Un , ou littéralement personnage féminin fort, est un archétype de fiction qui renvoie à des femmes au caractère fort, indépendantes, courageuses ou résilientes. Parfois simplifié pour ne devenir qu'une femme forte en combat afin de rentrer dans le stéréotype, le personnage féminin fort est la plupart du temps une héroïne de caractère capable de se défendre et dont les capacités ne se résument pas à la force physique : c'est classiquement l'opposé de la , la demoiselle en détresse des contes de fée et des dessins animés des débuts de Disney. L'émergence du personnage féminin fort au cinéma s'est fait dans les années 1980, notamment avec le personnage de Ellen Ripley, joué par Sigourney Weaver dans Alien.
Déesses antiques, la première image de la Strong female character.
Si les procédés d’écriture au sujet de la strong female character et ses atouts semblent évoluer au fil du temps, il serait néanmoins légitime de se demander à partir de quand ce personnage tantôt engagé, tantôt aux facultés extraordinaires ou à l’intelligence inouïe constitue un véritable phénomène littéraire.
Effectivement, si l’occident du se projette comme image de la strong female character celle de Wonder Woman, il n’en reste pas moins que depuis l’antiquité et l’apparition inédite des systèmes d’écriture, la femme incarne une problématique prépondérante au sein des cercles littéraires et intellectuels.
Ainsi, déjà la mythologie grecque conférait à des individus s’apparentant au genre féminin, des traits et des pouvoirs divins. Hebe, très peu connue du grand public, servait un nectar aux dieux, source de leur immortalité. S’il s’agit là d’un pouvoir suprême, peut-être le plus important dans cet équilibre que forme la mythologie entre dieux, humains et animaux, son humilité en demeure intacte puisqu’elle continue de s’impliquer pour les tâches quotidiennes, notamment celles d’Héra, et fini par épouser simplement et par amour Héraclès. Leto, mère Apollon, symbolise le combat d’une maternité mise en péril par la jalousie d’Héra, errant avec ses enfants d’un bout à l’autre de la Grèce. Sa fragilité et sa modestie deviennent de prestigieuses qualités remarquées par son amant Zeus, puis sont devenus de véritables légendes, inscrites dans l’histoire de la mythologie. Mais la force et le courage féminin se devinent aisément en analysant le personnage de Rhéa, déesse parmi les autres, femme de Cronos, mère de Poséidon, Hadès et Zeus, qui sacrifia son époux infanticide afin de sauver ses enfants engloutis par celui-ci. Quant à Demeter, pourtant si impétueuse face à sa naissance troublée par Kronos et face aux poids des traditions divines qu’elle ne respecte pas en vivant auprès des Hommes, elle se laisse pourtant emporter par un chagrin, allégorie de l’hiver lorsque Hadès lui enlève six mois par an, sa fille Perséphone. Enfin, Héra, déesse du mariage et des enfants possède cette double carrure de femme juste, fidèle à ses valeurs et ses principes mais déraisonnable lorsqu’il s’agit de trahisons de la part de Zeus, allant jusqu’à commettre sur ses maîtresses et les enfants nés de ces liaisons, les crimes les plus abominables. Elle représente à la fois force, témérité et cruauté mais aussi celle qui nécessite attention et amour.
Alors, nous pouvons identifier les visages de la strong female character dans leurs diversités et qui représentaient déjà un défi majeur dans l’illustration de la mythologie grecque au point qu’elles sont perpétuellement étudiées, réinterprétées et réinventées aux besoins de l’époque et du contexte dans lesquelles elles s’inscrivent.
La femme guerrière à la fin du Moyen Âge Au début du , Jacques de Longuyon, auteur lorrain attaché à la cour de Thibaut de Bar, écrit entre 1312 et 1313 un roman en vers nommé Les vœux du Paon'. Inspiré de l’Antiquité, l’incarnation des valeurs chevaleresques est faite à travers les Neuf Preux.
Quelques décennies plus tard apparaît leur pendant féminin sous la forme de Neuf Preuses. Jehan Le Fèvre, officier au parlement de Paris compose entre 1373 et 1387 le Livre de Lëesce dont les figures sont toutes des femmes issues de l’histoire et de la mythologie.
Les figures guerrières rencontrées lors de l’Antiquité ou de la mythologie classique resurgissent pendant le Moyen Âge afin de répondre à la nostalgie d’un monde chevaleresque. Dans le château d’Angers, Penthésilée, reine des Amazones, est représentée sous les traits d’une guerrière armée sur une tapisserie rappelant le thème des Neuf Preuses.
La légende des Neuf Preuses met en avant les exploits de neuf personnages mais seule la reine des Amazones, Penthésilée a été conservé. Le public aristocratique pouvait alors l’admirer sans savoir pour autant qui elle était.
À l’instar des Neuf Preux, les Neuf Preuses connaissent un succès considérable. L’art aristocratique multiplie les représentations à leurs images aussi bien sculpture qu’en tapisserie. La première représentation de ce thème iconographique se trouve au château de Coucy sous la forme de statues qui sont aujourd’hui disparues. Il existait également une cheminée sculptée des Preuses au château de Pierrefonds, construit sous l’égide de Louis d’Orléans en 1396.
Crise de la chevalerie Le contexte guerrier durant les est la principale raison du succès des Neuf Preuses. C’est en suivant ces principes à la fois guerrier et politique que Jeanne d’Arc est qualifiée de Preuse. Un clerc français comparera Jeanne à Penthésilée, la reine des Amazones.
Cette crise de la chevalerie encouragera les aristocrates à utiliser l’histoire et les figures mythologiques pour mettre en avant les guerriers et les femmes de la noblesse française. La chevalerie demeure un idéal de vie masculin et les femmes sont invitées à avoir les mêmes ambitions à travers les Preuses. C’est alors qu’apparaissent les premières représentations de guerrières, ainsi la chevalerie se féminise.
Le rôle grandissant des femmes durant les Grandes Guerres
Infirmière durant la Première Guerre mondiale La grande période historique qu’est la Première Guerre mondiale a grandement contribué à forger une image de femmes forte. Ces armées qui refusaient toute femme soldat ont alors eu besoin d’un pouvoir féminin qui se témoignait à travers un métier de courage et de bravoure, la médecine. Durant la Première Guerre mondiale les infirmières se révèlent aussi fortes que les soldats, elles côtoient la mort au quotidien et font tout pour la repousser. Sans ces femmes des centaines de milliers d’hommes, de femmes, d’enfants serait alors tombé. Il y eut un grand déploiement d’infirmières dans le monde, y compris dans des endroits reculés comme l’outre-mer. L’armée canadienne par exemple a envoyé plus de en outre-mer pour secourir et soigner les soldats comme les civiles victimes de cette guerre. Ces postes, cette bataille ont permis aux infirmières de guerre d’obtenir plus de pouvoir dans les métiers de la médecine. Après la guerre il y a eu de nombreuses femmes qui ont pu faire carrière dans les hôpitaux, avec des postes à hautes responsabilités. Leurs actes en tant qu’infirmières pendant la guerre les ont révélées. Elles purent apprendre plus et devenir plus. Leurs courages et leurs dévotions ont ouvert des portes, pour leur carrière mais aussi pour toutes les autres femmes et infirmières. Un grand nombre d’infirmière vétérans ayant opté pour le mariage et la maternité arrivent elles aussi à restaient engagées et actives pour le bien de tous, avec un investissement social par exemple. Toutes ont donc pu participer à l'essor des soins infirmiers hygiénistes et du service social en santé. De par leurs courages, leurs engagements, leurs choix de vie après-guerre, ces infirmières de guerre sont le symbole d’un véritable personnage féminin fort.
Travailleuse industrielles actives durant la Seconde Guerre mondiale Durant la Seconde Guerre mondiale un personnage fictif féminin a donné aux femmes un tout nouveau pouvoir d’agir et de s’investir : Rosie la riveteuse. Cette femme inventée par le service de communication de l’État américain a d’abord été imaginé pour donner aux femmes américaines un modèle de femme forte qui les inspirerait et leur donnerait envie de s’engager à leur manière dans cette guerre. Autrement que de par la médecine, ou autres métiers typiquement féminins, ces femmes pouvaient agir. Rosie la riveteuse est un personnage de propagande qui incitait les femmes à adopter « des métiers d’hommes » afin d’aider l’industrie militaire qui manquait de travailleurs. C’est en 1942 qu’est inventé cette femme avec son slogan « We can do it », après l’attaque de Pearl Harbor et l’engagement des États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale le pays a dû faire face à un grand manque de main-d’œuvre, les seules à pouvoir pallier ce manque, les seules qui le ne travaillaient pas encore, c’était les femmes. On retrouvait alors des femmes là où elles n’avaient encore jamais été, elles travaillaient sur les chaines d’assemblage, elles s’occupent des machines telles que les riveteuses, construisent les fuselages des avions, et bien d’autres. Sans le savoir le pays venait de fonder l’un de ses premiers personnages féminins fort, leur premier personnage féministe. Toutes ses femmes qui travaillaient à la place d’hommes dans les usines, sont une représentation parfaite d’une nouvelle génération menée de front par un nouveau et puissant pouvoir féminin. L’année 1944 on peut compter jusqu’à 20 millions de femmes travailleuses. Elles avaient un surnom, elles se faisaient appeler les « Rosies ».
Les femmes rebelles et fortes dans les romans Au , nous pouvons voir au quotidien de nombreuses femmes qui représentent l'image de la femme forte et courageuse au cinéma et à la télévision, mais ce genre de personnalités apparaissaient également bien avant l'apparition des écrans, dans la littérature au et jusqu'à aujourd'hui.
Ces 7 exemples issus de romans et écrits à des époques différentes peuvent bien illustrer le caractère de ces femmes.
Tout d'abord au , le livre les liaisons dangereuses a été écrit par Pierre Chordelos de Laclos en 1782 . Durant ce siècle, les femmes n'ont pas beaucoup de droits mais le personnage principal, la marquise de Merteuil, sera présentée comme étant une femme très en avance sur son époque. Il s'agit d'une femme séductrice et manipulatrice et son comportement et tout le contraire aux droits des femmes de l'époque.
Au , également d'autres personnalités fortes apparaissent notamment dans le livre Orgueil et préjugés de Jane Austen. Elisabeth Bennet est une véritable féministe qui refuse d'épouser n'importe quel homme même si sa mère la pousse au mariage. Très peu de femmes s'opposaient au mariage imposé par leurs parents à cette époque, c'est donc pour cela qu'elle est vue comme une femme indépendante avec une forte personnalité. Le personnage Jo March, issu du livre Les Quatre Filles du docteur March de Louisa May est considéré également comme une héroïne de littérature féministe avant l'heure. Ce livre ayant été écrit en 1868, nous montre le caractère d'une femme rebelle qui voudrait faire la guerre, qui ne se laisse pas faire face aux hommes et qui est donc très indépendante.
Au , La saga des sorcières, écrite par Anne Rice, relate des événements qui se sont passés à partir du . Le personnage principal, Rowan Mayfair doit combattre un esprit qui menace sa famille depuis de nombreux siècles, quand elle découvre qu'elle est une sorcière. Elle est intelligente forte et mystérieuse, elle connaîtra beaucoup de drames durant toute son aventure mais ne perdra jamais espoir et c'est sa puissance qui fera de l'ombre aux autres personnages et fera d'elle un modèle. Dans Le silence des agneaux, livre écrit en 1988 par Thomas Harris, on nous parle de la vie d'une femme, Clarice Starling, faisant partie du FBI, et qui s'élève dans un monde d'homme par son métier. C'est une femme forte et intelligente.