Les Antigonides (en grec ancien ) sont une dynastie de l'époque hellénistique qui a régné sur la Macédoine de à Les Antigonides ont donné six rois à la Macédoine mais son fondateur, Antigone le Borgne, n'a jamais régné sur la Macédoine. Abandonnant les grands desseins asiatiques des Diadoques, leur politique extérieure est centrée sur la Grèce continentale, la mer Égée et les Détroits hellespontiques. Ils rencontrent l'hostilité de certaines cités grecques, dont Athènes et Sparte, et de certaines ligues fédérales, dont la Ligue étolienne. Ils font face à la thalassocratie lagide en mer Égée ainsi qu'aux ambitions des Attalides et des Séleucides, notamment en Thrace. Ils luttent également contre les incursions des peuples « barbares », Celtes et Dardaniens principalement. Le souverain le plus ambitieux de la dynastie est qui cherche à s'implanter en Illyrie et à établir des protectorats en Anatolie. Les Antigonides finissent par être éliminés en à l'issue des guerres de Macédoine contre la République romaine qui mène la lutte au nom de la « liberté des Grecs. »

Sous les Antigonides, les institutions du royaume de Macédoine demeurent stables par rapport à celle mises en place par les Argéades, alors que l'économie connait une prospérité certaine et que les cités de Pella et de Thessalonique prennent leur essor.

Histoire de la Macédoine antigonide

Démétrios Poliorcète, éphémère roi de Macédoine

Le fondateur de la dynastie, Antigone le Borgne, « roi d'Asie » vers , n'a jamais régné sur la Macédoine. C'est son fils Démétrios Poliorcète qui est le premier à devenir roi de Macédoine en ; mais c'est , fils de Démétrios, qui installe la dynastie sur le trône pour un siècle à partir de 277.

Par les accords de Babylone réglant la succession d'Alexandre le Grand mort en 323, Antipater conserve la régence de Macédoine au titre de stratège. À la mort d'Antipater en 319, lui succède Polyperchon, entraînant un long conflit avec Cassandre qui a été écarté du testament politique de son père.. Cassandre finit par être proclamé roi vers 305, après avoir notamment fait exécuter Olympias et Alexandre IV, dernier des Argéades.. La mort de Cassandre en 297 plonge la royauté dans une longue période d'instabilité politique. La royauté est en effet confiée à son fils aîné, , alors âgé de 18 ans.. Ce dernier décède rapidement ; lui succèdent alors conjointement ses deux frères, et Antipater. Mais désireux de régner seul, ce dernier fait assassiner leur propre mère, Thessaloniké (fille de ) au prétexte qu'elle aurait favorisé Alexandre dans le partage. Celui-ci appelle alors à son secours Pyrrhos, le roi d'Épire, et Démétrios Poliorcète, fils d'Antigone. Pyrrhos rétablit promptement la situation au profit d'Alexandre et se fait céder d'importantes provinces frontalières. Aussi lorsque Démétrios apparaît, Alexandre cherche à s'en débarrasser. Démétrios anticipe le projet d'assassinat en faisant tuer Alexandre à Larissa en Thessalie en 294 et se fait proclamer roi à sa place. Quant à Antipater, il est finalement assassiné par Lysimaque, roi de Thrace, après sa victoire contre Démétrios en 288, date à laquelle la royauté passe aux mains de Pyrrhos.. En 285, Lysimaque défait Pyrrhos et se fait proclamer roi..

Après la mort de Lysimaque à la bataille de Couroupédion en 281 face à Séleucos, lui succède brièvement Ptolémée Kéraunos, un fils répudié de Ptolémée, qui trouve la mort en bataillant contre les Galates durant leur Grande expédition en 279.. Méléagre, le frère de Ptolémée Kéraunos, règne pendant deux mois avant d'être remplacé par , un petit-fils d'Antipater. Mais le jugeant inapte à assumer la défense de la Macédoine face aux bandes celtes, Sosthène, proclamé stratège des Macédoniens, le dépose sans pour autant accepter le titre royal. Sosthène gouverne le pays avec fermeté de 279 à 277. Sa mort entraîne le réveil des ambitions royales de Ptolémée de Telmessos, fils de Lysimaque, et d', fils de Démétrios Poliorcète, alors établi en Thrace. Ce dernier profite de son éclatante victoire contre les Galates à la bataille de Lysimacheia pour installer durablement la dynastie antigonide au pouvoir à partir de 277, l'éphémère lignée des Antipatrides prenant fin avec l'assassinat d'Antipater II.

Antigone II Gonatas et l’avènement des Antigonides vignette|redresse=1.5|Monnaie à l'effigie d'.

Après sa retentissante victoire contre les Celtes à la bataille de Lysimacheia en , tire un prestige suffisant pour s'imposer comme roi d'une Macédoine affaiblie par deux décennies de guerres civiles. Rejetant les politiques asiatiques aventureuses de ses prédécesseurs, il se consacre à redresser le royaume, désormais à l'écart des grands conflits.. Symbole de son retour à la tradition, il ramène d'emblée la capitale royale à Pella de Cassandréia et Démétrias où elle a été successivement déplacée, hors du cœur historique du royaume.. Afin de maintenir l'influence macédonienne en Grèce, Antigone maintient de fortes garnisons à travers la Grèce., qui soutiennent des gouvernements fantoches, occasionnant de lourdes dépenses financières qui pénalisent la reconstruction militaire de la Macédoine.

Le pouvoir d'Antigone est menacé une première fois par Pyrrhos, le roi d'Épire, rentré d'Italie en 275 ; mais celui-ci est tué en 272.. La domination macédonienne sur la Grèce est toutefois rapidement menacée : un des chefs du parti antimacédonien à Athènes, Chrémonidès, manœuvre avec succès pour un rapprochement avec Sparte en 268. De nombreuses cités du Péloponnèse et de Crète rejoignent cette alliance soutenue par , marquant le début de la guerre chrémonidéenne, dont les opérations ont lieu essentiellement autour de Corinthe, le point fort du dispositif macédonien tenu par Cratère, son demi-frère, et en Attique. Antigone assiège Athènes qui trouve un bref répit dans une diversion causée par l'attaque en Macédoine du roi d'Épire Alexandre II en 262. Antigone doit mener une campagne rapide pour le chasser de Macédoine et d'Épire, avant de revenir mettre le siège devant Athènes qui, affamée, capitule en 261..

La décennie suivante voit Antigone Gonatas mener une politique agressive dans les îles et se mêler aux conflits entre Séleucides et Lagides, en allié fidèle des premiers. Il remporte ainsi une victoire importante à Cos., vers 255, dans le contexte de la deuxième guerre syrienne.. Vers 250, une flotte lagide défait néanmoins de façon décisive les Macédoniens et remet en cause leur influence dans les Cyclades jusqu'à une nouvelle victoire d'Antigone, au large d'Andros en 245.

La fin du règne d'Antigone Gonatas est marquée par la révolte du fils et successeur de Cratère (son demi-frère), Alexandre, et par l'ascension de la Ligue achéenne dans le Péloponnèse. Alexandre, d'abord confirmé dans son commandement de Corinthe, se rebelle en 249 et entraîne avec lui l'Eubée.L'Eubée se voit accorder une large autonomie comme en témoigne l'apparition d'un monnayage indépendant.. Cette sécession est de courte durée, car Alexandre meurt soudainement en 245, et sa veuve, Nicée, accepte la proposition d'Antigone d'épouser son fils Démétrios.. À la faveur des préparatifs du mariage, Antigone s'empare de l'Acrocorinthe et restaure ainsi sa domination sur l'isthme et l'Eubée. Mais en 243, Aratos de Sicyone s'empare de Corinthe, entraînant la défection de la Mégaride du côté achéen.. Antigone ne réagit pas à la perte de ce maillon essentiel et se contente de faire la paix avec la Ligue étolienne qu'il encourage à attaquer les Achéens. Lorsqu'il meurt en 239, après quarante ans de règne, la Macédoine n'a pas retrouvé ses positions en Grèce centrale et doit faire face aux deux confédérations puissantes d'Étolie et d'AchaïePour un bilan du règne d'Antigone Gonatas voir ..

Démétrios II face aux ligues grecques

Démétrios II est associé au trône à la fin du règne de son père, . Il est déjà un homme mûr quand il accède au pouvoir.. En 240 av. J.-C., dès le début de son règne, il doit lutter contre une coalition des ligues étolienne et achéenne qui entrent en guerre contre la Macédoine. Dans le même temps il renforce ses relations avec l'Épire en épousant Phthia la fille d'Alexandre II. Il passe d'une stratégie défensive, forgée par son père, à une stratégie offensive avec pour ambition de reprendre le contrôle de Corinthe.. À l'issue de la guerre démétriaque (239-235), il parvient à maintenir les positions macédoniennes face aux Étoliens et aux Achéens, même si ces derniers parviennent à s'étendre dans le Péloponnèse.. Par ailleurs, la chute de la monarchie épirote encourage les Étoliens à attaquer l'Acarnanie qui appelle à l'aide Démétrios. Celui-ci demande alors aux Illyriens d'intervenir. : les Illyriens chassent les Étoliens en 231 puis ravagent l'Élide et la Messénie ; au retour ils s'emparent de Phœnicè, tandis qu'une autre armée envahit l'Épire. Attaqués par ceux chargés de les aider, les Épirotes se tournent alors vers les Étoliens et les Achéens qui acceptent de leur porter secours. Les Illyriens doivent rappeler leur armée afin de faire face à une menace des Dardaniens. Les Illyriens obtiennent toutefois avant leur départ un nouveau revirement des Épirotes qui renoncent à l'alliance achéenne et étolienne. En 229, une nouvelle armée illyrienne ravage les cités de la côte épirote, défait une flotte achéenne et étolienne à Paxos et prend Corcyre où est placée une garnison illyrienne.. Mais les Illyriens ont attiré l'attention du Sénat romain et la première guerre d'Illyrie se termine en 228 par leur défaite.

Les incursions des Dardaniens n'affectent pas seulement l'Illyrie. Le royaume de Macédoine subit, à la frontière de la Péonie, l'invasion surprise des Dardaniens, une tribu thraco-illyrienne. Les Macédoniens sont défaits et Démétrios trouve la mort au combat en 229., ouvrant une période d'incertitude. Son fils, le futur , n'est en effet pas en âge de régner, et c'est son cousin, Antigone III Doson qui exerce la régence..

Antigone Doson et la victoire contre Sparte

Cousin de , Antigone III Doson est d'abord désigné stratège et tuteur (épitropos) du jeune roi qu'il adopte après avoir épousé sa mère, Chryséis. En 227 av. J.-C., il reçoit probablement le titre royal.. Il met d'abord fin à la menace des Dardaniens, bien qu'il soit probable que la Péonie septentrionale reste sous leur domination.. Il lance également une offensive en Carie dans le golfe de Iasos. Les motifs de cette expédition asiatique restent mal connus.. Il s’agit sans doute de montrer la puissance maritime macédonienne dans les îles voire de contester l'influence des Lagides car soutient encore à cette date la ligue achéenne. Il parvient à étendre son influence sur Priène et Samos et à prendre le contrôle de la Carie. Ces territoires cherchent probablement à se prémunir des ambitions d' de Pergame qui vient de battre le Séleucide Antiochos Hiérax. Pour autant la Carie n'a pas été pas l'objet d'une occupation ou d'une administration macédonienne permanentes.

Puis Antigone Doson restaure de façon magistrale l'hégémonie macédonienne dans le Péloponnèse, où il est appelé à la rescousse en 224 par les Achéens, ses anciens adversaires, qui s'inquiètent des réformes progressistes du roi de Sparte, .. Antigone en profite pour restaurer la Ligue de Corinthe en regroupant dans une coalition la moitié de la Grèce.. Cette confédération, dont il se proclame hégémon, regroupe le royaume de Macédoine, la ligue achéenne., l'Épire, la Phocide, la Béotie, l'Acarnanie, la Thessalie et l'Eubée. Il défait Cléomène à la bataille de Sellasia en 222 marquant la fin de la guerre de Cléomène.. Il entre dans Sparte, qui n'a encore jamais été profanée par un ennemi victorieux. Célébré comme « Bienfaiteur des Grecs » après sa victoire contre Sparte, il meurt de maladie l'année suivante, après une victoire contre les Illyriens..

Philippe V et l'expansion macédonienne

vignette|redresse=1.5|Le monde égéen en 192 av. J.-C.