vignette|Fronton des bâtiments historiques, rue Descartes à Paris.|alt=Photo des bâtiments historiques

Les traditions de l'École polytechnique sont pour la plupart nées lors de la militarisation de l'École par en 1804. En constante évolution, elles n'ont cessé d'exister depuis, à l'exception d'une perte de certaines traditions entre 1968 et 1985. Ces différentes traditions structurent l'École et façonnent sa représentation dans l'imaginaire collectif en France.

Esprit de corps thumb|Armes de l'École Polytechnique, dessinées par Henri Dupray, gravées par Henri Thiriat, dans l'Histoire de l'École polytechnique de Gaston Pinet, Paris, 1887. La première des traditions est le concours d'entrée, sorte de rite de passage. Il est suivi d'autres traditions, pour la plupart apparues avec le casernement de l'École en 1804 et qui ont évolué par la suite. Cependant, en 1968 les plus importantes traditions — comme le bahutage et le Code X — se sont perdues.. De plus lors du transfert à Palaiseau en 1976 la direction déplaça le service militaire si bien que les promotions 1974 et 1975 ne se rencontrèrent pas. Ce changement, dû à une volonté d'éviter tout désordre lors du transfert, fort impopulaire parmi les élèves, amena la perte des dernières traditions.. Néanmoins à partir de 1985 les traditions, en particulier le bahutage et la Khômiss, sont remises au goût du jour.

Les différentes traditions structurent le parcours du polytechnicien et permettent la construction d'une identité du groupe. « L’esprit de corps » des polytechniciens tend ainsi à constituer un véritable « État dans l’État »Jean-Luc Chappey, « La Formation d’une technocratie. L’École polytechnique et ses élèves de la Révolution au Second Empire », Annales historiques de la Révolution française [En ligne], 337, juillet-septembre 2004, mis en ligne le 15 février 2006, consulté le 2 mars 2013. URL : http://ahrf.revues.org/1564.

Une ancienne règle de savoir-vivre veut que le tutoiement soit de rigueur entre anciens élèves appartenant à des promotions de moins de dix ans d'écart, ou à l'initiative du plus ancien en cas d'écart supérieurUne règle de savoir-vivre qui date du fondateur, Monge. Pour mémoire se référer à l'article « Absorption » in L'instruction popularisée par l'illustration, Louis-Nicolas Bescherelle, Marescq et Cie, 1851 : L'Argot de l'X : 150 ans de la vie à l'École polytechnique, Albert Lévy, Gaston Pinet, Roger Smet, École polytechnique (France), Éditions du Layet, 1981Page 103 in La Décision politique : attention ! une république peut en cacher une autre, Michèle Alliot-Marie, Presses universitaires de France, 1983 : .

Incorporation L'incorporation des élèves (autrefois appelée initiation, absorption, « bahutage », bizutagePolytechnique : une caste en démocratie ?, émission du à 10 heures sur France Culture écouter en ligne ou cryptage) puise ses origines dans la militarisation de l'École. En effet, dès la seconde année de casernement commença ce qu'on appelait alors l'initiation :

Sous la Restauration, l'administration voulut supprimer l'initiation, mais ne pouvant y parvenir elle choisit finalement de fermer les yeux sur ces pratiques. Si bien que les initiations devinrent alors publiques. Les initiations duraient deux mois, de novembre à janvier. Elles se terminaient par une cérémonie où étaient caricaturées les autorités de l'École. Vers 1840, malgré les inquiétudes du Préfet de police, les initiations continuèrent, mais sous le nom d'absorption. Puis en 1871 l'absorption, sans connaître de grand changement, devient « bahutage ». Il n'y eut pas de modification jusqu'en 1939. Les cérémonies essentielles étaient les « amphigueules » et la « séances des Cotes ». Au cours des amphigueules les conscrits subissaient les sarcasmes de leurs anciens (notamment des calembours sur certains patronymes), tandis que la séance des Cotes était l'occasion pour la Khômiss d'attribuer des notes et récompenses aux nouveaux arrivants (major et minor de promotion, plus petit et plus grand élève, plus vaniteux…). Cette séance était suivie par la lecture du Code X et la remise des tangentes. Une autre tradition était celles des monômes : les élèves étaient rassemblées et entraînés en file indienne dans une course effrénée à travers les bâtiments, cours et caves de l'École. Un parcours des égouts ou des catacombes s'effectuait dans des conditions similaires. Il était jalonné de postes de peintures, où la Khômiss passait toute la promotion à la couleur des anciens. Après la Seconde guerre mondiale, la durée du bahutage est réduite à moins d'une semaine et deux nouvelles traditions apparaissent : la déportation et la course au trésor. La déportation consistait à enlever un conscrit au cours de la nuit, à le transporter en voiture jusqu'à un point éloigné de l'École où il était abandonné et d'où il devait rentrer par ses propres moyens, avant l'appel du matin. La course au trésor était un jeu au cours duquel les conscrits, constitués en différentes équipes, devaient rapporter des objets hétéroclites et insolites demandés par un jury d'anciens. La fin du bahutage était marquée par un « magnan de la réconciliation », soirée amicale entre les deux promotionsQuatre ans sur la montagne, mémoires d'un X 1951 sur Polytechnique.org.

Cette tradition a été interrompue de 1968 à 1985. En , un projet amendé de bahutage pour octobre 68 fut adopté par la promotion 1967. Ce projet ne fut pas appliqué du fait de l’envoi de la promotion 1967 en écoles militaires d’application en [La Jaune et la Rouge, Spécial »REFLEXIONS 68 », supplément au , décembre 1968, page 164]. Le bahutage de la promotion 1968 se réduisit à une « visite » nocturne des sous-sols de l’école. Ainsi s’interrompit la tradition du bahutage. L'incorporation actuelle, remise en place progressivement à partir de 1985, est organisée par la Khômiss et la Kès. Elle s'inspire du cryptage tel qu’il existait sur la Montagne Sainte-Geneviève mais ne dure qu'une semaine. Elle commence par un premier gag qui égaye la première intervention du nouveau Commandant de Promotion. Ensuite vient la Nuit des Souterrains, adaptation de l’ancienne visite des catacombes parisiennes. Celle-ci consiste en une soirée complète, organisée par la Khômiss, et encadrée par les élèves. Au cœur de cette soirée les « très obligés successeurs» (TOS) font une visite des souterrains de l’École, entrecoupée d’un discours du GénéK et suivie du partage d’un verre de vin chaud au BôBar. En fin de semaine, une chasse au trésor est organisée dans Paris. Enfin, la Khômiss a adapté le parachutage (anciennement déportation) à l’incorporation d’aujourd’hui. Il s’agit maintenant pour le major de la filière MP et le minor de la filière PC de rejoindre le camp militaire de La Courtine par leurs propres moyens, depuis le lieu où ils ont été abandonnés par la Khômiss (Vintimille en 2011, le Jura ou Amsterdam les années précédentes).

Parallèlement à leur propre incorporation, les élèves de la nouvelle promotion se rendent dans leur ancienne prépa pour y causer des chahuts. Cette tradition remonte au moins à 1913. À l'époque cela avait lieu de nuit et les polytechniciens couvraient les murs et tableaux de grands X.

Ces pratiques, bien qu’inscrites dans une tradition historique, ont fait l’objet de critiques et d’évolutions, notamment en raison des risques de dérives et de mises en danger, dans le contexte de la lutte contre le bizutage. Elle ont donné lieu à une dissolution de la Khômiss par la direction de l’école le .

Uniforme

vignette|gauche|alt=Bicorne.|Bicorne

Tous les élèves ingénieurs (français ou non) possèdent un uniforme spécifique à l'X, appelé « Grand Uniforme » ou « GU », et réalisé sur mesure. Celui-ci comporte notamment un bicorne et une épée appelée « tangente ». Il est revêtu pour les cérémonies militaires et d'autres manifestations comme le bal de l'X. Les élèves ne portent plus l'uniforme lors des enseignements, sauf lors de conférences importantes où sont invités des intervenants extérieurs. Cet uniforme a connu de nombreuses évolutions au cours de l'histoire. L'uniforme actuel est confectionné par la société Balsan et coûte Balsan fabrique le grand uniforme depuis plus de 50 ans, sur le site du Figaro. Depuis l'entrée des femmes à l'École polytechnique en 1972 l'uniforme se décline en une version féminine. Les femmes portaient le tricorne jusqu'en 1996, date à partir de laquelle ce dernier fut remplacé par un bicorne identique à celui des hommes. La jupe de l'uniforme féminin de 1972 évolue au fil des années jusqu'à être remplacée par un pantalon pour la promotion X2020..

Dans l'imaginaire populaire, l'École polytechnique est symbolisée par le Grand Uniforme et ses accessoires (bicornes et épée)Claudine Billoux et Marie-Christine Thooris, « Le Grand U dans tous ses états : l’uniforme de grande tenue des polytechniciens : 1794 - 2000 », Bulletin de la Sabix [En ligne], 21, 1999, mis en ligne le 02 août 2012, consulté le 16 février 2013. URL : . et s'illustre notamment lors du défilé du .

vignette|upright=2|Évolution du Grand Uniforme de l'École polytechnique de 1796 à 1874.|alt=Frise chronologique représentant l'évolution du Grand Uniforme de l'École polytechnique de 1796 à 1874.

À l'origine, les élèves sont assimilés aux gardes nationaux, sous la tutelle du ministère de l'Intérieur et doivent porter l'uniforme de canonnier de la garde nationale (chapeau à cocarde tricolore porté en bataille et sabreCharles C. Gillispie, « L’École Polytechnique », Bulletin de la Sabix [En ligne], 42, 2008, mis en ligne le 27 août 2009, consulté le 03 mars 2013. URL : http://sabix.revues.org/117). Cependant, le manque de moyens ne leur permet pas de mettre cette mesure à exécution. Un décret de thermidor an IV () prévoit l'uniforme suivant : habit à chasles fermé par cinq boutons, coupé à la française, veste et pantalon couleur bleu national et chapeau à trois cornes.. Les élèves portent de 1804 à 1809 le premier type d'uniforme « Premier Empire » (chapeau à cocarde tricolore porté en bataille et sabre, plus fusil d’infanterie à baïonnette) et de 1809 à 1815 l’uniforme « Premier empire » (deuxième type) avec shako et sabre ou briquet ainsi que le fusil d’infanterie à baïonnette. Pendant la Restauration, ils portent le frac. Ils portent le haut-de-forme sous Louis XVIII et retrouvent l’uniforme militaire (habit de drap noir et bicorne porté en colonne – comme actuellement) sous Charles X. Les sergents portent alors seuls l’épée, puis tous les élèves à partir de 1830.

Défilé du 14 Juillet

vignette|La garde au drapeau de l'École, lors du défilé militaire du .|alt=Garde au drapeau Une délégation d'élèves de l'École polytechnique défile le 14 Juillet en tête de l'Armée française sur les Champs-Élysées, et ce depuis la présidence de Sadi Carnot en 1887Bernard Villermet, « L'École polytechnique de 1914 à 1920 », Bulletin de la Sabix En ligne, 10, 1993, mis en ligne le 24 juillet 2011, consulté le 30 décembre 2012.. Le chef de corps défile en tête d'une unité composée de 260 personnes. Jusqu'en 1994, ce défilé était l'occasion d'un gag, souvent en forme de clin d'œil à l'actualité. La tradition rapporte en outre que divers objets pouvaient être lâchés, dans le but de perturber la cadence des élèves de l'École spéciale militaire de Saint-Cyr, défilant juste derrière. L'encadrement met tout en œuvre pour empêcher ces perturbations et l'École des officiers de la gendarmerie nationale est désormais intercalée entre Saint-Cyr et l'XÉcole polytechnique (X), sur le site des coulisses du défilé du 14 Juillet..