Une modification corporelle est une transformation, localisée ou étendue, réversible ou non, du corps d'un individu, au moyen d'une pratique et dans un but ayant un caractère culturel. Si des phénomènes naturels tels que la croissance, la grossesse, la vieillesse, ou certaines maladies, ou encore des traitements médicaux ou chirurgicaux entrainent des modifications du corps, l'expression est utilisée en anthropologie pour désigner plus spécifiquement les modifications corporelles artificielles, contrôlées et délibérées, excluant les mutilations punitives et les automutilations relevant de troubles psychiatriques.

Ces pratiques remontant au Paléolithique supérieur sont extrêmement variéesAucune partie du corps n'est épargnée, sauf l'œil et l'anus, selon Armando Favazza (p.|82). La pratique du blanchiment anal et le détournement du tatouage cornéal thérapeutique semblent aujourd'hui repousser ces dernières limites.. Traditionnellement associées à des rituels sociaux initiatiques, propitiatoires ou votifs, elles peuvent être éphémères (comme le henné) ou permanentes (comme le tatouage), inoffensives (comme le perçage des oreilles) ou mutilantes (comme l'excision).

Abondamment décrites par les explorateurs, les modifications corporelles ne sont cependant pas l'apanage des sociétés qu'ils découvrent et étudient. Elles ont toujours été présentes dans les sociétés occidentales, où elles connaissent, depuis la fin du un fort regain d'intérêt et une très large diffusion (piercing, tatouage, culturisme, chirurgie esthétique).

Enfin, des créateurs ont fait de la modification corporelle, ou plus largement de leur corps en propre, une forme d'expression intégrée au marché de l'art, développant un courant appelé « art corporel ».

Origine et signification .. La pratique remonterait au Paléolithique supérieur, comme en témoignent, au moins, les sépultures contenant des squelettes au crâne déformé, suivant des techniques variées selon les régions du globe. Selon Claude Chippaux, « si l'on admet que, pour une longue période préhistorique, puis protohistorique […], la grande majorité des mutilations rituelles est connue, leurs motivations appellent surtout des hypothèses. Les vestiges de ces mutilations sont les messages d'un comportement, mais faute de preuves ces messages peuvent être diversement interprétés ». La pratique aurait débuté par des interventions cutanées superficielles. Elle se serait ensuite diversifiée et étendue à toutes les parties du corps, généralement dans le sens d'une exagération de la pratique initiale (du labret au plateau, du point tatoué au tableau vivant, de l'excision du capuchon clitoridien à l'infibulation, etc.). Selon l'anthropologue Claude Chippaux, qui permet à l'homme d'exprimer, par des rites sacrificiels, . Ces rites, d'abord marqués par des sacrifices humains, auraient évolué vers la mutilation et la motivation mystique du geste aurait été intégrée à des rites de passage à forte valeur sociale, la douleur surmontée du sacrifice marquant l'entrée dans la communauté. Dans tous les cas, l'inventivité des opérateurs et le souhait de se distinguer à l'intérieur du corps social ont favorisé le développement de pratiques à visées esthétiques, confirmant à leur tour l'appartenance au groupe..

Alors que les pratiques de modification corporelle ont longtemps été liées à une conscience collective obligeant l'individu à s'intégrer au groupe, l'être humain, dans la période moderne, tend, à travers ces pratiques, à cultiver et mettre en valeur son individualité. « Sans négliger la pression du milieu, la mode, il obéit plus à une pulsion personnelle qu'à son environnement lorsqu'il recourt [à ces pratiques ], répondant ainsi à des désirs et des besoins qui lui sont propres ».. Dans les sociétés traditionnelles, les modifications corporelles scandent les étapes que parcourt l’individu au sein du groupe. En Occident, la pratique perd aujourd'hui cette signification, pour devenir démarche individuelle et objet de curiosité. D’une culture à une autre, la même modification corporelle peut ainsi signer l'intégration au groupe ou, au contraire, exprimer un refus et susciter le rejet. La scarification, le marquage au fer (branding), l'automutilation (cutting), les implants, le tatouage sont autant de pratiques controversées en raison de leur caractère délibérément inutile. Revendiquées comme tribales, elles seraient une réaction à l’homogénéisation de l’apparence en Occident..

La parution, de 1982 à 1993, du périodique Tatootime dirigé par Don Ed Hardy a marqué le début d'une véritable renaissance des modifications corporelles dans les sociétés occidentales à l'époque contemporaine. Des musées consacrent aujourd’hui une partie de leurs salles à la modification corporelle, et notamment le Lyle Tuttle’s Tattoo Art Museum. à San Francisco..

Chirurgie plastique Il est désormais socialement admis de vouloir modifier son corps chirurgicalement, en vue de masquer les modifications liées au vieillissement ou de se rapprocher de critères de beauté variables selon les cultures. Dans ce cas, les effets de la chirurgie n'ont généralement pas pour but d'être visibles en eux-mêmes. Ils ont plutôt pour fonction d'accroître les caractéristiques de certaines parties du corps, ou d'en changer l'apparence pour se rapprocher d'une norme. C'est l'objet de la chirurgie esthétique, une des branches de la chirurgie plastique, dont le but est d'améliorer l'apparence de l'individu sans que cela ne réponde à des besoins réparateurs. Le lifting, les implants capillaires, la liposuccion, la rhinoplastie et la blépharoplastie en sont des exemples..

Modifications corporelles et religion Alors que la plupart des religions proches des cultures traditionnelles intègrent les modifications corporelles admises par le groupe sans les questionner, voire en les valorisantLa Thaïlande, en majorité bouddhiste, a interdit en 2011 les tatouages ayant trait à cette religion proposés aux touristes. Le ministre de la culture, Niphit Intharasombat, a confirmé que son ministère a reçu des plaintes concernant des boutiques qui proposent des tatouages de Bouddha et d’autres images religieuses pour des visiteurs qui ne sont pas bouddhistes. Les statues et images de Bouddha étant considérées comme des objets de culte sacré, le ministère a demandé aux boutiques de tatouage de cesser cette pratique. Lire Thailand calls for ban on religious tattoos for tourists, CNN, juin 2011., les autorités spirituelles du christianisme, du judaïsme et de l'islam ont souvent tenté de les réguler, pour lutter contre les pratiques antérieures à leurs révélations respectives et se distinguer des communautés païennes. Les trois monothéismes partagent l'idée que l'homme, créé par Dieu, ne s'appartient pas et qu'il n'est donc pas libre de modifier son apparence corporelle.

Les Hébreux se réfèrent au texte du Lévitique (19.28)Vous ne ferez point d'incisions dans votre chair pour un mort [lors d'un deuil], et vous n'imprimerez point de figures sur vous. — seule mention de ces pratiques dans la Bible — ou à un des 613 commandements (misvot) touchant au respect du corps.

Pour les chrétiens, il est établi que les premiers adeptes avaient coutume de se tatouer un signe de reconnaissance (croix ou monogramme du Christ). Le tatouage a longtemps été proposé, autour des lieux saints aux pèlerins chrétiens qui se rendaient en Palestine. Dans le même esprit, il était pratiqué en Europe dans l'enceinte du sanctuaire de la Sainte Maison de Lorette, supposée, selon la légende, avoir été transportée miraculeusement de Palestine en ItalieMarie Cipriani-Craust, Le tatouage dans tous ses états : à corps, désaccord, .... L'interdit exprimé en 789 lors du concile de Calcuth (Angleterre) portait plus largement sur l'abolition des « restes des anciennes religions païennes »Abrégé d'histoire ecclésiastique, Tome 3, Cologne, 1764, .. À l'opposé, quand les chrétiens se retrouvent minoritaires en terre d'islam, comme c'est le cas des coptes d'Égypte ou des catholiques de Bosnie-Herzégovine, ils recourent au tatouage pour se différencier des musulmans, les marques ayant alors également pour effet de rendre plus difficile l'apostasie..

Le Coran et de nombreux hadith contiennent la prohibition très explicite de la modification corporelle Sourate 4 – Les femmes (An-Nisa) – verset 119. « Certes, je ne manquerai pas de les égarer, je leur donnerai de faux espoirs, je leur commanderai, et ils fendront les oreilles aux bestiaux ; je leur commanderai, et ils altéreront la création de Dieu. Et quiconque prend le Diable pour allié au lieu de Dieu, sera, certes, voué à une perte évidente ». : « Dieu a maudit celles qui se tatouent, celles qui tatouent, celles qui s'épilent le visage, celles qui liment leurs dents pour les séparer afin de paraître belles, celles qui procèdent dans le but de changer la création de Dieu » ; « Allah a maudit celles qui relient leurs cheveux à d’autres, celles qui demandent qu'on le leur fasse, celles qui se tatouent et celles qui tatouent » ;

Si l'islam et le judaïsme exigent que l'être humain retourne à la terre comme il y est venu, ces deux religions font une exception notable pour la pratique de la circoncisionProbablement antérieure à leur avènement et réintégrée, en position prééminente, à leurs rituels..

Enfin, quelle que soit la rigueur théorique de leurs positions dogmatiques, les trois monothéismes ont, de tout temps, dû faire des concessions sur les modifications corporelles mineures, notamment le port des boucles d'oreilles, pourtant associé, chez les premiers chrétiens, au Mal et au démon.... Les Juifs, qui ont subi le tatouage imposé dans certains centres d'extermination nazis, voient, avec la mort des derniers survivants, se développer une pratique mémorielle — par ailleurs contestée — consistant, pour un descendant, à se faire tatouer sur le bras le numéro matricule d'un ancien déporté.. L'islam a, quant à lui, dû accepter les scarifications des peuples subsahariens et les tatouages prophylactique ou thérapeutiques — tatouage , par opposition au tatouage décoratif. — des populations berbères et kabylesLe marquage corporel est condamné sans équivoque par la religion islamique comme un « signe du Diable », mais un compromis a été trouvé : avant d'entrer au Paradis, chacun subira une purification par le feu qui enlèvera toutes les empreintes terrestres (Lacassagne et Magitot, )..

Modifications de la peau thumb|alt=Un exemple de nail art|Un exemple de nail art.

La peau et le système pileux sont le lieu de diverses modifications corporelles temporaires, relevant souvent de la mode : Coiffure - Au sens strict du terme, se couper les cheveux est une modification corporelle temporaire. Nail art - Modification de l'aspect de l'ongle à l'aide en général de vernis et peintures, mais parfois également de piercings spécifiques requérant une perforation de l'ongle. Épilation - Ablation temporaire ou définitive des poils. Celle-ci peut être réalisée pour des raisons esthétiques ou d'hygiène.

Tatouages

Le tatouage consiste à fixer des pigments colorants dans la profondeur du derme pour y tracer des motifs indélébiles. L'opérateur utilise des pigments naturelsLe plus utilisé étant le noir de fumée. ou industriels et les applique en pratiquant une série de piqûresLes outils et les techniques sont extrêmement variés. À noter la technique du fil enduit de colorant et tiré sous la peau à l'aide d'une aiguille, utilisée par les Esquimaux. ou de brûlures. Les motivations peuvent être prophylactiques, thérapeutiques, liées à l'identification d'un groupe humain, esthétiques ou érotiques..

Charles Darwin estimait que, parmi les modifications corporelles, le tatouage est certainement une des plus anciennes et des plus répandues à la surface du globeCharles Darwin, La Filiation de l'homme et la sélection liée au sexe, 1891, . La découverte du corps d'Ötzi a montré que le tatouage thérapeutique existait déjà en Europe il y a plus de ..