La dynastie des Xia occidentaux (), gouvernait, de à selon l'historiographie chinoise, l'État appelé « royaume des Xia occidentaux » (Xixia) par les Chinois Han, « Empire tangoute » () par les Mongols et « Minyak » par les Tibétains. Le territoire de cet État fondé par les Tangoutes, un peuple de langue tibéto-birmane, correspondait approximativement aux actuelles provinces chinoises du Gansu, du Shaanxi, du Ningxia, à l'est du Qinghai, au nord du Shaanxi, au nord-est du Xinjiang, au sud-ouest de la Mongolie intérieure et au sud de la Mongolie. Le tout représente une surface de Wang, Tianshun [王天顺] (1993). Xixia zhan shi "The Battle History of Western Xia" 西夏战史. Yinchuan [银川], Ningxia ren min chu ban she "Ningxia People's Press" 宁夏人民出版社.Bian, Ren [边人] (2005). Xixia: xiao shi zai li shi ji yi zhong de guo du "Western Xia: the kingdom lost in historical memories" 西夏: 消逝在历史记忆中的国度. Pékin [北京], Wai wen chu ban she "Foreign Language Press" 外文出版社.Li Fanwen [李范文] (2005). Xixia tong shi "Comprehensive History of Western Xia" 西夏通史. Pékin [北京] et Yinchuan [银川], Ren min chu ban she "People's Press" 人民出版社; Ningxia ren min chu ban she "Ningxia People's Press" 宁夏人民出版社. et recouvre le nord-ouest de la Chine. Au , la capitale est déplacée à Khara-Khoto, qui reste le centre du pouvoir jusqu'à sa destruction en par les troupes de Genghis Khan, le fondateur de l'Empire mongol. En même temps que la cité, toutes les archives écrites du royaume sont brulées, ce qui explique que l'histoire de ce royaume reste longtemps connue de l'Occident uniquement grâce aux documents chinois. Ce n'est qu'en 1907 que le site de la capitale est découvert par l'explorateur russe Piotr Kouzmitch Kozlov et que les fouilles qui s'ensuivent permettent d'en savoir plus sur ce peuple.
Le territoire des Xia occidentaux se situe autour du corridor du Hexi, une des portions de la route de la soie, qui est alors la route commerciale la plus importante entre le nord de la Chine et l'Asie centrale. Tout au long de leur existence, les Xia font des progrès importants dans la littérature, l'art, la musique et l'architecture, qui a été décrite comme étant « rayonnante et étincelante »Zhao, Yanlong [赵彦龙] (2005). Qian tan xi xia gong wen wen feng yu gong wen zai ti "A brief discussion on the writing style in official documents and documental carrier" 浅谈西夏公文文风与公文载体." Xibei min zu yan jiu "Northwest Nationalities Research" 西北民族研究 45(2): 78-84.. Leur existence même et leur maitrise d'un territoire aussi important alors qu'ils sont frontaliers de puissants empires rivaux tels que les Liao, les Song et les Jin s’explique par leur organisation militaire efficace qui combine cavalerie, chars, archers, fantassins protégés, artillerie (canons primitifs portés à dos de chameaux) et troupes amphibies exercées au combat sur terre et l’eauQin, Wenzhong [秦文忠], Zhou Haitao [周海涛] and Qin Ling [秦岭] (1998). "Xixia jun shi ti yu yu ke xue ji shu "The military sports, science and technology of West Xia" 西夏军事体育与科学技术. Ningxia da xue xue bao "Journal of Ningxia University" 宁夏大学学报 79 (2): 48-50..
Noms Le nom complet que les Xia occidentaux donnent à leur royaume est en (), ce que l'on peut traduire par « Le Grand État Xia du grand blanc élevé » (), ou encore « ». (). Ce nom fait référence à une montagne des monts Helan connue sous le nom de "Mère blanche et élevée". Il existe aussi des formules plus courtes comme ou (). La région en elle-même est appelée Minyak par les Tangoutes et les Tibétains. Un autre nom utilisé par les Tangoutes pour désigner leur État est « », qui signifie l'« État des dix mille secrets ».
Le nom « Xia occidentaux » est la traduction littérale de celui que les Chinois ont donné à ce royaume. Il dérive de son emplacement géographique, sur la rive ouest du fleuve Jaune, en opposition aux dynasties Liao (916–1125) et Jin (1115–1234) qui sont sur la rive est et à la dynastie Song au sud-est. Le terme anglais « Tangut » et le terme français « Tangoute » dérivent tous deux du nom mongol du pays: Tangghut (). Les linguistes pensent qu'il s'agit du même mot que « Dangxiang » (), qui, lui, apparaît dans la littérature chinoise. Durant les siècles suivants, le terme « Tangoute » est utilisé comme nom commun pour désigner certaines tribus de la région de l'Amdo-Kokonor-Gansu, ce jusqu'au . Les Tangoutes s'appelaient eux-mêmes Minag, un nom propre transcrit en chinois « Mianyao » ou « Miyao ».
Histoire vignette|Peinture murale représentant un gardien de tombe - Xia Occidentaux vignette|Fonctionnaires tangoutes.
Origines
Les Tangoutes sont à l'origine un peuple nomade, originaire de la région du Tibet-Qinghai, rangé par les Han dans la catégorie des barbares nomades (Qiang, , composé des sinogrammes personne () et mouton ()). Selon les archives chinoises, qui les appellent les Dangxiang, ils descendent plus précisément du peuple des Qiang occidentaux et occupent les steppes autour du lac Qinghai et les montagnes situées au sud de celui-ci.
En 608, les Tangoutes aident la dynastie Sui à vaincre les Tuyuhun, mais ils sont trahis par les soldats Sui, qui en profitent pour piller leurs terres. En 635, les Tang leur demandent de servir de guides pour la campagne de l'empereur Taizong contre les Tuyuhun, mais les troupes Tang les doublent lors d'une attaque surprise qui leur permet de s'emparer de milliers de têtes de bétail. En représailles, les Tangoutes attaquent les Tang et tuent des milliers de leurs soldats.
Mais petit à petit, les Tangoutes quittent leurs terres pour échapper à la pression des Tibétains et migrent vers l'est, dans la région correspondant actuellement aux provinces du Shanxi et du Shaanxi. Déjà, en 584-5, Tuoba Ningzong avait conduit en Chine un premier groupe de Tangoutes, pour se soumettre aux Sui. En 628-9, un autre groupe commandé par Xifeng Bulai se rend aux Tang. Après la défaite des Tuyuhun en 635, un nouveau groupe de Tangoutes se soumet aux Chinois Ils sont menés par le prince Tuoba Chici, qui domine les Qiangs du Dangxiang. Lorsque ce dernier fait acte de soumission auprès des Tang, ces derniers l'autorisent à prendre Li (李) comme nom de famille, soit le nom de famille des empereurs de cette dynastie. Les vivant alors en Chine sont divisés en 32 préfectures jimi dirigées par des chefs Tangoutes qui sont nommés préfets par les Tang. Une autre vague de migrants Tangoutes entre dans le territoire Tang en 692, ajoutant jusqu'à à la population de Lingzhou et Xiazhou. En 721-722, Tuoba Sitai, un descendant de Tuoba Chici, aide les Tang à réprimer une révolte menée par les Sogdiens à Shuofang. Au moment de la révolte d'An Lushan dans les années 750, les Tangoutes sont devenus la principale puissance locale dans la région de l'Ordos au nord du Shaanxi. Dans les années 760, un commandant militaire nommé Ashina Sijian harcèle six tribus Tangoutes et s'empare de leurs chameaux et de leurs chevaux. Pour lui échapper, les Tangoutes fuient vers l'ouest en traversant le fleuve Jaune et commencent à travailler pour les Tibétains en tant que guides lors des raids de ces derniers. En 764, les Tangoutes se joignent aux Tibétains et aux Ouïghours pour soutenir la révolte contre les Tang de Pugu Huaien. Après la victoire des Tang contre Huaien, Tuoba Chaoguang, un descendant de Tuoba Chici, est nommé chef des Tangoutes restés loyaux aux Chinois. Les clans Yeli, Bali et Bozhou restent fidèles aux Tibétains ; mais globalement les Tangoutes continuent à être victimes des raids et des pressions des Tibétains. Finalement, les colonies frontalières passent alternativement sous le contrôle des Tang et des Tibétains pendant de nombreuses années. En 806, le ministre des Travaux par intérim, Du You, admet que les Tangoutes sont mal traités par les Tang :
En 814, les Tang nomment un Commissaire chargé de pacifier les Tangoutes à Youzhou (l'actuelle Bannière d'Otog), mais cela ne résout pas le problème pour autant. En 820, les Tangoutes sont tyrannisés par Tian Jin, un gouverneur local. Ils se vengent en rejoignant les Tibétains pour les aider lors de leurs raids contre les garnisons Tang. Des conflits sporadiques entre les Tang et les Tangoutes durent jusqu'en 840, date à laquelle ces derniers se révoltent ouvertement contre les Tang. Cette révolte est réprimée, mais, finalement, la cour des Tang réussit à apaiser les Tangoutes en réprimandant leurs généraux frontaliers et en les remplaçant par des généraux plus disciplinés. Les Tangoutes s'affrontent également avec les Ouïghours après l'effondrement de leur Khaganat, car ces deux peuples veulent avoir le monopole du commerce des chevaux, qui passe par Lingzhou.
Jiedushi de Dingnan En 873, Tuoba Sigong, le plus puissant des chefs Tangoute de Xiazhou, occupe Youzhou et s'autoproclame préfet. Lorsque Chang'an tombe aux mains du chef rebelle Huang Chao en 880, Sigong prend la tête d'une armée sino-tangoute pour aider les forces Tang à chasser les rebelles. Pour le récompenser de son aide, en 881 les Tang lui accordent officiellement le contrôle de Xiazhou, Youzhou, Suizhou, Yinzhou, et plus tard aussi de Jingbian. L'ensemble de ce territoire, qui est centré sur l'actuelle ville de Yulin, dans le Shaanxi, est appelé Jiedushi de Dingnan, et est également connu sous le nom de Xiasui. Après l'écrasement de la révolte de Huang Chao en 883, Sigong reçoit le nom de famille dynastique "Li", qui est celui de la famille régnante de la dynastie Tang, et est nommé "duc de Xia". En 878, le chef Shatuo Li Guochang attaque les Tangoutes, mais il est repoussé grâce à une intervention des Tuyuhun.
Sigong meurt en 886 et c'est son frère Sijian qui lui succède. À cette date, la dynastie Tang connait sa crise finale et la Chine commence à éclater en une multitude de royaumes plus ou moins importants. En 905, l'État de Jin, un royaume Shatuo qui contrôle le Shanxi et est dirigé par , s'allie avec Abaoji, le Khagan du peuple Khitan et futur fondateur de la dynastie Liao. Cette montée en puissance des Shatuo pousse les Tangoutes à s'allier avec les Liang postérieurs, les rivaux de Keyong, qui accordent des titres honorifiques aux souverains de Dingnan. Sijian meurt en 908 et est remplacé par son fils adoptif Yichang, qui est assassiné par son officier Gao Zongyi en 909. Gao Zongyi est lui-même assassiné par des soldats de Dingnan et est remplacé par Renfu, qui est à la fois l'oncle de Yichang et un officier populaire au sein de l'armée. En 910, la ville de Dingnan est assiégée pendant un mois par les troupes de l'État de Jin et leurs alliés du royaume de Qi, mais les Tangoutes réussissent à repousser l'invasion avec l'aide des Liang postérieurs. En 922, Renfu envoie 500 chevaux à Luoyang, peut-être pour aider les Liang postérieurs à combattre les Shatuo. En 923, les Liang sont vaincus par les Jin qui fondent la dynastie des Tang postérieurs. Les relations entre la nouvelle dynastie et les Tangoutes semblent se normaliser assez vite, car en 924, Renfu est élevé au rang de "Prince de Shuofang" par les Tang postérieurs. Lorsque Renfu meurt en 933, les Tang postérieurs tentent de remplacer son fils, Yichao, par un gouverneur d'origine sogdienne, An Congjin. Congjin assiège Xiazhou avec , mais les Tangoutes défendent la ville de manière efficace en ralliant à eux les tribus de la région et en vidant les campagnes environnantes de toute source de ravitaillement possible. Après trois mois de siège infructueux, l'armée des Tang postérieurs est contrainte de battre en retraite. Malgré cette attaque des Tang postérieurs, Yichao fait la paix avec eux en envoyant 50 chevaux à leur capitale en guise d'offrande.