(en grec : ), né en 968 et mort le , est un empereur byzantin ayant régné du à 1034. Il est le petit-fils de Romain Argyre et de son épouse Agathe Lécapène, elle-même fille de .
Issu de l'aristocratie, il occupe différentes hautes fonctions administratives quand survient la mort de en 1028. Celui-ci est le dernier représentant mâle de la prestigieuse dynastie macédonienne, qui ne survit plus qu'au travers de ses deux filles, Zoé et Théodora. Sur son lit de mort, Constantin leur cherche un mari pour pérenniser la présence sur le trône de sa famille. Perçu comme plus influençable que d'autres prétendants, c'est Romain qui est choisi pour épouser Zoé. Lors de son règne, il s'attelle à poursuivre l'effort expansionniste des Macédoniens en Orient avec des résultats contrastés, dont les succès tiennent moins à ses capacités personnelles qu'à celles de ses généraux. Néanmoins, à sa mort, les frontières de l'Empire sont préservées voire renforcées sur les différents fronts.
À l'intérieur, s'il est parfois accusé de mesures fiscales favorables aux plus aisés, il semble avoir rapidement instauré une rigueur fiscale qui suscite des inimitiés. Surtout, sa légitimité fragile est régulièrement remise en question, y compris par Théodora et Zoé. Cette dernière, dont l'union avec Romain n'est animée que de sentiments politiques, se détourne de plus en plus de son mari, lequel lui rend la pareille. Finalement, en 1034, il meurt dans des circonstances mystérieuses, qui laissent ouverte la piste d'un complot ou d'un empoisonnement dans le cercle proche du pouvoir. , l'amant d'alors de Zoé, lui succède.
Sources Du côté byzantin, deux chroniqueurs principaux permettent d'appréhender le règne de . D'un côté, Jean Skylitzès, dont la chronique est favorable à l'empereur et à ses décisions, notamment la suppression de l’allèlengyon, ce qui peut expliquer le sens de la description de certains passages, à l'image du mariage avec Zoé pour lequel Skylitzès estime que le divorce de Romain de sa première épouse est justifié. De l'autre, Michel Psellos, intellectuel majeur de son temps et figure politique dans les années 1060-1070, est bien plus critique envers , dont il moque tant les aspirations à la gloire que ses espoirs de descendance avec Zoé et voit en lui un intellectuel snob. D'autres écrits byzantins plus tardifs peuvent être mobilisés, comme la chronique de Jean Zonaras, largement influencée par Skylitzès. Yahyā d'Antioche apporte un éclairage extérieur intéressant, tant sur la politique intérieure byzantine que sur les relations byzantino-arabes, puisqu'il est lui-même d'origine jacobiteVoir Histoire de Yahya d'Antioche, texte arabe et traduction française Première partie, Patrologia Orientalis N° 18, 1924 ; Deuxième partie, Patrologia Orientalis N° 23, 1932.. Mathieu d'Édesse, chroniqueur plus tardif, écrit aussi sur cette période mais il est souvent critique envers les autorités byzantines du fait de la répression menée contre les Chrétiens d'Orient. De même, Aristakès Lastivertsi blâme pour les mêmes raisons et le qualifie d'immature au caractère fruste, note 56..
Contexte général thumb|alt=Carte de la Méditerranée orientale présentant les frontières de l'Empire byzantin|L'Empire byzantin en 1025. En 1025, la mort de laisse l'Empire dans sa plus grande extension depuis les temps d'Héraclius. L'empereur a rétabli la domination byzantine sur la péninsule balkanique en annexant le Premier Empire bulgare et renforcé les positions impériales en Orient par l'intégration de principautés caucasiennes. Quand il meurt, il est sur le point de lancer une expédition en Sicile. Seulement, ni lui, ni son frère et successeur (1025-1028) n'ont de descendant mâle susceptible de pérenniser la puissante dynastie macédonienne, au pouvoir depuis le milieu du . Parfois contestée, elle a néanmoins réussi à instaurer une légitimité dynastique inédite dans l'ordre politique romano-byzantin. Seules Zoé et Théodora, les filles de , peuvent encore incarner cette légitimité et jouissent d'une grande popularité mais elles ne peuvent espérer gouverner seules sur le trône. De ce fait, la mort de ouvre sur une période de concurrence entre les grandes familles de l'Empire, d'abord pour conquérir la main de l'une des deux sœurs, ensuite pour instaurer une nouvelle dynastie à la tête de l'Empire byzantin, 45-46, 54..
Origines familiales et ascension Romain Argyre naît en 968Cette information est déduite de la chronique de Psellos qui indique que épouse Zoé en 1028, qui est alors dans sa cinquantième année et dont il est l'aîné de dix ans.. Il appartient à la famille des Argyre, issue de l'aristocratie anatolienne, qui apparaît avec certitude au mais dont certains de ses membres sont peut-être déjà d'une certaine notoriété un siècle plus tôt. Le père de Romain n'est pas connu avec certitude. Il pourrait s'agir de Pothos ArgyreIl existe deux personnages portant ce nom dans l'histoire byzantine. Celui-ci et un autre, référencé comme catépan d'Italie au cours du règne de . Ils ont parfois été identifiés comme la même personne mais cette thèse est de moins en moins admise. Voir l'article Pothos Argyre sur ce sujet., qui vainc un raid magyar en 958 ou d'Eustathe Argyre, connu pour avoir composé un poème en l'honneur de en 950. Le grand-père de Romain est un homonyme, qui a épousé une dénommée Agathe, fille de l'empereur (919-944).
Romain a plusieurs frères et sœurs dont Basile Argyre, général sous (976-1025), Léon Argyre qui sert sous le même empereur et meurt à l'occasion d'une campagne en Italie en 1017, Pulchérie Argyropoulina qui épouse le magistros Basile Sklèros, une autre sœur qui épouse Constantin Karantènos, dux (duc) d'Antioche et Marie Argyropoulina, mariée à Giovanni Orseolo, fils du doge .
Il sert comme kritès (juge) de l'Opsikion avec le rang de protospathaire, l'un des plus élevés de la hiérarchie judiciaire, souvent décerné à d'importants généraux ou gouverneurs provinciaux. Il est connu pour avoir persécuté des hérétiques à Akmoneia. Il est ensuite promu au poste de quaestor et devient l'un des juges de l'Hippodrome, sorte de cour suprême de l'Empire. Il est alors cité dans le Peira, compilation de décisions légales rédigée par Eustathe Rhomaios. Continuant sa progression, il est élevé au rang de patrice et occupe le poste d’oikonomos (administrateur) de Sainte-Sophie, tout en dirigeant toujours la cour précitée. Sous l'empereur , il détient le poste de préfet de Constantinople, ce qui fait de lui le chef formel du Sénat et l'un des principaux conseillers de l'empereur. Selon Anthony Kaldellis, si sa carrière est celle d'un homme de la haute société, elle n'est pas spécialement remarquable par rapport à d'autres de ses contemporains.
Arrivée sur le trône left|thumb|alt=Photographie du portrait d'une femme en mosaïque|Mosaïque représentant Zoé Porphyrogénète dans la basilique Sainte-Sophie. A la fin de l'année 1028, est sur son lit de mort. Sans descendance, il espère encore sauvegarder la dynastie macédonienne. Il convoque Constantin Dalassène, venu d'Antioche, pour qu'il épouse sa fille la plus âgée, Zoé. Dalassène est le dux d'Antioche, un poste militaire éminent. C'est un général expérimenté, loyal envers la dynastie et surtout un membre influent de l'aristocratie. Mais les conseillers de l'empereur ne souhaitent pas d'une figure militaire trop influente comme souverain et le persuadent de choisir Romain, qu'ils voient comme plus malléable. Seulement, Romain est alors marié à une dénommée Hélène avec qui il n'a pas eu d'enfants. L'empereur ne s'arrête pas à ce détail et place son favori devant un choix simple : divorcer d'Hélène ou être aveuglé. Hélène aurait alors consenti à se retirer dans un monastère, ce qui ouvre la voie à un remariage pour RomainRomain aurait témoigné d'une certaine gratitude envers son ex-femme, à qui il confère le titre de sebaste, l'équivalent grec d’Augusta ().. Si les différentes sources s'accordent sur le déroulement des événements, une divergence apparaît entre d'une part Michel Psellos et, d'autre part, Yahyā d'Antioche et Jean Skylitzès. Si les deux derniers mettent l'accent sur le retrait volontaire d'Hélène dans un couvent, ce qui légitime le divorce, Psellos est plus ambigu, estimant qu'elle a été dupée et donc que son consentement n'est pas garanti. Quoi qu'il en soit, l'union intervient le , aux alentours de la date de la mort de Constantin et malgré l'opposition de Théodora, mentionnée par Jean Skylitzès. Elle aurait notamment invoqué le fait que Romain ne soit pas veuf ainsi que son degré de parenté avec Zoé. En effet, deux filles de Romain Lécapène ont épousé Romain Argyre (le grand-père de ) et (l'arrière-grand-père de Zoé), induisant une parenté au septième degré. Cependant, l'obstacle est levé par un synodeCe n'est que quelques années plus tard que le patriarche Alexis Studite estime qu'un tel degré de parenté est un obstacle, encore qu'il peut toujours être levé. Sur les problèmes soulevés par ce remariage, voir plus en détail ..
Politique étrangère La poursuite de l'expansion territoriale en Syrie
thumb|alt=Miniature représentant une troupe de cavaliers en mettant en fuite une autre|Miniature de la Chronique de Skylitzès de Madrid représentant la défaite d'Azâz.
Si semble avoir assez peu d'expérience de la guerre, il est tenté par la gloire militaire. C'est en tout cas ce qui ressort du récit de Psellos qui le vilipende pour cette prétention et la violation qu'elle entraîne d'une paix solide avec les Arabes. Il agirait alors à l'inverse du principe de paix qui devrait guider l'empereur dans l'idéologie impériale byzantine. En 1030, contre l'avis de ses officiers, il conduit en personne une expédition contre les Mirdassides d'Alep qui ont pourtant reconnu la suzeraineté byzantine. Il semble avoir eu pour ambition de profiter de la mort récente de Salah ibn Mirdas, émir entre 1025 et 1029, pour intégrer la cité directement dans le giron impérial en plaçant à sa tête Mansour ibn Lu'lu', un ancien émir de la ville renversé en 1016Un an avant, le dux d'Antioche Michel Spondylès a mené une expédition malheureuse pour prendre la ville qui a conduit à son éviction par l'empereur., 111.. Mais la campagne est un échec important. L'armée, installée sur un terrain près d'Azaz, perd ses éclaireurs qui tombent dans une embuscade. Bientôt, les Arabes encerclent les Byzantins qui sont coupés de leur principale source d'eau. Une attaque de cavalerie de Constantin Dalassène est elle aussi vaincue et Romain, après un conseil de guerre, décide de se replier alors que le moral de l'armée est au plus bas. Le , après avoir brûlé leurs armes de siège, les soldats commencent leur retraite en direction d'Antioche. C'est à ce moment-là que l'émir d'Alep Nasr ibn Salih lance une attaque contre les Byzantins, surpris, qui s'enfuient dans le désordre. Seul le régiment impérial de l'Hétairie tient bon, permettant à Romain d'échapper de peu à la capture. Jean Skylitzès écrit que la déroute se solde par d'importantes pertes, des soldats étant piétinés dans la cohue mais Yahyā d'Antioche souligne les pertes limitées des Byzantins en dépit de la panique. Il rapporte que deux dignitaires importants sont malgré tout tués et qu'un officier est fait prisonnier, tandis que les richesses du camp tombent entre les mains des Arabes. Selon Mathieu d'Édesse et les sources arabes, Constantin Dalassène aurait affaibli la position de en conspirant contre lui.
thumb|left|alt=Miniature représentant le siège d'une cité|La prise d'Édesse par Maniakès dans la Chronique de Skylitzès de Madrid.