vignette|upright=1.5|alt=Peinture d'un groupe de cavaliers richement équipés et portant leurs armes au sommet d'une petite butte. Au premier-plan à droite, un homme tire un attelage de bœufs auquel est rattaché un chariot où se trouvent des femmes habillées en rouge. Au pied de la butte, on peut voir des corps, les restes d'un chariot et les poutres calcinées d'un bâtiment.|Détail du panorama L'Arrivée des Hongrois réalisé par Árpád Feszty en 1895.
La (en hongrois : « occupation de la patrie ») ou conquête hongroise désigne les événements historiques ayant mené à l'installation des tribus hongroises dans la plaine de Pannonie en Europe centrale à la fin du et au début du .
Avant l'arrivée des Hongrois, la région était disputée par l'Empire bulgare, la Francie orientale et la Grande-Moravie qui recrutaient occasionnellement des cavaliers hongrois pour servir dans leurs armées. La conquête hongroise, qui fut l'une des dernières « invasions barbares », commença lorsqu'ils furent attaqués conjointement par les Petchénègues et les Bulgares en 894 ou 895, alors qu'ils se trouvaient dans l, dans le sud de l'Ukraine actuelle. Les Hongrois franchirent les Carpates et prirent le contrôle des basses terres, dans le bassin du moyen-Danube, en 900. Tous les Magyars ne passèrent pas les Carpates : ceux restés à l'extérieur de l’arc carpatique, dans ce qui est aujourd’hui la Moldavie roumaine, sont appelés Csángós. Les Magyars profitèrent des dissensions internes en Grande-Moravie pour détruire cet État entre 902 et 906.
Les Hongrois renforcèrent leur contrôle de la plaine de Pannonie en battant une armée bavaroise à Brezalauspurc en 907. Ils lancèrent une série de raids en Europe occidentale entre 899 et 955 et attaquèrent également l'Empire byzantin entre 943 et 971. Au cours du , les Hongrois, après leur défaite du Lechfeld (en Souabe) en 955, abandonnèrent progressivement leur mode de vie semi-nomade et leurs campagnes de pillage dans le domaine carolingien pour fonder une monarchie chrétienne, le royaume de Hongrie, autour de l'an milleGyula Kristó : Histoire de la Hongrie Médiévale : tome I Le Temps des Arpadiens, Presses universitaires de Rennes, 2000, .
Sources Documents écrits vignette|gauche|alt=Manuscrit richement illustré avec une large enluminure au sommet représentant un souverain entouré par des soldats de style européen d'un coté et des soldats de style oriental de l'autre.|Première page de la Les auteurs byzantins furent les premiers à relater les événements de la . Le plus ancien document est la Tactica de l'empereur rédigée vers 904 qui retrace la guerre byzantino-bulgare de 894-896 ayant précédé le départ des Hongrois de la steppe pontique. Un récit presque contemporain se trouve dans la . La source la plus complète est néanmoins (« De l'administration de l'Empire ») qui fut compilé sous l'empereur en 951 ou 952.
Il existe également des documents rédigés dans les royaumes francs ayant succédé à l'Empire carolingien dont le plus ancien sont les Annales de Fulda se terminant en 901. Une lettre envoyée par l'archevêque Theotmar de Salzbourg au pape en 900 fait référence aux conquêtes hongroises mais est largement considérée comme un faux. L'abbé Réginon de Prüm qui rédigea sa chronique vers 908 résuma ses connaissances sur les Hongrois dans une entrée sous l'année 889. Une autre source est l de l'évêque Liutprand de Crémone rédigée vers 960. Au , l'historien Johann Turmair rédigea des Annales contenant des informations ne figurant pas dans d'autres travaux, ce qui suggère qu'il avait utilisé des sources aujourd'hui perdues. Sa fiabilité n'est néanmoins pas certaine.
Une compilation en vieux-slave des Vies des saints fournit un témoignage sur la guerre byzantino-bulgare de 894-896. La Vie de Saint Naum rédigée vers 924 donne des informations presque contemporaines sur l'effondrement de la Grande-Moravie causé par les invasions hongroises même si la plus ancienne copie connue date du . D'autres manuscrits, dont le plus ancien date du , forment la Chronique des temps passés sur l'histoire de la Russie et de l'Ukraine du . Elle fournit des informations basées sur des sources byzantines et moraves antérieures.
Les Hongrois ont également préservé la mémoire de ces événements sous la forme de chants populaires. Une chronique anonyme intitulée (« Épopée des Hongrois ») rédigée avant 1200 est le plus ancien document local connu. Cependant, cet exemple d'anciens textes hongrois selon l'historien C. A. Macartney contient beaucoup d'informations ne pouvant être confirmées par l'étude des sources contemporaines. Vers 1283, Simon de Kéza, un prêtre à la cour royale hongroise, écrivit la seconde plus ancienne chronique hongroise qui nous soit parvenue. Il y affirme que les Hongrois étaient apparentés aux Huns et que l'invasion hongroise du bassin du Danube était en réalité une seconde conquête du même territoire par le même peuple. La est une chronique rédigée au à la cour du roi basée sur des écrits antérieures dont la .
Archéologie vignette|alt=Sacoche brodée avec des motifs végétaux|Sabretache hongroise du Les tombes des premières générations de Hongrois ont été identifiées dans la plaine de Pannonie mais moins de dix cimetières hongrois ont été découverts dans la steppe pontique. La plupart de ces cimetières comprenaient 25 ou 30 tombes mais les inhumations isolées étaient courantes. Les hommes et parfois les femmes et les enfants étaient enterrés avec des chevaux ou avec des harnais et des objets symbolisant des chevaux. Les sépultures renfermaient également des ceintures en argent et des sabretaches décorées de plaques métalliques. Beaucoup de ces artefacts ressemblent fortement à ceux de la culture multiethnique Saltovo-Mayaki qui occupait la steppe pontique à la même période. La plupart des cimetières de la fin du et du début du sont concentrés dans la région de la Tisza supérieure et dans les plaines le long des rivières Raab et Váh comme à Tarcal, , ou mais des sites plus anciens ont également été découverts à , et dans d'autres sites de Transylvanie.
Quelques décennies après la conquête hongroise, une synthèse des cultures antérieures appelée culture de Bijelo Brdo s'est répandue dans la plaine de Pannonie avec une bijouterie distinctive comprenant des boucles d'oreilles en forme de S. L'absence d'éléments symbolisant des chevaux est une autre caractéristique de ces cimetières. Les plus anciens exemples de cette culture ont été datés grâce à des pièces à l'effigie de l'empereur byzantin Constantin VII frappées au milieu du .. De tels sites ont été découverts à Beremend et Csongrád en Hongrie, à Dévény et Zsitvabesenyő en Slovaquie, à Várfalva et Gyulavarsánd en Roumanie et à Vukovar et Gorbonok en Croatie.
Contexte Protohistoire hongroise La (chronique de Georges le Moine complétée par des ajouts) contient la plus ancienne mention connue du peuple Hongrois. Elle indique que des guerriers hongrois sont intervenus en soutien des Bulgares dans leur lutte contre l'Empire byzantin dans la région du bas-Danube en 836 ou 837. Le premier raid connu de Hongrois en Europe centrale est rapporté dans les Annales de Saint-Bertin où il est fait mention d' ayant ravagé le royaume de en 862. Vajay, Spinei et d'autres historiens avancent que Rastislav de Moravie, alors en guerre avec , aurait recruté des Hongrois pour attaquer la Francie orientale. L'archevêque Theotmar de Salzbourg stipule clairement dans sa lettre datant de vers 900 que les Moraves s'alliaient souvent avec les Hongrois contre les Allemands.
L'empereur indique que les Hongrois habitaient dans un territoire appelé jusqu'à leur progression à travers les Carpates. Il ajoute que cette région se trouvait dans le bassin des fleuves Barouch, Koubou, Troullos, Broutos et Seretos. Si l'identification des deux premiers avec le Dniepr et le Boug méridional est discutée, les trois derniers correspondent aux noms grecs du Dniestr, du Prut et du Siret.
vignette|gauche|alt=Enluminure ovale représentant sept soldats en armures.|Chefs des sept tribus hongroises représentées dans la Les Hongrois étaient organisés en sept tribus formant une confédération. Constantin VII mentionne ce nombre et la utilise le terme de (« Sept Hongrois ») pour désigner cette fédération tribale. Cette entité fut renforcée par l'arrivée des Kabars qui, selon Constantin VII, avaient rejoint les Hongrois après l'échec de leur soulèvement contre le Khaganat khazar. Les deux peuples sont mentionnés dans la version longue des qui rapporte que les Hongrois et les Kabars menaient des raids autour de Vienne en 881.
L était dirigé par un pouvoir bicéphale selon Ibn Rustah et , deux cartographes musulmans respectivement du et du . Le chef religieux portait le nom de tandis que le chef militaire portait celui de . Les deux auteurs indiquent que le commandait une armée de mais la fiabilité de cette valeur est douteuse.
Réginon de Prüm et d'autres contemporains qualifient les Hongrois du de guerriers nomades. L'empereur souligne l'importance de la cavalerie dans leurs tactiques militaires. L'analyse des squelettes équins découverts dans les tombes hongroises n'a pas montré de différences significatives entre ces chevaux et les races occidentales. Réginon de Prüm indique que les Hongrois ne mais il souligne leurs talents d'archers. Les fouilles archéologiques ont montré que les arcs composites étaient les armes principales des Hongrois qui utilisaient également des sabres légèrement courbés. Réginon de Prüm note également qu'ils utilisaient souvent la ruse comme lorsqu'ils feignaient de se replier durant une bataille. Les sources contemporaines soulignaient également leur brutalité qui se traduisait par le massacre de tous les hommes adultes durant les raids.
La plaine de Pannonie avant les Hongrois
vignette|Carte de l'Europe du Sud-Est vers 850 Selon une partie de l'historiographie hongroise, la plaine de Pannonie n'était occupée depuis le que par les Avars, un peuple turcophone qui avait supplanté les Gépides à leur arrivée dans la région. Dans les hypothèses les plus nationalistes (défendues et diffusées notamment par le Jobbik, mais initiées au par Edouard Rösler, pour délégitimer les revendications des Slaves et des Roumains de Hongrie), le bassin du Moyen-Danube, à l'intérieur de l'arc carpatique, était vide d'habitants à l'arrivée des Magyars (« Awarenwüste »)La thèse de l’Awarenwüste (« désert des Avars ») popularisée par Eduard Robert Rösler (2.3.1836 à Olmütz/Olomouc – † 19.8.1874 à Graz) : Romänische Studien : untersuchungen zur älteren Geschichte Rumäniens (Leipzig, 1871) développe les théories de Franz Josef Sulzer, Josef Karl Eder et Johann Christian von Engel, également adoptées par le dictionnaire historique français de Michel Mourre (dir.) qui, dans son article sur les origines des Roumains, qualifie les travaux roumains de « nationalistes et infondés » ; cette thèse relève de la méthode hypercritique concernant les arguments des historiens roumains, et de l’interprétation littérale de la pénurie de sources anciennes, selon l’axiome « Absence de preuve égale preuve d’absence », pour conclure que les roumanophones ne sont pas apparus dans le bassin du moyen-Danube avant le au plus tôt.. Selon une référence dans la conversion des Bavarois et des Carantaniens, les Gépides survécurent néanmoins jusque dans la seconde moitié du . Les Avars étaient à l'origine des cavaliers nomades mais des cimetières et un nombre grandissant d'implantations témoignent d'une évolution vers un mode de vie plus sédentaire à partir du . Les Avars furent vaincus par les troupes franques de Charlemagne entre 791 et 795 qui occupèrent la Transdanubie et l'intégrèrent à l'Empire carolingien.