Ipomoea aquatica, le liseron d'eau, ipomée aquatique, patate aquatique ou kangkong, est une espèce de plantes dicotylédones de la famille des Convolvulaceae, tribu des Ipomoeeae, originaire d'Extrême-Orient..

C'est une plante herbacée, annuelle ou pérenne, semi-aquatique, à tiges creuses, qui pousse dans les marais ou dans les terres humides, mais qui ne tolère pas l'eau salée. Originaire d'Asie, l'espèce est désormais présente dans toutes les régions tropicales d'Afrique, d'Amérique et d'Océanie. Ipomoea aquatica est une plante adventice qui tend à devenir une mauvaise herbe des rizières humides et des plantations de canne à sucre et qui peut envahir les canaux d'irrigation et de navigation. Les États-Unis l'ont classée comme « federal noxious weed » (mauvaise herbe nuisible). En Asie du Sud et du Sud-Est, la patate aquatique est un légume-feuille consommé cuit ou cru de diverses manières (sauté, frit, bouilli ou cuit à la vapeur).. Les tiges feuillées sont récoltées soit sur des plantes sauvages, soit sur des plantes cultivées à cette fin. Elles peuvent aussi servir de fourrage pour le bétail.

Description

Ipomoea aquatica est une plante herbacée vivace, rampante ou flottante. Les tiges cylindriques, creuses, spongieuses, glabres ou poilues au niveau des nœuds, rampantes et s'enracinant aux nœuds, flottant en milieu aquatique, peuvent atteindre plus de 3 mètres de long. Elles contiennent un suc blanc laiteux. Les feuilles, alternes, simples, au pétiole glabre de 3 à 15 cm de long, ont un limbe, glabre ou rarement pileux, de forme très variable. Le limbe est généralement de forme sagittée (en forme de flèche), mais très variable : tronquée, cordée, sagittée ou hastée à la base, aiguë ou obtuse et mucronée à l'apex, mais toujours à marge entière. Il peut atteindre 8 à 12 cm, voire 17 cm de long sur 4 à 8 cm de large. Il se maintient au-dessus de l'eau lorsque la tige est flottante. Le pétiole long permet de distinguer cette plante, à un stade précoce de développement, d'une espèce proche, Merremia tridentata, qui a des pétioles courts..

Les fleurs, grandes, voyantes, en forme d'entonnoir ressemblant à celles du volubilis, sont solitaires ou, rarement, groupées en cymes axillaires peu fournies, portées par un pédoncule de 1,5 à 8,0 cm de long et des pédicelles de 2 à 5 cm de long. Le calice, de 6 à 8 mm de long, glabre, est composé de sépales sub-égaux, ovales-oblongs, obtus et finement mucronés, à fines marges claires. La corolle infundibuliforme, de couleur mauve, rose-lilas ou rarement blanche, peut atteindre 8 centimètres de large. Les étamines, au filament couvert de poils à la base sont incluses dans la corolle. Le fruit est une capsule ovoïde ou sphérique, ligneuse à maturité, de 7 à 8 mm de long, contenant 2 à 4 graines trigones, grisâtres, souvent pubescentes (à poils courts)...

Distribution et habitat

Ipomoea aquatica est une espèce originaire du centre et du sud de la Chine. Son aire de répartition actuelle s'étend en Asie, en Afrique tropicale, en Australie et dans les îles du Pacifique, en Amérique du Sud tropicale, en Amérique centrale et aux États-Unis, régions où elle a été introduite notamment par la culture et s'est souvent naturalisée.

L'espèce s'adapte à tous les habitats aquatiques d'eau douce des zones tropicales et subtropicales. En effet c'est une plante sensible aux gelées, qui ne pousse pas bien lorsque la température est inférieure à 23,9 °C. On la rencontre principalement dans les canaux et les fossés, mais elle envahit également les lacs. La plante pousse bien dans les terres humides comme dans les eaux calmes ou avec un léger courant, par exemple dans les berges boueuses, les bas-fonds marécageux, les eaux peu profondes des étangs et lacs d’eau douce. En raison de sa croissance prolifique, cette espèce peut envahir des zones cultivées humides, telles que les rizières et les plantations de canne à sucre. Cette espèce peut également poser certains problèmes. En effet ses longues tiges flottantes forment, parfois avec d’autres plantes aquatiques des genres Eichhornia (comme la jacinthe d'eau) et Salvinia (comme la salvinie nageante), des tapis denses qui peuvent entraver l’écoulement de l’eau, nuire à la pêche et gêner la navigation dans les eaux douces...

Caractère envahissant vignette|Liseron d'eau sur les berges de l'Angat (Philippines).

Aux États-Unis, où l'espèce a été introduite dans les années 1970., le département de l'Agriculture des États-Unis (USDA) a classé Ipomoea aquatica parmi les noxious weed (mauvaise herbe nuisible)., en particulier dans les États de Floride, Californie et Hawaï, où cette plante peut être observée poussant à l'état sauvage.. Ipomoea aquatica a été largement cultivée au Texas pendant plus de 30 ans, où elle avait été apportée par des immigrants asiatiques. En l'absence de preuve indiquant que la plante s'était échappée dans la nature, le Texas a levé l'interdiction de la cultiver pour un usage personnel, sans restriction ni exigence particulière, compte tenu de son importance en tant que légume dans certaines cultures, et a également autorisé sa culture à des fins commerciales sous condition de détention d'un « permis d'espèce exotique ».. Au Sri Lanka, le liseron aquatique envahit les zones humides, dans lesquelles ses longues tiges flottantes forment des nattes denses pouvant bloquer l’écoulement de l’eau dans les canaux de drainage et de contrôle des crues, et empêcher le passage des bateaux.. Aux Philippines, où elle a tendance à envahir les zones marginales d’eau douce, elle est considérée comme la deuxième espèce végétale à problèmes. Les tiges entrelacées d'Ipomoea aquatica flottant sur les plans d'eau privent de lumière les plantes indigènes submergées et rivalisent avec les plantes indigènes émergées. Ces masses de végétation enchevêtrée remplacent les plantes indigènes qui sont importantes pour les poissons et la faune sauvage et peuvent créer un milieu d’eau stagnante propice à la reproduction des moustiques..

Dans de nombreuses régions tropicales, c'est une mauvaise herbe commune et parfois dommageable aux cultures.

Taxinomie

L'espèce a été décrite par le botaniste suédois, Pehr Forsskål, qui a découvert la plante au Yémen et a proposé, et publié en 1775 dans sa Flora Aegyptiaco-Arabica, le nom binominal toujours utilisé de nos jours, Ipomoea aquatica.. La particularité de la découverte de Forsskåll réside dans le fait qu’il a rapporté la plante d’une zone désertique où l’espèce n’est probablement pas indigène. L'espèce a reçu plusieurs autres noms qui n'ont pas été retenus, notamment pour des raisons de typification : Convolvulus reptans L. (1753). Convolvulus sagittae-folia Burman f. (1768), Ipomoea reptans (L.) Poiret (1814)..

Relations phylogénétiques L'espèce Ipomoea aquatica a été placée dans la section Ipomoea sect. Erpipomoea (sous-genre Eriospermum), créée par Choisy en 1845, aux côtés d’Ipomoea pes-caprae (L.) R. Brown et d'une série d'autres espèces. Depuis les taxonomistes ont admis qu’Erpipomoea était probablement polyphylétique, mais le taxon a été conservé faute d'alternative claire.

Des études de morphologie et de génétique moléculaire indiquent maintenant qu’Ipomoea asarifolia (Desrousseaux), Roemer et Schultes et Ipomoea pes-caprae sont liées et que les autres espèces sont éloignées de ce couple, mais les relations exactes d’Ipomoea aquatica avec les autres espèces restent problématiques. Certaines études ont suggéré une alliance d’Ipomoea aquatica avec la section Ipomoea sect. Mina. Certaines données morphologiques et moléculaires indiquent néanmoins que Ipomoea aquatica est effectivement alliée à Ipomoea cairica et Ipomoea ochracea. Ainsi retirée de la section Erpipomoea, Ipomoea aquatica pourrait être placée dans la section Ipomoea sect. Leiocalyx (type Ipomoea kentrocarpa Hochstetter ex A. Richard). Avec cette circonscription modifiée, la section Erpipomoea est limitée à Ipomoea pes-caprae, Ipomoea asarifolia et à leurs alliés. Plusieurs espèces du groupe proche d’Ipomoea aquatica (Ipomoea cairica, Ipomoea obscura, Ipomoea ochracea) sont disséminées de l'ouest de l’Afrique et du sous-continent indien jusqu'au nord de l’Australie et en Chine. Ces affinités phylogénétiques ne contredisent pas une origine d’Asie du Sud-Est pour Ipomoea aquatica.

Synonymes

Selon :

Liste des variétés Selon : Ipomoea aquatica var. aquatica ; Ipomoea aquatica var. heterophylla (Hallier f.) Rendle (1905).

Biologie

Le liseron d'eau est une plante des plaines tropicales humides, où elle se rencontre jusqu'à 1 000 mètres d'altitude. Il pousse mieux dans les régions où la température diurne annuelle est comprise entre 15 et 35 °C, mais peut tolérer des températures allant de 10 à 40 °C. Il préfère une pluviométrie annuelle moyenne comprise entre 2000 et , mais tolère entre des variations allant de 700 à .

Cette espèce se reproduit principalement par multiplication végétative, par l'enracinement des tiges aux nœuds mais aussi par les stolons. La plante peut également se reproduire par les graines, principalement pendant la saison sèche, quand elle pousse sur des terres inondées de façon saisonnière. Elle se comporte comme une plante annuelle lorsque la sécheresse ne permet pas sa survie..

La plante est largement répandue comme adventice des marais dans toutes les régions tropicales et dans de nombreuses zones de plaine subtropicales. Le liseron d'eau est une plante de jours courts, la floraison précoce étant induite par des jours courts de moins de 12 heures. La floraison est également stimulée par la sécheresse..

Ennemis naturels

De nombreux organismes vivants ont été signalés parmi les ennemis naturels d’Ipomoeae aquatica, dont des espèces de . :

champignons : Albugo ipomoeae-aquaticae et à Albugo ipomoeae-panduratae (rouille blanche de la patate douce), responsables de la maladie de la rouille, ainsi que d'autres espèces appartenant aux genres Cercospora, Alternaria, Cercosporella et Phomopsis ; nématodes : Meloidogyne javanica, anguillule javanaise à nœud des racines, signalé au Nigeria, Meloidogyne hapla (nématode à galles des racines, à Taïwan), et des espèces du genre Paratrophurus dans les îles Ryukyu ; mollusques gastéropodes : genre Segmentina sp., Pomacea canaliculata (ces mollusques sont susceptibles de transmettre des parasites nocifs pour l'homme) ; insectes : Spodoptera litura, Diacrisia strigatula, Metriona circumdata (casside indomalaise), Metriona bicolor (casside dorée de la patate douce) et Terophagus proserpina, Lygus rugulipennis (capside de la luzerne, punaises se nourrissant des tissus foliaires), Diabrotica undecimpunctata (chrysomèle maculée du concombre), Myzus persicae (puceron vert du pêcher).

La connaissance de ces organismes est intéressante d'une part pour limiter les dégâts éventuels sur les cultures de liseron d'eau dans les pays concernés, principalement en Asie, d'autre part pour trouver des méthodes de lutte biologique dans les régions où le liseron d'eau se comporte comme une adventice des cultures ou une plante envahissante.

Culture

vignette| Liseron d'eau, Ong choy, en vente dans un marché de Malaisie.

vignette| Culture d'épinards d'eau (kanko) dans un chenal d'assainissement à Dili (Timor oriental).

Le liseron d'eau est cultivé surtout en Asie de l’Est, du Sud et du Sud-Est. Il pousse naturellement dans les cours d'eau et nécessite peu de soins, voire aucun. Ce légume est également extrêmement populaire à Taïwan, où il pousse très bien. Pendant l'occupation japonaise de Singapour lors de la Seconde Guerre mondiale, le liseron d'eau s'est remarquablement développé et est devenu une culture populaire en temps de guerre..