thumb|Représentation héraldique de la couronne de duc de France. vignette|Représentation héraldique de la couronne de duc et pair de France Un duc, du latin signifiant « meneur, chef », est le titulaire d'un titre de haute noblesse attribué par plusieurs monarchies européennes depuis le Moyen Âge. À l'origine, c'était une charge militaire, puis politique et militaire, associée au commandement dans une région frontalière de l'Empire romain. En outre, le titre de duc se place dans la hiérarchie nobiliaire tel quel : prince > duc > marquis > comte > vicomte > baron > chevalier.

Empire romain L'origine de ce titre remonte à l'Empire romain. Ce n’est qu’à partir du que le titre de dux devint officiellement un rang précis dans la hiérarchie romaine, le mot ayant eu auparavant le sens de guide ou de chef militaire. Les réformes militaires de Dioclétien et Constantin affectèrent alors la défense des frontières à des limitanei ou des populations alliées sous forme de foedus commandées par des duces. Cependant, leurs responsabilités pouvaient dépasser le territoire d’une seule province et se révéler parfois assez étenduesKarl Ferdinand Werner, Naissance de la noblesse, éd. Pluriel, 2012, ..

Avant de devenir un titre de noblesse, la qualité de dux est un grade militaire de l'armée romaine du Bas-Empire correspondant au commandement de région frontalières ; on trouve ainsi au en Gaule : le dux provinciae Sequanici : « duc de la province séquanaise » (autour de Besançon) ; le dux tractus Armoricani : « duc du territoire armoricain » pour les côtes du nord de la Gaule ; le dux Belgicae Secundae : « duc de Belgique Seconde » ; le dux Germaniae Primae : « duc de Germanie Première » ; le dux Mogontiacensis : « duc de Mayence ».

Quand l’administration civile et l’administration militaire furent séparées aux , le dux, responsable de la défense des provinces frontalières, gagna en importance, ajoutant au sein d’un territoire fort étendu des compétences civiles et juridiques à ses tâches militaires. Le titre de dux (duc) devint alors plus important que celui de comes (comte), d'autant que c’est à la même époque qu’apparaît le comes civitatis, qui lui aussi réunit des compétences militaires et juridico-administratives, mais sur un plan plus localKarl Ferdinand Werner, Naissance de la noblesse, éd. Pluriel, 2012, .. Les duces étaient alors chefs de l'administration et de la justice aussi bien que du commandement militaire dans les provinces qui leur étaient confiées. Ils étaient, ainsi que les comes (comtes), subordonnés au magister militum (chef de la milice). On comptait 13 duces dans l'Empire romain d'Occident, et 12 dans celui d'Orient. L'invasion des Barbares permit à la plupart des duces de se rendre indépendants dans leurs gouvernements, comme les doges de Venise ou le dux Syagrius, qui devint le chef du royaume de Soissons. Des chefs barbares reçurent aussi ce titre des autorités romaines, et se le transmirent après la dissolution de l'Empire en Occident. Tels furent les duchés des Bavarois et des Alamans.

Moyen Âge

À l'époque franque, sont constitués de grands commandements qualifiés de duchés. À partir des , le duc est le maître de toute une région, sinon d’un peuple et joue un rôle capital dans la structuration du royaume francKarl Ferdinand Werner, Naissance de la noblesse, éd. Pluriel, 2012, .. Le duc est assimilable à une sorte de gouverneur général. Il exerce, au nom du souverain, des pouvoirs de nature militaire et judiciaire sur un ensemble de comtés. Ainsi, le « duché du Mans » (Ducatus Cenomannicus ou Cenomannensis) couvre 12 comtés situés entre la Seine et la Loire. Le nombre des ducs à l'époque mérovingienne a pu être assez élevé ; pour la seule armée qui en 590 marche contre les Lombards, Grégoire de Tours parle de vingt duces et l’exercitus Burgundionum lancé par Dagobert contre les Gascons en compte dix, dont les noms et nationalités sont connusKarl Ferdinand Werner, Naissance de la noblesse, éd. Pluriel, 2012, ..

Dans le Royaume des Francs, dès le , Eudes, duc d'Aquitaine, transmit, le premier, son duché à ses descendants. À l'époque carolingienne (), des duchés dits « nationaux » sont constitués : Bavière, Bourgogne, Souabe, Saxe, Franconie. Au , sous les derniers Carolingiens, tous les ducs érigèrent en principautés héréditaires les gouvernements qui leur étaient confiés. Au Moyen Âge, les duchés sont les plus grandes principautés après les royaumes. En Italie, les premiers duchés datent de l'époque lombarde et correspondent aux comtés carolingiens. Les deux plus grands, ceux de Spolète et de Bénévent, ne furent pas conquis par Charlemagne et survécurent jusqu'à la conquête normande. Dans l'empire byzantin, le titre de duc est réactivé dans la seconde moitié du pour désigner les commandants militaires de grandes régions, parfois appelées duchés (doukaton). En Europe centrale et orientale de la même époque, le duc est appelé voïvode, mot d'origine slave bâti sur la même racine vod- (conduire). Le voïvode est à l'origine un chef militaire, qui assoit son autorité sur un voïvodat.

France

Duchés médiévaux Circonscriptions administratives Dans la continuité de l'administration de l'Empire romain, les différents royaumes germaniques mirent en place des circonscriptions de commandement confiées à des représentants de l'aristocratie, nommés et révoqués par le souverain. Ces ducs avaient souvent autorité sur plusieurs comtés. Les commandements des régions frontalières prenaient le nom de « marche » ou « marquisat ». La géographie précise de ces circonscriptions est difficile à établir, d'autant plus que leurs contours étaient très fluctuants. Nombre de ces commandements, devenus héréditaires, évoluèrent en principautés territoriales de type féodal.

Titres féodaux À la fin du Moyen Âge et à l'époque moderne, le duché et la pairie seront attribués à des ensembles féodaux moins importants, principalement d’anciens comtés. Les titulaires sont le plus souvent des princes de la famille royale, sous la règle de l'apanage qui veut que l'extinction de la descendance mâle du premier titulaire entraîne le rattachement au domaine royal du duché.

C'est notamment le cas du duché d'Anjou ou de celui d'Orléans.

Duchés modernes Sous les Capétiens la puissance territoriale des ducs diminua à mesure que grandit le pouvoir royal, et le titre de duc finit par n'être plus qu'une dignité.

Le système des duchés de l’Ancien Régime est beaucoup plus complexe que celui de l’époque médiévale. La différence fondamentale est que les nouveaux duchés sont généralement beaucoup moins importants que les duchés médiévaux – ils ne constituent pas de vraies principautés. De plus le statut ducal n’est pas attaché de manière définitive aux fiefs érigés en duchés. Les lettres patentes de création contiennent des clauses de succession qui règlent le devenir des duchés. Dans la plupart des cas, la règle choisie est celle de la succession par les mâles : à l’extinction de la descendance masculine du bénéficiaire de l’érection en duché, le duché revient à son « état antérieur » – seigneurie, comté ou autre.

On distinguait les ducs et pairs, qui siégeaient au parlement ; les ducs héréditaires, et les ducs à brevet, dont le titre n'était pas transmissible.

En outre les nouveaux duchés sont hiérarchisés : les duchés-pairies de France : ils donnent à leur titulaire les privilèges des pairs de France, dont le droit de séance au parlement de Paris. Les lettres patentes de création de ces duchés-pairies doivent être enregistrées au Parlement. Si cette formalité n'est pas accomplie, le duché n’est pas héréditaire. Les ducs et pairs avaient comme possibilité de démissionner de leur pairie en faveur d’un de leurs héritiers qui recevait alors un autre titre ducal, le pair démissionnaire gardant le sien. Ainsi, nombre de titres ducaux sont « dédoublés » entre le père et le fils. les duchés non pairies : le titre ducal est héréditaire selon les lettres patentes d’érection, mais le titulaire n’est pas pair et ne peut donc siéger au Parlement. Comme les duchés-pairies, les duchés « simples » devaient être enregistrés au Parlement (Chevreuse, Broglie, Polignac...), les ducs à brevet d'honneur : il ne s’agit pas à proprement parler de duchés, mais de titres ducaux accordés par le souverain à des individus – et non à des fiefs. Ce titre n'est pas héréditaire, il n’y a donc pas à l’enregistrer au Parlement. Les ducs à brevet d’honneur jouissent de tous les privilèges des ducs non pairs. Les brevets d’honneur ont principalement été utilisés au .

Une ordonnance de établit que les duchés héréditaires seraient réversibles à la couronne à défaut des mâles.

Tous les ducs portaient le titre de « cousins du roi », partagé avec les grands officiers de la couronne. Leurs femmes avaient le droit de s’asseoir en présence de la reine – ce que l’on nomme le « tabouret de duchesse ». Les grands d’Espagne jouissent en France des privilèges des ducs. Un certain nombre de nobles, grands d‘Espagne sans être ducs, avaient donc à la cour un rang équivalent à celui des ducs.

Certains duchés ont changé de nom pendant leur histoire : le duché de Thouars est, par exemple, souvent dénommé duché de la Trémoïlle. De plus il n’était pas rare que certains fiefs soient érigés en duchés sous un autre nom. Ainsi le duché de Montmorency fut re-érigé en sous le nom d’Enghien, qui resta attaché à un lac de la région de Montmorency, lac qui donna son nom à la ville d’Enghien-les-Bains.

Le titre de duc, aboli à la Révolution française, fut ensuite rétabli. Plusieurs ducs furent créés sous le Premier Empire et sous les gouvernements qui suivirent. Sous l'ancien régime, on désigna, à partir du , sous le titre de Monsieur le Duc, le fils aîné du prince de Condé. On connaît particulièrement dans l'histoire sous ce nom le duc Henri de Bourbon, qui fut ministre en 1723.

Comme les privilèges, les titres nobiliaires seront abolis à la Révolution, puis rétablis du Premier Empire au Second Empire.

Le Premier Empire crée de nouveaux titres ducaux, principalement pour les membres de la famille impériale, pour les titulaires de grandes charges et pour certains chefs militaires. La Restauration, la monarchie de Juillet puis le Second Empire en confère à des personnalités politiques ou militaires.

Depuis la Troisième République, les titres de duc sont seulement maintenus en France, ils ne sont plus créés.

Comtat Venaissin Les papes, comme souverains du Comtat Venaissin, créèrent dans cette province sept duchés.

Caderousse : duché créé en 1663 pour Joseph-François d'Ancezune (1645-1730), passé en 1767 dans la maison de Gramont et reconnu comme duc en France en 1827. Titre éteint en 1865 avec le Emmanuel-Ludovic de Gramont (1835-1865). Gadagne : duché créé en 1669 pour Charles-Félix de Galléan (1617-1701) et reconnu comme duc en France en 1861. Ce dernier titre éteint en 1925 avec le Louis-Henri de Galléan (1837-1925). Crillon : duché créé en 1725 pour François-Félix Berton des Balbes (1684-1748) et reconnu comme duc en France en 1817. Titre éteint en 1870 avec le Gérard-Louis Berton des Balbes (1783-1870). Les Isnards : duché créé en 1737 pour Esprit-Toussaint des Isnards (1693-1776). Titre éteint en 1776 avec le car sa descendance ne reprit pas le titre. Galléan-des-Issarts : duché créé en 1757 pour Charles-Hyacinthe-Antoine de Galléan (1737-1763). Éteint avec le premier duc. Montpezat : duché créé en 1758 pour Jean-Joseph de Trémolet (1715-1785). Éteint avec le premier duc. Fortia : duché créé en 1775 pour Toussaint-Alphonse de Fortia (1714-1801). Titre éteint en 1826 avec le Alphonse-Toussaint de Fortia (1758-1826). Caumont : duché créé en 1789 pour Philippe-Claude de Seytres (1753-1811). Titre éteint en 1870 avec la Pauline de Seytres (1812-1870).

Duché souverain de Savoie