La Chaux-de-Fonds () est une ville suisse du canton de Neuchâtel, située à environ au nord-ouest de Berne dans le massif du Jura, dont la commune est limitrophe de la France. La Chaux-de-Fonds est inscrite depuis juin 2009 avec sa voisine Le Locle sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco pour son « urbanisme horloger ». Cette notion reflète la manière dont les besoins particuliers d'une activité mono-industrielle, l'horlogerie, ont marqué l'urbanisation de la ville, entremêlant habitat et ateliers.
Avec recensés à la fin de l'année , c'est la deuxième plus grande commune du canton de Neuchâtel, derrière la ville de Neuchâtel ( en ).
La commune a été fondée en 1656 et doit son essor et sa renommée à l'horlogerie et à la microtechnique. Entièrement détruite par un incendie en 1794, la ville a été reconstruite selon un plan en damier qui est aujourd'hui encore une originalité au sein des villes suisses. L'urbanisme particulier et l'activité principalement industrielle ont fait dire à Karl Marx que la cité était une « ville-manufacture ».
L'architecte Le Corbusier, le navigateur Laurent Bourgnon, l'écrivain Blaise Cendrars et le constructeur d'automobiles Louis Chevrolet y sont nés. Elle est un centre reconnu de l'Art nouveau ayant donné naissance à une forme de cet art connue sous le nom de Style sapin. À ce titre, elle est membre du Réseau Art Nouveau Network.
Géographie Situation vignette|Vue aérienne de la ville (1950).
La Chaux-de-Fonds se situe au nord-ouest de la Suisse, près de la frontière française, dans une large vallée jurassienne sans eau de surface, à environ d'altitude. Elle est la deuxième plus haute ville de Suisse, après Davos.
Sa superficie est de , ce qui en a longtemps fait la plus vaste du canton (jusqu’à la modification de Val-de-Travers en 2009). 16,7 % de cette superficie correspond à des surfaces d'habitat ou d'infrastructure, 54,7 % à des surfaces agricoles, 27,9 % à des surfaces boisées et 0,7 % à des surfaces improductives. La commune est bordée par le Doubs et le lac de Biaufond au nord.
La commune comprend les localités du Crêt-du-Locle, du Valanvron, des Bulles, de La Cibourg, des Éplatures et des Joux-Derrière. Elle est limitrophe de La Sagne, Le Locle et Les Planchettes, Val-de-Ruz ainsi que de La Ferrière et Renan dans le canton de Berne, Les Bois dans le canton du Jura et du département français du Doubs.
Climat On compte 126,9 jours de gel par an en moyenne à La Chaux-de-Fonds dont 25,4 jours en janvier, le mois le plus froid, et 0 jour entre juillet et août. Le nombre de jours atteignant ou dépassant les est de 16,5 jours par an. Le nombre annuel d'heures d'ensoleillement est de pour la période 1991-2020..
Orage de juillet 2023 Le , de très forts vents balayent La Chaux-de-Fonds et ses alentours, la ville du Locle est aussi touchée. Cet « événement météorologique » n'a duré que quelques minutes mais a fait d'importants dégâts dans la cité horlogère. Des rafales ont été mesurées à , des dizaines d'arbres ont été brisés ou arrachés. Plus de sont touchés sur les que compte la zone, surtout les toits ; les dégâts sont d'abord estimés à de francs, puis à en . De nombreux véhicules ont été détruits, le trafic ferroviaire a été interrompu. Une grue est tombée et a fait une victime, il y a eu en outre une quarantaine de blessés....
Si les journaux et le public ont souvent parlé de « tempête », des météorologues ont utilisé les termes d'« orage », de « tornade » ou de « microrafale », puis ils ont qualifié a posteriori l'événement d'« orage supercellulaire ». Le caractère hybride de cette tempête s'est manifesté par des dégâts suggérant une « tornade » sur le flanc nord, et une « microrafale » sur le flanc sud...
Relevé météorologique
Transports vignette|Trolleybus articulé du réseau urbain en 2007. vignette|gauche|La Chaux-de-Fonds pendant le tir fédéral de 1863 avec l'arrivée du train du Jura industriel (sur la droite).|alt=Lithographie à vol d'oiseau de la ville de La Chaux-de-Fonds.
La Chaux-de-Fonds est reliée par trains CFF à Bienne, Neuchâtel et au Locle. Des lignes de trains rejoignent les Franches-Montagnes (ligne des CJ en direction de Saignelégier et Glovelier) et la vallée de La Sagne (ligne TransN en direction des Ponts-de-Martel). De plus, elle est, depuis 2006, terminus de la ligne de train venant de Besançon (France) via Morteau par trains automoteurs (autorails diesel). La ligne ne poursuivait alors pas au-delà de la gare du Locle. Un ancien réseau de trolleybus (lignes 1, 2 et 4) et de bus urbains dessert les divers quartiers. La ville a également disposé, entre 1897 et 1950, d'un tramway. On peut aussi y pratiquer la mobilité douce grâce aux vélos roses.
L'autoroute J20 relie la ville à celle de Neuchâtel (H20), en passant par le tunnel sous la Vue des Alpes et évite ainsi le passage par le col, parfois difficilement praticable l'hiver. L'autoroute depuis Neuchâtel continue ensuite en direction du Locle. Une route quitte également la ville en direction des Franches-Montagnes et une en direction de Belfort en France, par Biaufond.
Historiquement, la première ligne de chemin de fer du canton de Neuchâtel a vu le jour entre Le Locle et La Chaux-de-Fonds, en 1857, à l'époque gérée par la Compagnie du Jura industriel et financée par les villes. Dès le , la ligne est ouverte entre Neuchâtel et Le Locle, en passant sous la Vue des Alpes par le tunnel des Loges, qui est à l'époque en Suisse le plus long tunnel ferroviaire avec ses . Les coûts sont énormes et ces investissements plongeront la ville dans une grave crise financière lorsque la Compagnie du Jura Industriel fera faillite en 1861. À l'époque, il fallait compter 1 h 20 pour se rendre de La Chaux-de-Fonds à Neuchâtel et 1 h 40 pour en revenir..
Toponymie La signification et l'origine du nom de la ville ne font pas l'unanimité. Le mot « Chaux » vient de la racine pré-indo-européenne calmis dont le sens est « plateau aride, maigre pâturage ». Le mot « fonds » semble inspiré du mot latin fons, fontem signifiant « source, fontaine ». L'explication la plus probable établit un rapport avec Fontaines (Val de Ruz). À l'origine, « La Chaux de Fonds » aurait donc été un pâturage d'été utilisé par les habitants de Fontaines.
Vers 1350, le lieu-dit s'appelle la Chaz de Fonz (Chaz qui désigne en patois vaudois les pâturages où le calcaire jurassique affleure et qui sont impropres à la culture, puis vers 1378 Chault de Font. Vers 1420 Chauz de fonds et vers 1438 Chaud de Fond.
On trouve également l'orthographe La Chaux de Fons (sans tiret et sans la lettre d)Carte nationale de la Suisse 1:50 000 "Vallon de St Imier", Feuille 232, édition de 1970..
La commune est familièrement désignée sous le nom de La Tchaux.
Son ancien nom allemand est Schalu.
Histoire De la colonisation à la commune À l'époque épipaléolithique (10300 - 9000 av. J.-C.), quelques vestiges attestent de la présence de l'homme de Cro-Magnon dans la région, par exemple à la grotte du Bichon dans les côtes du Doubs où un crâne humain et d'autres fragments furent découverts en 1956.
Il existe un chemin de chaille nommé « chemin des Romains », dont la toponymie reste obscure et autour duquel aucune fouille archéologique n'a été entreprise, puisque l'histoire officielle débute bien plus tard que l'époque romaine.
Les premiers colons arrivent probablement au ou dans les Montagnes neuchâteloises et sont principalement originaires du Val-de-Ruz, région qui appartient alors à la seigneurie de Valangin. À cette époque, les montagnes sont recouvertes de ce qu'on appelle les Noires Joux (la forêt) et les fonds de vallée sont marécageux. Il faut donc d'abord défricher les terres avant de pouvoir les exploiter. Pendant longtemps, les montagnes de Valangin ne sont utilisées que pour l'estivage du bétail. Les colons arrivent d'abord dans les vallées de La Sagne et du Locle, car le premier chemin ne passe pas sur le sol chaux-de-fonnier. Malgré le climat rude et le sol peu productif, des colons finissent par s'installer définitivement dès le milieu du dans les montagnes et sont affranchis de certaines obligations par le seigneur de Valangin, ceci certainement afin de favoriser leur implantation et compenser le manque à gagner lié aux mauvaises terres des montagnes (Sans mention particulière, la majeure partie de l'historique de la ville est issu de cet ouvrage). Les affranchis sont appelés francs habergeants.
Le territoire de La Chaux-de-Fonds a donc d'abord été utilisé par des habitants de Fontainemelon pour l'estivage. Mais dès 1358, les premiers colons à l'année sont répertoriés, tous originaires de Fontainemelon. Cependant, ils n'appartiennent pas au Clos de la Franchise et ne privilégient donc pas le statut de franc-habergeant comme les Sagnards ou les Loclois. Dès le , ce sont ces derniers qui commencent à peupler La Chaux-de-Fonds, et non plus des gens du Val-de-Ruz, car le Clos de la Franchise commence à être surpeuplé.
En 1510, La Chaux-de-Fonds compte 45 tenanciers, tous agriculteurs, et répartis de manière hétérogène sur le territoire. La première église du village est certainement bâtie en 1523 et la Réforme arrive en 1528. Comme la seigneurie de Valangin est l'alliée de Berne, le protestantisme se propage rapidement. Jusqu'en 1656, La Chaux-de-Fonds fait encore partie de la mairie de Valangin. Ce n'est qu'en décembre que le duc Henri II d'Orléans-Longueville signe l'acte d'érection de la nouvelle mairie à Rouen. La Chaux-de-Fonds est dès lors une commune à part entière et Abraham Robert en devient le premier maire. Ainsi la paroisse devient aussi un ensemble administratif et judiciaire doté d'un tribunal de basse justice.
Débuts de l'horlogerie Si l'horlogerie suisse naît à Genève au à la suite de l'interdiction par Jean Calvin du port d'objets ornementaux., elle arrive rapidement en terres chaux-de-fonnières. Les paysans des Montagnes ont toujours eu des aspirations artisanales pour occuper leurs longues soirées, comme le travail du bois ou du fer. Au , les échanges entre régions sont nombreux et les hommes des Montagnes neuchâteloises visitent souvent les foires. De plus, les artisans voyagent beaucoup, ce qui favorise l'introduction du savoir horloger à La Chaux-de-Fonds.
Comme la population des Montagnes augmente sans cesse au , les domaines agricoles deviennent de plus en plus petits, ce qui implique la nécessité de pratiquer une autre activité lucrative en marge de l'agriculture. C'est dans ce contexte que les horlogers-paysans se répandent. De plus, la dentellerie fait également son apparition à La Chaux-de-Fonds, ce qui apporte un revenu supplémentaire aux foyers. C'est d'abord l'horlogerie de gros volume qui fait son apparition dans les montagnes neuchâteloises, puis les pendules (dites neuchâteloises) et finalement les montres dans la deuxième moitié du .
Le début du est marqué par le passage de Neuchâtel aux mains du roi de Prusse (en 1707). Jusqu’alors, Neuchâtel avait ses propres dirigeants (la seigneurie de Valangin, d'abord sous le giron de l'évêché de Bâle, passa en mains neuchâteloises en 1592). Cet éloignement du souverain garantit à Neuchâtel une certaine indépendance tout en étant assuré d'une bonne protection. Bien que les Chaux-de-Fonniers paraissent satisfaits de ce choix, un autre problème provoque leur mécontentement : ils se sentent désavantagés par rapport au Littoral qui détient la quasi-totalité du pouvoir au Conseil d'État.