vide instantanément de ses occupants. Les frasques de l’étudiant Bladé lui vaudront d’ailleurs une comparution devant le Conseil académique, et c'est probablement la raison pour laquelle il ira poursuivre ses études à ParisHenri Teulié, Aquitania n 6, 1928.

À partir de 1850, il va donc vivre parmi la bohème du Quartier latin où il côtoie, entre autres, Charles Baudelaire avec qui il noue une amitié durable, et où il aurait acquis des idées socialistes et fouriéristes, réputation qui lui vaudra quelques ennuis dans la société provinciale, mais qui ne se verra pas confirmée par la suite. C'est un habitué de La Laiterie du Paradoxe où s’illustre le fameux Marc Trapadoux, philosophe et écrivain dilettante qui sera portraituré par Gustave Courbet. Il laisse le souvenir d'un conteur étincelant, d'un imitateur, d'un amuseur : « Le spleen le plus granitique se serait liquéfié au contact de cette voix, de ces gestes, de ces roulements d'yeux, de cette gaité ! (…) Zéphyrin Bladé savait, en outre, une foule de chansons patoises, qu'il traduisait en langue vulgaire, et dont quelques-unes ont été notées par J.-J. Debillement »Alfred Delvau, Histoire anecdotique des cafés & cabarets de Paris, chap. XII, , La Laiterie du Paradoxe, Paris, E. Dentu, libraire de la Société des gens de lettres, (Impr. Bonaventure et Ducessois), 1862. Gallica, réputation qui perdurera toute sa vieSelon Adrien Lavergne, ses amis ont longtemps envisagé la rédaction de Bladéana, un recueil de toutes ses plaisanteries, et ont semble-t-il reculé devant l’ampleur de la tâche. « Un peu plus tard (…) on aurait pu l’imaginer triomphant dans le cabaret ou la scène boulevardière »Jean-Claude Pertuzé, présentation de Jean-François Bladé, les nouvelles, Toulouse, Loubatières, 2000. Il possède déjà un répertoire qu’il est prêt à conter à la moindre occasion« (…) il avait déjà dans sa mémoire une bonne partie, peut-être, des contes qu’il devait recueillir et publier plus tard » : Gaston Guillaumie, J.-F. Bladé et les Contes populaires de Gascogne, Bordeaux, Delmas, 1943.

Cette vie de bohème s'interrompt en 1855, quand maître Bladé décide de rappeler son fils à ses devoirs.

Premiers écrits Zéphyrin Bladé s’installe, apparemment sans grand enthousiasme, comme avocat à Lectoure. Cette même année 1855, son père meurt. L’année suivante, il devient juge-suppléant.

Nouvelles Il commence à publier, dans les revues locales (la Revue d'Aquitaine), des textes divers, études historiques, littéraires, et quelques nouvellesRéunies pour la première fois en 2000, avec un texte plus tardif (Un charivari à Lectoure) extrait de la préface des Contes de Gascogne : Les Nouvelles, éditions Loubatières, Toulouse. influencées, déjà, par des contes populaires ou par un fantastique post-romantique à la Nodier, parfois sous des pseudonymes transparents (J.-F. Bédal), ou sous l'identité fantaisiste d'un catalan nommé Bart(h)olomé Herreras (La Flûte, Le Compagnon pensif, dans Revue d’Aquitaine). Ses meilleurs textes sont certainement ceux où il laisse transparaître sa verve de conteur, que ce soit dans Le Retour de Martin Guerre, histoire bien connue aujourd'hui par son adaptation cinématographique, mais dont il se soucie assez peu des aspects purement « historiques » (dans ses recherches d'historien amateur, il est tombé sur la source originelle, le texte de Jean de Coras) ; ou bien La Chasse à l'éléphant, ou encore L'ennemi d'Abd-el-Kader, fantaisies où il s'amuse à envoyer des piques féroces à ses compatriotes. On retrouve avec L'Abbé de Salluste, Le Président de L*** ou Le Bourreau retiré sa fascination pour la Révolution et le personnage du bourreau. D'ailleurs, sous couvert de sa profession de juriste, il publie une longue série d'articles, intitulée Antiquitatis jure amoenitates, où il détaille les supplices et exécutions en usage sous l'Ancien Régime. En 1877, il publiera encore à Agen une étude sur les exécuteurs des arrêts criminels d'Agen depuis la création jusqu’à la suppression de leur emploiChristian Anatole, Une vocation en suspens : Bladé auteur de nouvelles, in Jean-François Bladé, actes du colloque de Lectoure, 1984, Béziers, CIDO, 1985.

Contes Il abandonne alors son prénom d’usage Zéphyrin pour reprendre celui de Jean-François. Puis il publie des contes, en langue gasconne, accompagnés de leur traduction française, d’abord épars dans des revues, parfois publiés en tirés à part, puis quelques recueils. Ses dernières publications, représentant les ouvrages les plus importants (les Contes populaires de la Gascogne chez Maisonneuve, les Contes de Gascogne chez Calmann-Lévy,) ne seront qu’en français, abandonnant totalement la partie en langue gasconne.

Études historiques Il travaille surtout à une monumentale Histoire générale de la Gascogne jusqu’à la fin de l'époque ducale, dispersée en une multitude d’opuscules, tirés à part de ses communications à des revues savantes (Revue d'Aquitaine déjà citée, Revue de l'Agenais, Revue de Gascogne, etc.), qui ne constitueront jamais un ouvrage définitif.

Il entretient une amitié sans faille avec Léonce Couture, professeur au collège de Lectoure, plus tard à l’Institut catholique de Toulouse, qui poursuit une tâche équivalente (et pour un résultat identique) dans le domaine de la littérature gasconne.

L'historien et le chartiste vont se révéler par une manière de coup d’éclat. En 1850, ont été publiés quatre documents, découverts en 1810 dans les ruines d’un vieux château, et qui seraient les chartes de fondation de la ville de Mont-de-Marsan, par un vicomte Pierre de Lobanner. Les experts consultés avaient conclu à l’authenticité des documents, mais une polémique était engagée. Le préfet, le baron Jean-Marie Valentin-Duplantier, avait convaincu le maire de recevoir solennellement ces documents et d'en sceller la copie dans les fondations de la préfecture des Landes en cours de construction. Bladé intervient en plein débat, mène une véritable enquête policière auprès des découvreurs de 1810, examine l'aspect et le contenu des chartes, en note les invraisemblances, les anachronismes stylistiques, et conclut, toujours avec une grande verve, que « la fabrication de ces chartes ne remonte pas au-delà des premières années du dix-neuvième siècle ». Dans un temps où fleurissent les faux, où l’Ossian de James Macpherson se répand en Europe, il ne fait pas de doute que Bladé éprouve une fascination pour les rapports subtils entre le vrai et le faux (il fait preuve toute sa vie d'une grande imagination pour inventer des explications là où elles manquent, pour se forger une galerie d'ancêtres avec des portraits achetés à la brocante, et en règle générale se délecter de ses propres mystifications). Le succès de l’affaire des chartes de Mont-de-Marsan l’entraîne sur de nouvelles recherches qui n’auront pas toujours le même succès. Un professeur de la Faculté des Sciences de Bordeaux, qui n'est « que chimiste », a publié des recherches sur l’Euskara. Bladé entre dans une vive polémique avec lui, et publie coup sur coup ses Dissertation sur l'origine des Basques et Études sur l'origine des Basques, que les connaissances plus récentes n'ont pas entérinées. Il a néanmoins démontré dès 1866 que Le Chant d'Altabiscar, poème épique en langue basque « exhumé » en 1835 et daté peu ou prou comme contemporain de la Chanson de Roland, n’était qu’un fauxDissertation sur les chants héroïques des Basques, Paris, A. Franck, 1866.

Mariage et famille