La laine est une forme particulière de poil de mammifères. Elle forme chez certaines espèces ou races une toison susceptible de protéger l'animal des intempéries. Certaines races en particulier chez le mouton, la chèvre et le lama (alpaga) ont été sélectionnées pour fournir régulièrement et facilement de la laine, matériau constitué de fibres de kératine, utilisé dans la production textile, notamment pour ses capacités d'isolant thermique.

Légalement, on désigne par « laine » les poils du mouton ainsi que les poils d'autres animaux (mais dans ce dernier cas on qualifie ces textiles par le nom de l'animal) dont la toison est composée de fibres kératiniques, ainsi le lama, l'alpaga, le guanaco, le chameau domestique (mais on dit plus souvent poil de chameau), le yack, les chiens de type spitz, mais on dit mohair pour la chèvre angora, angora pour le lapin angora, cachemire (et pashmînâ pour la laine la plus fine) pour la chèvre cachemire, qiviuk pour le bœuf musqué, carmeline pour la vigogne, shahtoosh pour l'antilope du Tibet, khullu parfois pour le yak. Le mot « laine » est utilisé abusivement pour désigner les fibres synthétiques bon marché de type polyacrylonitrile (polymères de dérivés de l'acide acrylique) dans des expressions comme laine acrylique (avec une petite proportion de vraie laine), laine 100 % acrylique. et laine polaire (le plus souvent en fibres synthétiques ou en mélange). Par extension et abus de langage, le mot « laine » est aussi utilisé pour désigner d'autres matériaux, souvent d'origine minérale ou fabriqués par synthèse chimique, présentant des caractéristiques semblables, comme leur pouvoir isolant ou leur apparence : laine de verre, laine de roche, laine de bois et laine de laitier.

La laine est utilisée dans tous les domaines du textile : literie, vêtements et sous-vêtements, chapellerie, chaussants, écoconstruction, ameublement, décoration et accessoires (passementerie, rubanerie). L'amélioration de la quantité et de la qualité de laine produite a été un thème important en zootechnie ovine, mais l'est de moins en moins avec la perte de valeur financière de la laine concurrencée par les fibres synthétiques sur les marchés. La laine est aussi directement valorisée sur la peau comme fourrure : lapin, astrakhan (fourrure de l'agneau karakul) par exemple mais ces utilisations sont fortement controversées aujourd'hui.

Les articles en laine (non mélangée) ne participent pas à la libération de microplastiques dans l'environnement, problème exacerbé dans les dernières décennies par la généralisation des machines à laver et sécher mécaniques utilisées sur les fibres synthétiques comme les acryliques universellement répandues..

Histoire vignette|Le moulin à foulon est la première machine motorisée dans l'histoire de l'industrie textile. Il est emblématique des grandes régions drapières dès le Moyen Âge ; machine de 1661.

Caractéristiques zootechniques Anatomie Le poil gauche|vignette|Coupe de peau de mammifère montrant épiderme, derme, le poil ancré dans son follicule, les glandes sébacées et le muscle horripilateur, il s'agit ici d'un poil humain.

Le poil est produit par les follicules pileux, des cavités de la peau formées de diverses cellules dont les kératocytes producteurs de la kératine. Il existe des follicules primaires et des follicules secondaires producteurs du sous-poil : duvet ou laine.. La proportion des deux types de follicules est variable selon les races : le rapport secondaires/primaires est par exemple très élevé chez le mérinos..

La toison

La toison représente l'ensemble des poils d'un animal exploitables comme laine. Les poils de lapin et de lièvre sont utilisables comme une laine, ils sont notamment feutrables. Le pelage des moutons comprend donc le poil de bourre (le duvet chez d'autres espèces) produit par les follicules secondaires et le poil de jarre ou jard raide produit par les follicules primaires. La vraie laine comprend essentiellement du poil de bourre.

Certaines espèces et races de régions à hiver froid produisent cependant une toison à deux couches bien développées : le karakul d'Asie centrale, le mouton islandais dont la toison comporte le Þel, couche intérieure plus fine qui correspond au poil de bourre des pelages, et le tog extérieur qui correspond au poil de jarre. Il en est de même pour les chèvres cachemire, le lama et l'alpaga.. Cette double toison était une caractéristique du rhinocéros laineux et du mammouth laineux. et existe aussi chez le Yack, le bœuf musqué, les chiens de type spitz (berger islandais, samoyède), les ours, le sanglier et le porc mangalitza. En plus des jards, que l'on appelle soies, ces cochons possèdent une sous-couche laineuse et sont adaptés aux climats froids. Les chameaux et dromadaires ne produisent de vraie laine que sur une partie du corps, la production la plus intéressante semble être celle de chameaux mongols sélectionnés pour leur toison de type cachemire ; cette toison cachemire existe aussi chez des dromadaires d'Asie centrale..

D'une façon générale, les plus belles laines ne comprennent que du poil de bourre (pur cachemire, angora traditionnel., alpaga de haute qualité par exemple). Chez le lama on utilise traditionnellement la sous-couche comme belle laine et les jards pour faire des tapis.

Les animaux sauvages perdent leur sous-couche laineuse au printemps, lors de la mue, et la retrouvent à l'approche de l'hiver. Ces changements semblent se faire principalement en fonction du photopériodisme. La sélection des races à laine a privilégié le choix d'animaux qui ne muent plus.

La toison angora est due à une mutation génétique affectant les follicules pileux que l'on retrouve chez plusieurs espèces. Les espèces domestiquées pour la production de laine sont la chèvre angora (mohair) et le lapin angora. La toison du lapin angora plus longue que celle des autres lapins est appelée simplement angora en français mais angora wool en anglais.

Composants du poil laineux

Le poil est constitué de kératine, une protéine fibreuse à haute teneur en cystéine (environ 12 %). Ce sont les ponts disulfures de la cystéine qui donne sa consistance à la kératine, elle résiste à l'eau, aux acides, aux bases et à la plupart des enzymes.. L'essentiel du poil consiste dans le cortex en forme de cylindre. Il est recouvert par une cuticule décailles et percé dans son axe par le canal médullaire ; ce dernier est souvent non persistant chez les races lainières avec pour corollaire une laine fine.

Le cortex est l'ensemble des chaînes polypeptidiques (protéines) de kératine qui sont assemblées en protofibrille (2 ou 3 chaînes chez le mouton) puis en microfibrille (environ 10 protofibrilles chez le mouton) puis en macrofibrille (correspondant à la production d'un kératocyte). Chez le mouton, elles sont finalement réparties en deux ensembles divisant le poil en deux dans le sens de la longueur, ce qui entraîne une croissance en hélice du poil et le bouclage de la toison. La couleur du brin varie du noir au blanc ou à l'écru selon la proportion de mélanine.

La cuticule présente des écailles saillantes chez le lama, l'alpaga et le mouton (où elle est aussi haute que le diamètre du brin). Les écailles de kératine permettent l'accrochage des poils entre eux en brins résistants et la connexion des brins pour former un feutrage. Ce phénomène existe chez l'animal vivant et contribue à le protéger des intempéries mais il est aussi réalisé intentionnellement dans l'industrie ou l'artisanat pour réaliser le feutre, un textile non tissé probablement mis en œuvre dès qu'on a su disposer de laine, ou encore pour fouler le drap de laine. Les écailles sont aussi à l'origine de l'effet « sens du poil » et de l'effet lustré de la laine peignée mais aussi du rétrécissement au lavage des tissus. Chez les caprins (chèvre angora et cachemire, bœuf musqué) les écailles sont réduites et leur laine est peu feutrable.

Le suint est souvent compris comme étant l'ensemble des corps gras de la laine, mais on peut distinguer le suint proprement dit produit par les glandes sudoripares et la suintine produite par la glande sébacée qui débouche dans le follicule pileux et permet d'enduire les poils de sébum. Il contribue à l'étanchéité des toisons, a un effet bactéricide, mais doit être presque totalement éliminé lors du lavage de la laine ou bien récupéré pour la fabrication de la lanoline.

Les bœufs musqués (et jadis le mammouth laineux) ne possèdent pas de glandes sébacées. Certaines races ou espèces (moutons corriedale, lama, alpaga, bœuf musqué) produisent une laine peu grasse presque sans lanoline.

Élevage des animaux à laine

gauche|vignette|Moutons après la tonte, Pays de Galles, 2007. vignette|Une chèvre angora avec une toison (mohair) légèrement colorée.

gauche|vignette|Un yack et sa toison, Nord de l'Inde.

En production de laine le choix de l'espèce et de la race est primordial. Les races mérinos et karakul, chez le mouton, angora et cachemire chez la chèvre, l'alpaga chez la vigogne en sont des illustrations. La production commerciale de laine de mouton n'est pas possible en zone tropicale humide. Depuis les années 1960, du fait de la concurrence des fibres synthétiques, le critère production lainière est devenu généralement secondaire par rapport à la production de viande ou de lait chez le mouton.

La tonte a lieu une fois par an sauf pour la chèvre angora et dans le sous-continent indien où elle a lieu tous les six mois. Les animaux sont tondus au printemps généralement lors de la mise à l'herbe en zone tempérée, au début de la saison sèche en zone tropicale, suffisamment longtemps avant l'hiver en montagne ; une brebis ne doit pas être tondue en fin de gestation. La tonte de moutons s'effectue à l'aide de ciseaux forces ou d'une tondeuse électrique. En moyenne, un tondeur de moutons professionnel tond 100 à 150 moutons par jour et certains champions australiens atteignent jusqu'à 300 moutons. Les lapins angora sont peignés ou épilés selon les races toutes les 14 semaines..

vignette|Mue d'un chameau de Bactriane.

Quelques rares espèces domestiquées comme le mouton de Soay ou certaines chèvres cachemire perdent naturellement leur laine au printemps (mue) mais cela a pu être la généralité pour les premiers animaux lainiers domestiqués. On a ensuite sélectionné des races qui ne perdaient pas leur laine pour être certain de récupérer l'ensemble de la toison mais ces animaux sont devenus dépendant de l'homme pour leur survie.

vignette|Chien salish (type spitz) en train de muer. Les Amérindiens Salish de la côte tissaient cette laine.

Cependant la toison des chèvres cachemire, des bœufs musqués., du yak., des chiens à laine. et des moutons d'Europe du Nord à queue courte peut être simplement peignée, pincée ou roulée pour être récupérée. Chez ces races et d'autres comme la racka, les moutons peuvent arracher leur laine en se frottant contre un arbre s'ils ne sont pas tondus.

Les animaux de races à laine ne demandent pas une alimentation plus abondante, pourvu qu'ils soient dans un état de santé optimal, la production de laine représentant environ 7,5 % des besoins d'entretien chez le mouton, à la différence des races laitières. Il faut s'assurer qu'ils aient une laine courte et une fourniture d'eau adéquate au moment des fortes chaleurs. La production lainière est consommatrice de soufre dont la fourniture par l'alimentation ordinaire ne pose pas de problème et de zinc. ; cet oligo-élément peut être fourni par exemple dans les pierres à lécher.

La plupart des races de chèvres et de nombreuses races de moutons (celles du Deccan en Inde), ne donnent cependant pas de laine utilisable ; l'animal possède simplement un pelage ras et ces moutons sont surtout utilisés dans les régions tropicales pour la production d'une viande estimée et d'un cuir léger (basane) de qualité supérieure.

Caractéristiques textiles