L'affaire des diamants, ou affaire des diamants de Bokassa, est une affaire politique impliquant l'homme politique français Valéry Giscard d'Estaing et le dirigeant centrafricain Jean-Bedel Bokassa.
Emblématique du journalisme d'investigation et de la protection des sources d'information, l'affaire débute en à la suite de révélations du Canard enchaîné selon lesquelles le président de la République centrafricaine, Jean-Bedel Bokassa, remet des diamants de grande valeur à Valéry Giscard d'Estaing, alors ministre de l'Économie et des Finances , ainsi qu'à des membres de sa famille et de son entourage.
Bokassa vient alors d'être renversé par une intervention militaire sur ordre de Giscard d'Estaing (opération Barracuda et opération Caban).
L'affaire se complique encore avec la publication de documents supplémentaires, détaillant la livraison confidentielle de diamants à Valéry Giscard d'Estaing à au moins quatre reprises, ainsi qu'à des membres de sa famille et de son entourage proche.
Cette affaire, qui nuit à la campagne de Valéry Giscard d'Estaing lors de l'élection présidentielle de 1981, est close par l'expertise puis la vente publique de l'ensemble des diamants pour la somme de .
Contexte Relations entre Giscard d'Estaing et Bokassa
D'après Valéry Giscard d'Estaing, Jean-Bedel Bokassa et lui se sont rencontrés lors des obsèques du général de Gaulle, en ..
Jusqu'à son élection en à la présidence de la République française, Giscard d'Estaing s'était rendu trois fois en Centrafrique, en , et . Il s'agissait à chaque fois de voyages privés organisés dans une concession de chasse du nord du pays à l'invitation d'Henry de La Tour d'Auvergne, un cousin de son épouse et un grand amateur de chasse africaine. À chaque voyage, Giscard d'Estaing (qui était ministre des finances du gouvernement français) avait rencontré le président Bokassa à Bangui avant de reprendre l'avion pour Paris.
Peu après son élection à la présidence de la République française en , Valéry Giscard d'Estaing rencontra de nouveau Bokassa et des membres de son gouvernement dans le château de ce dernier en Sologne. Après les entretiens entre les deux chefs d'État et le déjeuner, le président centrafricain remit au président français plusieurs cadeaux en guise d'amitié notamment un panneau décoratif en ivoire et des plaquettes de diamants. Les deux hommes se rencontrèrent encore à Bangui en , lors d'un voyage officiel pour le sommet France-Afrique, où des cadeaux furent échangés, le président centrafricain offrant encore trois carrés de compositions en brillants aux côtés de défenses d'éléphants.
Dans ses mémoires, Valéry Giscard d'Estaing déclare s'être encore rendu en Centrafrique pour deux voyages privés en et dans la concession de chasse et bien qu'ayant décliné l'invitation de Bokassa à lui rendre visite, c'est ce dernier qui se déplaça pour rencontrer le président français en vacances.
Les relations personnelles entre les deux hommes restaient cordiales. Bokassa était cependant peu apprécié par la plupart de ses pairs et il reprochait la diminution de l'aide financière française. Les relations entre les deux pays ne s'étaient pas arrangées après son couronnement comme empereur avec un faste napoléonien et le refus de Giscard d'Estaing d'y assister Il fut représenté par le ministre de la Coopération, Robert Galley..
Répression en Centrafrique et renversement de Bokassa En et , des troubles violemment réprimés par les troupes commandées par les généraux François Bozizé et Mayo Mokola. ont lieu à Bangui. Des écoliers en sont les principales victimes. En , Bokassa est présent à l'ouverture de la conférence franco-africaine où il est ostracisé par ses collègues Léopold Sédar Senghor et Félix Houphouët-Boigny. La conférence demande qu'une commission sous présidence sénégalaise enquête sur les troubles et la répression à Bangui. Elle est acceptée par Bokassa alors que le président Giscard d'Estaing déclare, lors de la conférence de presse qui suit, que si la culpabilité de Bokassa dans les exactions commises à Bangui était démontrée, celui-ci devrait alors quitter le pouvoir.
Le , le rapport de la commission d'enquête dénonce la responsabilité personnelle quasi-certaine de Bokassa dans le massacre d'une centaine d'enfants. Le , le ministère de la Coopération annonce la cessation de l'aide française à la Centrafrique. Le , la France lance l'opération Caban qui aboutit à la mise en place d'un nouvel homme fort, David Dacko, qui avait été chassé du pouvoir en . Dans ses mémoires, Valéry Giscard d'Estaing détaille les journées qui ont précédé le renversement de Jean-Bedel Bokassa, l'implication de l'armée française et l'opération Barracuda qui aboutit à la fin de l'empire centrafricain.
En Bokassa est renversé et est ainsi emmené de force par les parachutistes français au Tchad et, de là, part en exil en Côte d'Ivoire, où il accuse la France de l'avoir trahi.
Déroulement de l'affaire
Publications du Canard enchaîné en Le , peu après la chute du despote africain, Le Canard enchaîné publie le fac-similé d'une commande de Bokassa en au Comptoir national du diamant pour une plaquette de diamants de trente carats destinée à Valéry Giscard d'Estaing, alors ministre des Finances... Selon Claude Angeli, auteur avec Pierre Péan de cette investigation., le président Giscard d'Estaing avait reçu une plaquette de diamants de , estimée à un million de francs, à l'époque où il était ministre des Finances, deux de ses cousins recevant des terrains de chasse en Centrafrique et la nationalité centrafricaine, tandis que le sacre de Bokassa en a été payé par le contribuable français.
Le journal évalue alors ces diamants à un million de francs, estimation approximative qui est contestée par VGE. Selon Le Point, le document est authentifié par , ancienne secrétaire de Bokassa..
D'autres documents mentionnent que deux cousins de Valéry Giscard d'Estaing, ainsi que deux de ses ministres et un de ses conseillers, ont eux aussi reçu des diamants d'une grande valeur.
Le Monde reprend l'information le même jour, le journal déplore l'absence de commentaires du président de la République français..
L'Élysée publie un communiqué le même jour indiquant . Selon Laurent Martin, cette réponse est perçue comme ambiguë par la presse d'opposition. et les journaux étrangers : .
Le , Le Canard enchaîné affirme que Giscard d'Estaing aurait reçu d'autres diamants, également en , lors d'un safari privé, en , et en , alors qu'il est président de la République, pendant sa première visite officielle en Centrafrique..
Le , à l'Assemblée nationale, un membre de l'opposition, Georges Fillioud, accuse le gouvernement d'avoir ..
Le , alors qu'il avait jusque là ignoré les accusations, Valéry Giscard d'Estaing réagit personnellement lors d'une interview télévisée. Il estime qu' et précise : et puis ....
Le , deux mois après les premières révélations, Giscard affirme à la presse que les lettres publiées par Le Canard enchaîné sont des faux.
Durant la campagne présidentielle de , cette affaire met en difficulté Valéry Giscard d'Estaing, qui affirme de son côté que les diamants n'avaient pas une valeur importante.
L'enquête à rebondissements affirme que des diamants ont aussi été donnés à René Journiac, qui fut sept ans le bras droit de Jacques Foccart, dont quatre à Matignon. auprès de Georges Pompidou, devenu en patron de la cellule africaine de Giscard, faisant comme son prédécesseur en Afrique, mais en externalisant l'état-major de qu'utilisait Jacques Foccart et qui fut notoirement amant, comme le président français, de l'épouse de Bokassa Catherine Denguiadé, réfugiée à Genève en .. René Journiac est par ailleurs intervenu pour qu'Ali Bongo, fils aîné du président gabonais, obtienne son baccalauréat malgré des notes insuffisantes dans un lycée privé huppé de Neuilly-sur-Seine.
Incarcération de Roger Delpey, la source supposée des documents Bokassa imagine profiter de l'effet suscité par la publication du Canard enchaîné en pour « vider son sac » et réaliser sa vengeance contre VGE et prépare sa contre-attaque avec l'aide de Roger Delpey, un vétéran d'Indochine, proche des réseaux de Jacques Foccart (écarté par Giscard en ).
En , une enquête est menée par la direction de la Surveillance du territoire (DST) qui interpelle Roger Delpey à la sortie de l'ambassade de Libye puis perquisitionne son domicile où elle découvre des documents vierges officiels à en-tête de l'empire centrafricain, signés de la main de Bokassa. Il est alors soupçonné d'être un faussaire et d'être l'informateur du Canard enchaîné, qui dément. Il est incarcéré en détention préventive pendant sept mois, jusqu'au .., accusé d'« intelligence avec une puissance étrangère ». Le tribunal conclut par un non-lieu en ..
En , il sera débouté par la Cour de cassation de sa demande d'indemnité pour arrestation arbitraireEn , il conteste son appartenance supposée à l'extrême droite affirmée par VGE dans son livre, le poursuit et le fait condamner sur cette affirmation à un franc de dommages et intérêts pour diffamation, jugement définitif après arrêt de la Cour de cassation réunie en chambre mixte le ..
Selon Le Canard enchaîné, la note de Bokassa de lui avait été remise par un haut fonctionnaire du ministère français de la Coopération en poste à Bangui après la chute de Bokassa et non par Roger Delpey comme l'affirmait la DST L'Express, ..
Condamnation du Canard enchainé pour diffamation envers les cousins Giscard d'Estaing Après les révélations du Canard enchaîné, les deux cousins de Valéry Giscard d'Estaing, François et Jacques Giscard d'Estaing, poursuivent le journal en diffamation...
En première instance, le Canard est condamné pour diffamation envers le seul François Giscard d'Estaing, estimant que le fait d'écrire qu'il avait reçu des diamants n'était pas répréhensible mais qu'il était diffamatoire de suggérer qu'il y avait eu une contrepartie. En appel, Le Canard enchaîné est condamné le et doit payer à chacun 1 franc symbolique de dommages-intérêts..
Valéry Giscard d'Estaing ignore d'abord les accusations, puis conteste la valeur estimée des diamants. Le scandale le rattrape lors de la campagne à l'élection présidentielle de , durant laquelle il affirme avoir vendu les diamants au profit d'œuvres caritatives. Ce scandale contribue à son échec face au socialiste François Mitterrand.
Campagne présidentielle de et échec de Giscard Le , Le Canard enchaîné relance l'affaire en publiant un entretien téléphonique avec Jean-Bedel Bokassa qui affirme . Le Canard enchaîné, 15 octobre 1980
Les opposants à Valéry Giscard d'Estaing suivant des motivations et des objectifs différents, trouvent dans cet épisode des diamants et dans la personne de Bokassa l'occasion de pouvoir faire tomber le président sortant lors de l'élection présidentielle de . Ainsi, ses affiches électorales sont détournées par le Service d'action civique qui fait coller sur ses yeux..
Le , Valéry Giscard d'Estaing déclare lors de l'émission le Grand Débat sur TF1 : ... Il déclare également que les diamants auraient été vendus et que l'argent aurait été remis à la Croix-Rouge centrafricaine et à des bonnes œuvres. Selon Le Canard enchaîné, la présidente de la Croix-Rouge centrafricaine aurait certifié par écrit, le , n'avoir rien reçu de l'Élysée mais elle aurait été dissoute le par le nouveau gouvernement, sans que l'on sache où était passé la somme correspondant au don. Dans un article du de Le Point, l'Élysée aurait vendu les diamants pour une somme de d'après sa comptabilité consultée par le journal.